‹ Histoire de la troisième République de 1894 à 1906 (volume 3)Chapitre 4 sur 37 · TOTAUX · texte numérisé non relu

TOTAUX

en millions de francs.

On évaluait donc à plus de 100 milliards la valeur, au pair, de tout l'or et de tout l'argent extraits de la terre depuis quatre cents ans : 46 milliards d'or et 56 milliards d'argent. Mais l'argent a beaucoup perdu de sa valeur commerciale, 50 p. 100 environ ■en 1896, et ces 56 milliards ne représentaient plus que 28 milliards.

La consommation industrielle absorbe une aussi grande quantité de ces métaux que la frappe monétaire. Pour les dernières années, le monnayage atteignait les chiffres suivants, en millions de francs :

Or. Argent.

lî-94 1.200 590

ISyO 1.008,8 786.9

Dans bien des cas, d'anciennes monnaies refondues servaient à fabriquer des monnaies neuves. La frappe de l'argent a diminué a'près les mesures restrictives prises aux Etats-Unis (abrogation de la loi Sherman) et dans l'Inde anglaise (fermeture des monnaies de l'Inde à la frappe des roupies).

L'encaisse or des principales banques de l'Europe donnait les totaux ci-après, en millions :

Fin déi-embro Fin déceitibie Fiu décembre 1893. ^^96. 18;i7.

Banque de France 1.963.0 1.9146 1.963,4

— d'Aiii^letrrre 1.090.0 855.0 S04,4

— • d Autriche-Hongrie. 512 6 6:U 4 "97,2

— de Russie 1.920,0 2 401,6 3.050,0

Totaux... 5 4S5.6 5.805 6 «.615.0

L'importance attachée par tous les Etats à la conservation de leur or provenait de la dépréciation constante de l'argent dont le prix avait encore baissé à 109 francs par kilogramme à la fm de 1896 el à 97 francs à la fin de 1897, tandis que le cours théorique, d'après le système monétaire, était de 222 francs.

Aux Etats-Unis s'était engagée une campagne pour l'établissement du bimétallisme international, qui avait amené M. l\Iac-Kinley à la présidence de la République. Mais elle n'avait eu aucun succès. L'Angleterre avait refusé d'autoriser de nouveau la frappe de l'argent aux Indes. Alors, les Américains avaient conçu un autre projet et demandé le bimétallisme national, c'est-à-dire la libre frappe de l'argent aux Etats-Unis sans tenir compte des autres nations. C'était la théorie de M. Bryan, candidat opposé à M. Mac-Kinley. Il n'y avait pas de parti monométalliste-or. Les deux grands partis en présence, qui se combattirent au moment de l'élection présidentielle, n'étaient divisés que par la question d'application. Les bryanistes prétendaient faire résoudre le problème par les Etats-Unis seuls, sans se

préoccuper de ce que les nations de l'Europe feraient. Au contraire, les mackinleystes s'opposaient à la frappe libre et illimitée de l'argent, et voulaient une entente internationale entre les principales nations commerciales. Ce programme monétaire mackinleyslc, était conforme à celui de la Ligue bimétallique française. Celte ligue ne faisait cjue défendre les délibérations prises, au mois de février 1895, par les trois grandes associations françaises qui l'avaient fondée le 23 mars 1895 : Société des agriculteurs; Association de l'industrie et de l'agriculture; Société nationale d'encouragement à l'agriculture.

Au mois de mars 1896, M. Méline avait demandé au gouvernement d'organiser une entente internationale afin d'obtenir un rapport fixe entre l'or et l'argent.

Il avait exposé la grande importance de celte (|nestion :

La rupture de l'ancien pair bimétallique, survenue depuis 1873, entre la valeur d'échange de l'étalon d'or et la valeur d'échange de l'étalon d'argent, cause les préjudices les plus graves à notre agriculture, à notre industi'ie et à notre com-^ ifierce général, en même temps qu'elle affaiblit la sécurité de nos créances extérieures.

Les rapports des consuls européens en résidence en Extrême-Orient, au Mexique et dans l'Amérique du Sud prouvent, en effet, que la prime de l'or, existant aujourd'hui dans ces divers pays — et dont la disqualification de l'argent commeinstrument d'échange international est la cause principale — constitue pour eux :

r Une protection formidable en faveur de leur production indigène (agricole ou industrielle), à l'abri de laquelle celleci se développe sûrement et rapidement, parce qu'elle rend irès difficile l'importation, dans ces pays, des marchandises provenant des nations à étalon d'or comme la France;

2° Une prime énorme d'exportation pour les produits indigènes, qui les incite à aller s'offrir, de préférence, sur les marchés des pays à étalon d'or, à des conditions absolu-

74 mSTOIRE DE LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE

ment ruineuses pour les producteurs (agriculteurs ou industiiels) de ces derniers pays.

Pour faire cesser l'anarchie monétaire dont les nations soumises à la loi de l'étalon d'or souffrent si cruellement aujourd'hui; pour permettre aux producteurs de ces nations de lutter au moins à armes égales, sur le terrain des échanges, contre la concurrence des pays nouveaux, déjà si favorisés par de nombreux avantages naturels, il est indispensable d'assigner un lapport fixe de valeur entre l'étalon d'or et l'étalon d'argent.

