AUX ÉTUDIANTS
Camarades ! Les Allemands osent fouler le sol de Lille, patrie du glorieux Faidherbe. La municipalité socialiste s'apprête à recevoir triomphalement Liebknecht, Bebel, Singer, députés au Reichstag. Nous ne laisserons pas s'accomplir cette profanation sans une protestation vigoureuse. Camarades, tous a la gare aujourd'hui, à 8 heures, pour protester de toute la force de notre patriotisme insulté. A bas l'internationalisme! A bas le drapeau rouge ! Vive la France ! Vive la République nationale ! Vive la paix sociale !
Le 23 juillet, le cortège socialiste, avec les fanfares qui l'accompagnaient, furent bousculés, et des rixes commencèrent. Les désordres prirent bientôt une tournure grave. La gendarmerie et la police ne purent maîtriser la foule et la troupe dut intervenir. On se battit pendant plusieurs jours dans les rues. Le 26 juillet, l'élection d'un conseiller général, dans le canton sud-ouest de Lille, donna pourtant encore la majorité au candidat socialiste international, M. Ghesquière, élu par 2.005 voix contre 1.950 accordées à M. Barrois, républicain modéré. Des manifestations se produisirent contre M. Ghesquière.
Le 24, le préfet, M. Vel-Durand, suspendit de ses fonctions M. Delory, maire de Lille, pour avoir, ayant « mandat d'assurer le maintien du bon ordre et de la sûreté publique, pris part officiellement, les 23 et 25 juillet, à des manifestations qui ont gravement compromis la tranquillité publique ».
Le congrès de Lille s'occupa de la conduite que devraient tenir les délégués français à Londres et des votes qu'ils émettraient sur les affaires débattues. Relativement à la question agricole, il leur donna mandat « de laisser au parti socialiste de chaque pays la liberté de sa politique vis-à-vis des populations agricoles ». Il demanda qu'un projet fût déposé dans les divers parlements pour la réduction du temps de service actif dans les armées européennes par convention internationale. Il réclama aussi un tribunal arbitral pour la résolution pacifique des conflits entre les nations d'Europe. Le congrès décida d'intervenir dans toutes les élections comme par le passé. .
Congrès socialiste international de Londres.
Le congrès dura du 27 juillet au 2 août 1896. C'était le quatrième d'une série commencée par le congrès de Paris réuni pendant l'exposition de 1889. A Paris, les possibilistes et les marxistes avaient fait deux conférences séparées. En 1891, à Bruxelles, l'union s'était réalisée. A Zurich, en 1893, les trades-unions avaient envoyé des députés. A Londres, en 1896, tous les groupements ayant figuré aux congrès précédents se retrouvèrent, mais on constata des divisions.
Jusqu'à ce moment, les anarchistes avaient été exclus; ils se trouvèrent admis pour la première fois à Londres. Au congrès de Zurich. M'. Bebel et les Allemands avaient fait voter que seuls seraient acceptés dans ces réunions les groupes socialistes adhérant à Yaction politique, c'est-à-dire ceux qui préconisaient la conquête des pouvoirs publics par les moyens légaux. Depuis, les anarchistes s'étaient unis aux socialistes-révolutionnaires et avaient conquis beaucoup de syndicats ouvriers par qui ils s'étaient fait déléguer, et. ils s'étaient trouvés en majorité dans la section française et dans la section hollandaise. Ils aA'aient la moitié des voix dans la section italienne. Les collectivistes parlementaires de France, qui se croyaient sûrs de la majorité des syndicats, se trouvèrent tout à coup en minorité, et se virent obligés d'accentuer leur attitude et de suivre les révolutionnaires, qui comptaient des notabilités de ce parti : MM. Jean Grave. Emile Pouget, Tartelier, Malatesta, etc.
Les socialistes parlementaires étaient représentés par MM. Jaurès, M'illerand et Viviani. Les deux présidents élus de la section française (124 membres), furent MM. Vaillant, député de Paris, et Guérard, secrétaire du syndicat des chemins de fer. Ces deux derniers groupaient sous leur direction 77 membres, tandis que MM. Guesde, Jaurès et M'illerand n'en réunissaient que 47 (1).
Dans le congrès, le vote se fit par nationalités, de sorte que l'Australie, la Roumanie et la Bulgarie, représentées par un seul délégué, avaient un suffrage comme la France, avec ses 124 délégués, ou l'Allemagne avec ses 46 délégués.
A part l'Angleterre, la France et la Hollande, toutes les autres délégations, composées en majorité de social-démocratesvcollectivistes, n'admirent pas leurs minorités. Ces dispositions préparatoires prirent trois journées sur les cinq jours et demi de durée du congrès. On vota donc à la hâte, dans im grand désordre, les rapports des commissions c reposées de collectivistes parlementaires, dont voici les principales conclusions : suppression des armées permanentes et institution d'un tribunal d'arbitrage (obtenus par voie parlementaire), grèves et mouvements ouvriers combinés avec l'action politique h qui est le moyen par excellence d'affranchir le pro-
(1) M. Guesde avait demandé à la section française d'exclure les anarchistes, mais 57 voix contre 56 avaient décidé qu'ils seraient admis s ils représentaient des syndicats. M. Millefand, au nom de la minorité, refusa d'aQcepter cette décision et, à l'assemblée générale, il proposa la constitution d'une seconde section française-. : « Nous n'acceptons pas, dit-il, de conférer avec les anarchistes. » Le vole par nationalités donna cesi résultais : 14 voix pour la proposilion Millerand, 1 contre (Angleterre, Belgique, France et Hollande).
létariat », entretien et instruction des enfants par l'Etat, accessibilité à tous les degrés de l'enseignement, etc.
Il fut décidé que le prochain congrès se tiendrait en Allemagne en 1899 et, en cas d'opposition du gouvernement de Berlin, à Paris pendant l'exposition de 1900. On ne devait plus admettre les anarchistes. Seuls seraient acceptés les partisans de l'action parlementaire qui est un des « moyens nécessaires » pour obtenir la socialisation des biens.
Ce congrès démontra que l'organisation du parti se perfectionnait et que les socialistes devenaient plus puissants dans presque tous les pays. Ils avaient obtenu, en Allemagne, deux millions et demi de suffrages et envoyé au Reichstag plus de 30 députés. Ils avaient nommé, en France, une cinquantaine de députés et obtenu la majorité dans un certain nombre de municipalités. Ils avaient, en Angleterre, une forte organisation, respectée et même encouragée par les deux grands partis de la Chambre des communes, qui avaient voté, en 1894, la journée de huit heures.
L'empereur de Russie en France (cctobre 1896).
La visite du tsar Nicolas II en France avait une grande importance politique. Longtemps considérée comme impossible, elle prouva que, malgré la différence des systèmes de gouvernement, une entente complète avait pu s'établir et que l'isolement de la France en face d'une Europe ennemie ou hoslile avait pris fin.
L'empereur Nicolas II, accompagné de l'impéra-
trice, après avoir visité les cours d'Autriche, d'Allemagne, de Danemark et d'Angleterre, termina son voyage par la France. Tandis que, dans les autres pays, réunions de famille ou cérémonies de ga'a restèrent sans signification politique, malgré certaines tentatives de Guillaume II — qui échouèrent devant la fermeté tranquille du tsar, attestée par les toasts aimables et froids de Breslau — la réception, en France, prit tout de suite un caractère particulier par l'enthousiasme du peuple et par la cordialité des paroles échangées entre le président de la République et Nicolas II. Ces discours sortirent de la banalité habituelle et affirmèrent solennellement l'union de la France et de la Russie, scellée par Alexandre III et résolument confirmée par son fils. Ces déclarations provoquèrent un vif enthousiasme, et la France fit à Nicolas II une réception merveilleuse.
Par une délicate attention, le tsar vint avec l'impératrice et la jeune grande-duchesse Olga. Il dé barqua à Cherbourg le 5 octobre. L'escadre du Nord l'avait escorté dans les eaux françaises. Le président de la République, les présidents du Sénat et de la Chambre, le président du Conseil et les ministres des affaires étrangères et de la marine le reçurent dans le port. Après une revue de la flotte, il y eut un grand dîner à l'arsenal.
A leur arrivée à Paris, le 6, dans une gare spécialement construite, à Passy, les souverains trouvèrent lés ministres avec les présidents et les bureaux des Chambres. Sur le parcours jusqu'à l'ambassade de Russie, une foule compacte manifesa . son enthousiasme. Le tsar rendit visite à M. Félix
Faure et vit à l'Elysée les ministres, les présidents et beaucoup de membres de la Chambre et du Sénat. Il s'entretint avec la plupart d'entre eux, ainsi qu'avec les généraux commandant les corps d'armée et les hauts fonctionnaires.
Le soir, au grand dîner donné à l'Elysée, le président de la République porta un toast à l'empereur et à l'impératrice.
La présence de Votre Majesté parmi nous, dit-il, a scellé, aux acclamations de tout un peuple, les liens qui unissent les deux pays dans une harmonieuse activité et dans une mutuelle confiance en leurs destinées. L'union d'un puissant Empire et d'une République laborieuse a pu déjà exercer une action bienfaisante sur la paix du monde. Fortifiée par une fidélité éprouvée, cette union continuera à répandre partout son heureuse influence.
L'empereur répondit :
Je suis profondément touché de l'accueil qui nous a été fait, à l'impératrice et à moi, dans cette grande ville c'e Paris, source de tant de génie, de tant de goût et de tant de lumières.
Fidèle à d'inoubliables traditions, je suis venu en France pour saluer en vous, Monsieur le Président, le chef d'une nation à laquelle nous unissent des liens si précieux.
Ainsi que vous l'avez dit, cette amitié ne peut avoir, par sa constance, que la plus heureuse influence.
La soirée se termina par un gala à l'Opéra, qui fut une nouvelle occasion pour la foule de faire une ovation au tsar et à la tsarine.
Le 7, les souverains visitèrent les principaux monuments et, au Panthéon, le caveau du président Carnot; ils terminèrent par les Invalides et le monument, de Napoléon Ier. L'après-midi, ils posèrent la première pierre du pont Alexandre III, construit
en vue de l'exposition universelle de 1900, entendirent une poésie de M. de Heredia, et l'impératrice accueillit a\ec empressement un groupe de jeunes filles lui apportant un vase en argent ciselé, don du commerce parisien. Ils virent ensuite la Monnaie et assistèrent à une séance de l'Académie française, où François Coppée leur adressa un compliment en vers. Ce fut ensuite une brillante réception à l'Hôtel de Ville. Enfin, le soir, le tsar et la tsarine se rendirent à une représentation de gala au Théâtre Français.
Dans la matinée du S, ils parcoururent les salles du Louvre. L'après-midi, ils allèrent à Versailles, toujours acclamés par la population rangée sur leur passage. Un dîner eut lieu dans la galerie des Batailles du palais, ensuite une représentation dans le salon d'Hercule.
Le lendemain, les souverains passèrent une revue des troupes des 2e, 6e et 7e corps d'armée au camp de Châlons, le tsar à cheval, l'impératrice et M. Félix Faure en voiture. Le ministre de la guerre, suivi du général Saussier, gouverneur de Paris, ouvrit le défilé. La revue, favorisée par le beau temps, se termina à 3 heures, et l'empereur félicita le général Billot de la remarquable tenue des troupes. L'assistance témoigna sa patriotique émotion. Un déjeuner fut servi sous une tente, auquel prirent part les ministres, les bureaux des deux Chambres, les généraux et les chefs de corps, l'ambassade de Russie.
Le toast du. président de la République affirma l'importance de ces belles journées terminées par une grandiose manifestation militaire :
Comme un sourire d'heureux augure, le charme de la
présence de Sa .Majesté l'impératrice restera gracieusement lié à cette visite.
A Paris, Vos Majestés ont été acclamées par la nation tout entière; à Cherbourg et à Châlons, par ce qui lient le plus au cœur de la France : sa marine et son armée.
L'armée française salue ici Votre Majesté.
A chacun des fréquents anniversaires de leur glorieux passé, marins et soldats français échangent avec leurs frères "de Russie le témoignage de leur cordialité et leurs vœux.
Aujourd'hui, au nom de l'armée et de la marine françaises, je prie Votre, Majesté de recevoir, pour ses armées de terre et de mer, l'affirmation solennelle d'une inaltérable amitié.
Je bois à l'armée et à la marine russes. Je lève mon verre en l'honneur de S'. M. l'empereur Nicolas II -et de S. M. l'impératrice Alexandra Feodorovna.
L'empereur prononça les paroles suivantes :
Dans le port de Cherbourg, à notre arrivée, j'ai pu admirer une escadre française. Aujourd'hui, à la veille de quitter votre beau pays, j'ai eu le plaisir du spectacle militaire le plus imposant en assistant à la revue des troupes sur le terrain habituel de leurs exercices.
La France peut être fière de son armée.
Vous avez raison de le dire, Monsieur le Président, les deux pays sont liés par une inaltérable amitié. De même, il existe entre nos deux armées un profond sentiment de confraternité d'armes.
Je lève mon verre en l'honneur de vos armées de terre el de mer, et je bois à la santé de Monsieur le président de la République française.
Les souverains montèrent dans le train impérial à la gare de Chàlons et furent accompagnés jusqu à la frontière par, le général de Boisdeffre el l'amiral Gervais.
