NOUVELLE INSTRUCTION CONTRE M. PICQUART
Ces luttes au sein du gouvernement, qui dénotaient un véritable désarroi, ne pouvaient qu'aggraver le trouble général en favorisant les menées des partis de désordre. Les dreyfusistes et les antidreyl'usistes se combattirent avec un acharnement encore plus furieux. Le garde des sceaux se vit obligé d'adresser aux procureurs généraux des instructions pour que les attaques contre l'armée, de plus en plus répétées», fussent aussitôt poursuivies (septembre).
Le ministère de la guerre ordonna, le 20 septembre, une nouvelle instruction contre M. Picquart qu'il accusait, cette fois, d'être l'autenr du fameux petit bleu. Cet ordre était donné par le général Chanoine, qui se conformai l à la décision prise par 'e général Zurlinden pendant son court passage au ministère.
Il y avait déjà une plainte déposée au mois de juillet par le ministre de la guerre contre MM.
Picquarl et Leblois pour la communication de pièces secrètes. L'instruction, confiée à M. Fabre, dura du 13 juillet au 25 août 1898. \ï. Siben, substitut du procureur de la République, établit le réquisitoire définitif et conclut que les trois premiers chefs d'inculpation n-ndaient Picquart justiciable de la juridiction mil^airc et que, pour le 4° chef (communication du dossier de fentiuète Esterhazy et des lettres du généial Gonse), il était justiciable de la juridiction civile avec Leblois. En conséquence, ce procès fut appelé le 21 septembre devant la 9° chambre du tribunal correctionnel de la Seine. Le ministère public demanda l'ajournement en annonçant les nou- \ elles poursuites du ministre de la guerre. M" Labori, défenseur, s'opposa au renvoi. '\L Picquart dit (lue si l'on trouvait dans sa cellule « le lacet de L( mercier-Picard, ou le rasoir d'Henry ». ce sérail un .assassinat et non un suicide.
La 9® chambre correctionnelle ajourna le procès Picquart-Leblois, « attendu qu'en l'état actuel des choses, le tribunal ne peut apprécier les faits sainement ».
En raison de la dernière plainte. M. Picquart se trouva transféré à la prison du CîunTlic-Midi et mis au secret.
l'agitation et les MAMIESIAIIONS.
Après le suicide du lieutenant-colonel Henry, lagitation alla toujours en grandissant. Des meetings tumultueux se tinrent dans toute la France, pour et contre la revision. A Paris, le leader socialiste, M. Jaurès; M. Duclaux, ni'Mnbre de l'Insli-
Troisiôme République (lf97-1899). 14
tut; M. de Pressensé; M. Allemane, révolutionnaire; M. Vaughan, socialiste; M. Sébastien Faure, anarchiste; M. Lucien-Victor Meunier, radical; etc., 11rent des conférences pour « démontrer » la nécessité de la revision et l'innocence de Dreyfus.
MM. Paul Déroulède, Millevoye, Marcel Habert, Gauthier de Clagny et Drumont, députés nationalistes, répondirent à ces discours avec non moins de passion, imputant les progrès de la revision aux magistrats mêlés à 1' « Affaire ». 05 députés, nationalistes, antisémites et de la droite, se réunirent, le 27 septembre 1898, au Palais-Bourbon, pour protester contre la revision et réclamer la convocation immédiate des Chambres. Le président de la République refusa de recexoir leur délégation (1).
UNE CONSÉQUENCE DE l' (( AFFAIRE )). ÉVOLUTION