Ce rapport fixe de valeur peut être assuré par le bimétallisme international c'est-à-dire par une entente intervenant entre les principales nations actuellement régies par l'étalon d'or, et aux termes de laquelle la frappe libre et le pouvoir libératoire intégral seraient accordés à l'argent comme à l'or, avec la même parité et les mêmes conditions <le traitement.

L'observation des faits ayant démontré, d'une façon irréfutable, que la baisse de valeur de l'étalon argent par rapport à l'étalon d'or n'était due qu'aux mesures législatives prises en faveur de l'or et au détriment de l'argent : par l'Angleterre en 1816, par l'Allemagne en 1871, par les Pays- Bas et les Etats-Unis en 1873, par la France et les pays de l'Union latine en 1873 et 1876, et enfin par le gouvernement des Indes anglaises en 1893, tout nous autorise à penser, dès lors, que d'autres mesures législatives prises par les grandes nations créancières du monde actuellemenl réglées ])ar l'étalon d'or, et préalablement concertées entre elles, peuveiit rétablir l'ancien équilibre des deux étalons monétaires et en assurer la stabilité dans l'avenir.

Conventions au sujet de la Tunisie.

M. Haiiotaux obtint des puissances leur renonciation soit au bénéfice des capitulations, soit au régime douanier spécial (droit unique de 8 p. 100 ad valorem) que leur avaient assuré des traitée passés -avec la Régence avant notre protectorat. Les con^■entions accordèrent le plus souvent aux produits de la partie contractante le traitement de la nation la plus favorisée, la France exceptée. Des déclarations dans

ce sens furent échangées avec l'Autriche-Hongrie (20 juillet 1896), la Russie et la Suisse (14 octobre 1896), l'Allemagne (18 novembre 1896), la Belgique (2 janvier 1897), l'Espagne (12 janvier 1897), le Danemark (26 janvier 1897), les Pays-Bas (3 avril 1897), la Suède et la Norvège (5 mai 1897). L'Italie, par le traité du 28 septembre 1896, obtint les droits du tarif minimum français et consentit à supprimer la posteitalienne de Tunis.

La Grande-Bretagne, qui avait un traité perpétuel avec la Régence, y renonça moyennant le traitement de la nation la plus favorisée, avec un régime de faveur pour ses cotonnades jusqu'en 1913 (accord du' 18 septembre 1897).

La nouvelle justice.

Modifications à l'instruction criminelle.

La loi du 8 décembre 1897 modifia certaines règles de l'instruction pour les crimes et délits. L'interrogatoire devait avoir lieu dans les vingt-quatre heures après l'arrestation, sinon la mise en liberté immédiate était obligatoire. La présence d'un conseil, choisi par l'inculpé, était exigée. L'interdiction de communiquer était limitée à certains cas.

Aux privilèges exagérés qu'accordait aux magistrats l'ancienne législation, succédèrent, à partir de ce moment, d'autres privilèges excessifs donnés aux inculpés, ce qui rendit de plus en plus difficile l'exercice de la justice. Aussi verra-t-on continuellement des non-lieu clore des instructions de vols et d'assassinats et, quand des affaires élucidées suivront leur cours, des acquittements incompréhensibles — près-

que scandaleux — rendre à la liberlé des coupables bien défendus par d'habiles avocats. D'ailleurs, do malins magistrats se créèrent une popularité en prenant souvent fait et cause pour les accusés. Contrairement à l'ancienne morale, la \ertu fut punie et le vice récompensé, car les honnêtes gens n'eurent plus la protection qu'ils devaient espérer, et les malfaiteurs furent trop souvent pardonnes, parfois glorifiés.

Cette méconnaissance de la morale, cet état d'esprit anarchique devaient fatalement rendre de plus en plus nombreux les attentats contre la propriété et contre la vie, résultat attesté par les statistiques judiciaires.

L'affaire Dreyfus (1).

DlhlARCIIES DE LA FAMILI E.

Les familles Iladamard et Dreyfus s'efforcèrent <robtenir la re\ision du procès après la condamnation de Dreyfus qui subissait sa peine à Fîlc du Diable, d'où il envoyait à sa femme des lettres dans lesquelles il ne cessait de protester de son innocence, correspondance qui fut plus tard publiée pour intéresser le public à sa cause. Les deux frères du condamné, Mathieu et Léon Dreyfus, avaient annoncé au colonel Sandherr, chef du service des renseignements, qu'ils mettraient tout en œuvre pour obtenir la réhabilitation, et ils commencèrent, dans les jM'cmiers mois de 1895, des démarches auprès

(1) \'oir le volume précédent, pages 52 el 104.

l'RKSIDENCE DE M. FÉLIX FALRE (1895-1899) 77

criioainies politiques cl de directeurs de journaux. Ils ne purent rien obtenir à ce moment. Leurs tentatives allaient bientôt être facilitées par une loi, prohiulguée le 8 juin 1895, qui augmentait les cas de revision judiciaire (1). Elles furent surtout puissamment secondées par un officier supérieur du ministère de la guerre : le commandant Picquart.

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