L'empereur de Russie, par sa simplicité et sa franchise, avait su gagner le cœur de tous ceux qui l'avaient approché. Il laissa 100.000 francs pour les
Troisième République (IS941806). 19
pauvres de Paris. 11 s'élait entretenu très cordialement, le premier jour, avec les principaux membres du Parlement, et avait tenu à se rendre, peu après, chez les présidents dès deux Chambres. L'es visites, non prévues clans le programme du protocole, furent très commentées et prouvèrent que le tsar acceptait l'organisation politique de la France avec toutes ses conséquences, malgré les assertions contraires de certains hommes politiques hostiles à notre pays.
Toute la presse française, sans distinction de parti, se félicita de l'union désormais intime de la France et de la Russie.
Les journaux anglais approuvèrent avec discrétion ces fêtes et les discours, en émettant l'avis que l'entente proclamée ne portait pas ombrage à la Grande-Bretagne. Celle-ci pourrait même se joindre aux deux nations unies. « Cette entente serait un véritable concert européen, dit le Daily Telegraph. et les ordres fermement donnés par ces trois puissances seraient très vite exécutés. » Le Times estima que la France avait remporté une brillante victoire diplomatique; elle avait renversé le chef-d'œuvre politique de Bismarck et repris sa place dans le concert des nations européennes. Son correspondant de Paris observa que, depuis huit ans, Guillaume II occupait la première place sur la scène du monde. « II avait déployé des aptitudes si variées qu'elles excitaient rétonnement des peuples. » Et Nicolas II, qui, la veille des fêtes de Moscou, était presque inconnu, « plus jeune, grave et presque taciturne, timide et san^ force apparente ». avait affronté aver. succès « les situations compliquées des entrevuer
de Breslau et de Gœrlitz », entretenu seul, sans ministre, lord Salisbury, le plus expérimenté des diplomates, n'avait écouté que son inspiration, suivi que sa volonté absolue, et avait soulevé « l'enthousiasme d'une grande nation jusqu'aux limites de l'impossible, se plaçant très haut, très loin en avant de V autre... ».
Les journaux allemands et autrichiens, après avoir d'abord traité avec dédain et ironie les fêtes francorusses, devinrent plus graves et reconnurent l'existence d'une alliance qu'il était désormais impossible de nier et qui pouvait avoir des conséquences incalculables.
En Italie, certains journaux inspirés par M. Crispi, se distinguèrent par leur animosité coutumière. Les journaux officieux louèrent l'éclat des fêtes et reconnurent le succès politique de la France, qui avait reconquis sa place au premier rang. D'autres exprimèrent des regrets que l'Italie se fût engagée dans la Triplice qui ne lui avait valu aucun avantage, tandis que l'alliance franco-russe, semblait à présent diriger la politique européenne. Ils remarquèrent que le tsar visitait toutes les grandes cours de l'Europe à l'exception de celle d'Italie. « On dirait que l'Italie n'existe pas », dit le Secolo XIX.
Session extraordinaire.
Un décret convoqua les deux 'Chambres en session extraordinaire pour le 27 octobre. Depuis l'application de la Constitution de 1875, cette session d'automne n'a jamais été une session extraordinaire, comme elle devait être. Elle a été, au contraire, cha-
que année, occupée régulièrement par la lâche la plus importante du Parlement et, l'on peut ajouter,, la plus mal remplie : le vote du budget.
MM. Loubet et Brisson, au Sénat et à la Chambre, ouvrirent la séance en lisant un télégramme de remerciements adressé par l'empereur de Russie au président de la République, et ils tinrent à célébrer, aux applaudissements de chaque assemblée, l'heureux événement de la visite de Nicolas II. « La Chambre des députés qui, dès 1881, sous la présidence de Garnbetta, manifestait solennellement les sympathies de la France pour la Russie, dit M. Brisson, voudra sans doute, en ouvrant sa session, rendre le salut à notre auguste visiteur et lui adresser, ainsi qu'à Sa Majesté l'impératrice, ses souhaits pour la gloire de leur règne et la prospérité de leur empire... »
Le gouvernement s'associa aux paroles de MM. Brisson et Loubet.
Les affaires d'Arménie.
Histoire de l'Arménie. -- Les massacres.
Après la guerre turco-russe de 1877-1878, le sultan Atdul-Hamid se vit obligé de signer le traité de San- Stefano (1878), dont l'article 6 lui imposait de « réaliser sans retard les améliorations et les réformes exigées par les besoins locaux dans les provinces habitées par lès Arméniens et à garantir leur sécurité contre les Kurdes et les Circassiens ». Les puissances, réunies en congrès à Berlin, transformèrent ce traité de San-Stefano en traité de Berlin; elles
rendirent plus sévère la tutelle imposée au sultan en ajoutant au texte que nous venons de citer les conditions suivantes : « Elle (la Sublime Porte) donnera connaissance périodiquement des mesures prises à cet effet aux puissances qui en surveilleront l'application. »
L'attention de l'Europe s'était portée depuis longtemps sur la situation déplorable de ces malheureux Arméniens. Leur région d'origine était celle des hauts plateaux, vaste contrée au sud du Caucase, dans l'Asie Mineure. C'est une des races les plus anciennes du monde, et celle qui a subi -le plus de persécutions.
Les noms de leur histoire nous reportent aux premiers temps, aux plus anciens souvenirs de l'humanité ! Leurmontagne, c'est le mont Ararat, où l'arche de Noé s'est arrêtée; leurs coteaux, d'après leurs légendes, ce sont ceux où la première vigne a été plantée; leurs fleuves, ce sont l'Euphrate, le Tigre, le Physon, le Géhon, ces fleuves qui, suivant les anciennes traditions, étaient ceux du paradis terrestre et qu'on voit figurer dans les peintures du moyen âge; leurs héros, ce sont les héros de l'histoire ancienne : Mithridate, qui résista aux Romains; puis, au moyen âge, les Lusignan, qui furent rois d'Arménie; puis cette longue dynastie arménienne, les Bagratides, les D'agralions, dont le dernier héros fut tué à la bataille de la Moskowa. La série des malheurs el des conquérants fut épouvantable; c'est Tamerlan qui passe avec ses hordes sur l'Arménie; au xvu° siècle, c'est Schah Abbas, souverain de la Perse, qui brûle, pille tout le pays, qui conçoit la pensée d'anéantir toute cette race et entraîne au fond de la Perse ceux qu'il n'a pas massacrés. Enfin, à la fin du xix" siècle, siècle de la civilisation, survient une invasion de barbares dignes d'être comparés aux barbares anciens. (Discours de M. Denys Cochin à la Chambre, le 3 novembre 1896.1
Napoléon Ier chercha à atteindre la Russie du côté asiatique et conclut une entente avec Abbas-Mirzà,
prince héritier de Perse, et ses défaites de 1814 entraînèrent la perte de son allié. Abbas recommença la lutte en 1826, mais, vaincu de nouveau, il fut contraint de signer le traité de Tourmanchaï, qui consacra le partage de l'Arménie. La Russie, qui, depuis 1802, s'étendait constamment sur ses territoires, l'envahit, en 1853 et en 1878, avec la résolution de gagner, à travers ses montagnes, un débouché sur la Méditerranée par le golfe d'Alexandrette. Les puissances européennes l'arrêtèrent chaque fois dans ses tentatives de conquête. Cependant, elle garda les. provinces d'Erivan et d'Elisabethpol avec une partie du gouvernement de Tiflis, qui comptaient un million et demi d'habitants. La Russie s'est naturellement toujours montrée hostile aux tendances nationales de l'Arménie qui voudrait redevenir indépendante.
. Les trois villes dont l'industrie et le commerce sont les plus florissants sont Erivan, Tabriz et Erzeroum. Cette dernière est le point de croisement des routes de caravane qui vont du golfe Persique à la mer Caspienne et à la mer Noire.
Ce qui aggravait la faiblesse de cette race, c'est qu'elle était disséminée, noyée au milieu de populations hostiles.
Les anciennes provinces qui ont jadis composé le royaume d'Arménie sont placées aux sources du Tigre et de l'Euphrate, entre la mer Caspienne, la mer Noire, le golfe Persique et le golfe d'Alexandrette, et sont soumises à trois dominations différentes : la Russie, la Perse et la Turquie. Dans les provinces turques, les Arméniens ne représentent pas plus de 13 p. 100 des habitants, ce qui rend leur sïtisation
plus difficile. A la suite de. la guerre de 1S77-T8 entre la Russie et la Turquie, des territoires de l'Arménie ont été réunis à la Russie, ce qui a reporté le centre de gravité de la nation arménienne, su haut l'expression d'Elisée Reclus, en Russie, au piod même du mont Ararat. Le catholicos d'Etchmiadzin, patriarche suprême de la nation arménienne, residc.it dans l'empire moscovite, au milieu des centres arméniens établis sur le versant septentrional de l'Ara rat.
Après la guerre turco-riDse, des Arméniens se réfugièrent en grand nombre en Russie, et des musulmans kurdes et lazes quittèrent les provinces annexées à la Russie pour passer en Turquie, où le nombre des Arméniens diminuait à mesure que celui de leurs adversaires augmentait.
Après le traité de Berlin qui délimita les frontières russo-turques, la partie de l'Arménie laissée à la Turquie comprit 187.000 kilomètres carrés et plus de deux millions d'habitants.
L'importance stratégique de L'Arménie vient de ses montagnes qui créent une barrière au milieu de l'empire ottoman et séparent deux de ses parties principales : l'Anotolie et la Mésopotamie. Pour avoir accès clans la fertile vallée de FEuphrate, la Turquie a besoin des passages de ces massifs.
Après comme avant le traité de Berlin, la Porte ne tint aucun de ses engagements. Les Arméniens furent tourmentés, leurs écoles fermées, leurs églises interdites. Le fanatisme turc conspirait à leur destruction. Les impôts étaient perçus sans ordre, sans contrôle, avec l'aide des cavaliers hamidiehs, tcherkesses et kurdes, enrôlés et armés par le gouverne-
ment, qui saisissaient les troupeaux et les vendaient à vil prix, ruinant des villages pour longtemps.
Non seulement les Arméniens, chrétiens, laborieux, intelligents et doux, même craintifs, avaient affaire à des voisins pillards mêlés à leur population, Kurdes, Lazes ou Tcherkesses, mais ils supportaient les tracasseries et les exactions d'une administration tyrannique et impitoyable.
En 1S95, une pétition résumant toutes les plaintes et les desiderata des Arméniens fut rédigée par un comité de Constantinople. Elle demandait la suppression de l'état de siège établi depuis plusieurs années; elle protestait contre les innombrables arrestations politiques, contre les tortures infligées aux détenus, contre les attaques incessantes des, troupes régulières et des Kurdes, contre les exactions des fonctionnaires et des percepteurs d'impôts; elle protestait surtout contre les massacres qui avaient eu lieu à Sassoun; elle réclamait la liberté de conscience, de la presse et des assemblées publiques, avec l'égalité de tous devant la loi; la diminution du nombre des divisions administratives dans les six provinces (vilayets) arméniennes : Erzeroum, Bitlis, Van, Sivas, Mamouret-ul-Aziz et Diarbékir, avec la répartition en divisions ethnographiques homogènes des populations de ces vilayets, sous l'administration d'un gouverneur général, européen délégué par les puissances d'accord avec la Porte.
Le 30 septembre 1895, plusieurs centaines d'Arméniens se rendirent au palais du gouvernement pour remettre cette pétition. La police de Constantinople s'y opposa. Il y eut résistance, conflit et quelques personnes blessées. A la suite de cet incident,
la terreur régna dans la ville. La police et la population turques firent de concert la chasse aux Arméniens. On compta quelques centaines de victimes.
Ce fut Je signal de nombreux massacres. Pendant les mois d'octobre.et de novembre 1895, les Turcs el les Kurdes attaquèrent les Arméniens à Erzeroum, à Trébizonde, à Bitlis, etc. On signala en particulier l'horrible tuerie d'Orfa, ancienne Edesse, au sud de l'Arménie, dans le vilayet d'Alep. Pendant deux mois, les Arméniens s'y trouvèrent pourchassés, et 3.000 d'entre eux, réfugiés dans l'église, y furent attaqués par les Turcs qui, après une véritable boucherie, mirent le feu et brûlèrent les derniers survivants.
Parmi les égorgeurs, se distinguèrent toujours, non seulement les Lazes sauvages et pillards, les Tcherkesses vivant de rapines, mais aussi les Kurdes organisés en milice régulière : les hamidiehs. On signalait encore des rédifs, soldats turcs de l'armée territoriale, avec des zaptieh, gendarmes chargés du service de police et du service de place. Les gouverneurs, les valis, les mutessarifs, les caïmakans ne faisaient rien pour s'opposer à ces scènes de barbarie. Ainsi se révélait la complicité du gouvernement ottoman.
Action dfs puissances européennes.
Constamment les ambassadeurs des grandes puissances faisaient des représentations et réclamaient des réformes, mais leur action ne produisait pas l'effet désirable parce qu'elle s'exerçait isolément. Et l'entente était difficile à cause de l'attitude de l'An-
gleterre dont on suspectait le désintéressement. Après la guerre turco-russe et avant la conférence de Berlin, elle s'était emparée de l'île de Chypre. En vertu d'une convention avec la Turquie, signée au mois de juin 1878, elle avait obtenu d'occuper l'île et s'était engagée à l'amélioration de la situation des Arméniens en Asie Mineure. Elle se présentait comme leur protectrice. M. Gladstone avait traité le sultan de « grand assassin », appuyé par des hommes politiques qui réclamaient une action énergique de l'Angleterre. Certains parlaient même d'un démembrement de la Turquie.
M. Hubbard dénonçait ces menées à la Chambre française le 3 novembre 1896 :
Les comités anglo-arméniens, dont le rôle dans la politique anglaise est si connu, qui, notamment, ont avec le parti libéral anglais des rapports étroits, ^e sont proposé depuis longtemps un but politique très clair et très certain : ils veulent provoquer, pour l'Arménie, un mouvement semblable à celui qui s'est produit pour la Bulgarie; ils vis"ent à constituer, pour la nationalité arménienne, un Etat indépendant, en Asie Mineure, sur les frontières de l'Arménie russe.
Il signalait le projet de démembrement dû à l'ancien secrétaire général du grand patriarcat arménien qui fut délégué à la conférence de Berlin et qui, retiré à Londres, et de connivence avec des hommes politiques anglais, proposait que l'Arménie fût occupée d'un côté par la Russie dans les six vilayets qui l'avoisinent, et, d'un autre côté, par l'Angleterre dans les deux provinces qui sont en face" de l'île de Chypre et qui constituent l'Arménie cilicienne.
Ces motifs de suspicion empêchaient l'accord des grandes puissances, en même temps qu'ils excitaient
les défiances et la colère de la Porte, qui y trouvait des raisons de résistance à toutes les réformes et à toute amélioration du sort des Arméniens.
« Depuis longtemps, disait M. Hanotaux, ministre des affaires étrangères, la diplomatie britannique surveille avec attention une contrée qui avoisine de si près le Caucase, la mer Noire, les rives du Bosphore, et dont la situation, aux sources du Tigre et de i'Euphrate, peut être décisive dans les problèmes qui touchent aux destinées de l'Asie. Des missions évangéliques en grand nombre sont répandues dans la région et sont les correspondants naturels des consuls et des diplomates. »
Cependant, à la fin d'octobre 1895, une entente intervint entre les ambassadeurs d'Angleterre, de Russie, et de France qui proposèrent un plan de réformes, mais il ne put être appliqué. Le mois suivant, les mêmes luttes et les mêmes massacres recommencèrent.
Les Turcs protestaient de leurs intentions pacifiques et se prétendaient poussés à bout par des conspirations et des émeutes continuelles. Les Arméniens étaient soulevés, ajoutaient-ils, par les ennemis de la Sublime-Porte. Zeki pacha, ministre de tf artillerie, disait au correspondant du Tagcblatt de Berlin :
Los Arméniens sont, à beaucoup d'égards, infiniment plus favorisés que les Turcs. Ils sont dispensés du service militaire moyennant une taxe ridiculement petite et ils ont dans leur patriarche un véritable chef spirituel qui peut les protéger; le peuple turc, au contraire, n'a nul intermédiaire annuel il puisse recourir enîrc lui et le gouvernement. Et, dans sa simplicité, il ne s'explique pas comment les Arméniens osent prétendre à la prédominance administrative dans de vastes provinces où ils ne forment pas le vingtième
•de la population. Notre peuple naïf ne saisit pas non plus pourcpioi l'Europe se poserait en défenseur des agitateurs arméniens, si ce n'était pas une espèce de fanatisme chrétien et dans le but d'anéantir l'islam à coups de bombes.
Troubles et massacres.
La presse anglaise essaya de soulever l'opinion publique en Europe contre les atrocités des Turcs, et représenta les Arméniens comme étant sans défense, pourchassés impitoyablement de province en • province. Une dépêche, du 30 janvier 1896, de sir Philip Currie à lord Salisbury estimait, à ce moment, à environ 25.000 le nombre des morts. Beaucoup de villages de plusieurs régions sont complètement dévastés, disait-il, sans qu'on puisse savoir le nombre des victimes, en particulier dans les campagnes de Karpout et de Yan. Si l'on connaissait le massacre de ces localités, le total des morts serait beaucoup plus élevé.
Il ne se passa pas de mois sans qu'on annonçât des combats et des massacres. Le 15 et le 16 juillet 1896, à Eghin, d'après les journaux anglais, il y avait eu 1.000 Arméniens tués; les autorités turques affirmèrent qu'il n'y en avait eu que 400. D'après ces dernières, la responsabilité de ces tueries devait toujours être imputée aux Arméniens qui avaient commencé les hostilités.
Troubles de Constantinople.
Au mois d'août 1896, éclata soudain à Constantinople même un étrange complot arménien, qui est resté un peu mystérieux dans son but et ses ori-
gines. Des insurgés s'emparèrent de la Banque ottomane, par un coup de main audacieux, le 26 août, et s'y barricadèrent, menaçant de la faire sauter si on ne leur accordait la vie sauve et la liberté. La population paisible paya pour ces révolutionnaires. Les envahisseurs de la banque se sauvèrent en partie, et 17 furent transportés en sécurité à bord de la Gironde. Mais, pendant plusieurs jours, le massacre des Arméniens ne discontinua pas. Les rapports d'une commission officielle évaluèrent le nombre des victimes à 2.250 Arméniens et 400 musulmans. Les Arméniens avaient été assommés par la population turque armée de gourdins ainsi que par des soldats réguliers conduits par des officiers.
Ces tueries cessèrent enfin quand les six ambassadeurs des grandes puissances, indignés, eurent remis au gouvernement une note ouverte exigeant la fin des désordres. Le 27 août, au lieu de le féliciter, suivant l'usage, à l'occasion de l'anniversaire de son couronnement, ils adressèrent au sultan la dépêche suivante, à Yldiz-Kiosk : « Regrettons événements d'ici; doivent cesser immédiatement, autrement porteront préjudice à la Turquie et à votre dynastie. »
En 1895, les massacres avaient eu lieu surtout en Asie Mineure. En 1896, ils s'étendirent dans toutes les provinces et se produisirent "souvent à Constanlinople sous les yeux des représentants étrangers qui ne parvinrent pas à les empêcher. Pendant le mois d'août, tandis qu'il y avait tant de victimes dans la population arménienne, les troupes n'avaient que 3 morts et 38 blessés.
300 HISTOIRE DE E-A TROISIÈME RÉPUBTjIO E
Le patriarcat arménien.
Le patriarche arménien, établi à Constantinople, s'était trouvé impuissant devant ce déchaînement de fureurs, pris entre les révolutionnaires arméniens et les musulmans. La plupart de ces palriarches avaient été obligés de se retirer sur le désir. de la Porte qu'ils ne pouvaient satisfaire. Mgr Achikian démissionna de force, sous les menaces des révolutionnaires, en 1894. Mgr Ismirlian, qui lui succéda, eut une position difficile, accusé par le gouvernement de représenter et de soutenir les Arméniens violents, tandis que ceux-ci lui reprochaient de pactiser avec les oppresseurs des chrétiens. Très énergique, il soutint courageusement la lutte contre la Porte, mais fut contraint de s'éloigner aussi. Son départ semble avoir été le signal des déplorables événements de la fin d'août 1896.
Enfin, après un intérim de plus de trois mois, pendant lequel trôna, clans la cathédrale de Koum- Kapou, le locum tenens Bartholomeos, intrigant levantin à la dévotion du gouvernement turc, un iradé autorisa l'élection d'un patriarche arménien, à la suite des demandes réitérées des grandes puissances.
Le 13 novembre 1896, l'Assemblée générale arménienne élut le nouveau conseil ecclésiastique et le nouveau conseil laïque du patriarcat.
Aucun des membres du conseil laïque provisoire précédemment nommés d'office par la Porte ne fut élu.
Le sultan sanctionna les deux conseils (laïque et religieux) élus par l'Assemblée arménienne. Les
conseillers s'assemblèrent le 17 novembre dans la cathédrale de Koum-Kapou et désignèrent cinq candidats au patriarcat. Ce fut Maghaki Ormanian, exarchevêque, candidat très populaire, qui réunit la majorité des suffrages. Le 18, Ormanian fut élu par l'Assemblée générale, et obtint 47 voix sur 65. C'était un ancien prêtre romain, libéral, théologien savant, bon orateur.
Comités arméniens-.
Des comités arméniens, constitués par les réfugiés, se constituèrent en France, en -Angleterre et en Amérique, où ils se livrèrent à une active propagande. C'est en Angleterre qu'ils -reçurent, avec le meilleur accueil, le plus d'encouragements. Les comités arméniens de Coiislantinople étaient les plus révolutionnaires et prêchaient l'emploi de tous les moyens pour forcer l'Europe à intervenir en leur faveur. Ils prétendaient se faire obéir par la terreur. Ils causaient un grand tort à leur cause en fournissant un prétexte aux massacres. Le Hiritchàk était le journal du plus important groupe révolutionnaire. Ces comités forçaient les Arméniens riches à verser des sommes élevées.
Dans un rapport adressé au ministre des affaires étrangères le 20 février 1894, M. Paul Cambon, ambassadeur de France à Constantinople, disait :
C'est vers 1885 qu'on entendit parler pour la première fois en Europe d'un mouvement arménien. Les Arméniens, dispersés en France, en Angleterre, en Autriche, en Amérique, s'unirent pour une action commune : des comités nationaux se formèrent, des journaux, organes de revendications nationales, se publièrent en français et en anglais,
et, très habilement, les uns et les autres, s'attachèrent à dénoncer les méfaits de l'administration turque. Par là on signalait à l'Europe la violation par les Turcs du traité de Berlin.
La propagande arménienne tâcha d'abord de gagner la France à sa cause et fit appel à ce qu'on nomme ses sentiments chevaleresques. On publia des articles de revue, on organisa des banquets, on prononça des discours, on manifesta sur la tombe de Lusignan à Saint-Denis. La France, il faut le reconnaître, n'y comprit rien et ne s'intéressa point à des gens qui lui parlaient du mont Ararat, de Noé et des croisades.
Les Arméniens' trouvèrent, à Londres, meilleur accueil. Le cabinet Gladstone attira les mécontents, les groupa, les disciplina; il leur promit son appui. Dès lors, le comité de propagande s'établit à Londres, où il prit ses inspirations...
Quelle solution proposer? Une Arménie indépendante? II n'y faut pas songer. L'Arménie ne forme pas, comme la Bulgarie et la Grèce, un Etat limité par des frontières naturelles ou définies par des agglomérations de popul .t on. Les Arméniens sont disséminés aux quatre coins de la Turquie et dans l'archipel proprement dit; ils sont partout mélangés aux musulmans. Ajoutez que l'Arménie est déjà morcelée entre la Turquie, la Perse et la Russie, et qu'au cas fort improbable où, à la suile d'une guerre, l'Europe proposerait la création d'une Arménie, il serait presque impossible de fixer l'orientation du nouvel Etat...
Il n'y a donc pas de solution possible à la question arménienne. {Le Livre jaune, affaires arméniennes, 1S93-1897.)
Cette conclusion pessimiste était un peu trop absolue. Il y avait une solution désirable : obtenir des réformes de la Turquie et surtout empêcber ses abominables massacres. Mais, pour cela, il fallait une diplomatie européenne unie et résolue, surtout désintéressée.
noi veaux mvssacres. — - impuissance d2 l'europe. Les Arméniens sont décimés.
Des massacres par les Kurdes et les troupes re-
commencèrent pendant trois jouis à Egliin, dans le vilayet de Kharpout, du 15 au 17 septembre 189G. On accusa les autorités ottomanes de complicité avec les Kurdes et d'avoir partagé le résultat du pillage. Les journaux anglais évaluèrent à 2.500 le nombre des tués et blessés, dont un millier de morts, y compris 400 enfants et des prêtres, et le nombre des maisons détruites à 000.
A Everek, près de Gésarée, localité déjà ensanglantée en 1895, les tribus kurdes se livrèrent à de nouveaux brigandages dans la ville et dans le village de Feiresse situé aux environs, le 30 octobre. Il y eut 53 tués, 73 blessés, 96 maisons brûlées et pillées.
Beaucoup d'Arméniens s'enfuirent en Russie, en Grèce, en Bulgarie et en Angleterre. Il en vint aussi en France.
Le sultan Abdul-Hamid encourageait ces atrocités, et ses ministres n'étaient que les serviles exécuteurs de ses volontés. Il opposait une invincible force d "inertie aux représentations des nations étrangères qui, séparées par leurs intérêts politiques, ne parvenaient pas à s'entendre pour une action commune. Au mois d'octobre 1896, l'Autriche avait insisté pour une intervention, mais la Russie se prononça contre « une mise en demeure et contre toute mesure capable d'amener de graves complications ». Aussi, peu à peu les diplomates se désintéressèrent du sort des Arméniens cjui restèrent livrés à leurs bourreaux. Les conversions forcées des chrétiens à l'islamisme devinrent définitives, car ceux qui tentèrent de revenir sur leur abjuration forcée furent presque tous égorgés.
De 1882 à 1912, la population arménienne de l'em-
Troisième R< p ibliqûe (1891-1896). 20
pire ottoman a diminué de plus de 500.000 âmes. Et ce chiffre doit être quadruplé pour représenter les pertes, car, en 1882, le total de la population arménienne dépassait 3 millions et l'accroissement naturel devait y ajouter 1 million d'individus. Or, en 1912, on ne comptait plus que 2 millions d'âmes. C'est donc bien environ ce même nombre d'Arméniens que les Turcs ont fait disparaître.
Débats parlementaires en France.
Le 3 novembre 1890. la Chambre consacra sa séance aux affaires d'Arménie, à la suite d'une interpellation de MM. Denvs Cochin, de Mun et Delaï'osse. Les deux premiers orateurs rappelèrent les odieux massacres des Turcs.
Suivant sa coutume, M. Hanotaux, ministre des affaires étrangères, lut une déclaration, exposant notre politique en Orient. Il dit que les Arméniens n'étaient en majorité sur aucun point de l'empire ottoman, ce qui les empêchait d'avoir un groupement central et autonome capable de défendre leurs intérêts généraux. Il rappela qu'un accord s'était établi outre les ambassades d'Angleterre, de Russie et de France. La Porte, sur leur influence, admit un système de réformes applicable aux vilayets d'Arménie. Cette entente intervint à la fin d'octobre 1895, mais le plan de réformes ne put être appliqué.
A partir de novembre 1895, les luttes et les massacres recommencèrent parlent. L'hiver de 1895-1896 a été surtout terrible. C'est ici que se placent les faits les plus graves... Leur énumération â\ quelque chose d'effrayant dans sa monotonie, et si les renseignements relatifs au chiffre des victimes sont difficiles à vérifier et jusqu'à un certain point
contradictoires, ce qui n'est que trop certain c'est qu'une calamité sans exemple s'est abattue sur ces malheureuses régions.
M. Hanotaux ajouta que, suivant une expression d'un de nos agents : « l'anarchie d'en haut amène celle d'en bas ».
Le ministre termina en disant que l'Europe saurait mettre le sultan en garde contre les influences néfastes, lui montrer la source du mal qui était la mauvaise gestion politique, financière et administrative, et lui iudiquer les moyens « de mettre un certain ordre sans lequel les Etats ne peuvent durer ;).
M. Jaurès se plaignit qu'aucune solution ne fût indiquée. Le sultan se jouait de l'Europe hésitante, incertaine, divisée. Puisque les gouvernements montraient leur impuissance, il fallait en appeler au prolétariat dont l'indignation et la volonté contraindraient les puissances à remplir leur devoir d'humanité.
La Chambre, par 451 voix "contre 54, repoussa l'ordre du jour de M. Jaurès et adopta, par 402 voix contre 90, celui de MM. Develle et Francis Charmes « approuvant les déclarations du gouvernement ».
La Turquie continue ses massacres.
Un nouveau projet de réforme, préparé par les ambassadeurs le 2 février 1S97, n'arrêta pas le gou vernement ottoman, et ceux-ci n'en reparlèrent plus. Après les grands massacres de 1894-1896, il y en eut d'autres, notamment à Tokat, au mois de mars 1897, comme pour braver l'Europe. Parfois le sultan, sur
les réclamations de certains ambassadeurs, punissait très légèrement les fonctionnaires coupables qu'il ne tardait pas à récompenser ensuite par de l'avancement ou des faveurs. Quelques ambassadeurs demandèrent qu'on adressât des représentations énergiques au gouvernement ottoman, appuyées par l'envoi d'un deuxième stationnaire dans le Bosphore; les puissances ne firent rien.
Néanmoins, M. Paul Cambon, notre ambassadeur à Constantinople, ne voulut pas laisser impuni l'assassinat de notre protégé, le père Salvatore, commis avec des raffinements de cruauté, le 22 novembre
1895, près de Maracb. A la suite d'une enquête du colonel de Vialar, notre attaché militaire, M. Cambon obtint que le chef des massacreurs, le colonel Mahzer bey, serait mis en jugement. M. Hanolaux annonça ce résultat à la Chambre le 3 novembre
1896. Malgré les promesses, cet officier turc resta en liberté. Il fallut que M. Cambon menaçât de quitter son poste pour qu'on constituât un conseil de guerre. Enfin, après de nouvelles injonctions, le colonel fut condamné à la déportation au mois de février 1897.
La Paissie consentit à se joindre à la France pour exiger la mise en liberté des Arméniens détenus, la dissolution du tribunal extraordinaire et des ordres aux valis afin de garantir la sécurité des chrétiens. Ces promesses avaient été faites à M. Cambon le 26 septembre 1896 et aucune n'avait été tenue. Les menaces de la France et de la Russie amenèrent enfin le sultan à proclamer une amnistie général- In 22 décembre 1896. Elle fut appliquée avec tant de perfidie que toutes les ambassades protestèrent en-
PRÉSrBENCE DE M. FÉLIX FAURE (1895-1899) 307
core en 1897; elles ne purent obtenir le payement des indemnités pour les dommages commis.
Après la révolution turque, l'Arménie, en 1908, adhéra avec enthousiasme à la Constitution et au comité Union et Progrès, croyant aux nouveaux principes proclamés de justice et de liberté. Son illusion fut de courte durée. Dans les effroyables -acres d'Adana périrent 20.000 Arméniens, hommes, femmes et enfants. Les bourreaux n'ont jamais été punis. La Chambre ottomane et le comité Union et Progrès n'ont jamais rendu justice aux victimes ni permis qu'on fît connaître la vérité. Même un des deux enquêteurs, envoyés par la Chambre, dont le rapport était' accablant, Agop effendi Babikian, député <le Rodosto, ayant commis l'imprudence de trop r. périt mystérieusement à son retour, et son rapport demeura secret. Pourtant un brouillon parvint au comité arménien qui le fît imprimer. Le Times en a donné un résumé. Agop effendi Babikian avait assisté au soulèvement bulgare de 1876, à l'insurrection bosniaque, aux massacres de Constantinople en 1896, à ceux du district de Kirk-Kilissé, mais, disait-il, « je n'ai jamais vu et n'aurais jamais pu imaginer des horreurs semblables à celles qui furent commises à Adana ».
Dernières tentatives de l'Europe (1913-1914).
En juin 1913, le premier drogman de l'ambassade de Russie à Constantinople établit encore un projet de réformes à introduire en Arménie, en se basant sur le projet de loi des vilayets, du 11-23 août 1860, élaboré par la commission européenne, sur les deux
projets présentés en 1895 par les ambassadeurs de France, de Grande-Bretagne et de Russie, sur le décret du sultan en date du 20 octobre 1895.
Les ambassadeurs des six grandes puissances se réunirent du 3 au 24 juillet 1913 pour étudier ce projet. L'Autriche, l'Allemagne et l'Italie le repoussèrent comme attentatoire à la souveraineté du sultan.
Au mois d'août, l'Allemagne établit un contreprojet, non moins attentatoire à la souveraineté du .sultan, mais pour lequel elle obtint l'adhésion cle la Russie. Son but était de montrer sa sollicitude aux Arméniens et cle s'attirer la reconnaissance de la Turquie en la persuadant qu'elle diminuait et adoucissait les mesures du projet russe. Après de pénibles négociations, la Russie, mandataire de l'Europe, conclut avec la Porte, le 7 février 1914 (26 janvier, vieux style), un accord par lequel deux inspecteurs généraux étrangers seraient placés à la tête des deux sections de l'Anatolie orientale (lre comprenant les vilayets d'Erzeroum, Trébizonde et Sivas, 2e les vilayets de Van, Bitlis, Kharpout, Diarbékir). Ces inspecteurs généraux auraient le contrôle de l'administration de la justice, de la police et de la gendarmerie. Des conseils généraux cle vilayets auraient la compétence fixée par la loi du 13 mars 1329 (1913). D'autres prescriptions réglaient l'action de la justice et de la force armée.
La guerre mondiale (1914-1918) rendit sa liberté à la Turquie, et cette alliée de l'Allemagne en profita pour recommencer les massacres des Arméniens avec plus cle férocité. Les horreurs commises sur les vieillards, les femmes et les enfants dépassent tout ce que l'imagination peut concevoir.
Interpellation sur l'Algérie (1).
Le 7 novembre 1890, s'engagea devant la Chambre la discussion d'une interpellation de M. Fleury-Ravarin sur l'Algérie, déposée depuis plus d'un an. M. Cambon, gouverneur général, fut nommé commissaire du gouvernement. Les débats, auxquels prirent part beaucoup de députés, durèrent plusieurs jours. Presque tous les orateurs demandèrent que les décrets de 1881 « dits de rattachement » fussent rapportés et que des pouvoirs plus étendus fussent accordés au gouverneur général.
En ce qui concerne le gouvernement généra], dit M. Fleury-Ravarin, on cherche à le dépouiller de ses attributions par les décrets de rattachement.
Dans l'état actuel des choses, celte substitution ne rend pas les services qu'on est en droit d'en atlendre. Le décret général qui définit le régime administratif -de l'Algérie place les services civils sous l'autorité directe des ministres compétents; un article permet d'y apporter, des .dérog? fions; mais tel est le principe : le gouverneur général n'a pas les moyens, étant loin de Paris, de faire prévaloir ses avis, et ses propositions peuvent être modifiées p;;r le:, ministres. Ce sont les bureaux des ministères qui, de Paris, disposent des crédits.
Certains orateurs demandèrent même l'autonomie complète de l'Algérie et l'indépendance du gouverneur. Cette proposition fut combattue par MM. Thomson, Viviani, etc., comme tendant ù créer une sorte de proconsul qui échapperait à toute autorité et à tout contrôle.
M. Cambon prononça un remarquable discours
(li Voir pages 93 et 149.
qui recueillit tous les suffrages et fut applaudi par tous les partis. Il montra l'insuffisance de ses pouvoirs, le désordre administratif causé par des ingérences étrangères à la colonie, la mauvaise organisation de la justice et des divers services, le manque d'autorité et de prestige du gouverneur vis-à-vis des indigènes. « Il faut, dit-il, que la France ne présente aux Arabes qu'un drapeau et qu'il n'y ait qu'une seule main pour le tenir. » Il conclut qu'il fallait remettre au gouvernement général les pouvoirs dispersés entre les divers ministères.
L'ordre du jour de M. Fleury-Ravarin, invitant le gouvernement à rapporter le décret de rattachement et à réorganiser la haute administration de l'Algérie, fut voté à mains levées.
Réorganisation administrative de l'Algérie. M. Lépine gouverneur.
A Fa suite de ce vole, le gouvernement rendit enfin un décret supprimant celui du 28 août 1881 qui avait rattaché les services publics de l'Algérie aux divers ministères. Le nouveau décret, du 31 décembre 1896, réorganisa la haute administration de l'Algérie. Tous les services civils se trouvèrent placés sous la direction du gouverneur général, à l'exception des services non musulmans de la justice, des cultes, de l'instruction publique, de la trésorerie et des douanes. Le gouverneur général pouvait traiter directement les affaires avec chaque ministre, avec le ministre de France au Maroc, avec le résident général à Tunis. Le budget des dépenses était préparé par lui. Ii avait sous son autorité tous les fonetionnakies civils et tous les militaires.
La loi de finances du 13 avril 1898 rendit applicable à l'Algérie la loi du 19 décembre 1850 sur l'usure. Le taux de l'intérêt légal fut abaissé de 6 à 5 p. 100; le taux de l'intérêt conventionnel en matière civile et commerciale se trouva limité à 8 p. 100.
M. Lépine fut nommé gouverneur général le 1er octobre 1897 en remplacement de M. Cambon.
Congrès catholiques. — Congrès d'instituteurs et de professeurs. — Interpellation.
il y eut plusieurs congrès catholiques à Reims, en 1896, suivis de fêtes, à l'occasion du 14e centenaire du baptême de Clovis. Une réunion de prêtres préluda aux différents congrès. Ensuite vint une assemblée d'évêques, sous les auspices du cardinal Langénieux, archevêque de Reims, qui donna l'assurance au ministre des cultes qu'il n'y serait pas question de politique, car on devait fêter uniquement le baptême de Clovis. En effet, les évêques ne se réunirent que pour des fêtes et cérémonies religieuses. En dernier lieu, se tint un congrès national catholique auquel assistèrent seulement 6 prêtres séculiers, 2 évêques, 2 vicaires généraux et 2 curés; le reste de l'assistance se composait de prêtres libres ou de laïques. Il y eut là des manifestations politiques; des discours furent prononcés en faveur du pouvoir temporel du pape. Le curé de Saint-Maurice, près de Paris, qui avait proféré des paroles passionnées, eut son traitement supprimé par le gouvernement.
Des congrès d'instituteurs avaient eu lieu en France pendant quelques années. Le dernier s'était
tenu le 4 septembre 1887, sous le ministère de M. Spuller, qui en avait accepté la présidence d'honneur. Peu après, ce ministre envoya une circulaire qui défendit la constitution d'une union nationale des instituteurs français. Au mois d'avril 1898, l'autorisation pour un nouveau congrès de professeurs fut demandée au ministre de l'instruction publique. Celui-ci, suivant l'avis de la section permanente du conseil supérieur, accorda seulement aux professeurs l'autorisation de former une société de secours mutuels, des sociétés d'études régionales et locales et des congrès régionaux ou communaux, à condition qu'on s'y occupât exclusivement des questions d'intérêt professionnel (juillet).
M. Mirman déposa à la Chambre une interpellation sur le refus opposé à ce dernier congrès. Elle se discuta le 12 novembre 1896. L'orateur opposa la liberté de réunion laissée aux ecclésiastiques ennemis de la République à la rigueur montrée envers les professeurs qui la défendaient.
AI. Rambaud, ministre de l'instruction publique, expliqua qu'il avait soumis la requête des professeurs à la section permanente du conseil supérieur.
•Cette section releva, dans les statuts, la constitution d'un comité central correspondant avec des bureaux locaux et fut frappée de la façon dont l'idée, présentée par un groupe de professeurs, était accueillie d'un certain milieu. On y voyait une fédération des professeurs.
La section rédigea, à la date du 30 juillet, une consultation très étudiée, fondée en droit, dont les conclusions furent adoptées par le ministre.
Je ne pouvais admettre l'existence d'un comité central et d'une fédération, la loi de 1884 sur les syndicats ne me paraissant pas applicable dans la matière.
Il existe une constitution universitaire où, à tous les degrés, il y a des conseils élus; au sommet de celte hiérar-
chie, il y a le conseil supérieur, dont, quarante-trois membres sont élus au suffrage direct par leurs pairs, et bien qu'on ait proposé un système de suffrage à deux degrés, le ministre a l'inlention de s'en tenir au suffrage direct, n'a y. nt aucun des sentiments de méfiance qu'on lui a prêtés pour l'Université, qu'il a servie plus longtemps que M. Mirman.
A quoi servirait le conseil supérieur si l'on admettait l'existence du comité central dont on a parlé?
Je suis disposé à favoriser de tout mon pouvoir l'association des sociétés de secours mutuels des membres de l'Université et à autoriser les congrès régionaux ou locaux destinés à débattre les questions professionnelles. Je ne saurais aller plus loin. Le corps enseignant n'y perdra rien. Je ne voudrais pas créer une Université dans l'Université.
M. Darlan, minisire de la justice et des cultes, expliqua ce qui s'était passé dans les trois réunions de Reims. Il dit qu'on avait sévi contre le seul prêtre qui avait prononcé des paroles répréhensibles. La conduite du cardinal Langénieux avait été très correcte. « Mais le ministre des cultes lui a écrit de s'abstenir à l'avenir de pareilles manifestations, et semblable recommandation a été faite aux autres évèques... Le gouvernement est décidé à faire observer par tous le respect de l'autorité civile et il reste le défenseur jaloux des droits de l'Etat. »
M. l'abbé Lemire, M. Bourgeois et M. Méline, président du Conseil, prirent part à la discussion.
Cette interpellation, qu'on avait cru dangereuse pour le ministère, lui valut un vote de confiance. 324 voix contre 225 adoptèrent l'ordre du jour suivant de MM. J. Legrand, Poincaré et Develle, accepté par le gouvernement :
La Chambre, approuvant les déclarations du gouvernement et comptant sur sa fermeté pour faire respecter les droits de l'Etat, passe à l'ordre du jour.
Le mode d'élection du Sénat. — Projets de réforme.
Les adversaires du cabinet, qui avaient compté le renverser au moment de l'interpellation Mirman, espérèrent meilleur résultat d'une proposition de M. Guillemet tendant à changer le mode d'élection du Sénat et discutée dans la séance du lô novembre.
L'extrême-gauche, quoiqu'elle préférât l'élection du Sénat par le suffrage universel, se rallia au projet de M. Guillemet qui instituait le suffrage à deux degrés. Le gouvernement repoussa le projet parce qu'il ne reposait pas sur des bases logiques et parce qu'on ne pouvait imposer au Sénat de le voter en quinze jours, pour le 6 décembre. Il était par conséquent impossible de l'appliquer aux prochaines élections sénatoriales. Le ministre de l'intérieur déclara : « La proposition de M. Guillemet est critiquable dans son principe et inapplicable en fait. Aussi le gouvernement, après avoir présenté ses observations, laisse-t-il à la Chambre la liberté de s'expliquer sur elle. » Le 17. la Chambre n'en vota pas moins la proposition de M. Guillemet avec 60 voix de majorité.
Le Sénat repoussa l'urgence, le 20 novembre, par 212 voix contre 32. C'était un ajournement indéfini de la question.
Néanmoins, le 2 décembre 1898, la Chambre vota encore, par 2 -A3 voix contre 228, malgré l'opposition du cabinet Dupuy, l'urgence sur une proposition de M. Gauthier (de iClagny) tendant à l'élection des sénateurs par le suffrage universel.
Le budget de 1897. — Clôture de la session extraordinaire .
Vingt-neuf séances furent consacrées à la discussion du budget, que passionna souvent l'extrême-gauche. Ce groupe s'efforça plusieurs fois de renverser le ministère, surtout à propos de la laïcisation des écoles de filles. M. Méline, président du Conseil, dut intervenir. Il refusa d'opérer immédiatement cette laïcisation, comme le demandait l'extrême-gauche, le gouvernement n'ayant pas les fonds nécessaires. Il dit que la loi de 1886 était appliquée, « selon sa lettre et selon son esprit, comme l'avaient fait les précédents ministères », et qu'il ne comprenait pas qu'on exigeât du dernier ce qui n'avait été exigé d'aucun, en particulier du cabinet Bourgeois. La Chambre donna raison au ministère en repoussant, par 326 voix contre 237, la seconde partie d'un ordre du jour de M. Millerand, « invitant le gouvernement à achever cette laïcisation dans le délai de deux ans » (26 novembre).
A propos du budget des affaires étrangères, M. Hanotaux fut encore mis en demeure de s'expliquer sur l'alliance franco-russe (21 novembre). Il lut le texte d'une déclaration, qui ne donna pas les éclaircissements réclamés par quelques députes. « Ce qui peut et doit être exprimé en public, dit-il, l'a été en termes mesurés, concertés et précis, par Sa Majesté l'empereur de Russie et par M. le président de la République... Le ministre des affaires étrangères s'en tient à ces déclarations. La fonction qu'il remplit, un intérêt supérieur que la Chambre
comprendra, lui font un devoir de ne rien ajouter au sujet d'une entente que personne ne songe p!us à nier ou à mettre en doute aujourd'hui. »
Le budget de la marine provoqua une intéressante discussion sur la situation de notre flotte et sur les réformes urgentes, vainement réclamées depuis vingt ans, qu'il convenait d'apporter dans l'administration de la marine. Incidemment, la question de l'amiral Duperré, qui était resté à l'étranger pendant la guerre franco-allemande, revint en discussion. Le vice-amiral Besnard, ministre de la marine, défendit ce dernier. Il rassura la Chambre sur l'état de notre flotte; il ajouta qu'un plan de réformes était à l'étude et qu'il proposerait les crédits nécessaires au fur et à mesure des besoins.
La discussion du budget ne pouvant être terminée à temps, le gouvernement demanda un douzième provisoire, qui fut voté par la Chambre et le Sénat. Puis, le président du Conseil donna lecture du décret clôturant la session extraordinaire de 1896 (19 décembre).
Ecoles supérieures de commerce.
Le 10 octobre 1896, une nouvelle école supérieure fut créée à Nancy par décret, dans les conditions prévues par l'article 23 de la loi du 15 juillet 1S89 sur le recrutement de l'armée, et spécifiées par le décret du 31 mai 1890. L'école de Nancy fut soumise aux règles générales applicables, d'après le décret précité, aux écoles supérieures de commerce.
Il y eut, après cette nouvelle création, dix écoles de ce 2'cnre en France. Paris en possédait trois :
YEcole des hautes études commerciales, YEcole supérieure de commerce et l'Institut commercial. Les autres écoles étaient à Lyon, Marseille, Bordeaux, Lille, Rouen et au Havre.
Le monopole de l'alcool. — Les cangers de l'alcoolisme.
Le mouvement en faveur du monopole de la fabrication de l'alcool par l'Etat s'accentua pendant l'année 1896. Des personnalités politiques de grande notoriété s'y associèrent. Le ministre des finances fL signer un décret instituant une commission extra-parlementaire chargée d'étudier le réuime de l'alcool et composée de députés, de sénateurs, de membres de l'Institut, de savants et d'hommes ayant une compétence spéciale, comme M. Alglave, professeur, qui soutenait cette réforme avec beaucoup d'ardeur depuis plusieurs années. Du rapport de cette commission, en date du 27 octobre 1896, il est utile de retenir les passages suivants :
En Russie a été institué un monopole fie la venle en gros et en détail; introduit à partir du 1" janvier 1895 dans quatre gouvernements de l'Est, il a été appliqué le 1" juillet 1896 aux neuf gouvernements du Sud et doit s'étendre progressivement.
En Suisse, il fonctionne en vertu de la loi du 23 décembre 1886 sous forme de monopole de la vente en gros, applicable aux seuls alcools industriels et laissant toute liberté aux distillateurs de vins et de fruits indigènes.
En Hollande, le monopole établi en 1862 ne porte que' sur la dénaturation des alcools d'industrie.
Les Etats Scandinaves, enfin, sans instituer un vérilab'c monopole, ont centralisé et spécialisé la vente des boissons alcooliques en vue d'en diminuer la consommation.
Deux ordres de considérations ont déterminé l'adoption de ces législations :
1° Le souci d'apporter un remède efficace et prompt aux effets désastreux de l'alcoolisme, et c'est cette préoccupation hygiénique qui paraît avoir principalement inspiré la plupart des systèmes dont il s'agit;
'2° La perspective de trouver des ressources nouvelles dans une organisation susceptible de produire des résultats financiers importants.
En France, l'attention de l'opinion publique s'est depuis quelque temps portée vers l'idée d'un monopole; ses partisans espèrent y trouver le moyen de résoudre et le problème fiscal et la question hygiénique.
Dès 18S7, la commission du Sénat et la commission extraparlen.entaire chargées d'étudier les réformes qu'il convenait d'apporter à la législation de l'alcool et, en général, au régime des boissons, avaient mis en évidence les dangers que fait courir à la santé publique la consommation de certains alcools. Toutes deux concluaient que l'intérêt du Trésor et les prescriptions les plus impérieuses de l'hygiène s'accordaient pour exiger qu'ils ne fussent livrés au public qu'à la condition d'avoir obtenu, par la rectification, un degré de pureté suffisant.
Les constatations des bureaux de recrutement militaire et l'augmentation du nombre des maladies mentales ne donnent que trop raison à ces conclusions.
Monnaies divisionnaires. — Monnaies étrangères. Loi du 30 novembre 1896 (1).
Au mois de juillet 1896, le ministère des finances publia la note suivante :
Les seules monnaies divisionnaires françaises ayant cours sont les suivantes :
Pièces de 2 francs et 1 franc, aux millésimes de 1866 et années suivantes;
Pièces de 0 fr. 50 et 0 fr. 20, aux millésimes de 1864 et années suivantes.
Toutes les monnaies divisionnaires portant un millésime
(l)Voir dans VHistoire de la 3' République de 1897 à 1899 les i hapitres relatifs au bimétallisme et au système monétaire, pages 69 et 70.
antérieur ont été démonétisées en vertu de diverses lois, dont la dernière est du 15 juillet 1866.
L'administration des monnaies invoquait, pour cette décision, la convention monétaire conclue le 23 décembre 1885 entre la France, la Belgique, li Suisse et l'Italie, et connue sous le nom d'Union latine. La loi du 15 juillet 1866, qui promulgua cette convention, prescrivait (art. 3) de retirer avant le 1er juillet 1S69 : les pièces de 2 francs, de 1 franc, de 0 fr. 50 et de 0 fr. 20 « fabriquées dans des conditions différentes de celles indiquées en l'article 1er de la présente loi ».
Les sous étrangers, importés en grande quantité e.i France, furent refusés d'abord par les caisses publiques, puis bientôt par toutes les administrations et par tous les commerçants, à partir du mois d'août 1896. Le gouvernement prit des «mesures contre l'introduction du billon étranger. On poursuivit devant les tribunaux les personnes se livrant à ce genre de spéculation. Les caisses de sous étrangers transportées dans l'intérieur de la France furent saisies et confisquées.
Le refus des sous étrangers, très répandus à Marseille, occasionna des troubles dans les premiers jours d'octobre.
Une interpellation se produisit à la Chambre le 7 décembre. Le ministre des finances répondit que les caisses publiques ne pouvaient accepter les sous étrangers — monnaie qui n'a pas de valeur réelle — ■ car ce serait une prime à l'importation.
Le Parlement vota une loi, promulguée le 30 novembre, pour interdire la circulation « en dehors du
Troisième République (1894-189G\ 21
rayon frontière, des monnaies de billon n'ayant pas cours légal en France, quand elles ne sont pas accompagnées d'une expédition délivrée par le service des douanes ou des contributions indirectes. Dans tous les cas, la monnaie saisie sera- confisquée ».
Le commerce en France et à l'étranger.
M. Charles Roux, rapporteur du budget du ministère du commerce en 1896, établit une comparaison intéressante du commerce français avec le commerce étranger. Il en résultait cjue la France, qui tenait autrefois le deuxième rang, après l'Angleterre, n'avait même plus le troisième, après l'Allemagne, qui menaçait d'enlever sa suprématie à l'Angleterre; elle était tombée au cinquième rang, après la Norvège.
Les affaires du commerce anglais avaient été, en 1895, de 17.570.089.175 francs, chiffre trois fois supérieur à celui du commerce français. Mais l'Angleterre s'inquiétait des progrès considérables de l'Allemagne, qui avait obtenu, la même année 9.253.875.000 francs, ce qui prouvait une augmentation de 332.777.000 francs sur la moyenne de la dernière période quinquennale. L'Angleterre restait la première puissance financière. Elle avait une masse de capitaux qu'augmentait une force de production extraordinaire, mais elle voyait diminuer son rôle d'entrepositaire. Elle cessait d'être le vaste dépôt de toutes les marchandises, où s'alimentait le monde entier, chaque pays parvenant à obtenir de première main ce qui lui était nécessaire, grâce au télégraphe, aux voies ferrées et à l'amélioration de
la navigation. Et la preuve en était dans le développement des ports du nord de l'Europe, qui alarmait l'Angleterre.
Brème, dont le mouvement, en 1880, était à peine de 1.169.000 tonnes, dépassait 2 millions. Hambourg semblait condamné, par sa situation géographique, à un avenir limité, et ce port allait devenir le plus important de l'Europe. D'un mouvement de 2.800.0C0 tonnes en 1880, il passait à 6 millions de tonnes en 1894, pour atteindre 6.256.000 tonnes en 1895, enlevant ainsi la première place à Liverpool.
C'est le Havre qui aurait dû obtenir la place prise par Hambourg, s'il y avait eu en France plus de méthode et d'esprit de suite dans la conduite des affaires. On avait trop négligé l'outillage. Le fameux plan Freycinet donnait les améliorations désirables, mais les sommes votées par le Parlement avaient été détournées de leur but.
Elles ont été répandues en manne électorale sur 86 département- : chaque ville, chaque bourgade, chaque village a voulu en avoir sa part, et, devant toutes ces demandes à satisfaire, les points principaux, dont nous aurions dû essentiellement nous occuper, ont été sacrifiés. Enfin, quand tel travail urgent a triomphé des épreuves et des formalités administratives et des sanctions parlementaires, et quand il entre dans la période de réalisation, nous apportons dans son exécution une telle lenteur, qu'il a perdu, au moment de son achèvement, une grande partie de son effet utile.
Depuis dix ans, l'exportation allemande avait toujours été plus importante que l'exportation française. L'Allemagne avait obtenu 619 millions de marks de plus que la France en 1895.
La statistique suivante de la marine commerciale à vapeur pour l'année 1887, l'année 1895 et pour
les cinq premières nations commerçantes, en ne comptant que les navires de plus de 1.000 tonneaux de jauge brute, donnait des indications précises :
1887 — Angleterre, G. 592. 496 tonneaux; France, 722.252; Allemagne, 628.296; Norvège, 150.689.
1895 — Angleterre, 9.984.280 tonneaux; Allemagne, 1.300.771; France, 864.528; Norvège, 455.317.
Ainsi, la France n'avait progressé que de 142.346 tonneaux, tandis que l'Angleterre s'augmentait de 3.391.784; l'Allemagne de 678.475; la Norvège de 304. G28. C'est-à-dire que la France n'avait accru sa marine marchande à vapeur que de 19,71 p. 100, lorsque l'Angleterre progressait de 51,44 p. 100r l'Allemagne de 108 p. 100 et ia Norvège de 202,27 p. 100.
En 1880, la France tenait, pour le commerce extérieur le second rang, après l'Angleterre. Elle atteignait le total de 8 milliards. 501 millions; les Etats- Unis venaient après avec 8 milliards 243 millions, puis l'Allemagne suivait avec 7 milliards 351 millions.
En 1895, le total des importations et des exportations s'élevait pour l'Angleterre, à 16 milliards 228 millions (importations 10 milliards 520 millions; exportations 5 milliards 708 millions); pour l'Allemagne, à 9 milliards 105 millions; pour les Etats-Unis, à 7 milliards 697 millions; pour la France (qui passait au quatrième rang), à 7 milliards 93 millions.
Les documents statistiques publiés par l'adminis- I ration des douanes de France donnaient les chiffres suivants pour 1896 : importations, 3.837. 147.000;
exportations 3.404.643.000; total : 7.241.790.000 francs (1).
Congrès pour la repopulation.
Le 2e congrès pour protéger et accroître la population se tint, au mois de décembre 1896, à la mairie du IXe arrondissement et dura huit jours, sous les auspices de la branche française de Y Alliance des savants et philanthropes de tous les pays, société fondée en 1892, avec le concours de nombreuses notabilités, pour l'amélioration et la moralisation de l'existence humaine.
M. le docteur Beitillon, auteur de savants travaux sur la démographie, répondit à M. Robin, qui avait dit préférer la qualité de la population à la quantité, que la quantité avait la plus grande importance et une influence considérable sur la qualité.
Il y a environ, exposa-t-il, 45 millions de Français dispersés sur le globe, 100 millions d'Allemands, 115 millions d'Anglais. Un livre paraît. Si ce livre est français, il recrutera ses lecteurs parmi ces 45 millions de Français, qui répandront dans la contrée qu'ils habitent l'influence de la littérature française; s'il est allemand, son action s'exercera sur 100 millions d'individus, et s'il est anglais sur 115 millions. Vous voyez donc que la grandeur intellectuelle de la France est mise en cause par la diminution de sa population.
Il y a cinquante ans, la France et l'Allemagne avaient
(li En 1912. les importations se sont élevées en France à 7.950.856.000 francs, contre 8.065.828.000 francs pendant le précédent exercice, marquant ainsi une diminution de 114.972.000 franrs. Les exportations ont accusé une augmentation de 559 495.100 francs, étant passées de 6.076.859^000 francs, à 6.636.354.000 francs
une population à peu près égale. Aujourd'hui, l'Allemagne compte 14 millions d'habitants de plus que la France. Dans quatorze ans d'ici, si la décroissance continue, l'Allemagne aura deux fois plus de conscrits que la France. Le danger est incalculable; c'est, à bref délai, la disparition de notre nationalité, car le vide, chez nous, attirera, comme en météorologie, la tempête. Et la tempête viendra du trop plein constaté au delà des Vosges (1).
Il ajouta que la statistique prouvait que la natalité était d'autant plus faible que la contrée, la Aille ou le quartier était plus riche. Il fallait donc aider les malheureux qui procréaient sans arrière-pensée ambitieuse, sans calcul d'intérêt, pour les décharger de leur lourd fardeau de famille.
Grève de Carmaux. — Fondation d'une verrerie ouvrière.
En 1895, avait éclaté à Carmaux, où s'étaient déjà produits des troubles en 1892, une grève qui dura longtemps et qui provoqua de nombreux incidents. Un ouvrier verrier, nommé Baudot, élu conseiller d'arrondissement, ayant fréquemment manqué au travail sans justifications, M. Rességuièr, directeur des verreries de Carmaux, prononça son renvoi. Tous les ouvriers se mirent aussitôt en grève (1er août 1895). Le directeur refusa tout arbitrage. Les grévistes voulurent alors reprendre le travail le 6 août, mais il leur fut répondu que l'établissement
(1) En 1913, l'excédent des naissances sur les décès était,' en Allemagne, de S40.000; en France, de 42.000. Dans le premier semestre de 1914, il y eut en notre pays — phénomène jiisqu alors inconnu — un excédent de 25.000 décès.
ayant été obligé de fermer, il était impossible de prévoir à quelle époque et dans quelles conditions la réouverture se ferait (7 août). Les ouvriers votèrent la continuation de la grève (18 août). Des rixes continuelles troublèrent la tranquillité de cette localité, autrefois paisible. La troupe dut assurer l'ordre et protéger la verrerie. Des journaux socialistes et des députés, surtout M. Jaurès, député du Tarn, intervinrent pour soutenir les grévistes, qui reçurent aussi des encouragements et des subventions des conseils municipaux radicaux et socialistes, entre autres.de celui de Paris et de celui d'Albi (10.000 francs).
M. Rességuier intenta, le 5 octobre 1895, un procès aux journaux la Dépêche de Toulouse et la Petite République, ainsi qu'à M. Jaurès, pour lui avoir porté un préjudice considérable par leurs attaques sans mesure. Les partis politiques s'en mêlant, les passions s'exaspérèrent. Des journaux de Toulouse prétendirent que des pressions officielles s'étaient exercées sur les juges qui n'étaient pas d'accord. Un haut magistrat ayant été attaqué par un journal, tous les autres magistrats et les avocats protestèrent et firent une démarche auprès de lui pour l'assurer de leur profond respect. Enfin, le 19 mars 1896, le jugement fut rendu et débouta M. Rességuier, condamné à tous les dépens. « Si la grève, qui était légale, disaient les considérants, dura longtemps, il n'est pas démontré que la cause en fût uniquement clans l'intervention des journalistes et députés assignés; cette intervention était d'ailleurs licite... »
Le directeur de la verrerie de Carmaux interjeta
appel. Il avait demandé à M. Waldeck-Rousseau une consultation juridique sur la loi des syndicats, et celui-ci avait rédigé un long mémoire qu'il est utile de rappeler, en raison de 1 importance de la question. En voici quelques passages :
Une association entre ouvriers de même profession est parfaitement licite, mais l'accession au syndicat d'une ou plusieurs personnes étrangères à la profession peut constituer tout à la fois une infraction à la loi de 1884 et une infraction aux articles 291 et suivants du Code pénal...
Enfin, et pour envisager toutes les hypothèses, si l'intervention d'un tiers dans une grève licite ne constitue pas une infraction délictueuse, ce fait, comme tous autres, peut, suivant les circonstances, constituer un quasi délit.
L'article 1382 du Code civil s'applique à tous les faits quelconques de l'homme, du moment où ils constituent une faute ou une imprudence. Vis-à-vis des ouvriers dont il se constitue, le conseil, le negotiorum geslor ou le mandataire, le tiers engagera sa responsabilité s'il agit non dans leur intérêt mais dans le sien propre; s'il cède, en leur faisant commettre des actes préjudiciables pour eux, à des mobiles personnels; vis-à-vis du patron, il répondra même de sa seule imprudence... .
Les énonciations de l'assignation, les articles de la Petite République et 'de la Dépêche établissent que, dès le début et pendant toute la durée du chômage, rien n'a été épargné pour rendre M. Rességuier odieux, pour susciter des haines contre lui et exaspérer les colères.
(Ici M. Waldeck-Rousseau citait des extraits des divers articles de la Petite République et de la Dépêche.)
Ces quelques extraits montrent tout à la fois le but poursuivi : maintenir à tout prix le chômage et les n oyens employés. De même que rien n'a été négligé pour rendre le patron odieux à ses ouvriers, de même les manœuvres se succèdent dans le but d'empêcher de nouveaux engagements.
Ces faits étant ainsi précisés et sans qu'il soit nécessaire de les colorer davantage en faisant aux deux journaux, la Petite République et la Dépêche, de plus amples emprunts, il apparaît que l'action en responsabilité intentée par M. Ressécïiier est absolument justifiée...
Dans l'appréciation des fautes de cette nature et sans
prétendre tracer aux tribunaux des règles d'interprétation, il apparaît d'ailleurs qu'une distinction doit être faite entre les intéressés dans la grève, c'est-à-dire les ouvriers, et ceux qu'on a, plus haut, appelés les tiers ou les non professionnels. Les piemiers, engagés dans un conflit d'intérêt qui leur est personnel, peuvent plus aisément se tromper sur la mesure de leur droit et dans l'appréciation de leurs actes et de leurs paroles; il y a lieu de tenir compte des événements sous l'impression desquels ils agissent.
Les seconds, au contraire, libres d'intervenir ou de ne point intervenir dans un débat de cette nature, généralement plus éclairés, mieux instruits de ce qui est permis et de ce qui est défendu, s'exposent à une responsabilité d'autant plus lourde que leur intervention semblera motivée par des intérêts différents de ceux qu'ils prétendent défendre.
La cour d'appel de Toulouse réforma le jugement du 19 mars. Retenant les diffamations et les injures qui constituaient des manœuvres frauduleuses au sens de l'article 414 du Code pénal, et pouvaient occasionner un préjudice au sens de l'article 1382 du Code civil, elle condamna M. Jaurès, la Dépêche et la Petite République, solidairement, à payer à M. Rességuier la somme de 15.000 francs, à titre de dommages-intérêts. Dans son arrêt, la Cour précisait les causes de la grève :
Attendu que la grève qui a éclaté à Carmotix le 1" août 1895 a été déterminée par des considérations qu'il faut préciser; que la base du contrat intervenu, le 24 mai 1895, entre Rességuier et ses ouvriers consistait, de la part du patron, à payer des salaires; plus élevés que dans les ateliers de verrerie similaires et à leur accorder une majoration de 3 p. 100; que, moyennant cet accord, Rességuier avait cru prévenir tout mécontentement, et, partant, toute cause de grève; que tel était le contrat quand un incident en amena la rupture de la part des ouvriers;
Que Baudot, dont l'inexactitude avait antérieurement donné lieu à un avertissement, et Pelletier, autre ouvrier verrier, s'étant absentés pendant plusieurs jours sans permission et
contrairement au règlement de l'usine, Rességuier les congédia; que ce renvoi fut la cause ou le prétexte d'une déclaration de grève...
*L'arrêt ajoutait : « En ce qui concerne Rességuier, son attitude ne peut donner prise à aucune critique au point de vue de l'exercice normal de ses prérogatives... »
AI. Rességuier informa les chefs des services de son usine que les 15.000 francs qu'il avait obtenus seraient versés, moitié à la caisse de secours et moitié à la caisse des retraites, fondées pour ses ouvriers.
Les polémiques des journaux et l'intervention des députés avaient surexcité de plus en plus les passions. Le 15 octobre, un ouvrier verrier tira un coup de revolver sur M. Rességuier, mais le manqua.
Le 24 octobre, M. Jaurès interpella le gouvernement et les débats durèrent jusqu'au 20. AI M. Faberot, Guesde, Gérault-Richard, Millerand et Jaurès se signalèrent par la violence de leurs attaques contre le ministère. Dans la séance du 26, MM. Gérault-Richard et Cluseret échangèrent des coups après une altercation. Finalement, la Chambre vota l'ordre du jour suivant à une grande majorité : « La Chambre, considérant que les pouvoirs publics n'ont d'autre mission que d'assurer l'ordre et la liberté du travail et les libertés ouvrières garanties par les lois sur les syndicats et les coalitions, approuve les déclarations du gouvernement... »
M. Rességuier n'admit pas l'immixtion du Parlement et repoussa l'arbitrage proposé par le président du Conseil (5 novembre).
Des grévistes se virent, obligés de capituler, parce
que la verrerie rouvrit et fonctionna avec l'aide de nombreux ouvriers recrutés dans plusieurs départements; 480 se firent inscrire le 25 novembre. Les autres refusèrent de se soumettre et projetèrent de fonder une verrerie ouvrière. Cette enlreprise fut aidée par un don de 100.000 francs remis à M. Henri Rochefort par J\Ime veuve Dembour, riche rentière de Boulogne-sur-Seine, qui avait déjà fait des dons à sa commune et donné cent autres mille francs au même journaliste en 1893, pour être distribués à des bonnes œuvres. Cette verrerie ouvrière eut aussi le montant d'une loterie, des subventions de quelques conseils municipaux, enfin du placement des actions de l'usine projetée.
La société anonyme d'Albi fut constituée le 15 février 1896, au capital de 500.000 francs. Les actions furent prises par des syndicats ouvriers et par des sociétés coopératives de production ou de consommation.
Le conseil d'administration se composait de neuf membres, dont six désignés par les ouvriers de la verrerie et trois par les organisations ouvrières, syndicats ou coopératives ayant pris des actions (plus tard, en fait, par la Confédération générale du travail). Ces neuf administrateurs étaient nommés pour trois ans par l'assemblée générale des actionnaires et renouvelés par tiers tous les ans. Les bénéfices seraient répartis en réserves et pensions de retraite pour le personnel; les dividendes, aux organisations actionnaires qui devraient les consacrer à la création d'autres œuvres de même nature ou à des subventions à celles déjà créées. Les 400 ouvriers ou ouvrières de l'usine n'étaient donc pas
propriétaires, et ces statuts créaient, pour la première fois, une société anonyme d'un tel genre.
L'installation de la verrerie à Albi excita la colère des habitants de Carmaux. L'inauguration se fit le 25 octobre 1896. Il y eut un banquet, auquel assistèrent M. Rochefort et M. Jaurès, ainsi que M. Landrin, vice-président du conseil municipal de Paris; M. Flaissières, maire de Marseille; M. Viviani, député, et beaucoup de notabilités socialistes. Au dessert, M. Jaurès monta sur la table et chanta la Carmagnole.
M. Jaurès et M. Rochefort se rendirent le lendemain à Carmaux pour y tenir une réunion publique, et furent accueillis par des cris furieux. La troupe dut accourir pour mettre un terme à des scènes tumultueuses. M. Rochefort repartit aussitôt et la réunion fut dissoute (1).
Les socialistes accusèrent M. Rességuier et le ministère d'avoir organisé une cabale contre eux. La Chambre consacra une séance, le 5 novembre 1896, à l'interpellation de M. Jaurès, qui exposa ses plaintes. On avait pris des mesures militaires que rien ne justifiait, saisi les instruments d'une musique qui jouait la Carmagnole, et la gendarmerie avait fait des charges qui avaient occasionné des accidents.
M. Barthou, ministre de l'intérieur, expliqua que les mesures de précaution dont on se plaignait avaient été prises pour protéger M. Jaurès contre la fureur de ses électeurs. MM. Millerand et Goblet
(1) Six mois après, M. Jaurès, accusé d'avoir sciemment enlevé la V. 0. à Carmaux, fut battu aux élections législatives par le marquis de Solages, qui obtint 1.487 voix de majorité.
intervinrent en reprochant des illégalités, car on n'avait pas fait les sommations avant les charges et on avait dissous une réunion sans se conformer aux prescriptions de la loi de 1881 sur la liberté de réunion. La Chambre vota, par 308 voix contre 222, l'ordre du jour de M. Dulau, « approuvant l'attitude du gouvernement ».
Le 29 novembre, M. Jaurès retourna ù Carmaux pour rendre compte de son mandat à ses électeurs dans une réunion publique, accompag.ié de plusieurs chefs socialistes. Le préfet avait pris de grandes mesures de précaution et envoyé beaucoup de troupes. Les mêmes désordres se reproduisirent. On se battit dans la salle et aux abords de la chambre syndicale des mineurs. La réunion fut encore dissoute. M. Chauvin, député socialiste de la Seine, fut arrêté dans la bagarre et traduit, le lendemain, devant le tribunal correctionnel d'Albi. Mais la Chambre adopta, le même jour, une motion de M. Jourde requérant la mise en liberté immédiate de M. Chauvin, que la justice dut relaxer.
Pendant ces événements, la verrerie ouvrière d'Albi s'organisait difficilement. Les premiers fonds réunis avaient été insuffisants. Il fallait encore 160.000 francs environ pour la mise eh train. Enfin, vers le 15 décembre, le capital nécessaire était réalisé : 30.000 francs avaient été fournis par une souscription de Y Intransigeant, 30.000 francs par des souscriptions des syndicats, et, pour les 100.000 fr. restant à trouver, la Verrerie ouvrière négocia un emprunt: mais, en attendant, deux grandes coopératives de Paris, YEgalitaire et Y Avenir de Plaisance, avancèrent cette somme.
La première bouteille fut fabriquée le 31 décembre 1896 en présence des députés socialistes, parmi lesquels M. Jaurès qui chanta Y Internationale.
La Petite République annonça que les bouteilles de la V. 0. seraient mises en vente dès le 1er janvier 1897 sur le marché de Paris, et que les administrateurs allaient installer un troisième four « pour occuper normalement tout le personnel et suffire aux très nombreuses commandes ».
Les débuts de la V. 0. n'en restèrent pas moins très pénibles. Pendant les trois premiers mois, les ouvriers verriers travaillèrent comme carriers, terrassiers, maçons et manœuvres, sans toucher de salaires. Ensuite, ils abandonnèrent 40 p. 100 du montant de leur travail pour constituer le fonds de roulement. Malgré tous ces efforts, l'entreprise périclita. Il y eut un nouvel appel de souscriptions et de subventions qui furent souvent accordées, surtout sous le ministère Combes. La V. 0. fit quatre emprunts au gouvernement à partir de 1904 : budget de 1904, 10.000 francs; budget de 1906, 32.000 francs; budget de 1908, 25.000 francs; budget de 1911, 50.000 fr. (1). Pendant la même période, la V. O. a touché 45.000 francs de subventions, soit, au total, avec les prêts, 162.000 francs. Elle n'a jamais donné ni dividendes ni intérêts à ses actionnaires.
Cependant, la production, qui était de 3.428.000 bouteilles en 1897, avec deux fours à cinq ouvreaux chacun, atteignit 6.527.000 bouteilles en 1900, après l'édificalion d'un troisième four à huit ouvreaux et,
(1) Voir Bulletin de l'Office du travail d'avril 1905, pase 313; d'août 1907, p. 800; d'avril 1909, p. 389; d'avril 1912, p. 361.
en 1909, a dépassé 8 millions de bouteilles. Le chiffre des ventes s'élevait, la même année, à près de 1.100.000 francs. En raison de l'accroissement de la production et de la vente, un quatrième four fut construit. Pourquoi n'y avait-il donc pas de bénéfices? On l'apprit peu à peu, en 1912 et 1913.
Le 14 avril 1912, le conseil d'administration de t'usine se réunit dans la salle des grèves de la Bellevilloise, à Paris, et révéla le manque de discipline et « d'éducation sociale » du personnel de l'usine. Des attentats avaient même été commis contre M. Spinetta, ingénieur-directeur, représentant de la C. G. T.
Le 14 juillet suivant, une réunion des ouvriers de l'usine adopta le principe de l'unification des salaires fixés à la journée et non plus aux pièces. Le conseil d'administration se réunit à Albi, avec plusieurs membres de la C. G. T., entre autres MM. Pataud, secrétaire de la Fédération des égoutiers; Hamelin, de la Fédération du Livre, etc. Il décida l'unification des salaires par catégorie.
Aussitôt, le syndicat des ouvriers demanda la journée de six heures, payée 5 fr. 50, et la suppression du travail de 9 heures du soir à 3 heures du matin. Au mois de septembre, le conseil d'administration fit suspendre la construction du quatrième four et avisa les ouvriers que la fabrication serait arrêtée net s'ils ne se soumettaient pas au nouveau règlement. La commission syndicale des ouvriers répondit, le 24, qu'ils acceptaient le « soufflage à deux », avec une réduction de 1 fr. 10 sur le prix de la journée, à condition que le personnel administratif reçut les mêmes salaires. M. Spinetta et les
Oui HISTOIRE DE LA TROISIEME REPUBLIQUE
comptables refusèrent l'assimilation de leurs salaires à ceux des souffleurs. Alors, la grève fut votée le 25 septembre, et les ouvriers envoyèrent des délégués porteurs de leur ultimatum, au con seil d'administration à Paris.
Le 3 novembre, l'assemblée générale des actionnaires donna un blanc-seing à M. Spinetta qu'elle approuva, comme la C. G. T. Les délégués ouvriers de la V. G. repartirent, après avoir été sermonnés. Le directeur continua l'application de son projet de travail à la journée remplaçant le travail aux pièces. Les ouvriers semblèrent se soumettre, mais, gagnant toujours le même salaire par journée, sans qu'on tînt compte de leur somme de travail, ils produisirent beaucoup moins. Et ils avaient, par surcroît, obtenu une légère augmentation fixée d'après la moyenne du travail qu'ils faisaient étant aux pièces. Le malaise empira donc et la V. 0. déclina. Néanmoins, M. Spinetta fit achever la construction d\i quatrième four.
Il fallait trouver un remède à la situation qui devenait de plus en plus critique. Une nouvelle assemblée générale des actionnaires se tint, le 29 juin 1913, à la Believilloise, rue Boyer. Les représentants des organisations ouvrières actionnaires de la V. 0., au nombre d'une centaine, décidèrent la modification des statuts pour donner aux actionnaires, dans le conseil d'administration, la majorité des voix qui appartenait jusque-là aux ouvriers. Il y aurait désormais 6 actionnaires et 3 verriers. Un minimum de production serait imposé aux ouvriers, surtout aux souffleurs, dont le mauvais vouloir étal évident.
Ces décisions élaient le renversement des principes admis depuis la création et constituaient en réalité une dictature confiée à l'ingénieur-directeur, M. Spinetta. On revenait au système patronal.
Les ouvriers s'étaient réconciliés avec leur directeur AI. Spinetta, lorsque celui-ci donna sa démission, au mois de décembre 1913, et partit brusquement à la suite d'une mésintelligence avec le conseil d'administration. Les motifs de cette décision soudaine, d'après les journaux, devaient être cherchés clans de graves irrégularités de comptabilité découvertes par ie directeur. Ce dernier avait exigé une expertise complète de la comptabilité et une assemblée générale extraordinaire des actionnaires auxquels il voulait dire la vérité. Les membres du conseil s'y opposèrent, ce qui amena le départ de M. Spinetta. Les ouvriers se solidarisèrent avec lui et réclamèrent à leur tour la réunion des actionnares; mais les administrateurs persistèrent à la refuser et nommèrent un nouveau directeur, qui donna sa démission avant d'être entré en fonctions.
Le 5 avril 1914, l'assemblée générale des actionnaires se réunit a Paris, à la BellevUlolse (132 actionnaires représentant 250 groupements), et accepta la démission de M. Spinetta qui avait refusé de se présenter pour fournir des explications.
Le 30 juillet, un nouveau conseil d'administration fut nommé par l'assemblée générale extraordinaire des actionnaires de nouveau réunis à Paris. Ces administrateurs, sur la demande des délégués des ouvriers verriers, firent une démarche auprès de M'. Spinetta pour le prier de reprendre ses anciennes fonctions. Celui-ci n'accepta qu'à titre provisoire
Trcisicme République (1S'j4-1896). , 22
et qu'à condition qu'il aurait pleins pouvoirs pour l'administration.
Le corps diplomatique de France en 1896.
En 1896, le corps diplomatique de France se composait de 10 ambassadeurs et environ 30 ministres plénipotentiaires dont beaucoup avaient le titre d'envoyé extraordinaire. Nos ambassadeurs étaient accrédités près des puissances suivantes : Allemagne, Angleterre, Autriche-Hongrie, Espagne, Etats-Unis, Italie, Russie, Saint-Siège, Suisse et Turquie. Ils avaient tous le traitement de 40.000 francs, mais avec des frais de représentation variant suivant les résidences : 210.000 francs pour Saint-Pétersbourg, 160.000 francs pour Londres, 130.000 francs pour Vienne, 100.000 francs pour Berlin, 90.000 francs pour Constantinople, 80.000 francs pour- Madrid, 70.000 francs pour Rome (Ouirinal ou Saint-Siège), 20.000 francs pour Berne.
Quant aux ministres plénipotentiaires, ils avaient un traitement "variable suivant la classe, s'élevant jusqu'à 30.000 francs. Les frais de représentation allaient de 22.000 à S3.000 francs.
Deux ambassadeurs furent remplacés au mois de mai 1896 : M. Lefebvre de Béhaine, ambassadeur auprès du Vatican, qui eut pour successeur M. Poubelle, et M. Herbette, ambassadeur à Berlin, auquel succéda M. le. marquis de Noailles. M. Herbette fut admis, sur sa demande, à faire valoir ses droits à la retraite.
Depuis 1870, l'ambassade de Berlin avait eu les titulaires suivants : le marquis de Gabriac, le vi-
comte de Gontaut-Biron, le comte de Saint-Vallier, le baroR de Courcel et enfm M. Jules Herbette, depuis le 8 septembre 1886.
Evénements divers de l'année 1896 en France et à l'étranger.
A l'Académie française, élections de AI. Anatole France, en remplacement de .M. de Lesseps, et du marquis Costa de Beauregard, en remplacement de Camille Doucet (23 janvier), de M. Gaston Paris, en remplacement de Pasteur (28 mai), de MM. André Theuriet et Yandal, en remplacement d'Alexandre Dumas et de Léon Say (10 décembre).
Le testament d'Edmond de Goncourt, décédé au mois de décembre 189C, institua une nouvelle académie, dite Académie des Goncourt, comprenant dix membres qui devaient avoir chacun une rente viagère de 6.000 francs. Les poètes et les membres de l'Académie française en étaient exclus. Les huit premiers membres, désignés par lui, étaient : Alphonse Daudet, Huysmans, Mirbeau, Rosny aîné, Léon Hennique, Paul Margueritte, Gustave Geffroy.
Li-Hung-Chang, premier secrétaire d'Etat en Chine, envoyé comme ambassadeur extraordinaire au couronnement de l'empereur de Russie, visita ensuite l'Allemagne, la France et l'Angleterre. Il res!a dans notre pays du 11 juillet au 3 août.
En 1896, le Parlement accorda les subventions habituelles aux théâtres : 800.000 francs à l'Opéra (somme qui a peu varié depuis 1831, année où cessa le système de la régie); 249.000 francs au
Théâtre-Français; 300.000 francs à 1/Opéra-Comique; 100.000 francs à l'Odéon.
Une découverte, qui passionna le monde scientifique, fut annoncée en 1890 par le professeur Rontgen, de l'université de Wurzbourg. Il parvint à photographier l'invisible par des rayons qu'il baptisa du nom de X Strahlen (rayons X), parce qu'il en ignorait la nature. Ces rayons provoquèrent des études intéressantes. Etaient-ils, comme les rayons cathodiques révélés par Crookes, ou comme les royons alpha et bêla du radium, découvert plus tard par Curie, des particules matérielles ou de simples vibrations immatérielles dans l'espace? Après dixhuit ans de recherches, le physicien allemand Laue, l'anglais Bragg et le français Maurice de Broglie ont établi, à la suite, de longues et délicates expériences, que les rayons X sont analogues à la lumière et non aux rayons cathodiques. Ce sont des vibrations de l'éther et non des rayons matériels. Ces rayons X ont rendu d'immenses services à la médecine et à la chirurgie, mais leur emploi a d'abord causé des victimes. Parmi les lues, citons les docteurs Hans Coxr Wilson, Paulin Méry, Boiteau, l'ingénieur Radiguet, le docteur Hall Edwards, et, parmi les mutilés. le( physicien Ducretet, Mm" Weidmann, infirmière amputée des deux bras, le docteur Maxime Alénard. etc.
Le 1er mai, le shah de Perse Nasser-Ed-Din, qui avait été reçu en France, fut tué d'un coup de revolver par un babi, dans la mosquée d'Abdul-Azim. Son fils. Mozaffer-Ed-Din, lui succéda.
Le prince de Naples. Victor-Emmanuel, épousa à Rome, le 2i octobre, la princesse Hélène de Monténégro.
Eu Allemagne, le général Bronsart de Schelïendorff donna sa démission de ministre de la guerre (16 août) et eut pour remplaçant le général de Gossler, commandant la 25s division de Hesse-Darmstadt.
La reine Victoria atteignit, le 23 septembre, la durée la plus longue de tous les règnes de l'histoire britannique. Elle avait succédé à son oncle Guillaume IV le 20 juin 1837. Après le sien, le règne le plus long avait été celui de George III, qui n'avait été dépassé, dans toutes les nations du monde, que par un seul : celui de Louis XIV.
Lord Roseberry, leader du parti libéral anglais, se retira définitivement de la vie politique le 8 octobre. Cet ancien ministre des affaires étrangères avait pris la direction du parti des wighs en 1892, après la retraite de M. Gladstone.
On s'était occupé de la navigation du Danube aux congrès de Vienne (1815), de Paris (1856) et de Berlin (1878). L'Autriche-Hongrie reçut la mission de rendre le fleuve navigable entre Moldova et Orsova, tâche difficile, surtout aux Portes-de-Eer où se trouvait le banc de rochers de Pigrada, long de 7.700 mètres, large de 150 et où les cataractes et les rapides étaient nombreux. Ce fut la Hongrie seule qui entreprit ce travail. Avec la dynamite, les ingénieurs creusèrent un chenal dans les rochers, qui longe le fleuve entre des digues de 12 mètres de haut, et ils approfondirent le lit du fleuve aux petites Portes-de-Fer. sur une longueur de 8 kilomètres et une profondeur de 4 mètres. On enleva ainsi un million et demi de mètres cubes de rochers sur les bords et dans le lit du fleuve. La dépense s'éleva
à près de 30 millions. L'inauguration fut le couronnement des fêtes du millénaire de la Hongrie. Elle se fît le 27 septembre, en présence de l'empereur François-Joseph, accompagné du roi Charles de Roumanie et du roi Alexandre de Serbie. C'étafi, un excellent débouché pour l'exportation des produits de la Hongrie en Serbie, en Bulgarie et en Roumanie.
Les Nouvelles de Hambourg, organe de M. de Bismarck, firent, à la fin d'octobre 1S96, d'importantes révélations qui causèrent du mécontentement en Autriche. « Jusqu'en 1890, affirma ce journal, c'està-dire jusqu'à la disgrâce du prince, un traité de contre-assurance mutuelle avait existé entre l'Allemagne et la Russie, à l'insu de l'Autriche, en vertu duquel les puissances contractantes se promettaient l'une à l'autre, en cas d'attaque, une neutralité bienveillante. Ce traité n'avait pas été renouvelé par le chancelier de Caprivi. » On se perdit en conjectures sur les motifs qui avaient poussé M. de Bismarck à ces révélations qui causèrent une grande sensation dans les milieux diplomatiques. Les avait-il faites pour être, une fois de plus, désagréable à l'empereur? Ou bien voulait-il se venger du chancelier de Caprivi, son successeur? Ou bien, en présence des mauvais rapports russo-allemands et de l'alliance franco-russe, tenait-il à dégager sa responsabilité? Toujours est-il qu'à Vienne, il y eut une vive irritation que Guillaume II s'efforça de calmer. Le 1G janvier 1897, le comte Goluchowsky. ministre des affaires étrangères de l'Autriche, fut invité à venir à Berlin où on lui prodigua les assurances de fidélité à l'alliance. Le 21 avril, Guillaume II se
rendit lui-même auprès de l'empereur François-Joseph avant que celui-ci accomplît un voyage à Saint-Pétersbourg. Au mois de septembre, Guillaume II fit encore une visite à Budapest.
En Norvège, à partir du 1er janvier, une loi interdit l'ouverture de nom eaux débits de boissons alcooliques sans l'approbation de la population consultée.
A partir du 1er octobre, tous les caiïs-coneerts et autres établissements du même genre, considérés comme démoralisants, furent fermés en Suède, en vertu d'une loi.
La Suisse ratifia, au mois de décembre, le traité conclu avec l'Italie, le 25 novembre 1895, pour le percement du Simplon. Ce nouveau tunnel devait profiter surtout au port de Gênes, au détriment de celui de Marseille.
Les Italiens en Abyssixie.
Les Italiens entreprirent en Abyssinie contre l'armée de Ménélick une campagne qui eut des résultats désastreux. Elle commença, au mois de décembre 1895, par une forte reconnaissance qui fut anéantie par le ras M'akonnen (7 décembre). Le Tigré, occupé par les Italiens, allait être repris par les Choans, commandés par Mangascia, Makonnen et le roi Ménélick. La colonie italienne d'Erythrée pouvait même être menacée. M. Crispi, premier ministre, envoya des renforts et obtint 20 millions des Chambres. Le général Baratieri, commandant en chef, concentra ses forces sur la ligne Massaouah - Asmara - Adigrat. Makonnen prit Makallé.
3i2 HISTOIRE DE LA. TROISIÈME RÉPUBLIQUE
Ménélick, qui s'était fait couronner empereur d'Ethiopie à Axum le G février 1896, proposa la paix en demandant que l'Italie revint à la frontière [ixée en 1889. M. Crispi déclara que la paix ne serait conclue qu'après une victoire. Le général Baratieri, pour obéir à un ordre d'offensive de AI. Crispi, s'avança imprudemment le 30 février, quoique ses trois corps se trouvassent séparés, incapables de se prêter un appui. L'armée italienne, mise en déroute, perdit 5.000 morts et 2.000 prisonniers; elle dut reculer jusqu'à Asmara. Ce désastre i ntraîna la chute du premier ministre Crispi qui démissionna le 4 mars 1896. Le marquis di Rudini lui succéda. Le général Baratieri, traduit devant le conseil de guerre de Massaouah, fut acquitté par 3 voix contre 3. Le 26 octobre 1896, la paix se conclut entre l'Italie et i'Abyssinie.
Affaire du Traxsvaal.
Le docteur Jameson envahit le Transvaal avec les troupes de la Chartered Company, mais, battu par les Boërs près de Krùgersdorp (1er janvier 1896), il fut conduit prisonnier à Pretoria. L'empereur d'Allemagne télégraphia à M. Kriïger, président du Transvaal, ses félicitations d'avoir protégé son pays contre les attaques provenant du dehors « sans recourir à l'aide des puissances amies ». Cette dépêche causa de l'irritation en Angleterre. A Londres, des matelots allemands et hollandais furent maltraités. La foule brisa les devantures des boutiques de juifs allemands. M. Chamberlain, ministre des colonies, adressa au président Kriïger un télégramme en fa-
veur des prisonniers anglais. M. Cecil Rhodes, premier ministre au Cap, responsable des attaques de Jameson, donna sa démission; sir John Sprigg le remplaça. Le docteur Jameson, traduit devant la haute cour de Pretoria, fut condamné à être fusillé (8 janvier), mais le président Krùger résolut de remettre le condamné et tous les autres prisonniers au gouvernement anglais. La reine Victoria le félicita au sujet de cette décision. Jameson arriva à Londres le 25 février avec ses 14 officiers. Il fut acclamé par la foule et laissé en liberté sous caution. Le 28 juillet, la haute cour de justice le condamna à quinze mois de prison, mais sans hard labour, et cinq autres de ses officiers à des peines variant de cinq à dix mois de prison.
Le 28 avril, se terminèrent les longs débats chv procès de Pretoria. Le colonel Rhodes, Lionel Phillips, Percy Farar et Hays Hammon, qui avaient pris part à la tentative contre le Transvaal, furent condamnés à mort, 60 autres conjurés à deux ans de prison et trois ans de bannissement. Le conseil exécutif commua en quinze ans de prison, suivis de bannissement, la peine capitale prononcée contre les principaux coupables. Le président Krûger fit remettre en liberté tous les prisonniers sans exception (30 mai-5 juin).
Le prix Nobel.
Alfred Nobel, né à Stockholm en 1833, qui découvrit fortuitement le moyen d'utiliser la dynamite en mélangeant la nitro-glycérinc à des terres siliceuses, mourut à San-Remo le 10 décembre 1896, laissant
34 i histoire de la troisième république
plus de 50 millions qu'il légua, à l'exception de 4 millions, pour récompenser les bienfaiteurs de l'humanité. La rente de son legs, divisée en cinq paris égales, devait être accordée, chaque année, aux auteurs, de toute nationalité, des découvertes ou inventions les plus importantes : 1° dans le domaine de la physique; 2° dans celui de la chimie; 3° dans celui de la physiologie ou de la médecine; 4° à l'auteur « de l'œuvre la plus haute dans le sens idéal », domaine des lettres; 5° à celui « qui aura agi le plus ou le mieux pour la fraternité des peuples, pour la suppression ou la diminution des armées permanentes et pour la constitution ou la propagation des congrès de la paix ». Le 1er et le 2e prix devaient être décernés par l'Académie des sciences de Suède, le 3e par l'Institut Carolin de Stockholm, le 4e par l'Académie suédoise, le 5e par une commission de cinq membres élus par le Storthing norvégien.
Expéditions anglaises contre les Achantis.
Par des traités, signés en 1867 et 1871, le gouvernement des Pays-Bas avait cédé des possessions africaines à l'Angleterre qui se trouva maîtresse de toute la côte de l'Or, où elle avait des comptoirs depuis 1672. Les Achantis indépendants, qui avaient Coumassi comme capitale, attaquèrent les Anglais avec lesquels ils avaient été déjà souvent en lutte, et ils furent difficilement repoussés (1872). Ils revinrent à la charge au mois de mars 1873. Un corps de 3.000 hommes, empruntés à l'armée des Indes, fut envoyé, sous les ordres de sir Garnet Wolseley. Il marcha sur Coumassi au mois d'octobre 1873. Il
n'y eut qu'une seule bataille importante, le 31 janvier 1874, à Acromboo, au nord des monts Adansi, Les Achantis, commandes par leur roi Koffi Kalkali, ayant été baltus, les Anglais parvinrent, le 5 février, à Coumassi qui fut incendiée. Le roi se soumit. Cette campagne, souvent citée comme modèle d'expédition coloniale, tant au point de vue de l'organisation méthodique que de la marche rapide et des résultats obtenus avec très peu de pertes, coûta 22.500.000 francs. Le général Wolseley y gagna le titre de vicomte. Les conventions franco-anglaises de 1889, 1891 et 1893 reconnurent tout le pays achanti comme placé dans la zone d'influence de l'Angleterre, mais les indigènes n'en continuèrent pas moins à lui résister, ce qui la décida à un autre effort pour imposer son protectorat. Le colonel sir Francis Scott commanda la nouvelle expédition qui comprenait 800 Européens et 700 Haoussas. Il débarqua à Cape Coast Castle le 13 décembre 1895.
Le 5 janvier 1896, il passa le Prah, frontière des Achantis, qu'il refoula, et, le 17, entra dans Coumassi. Le roi Prempeh, intronisé en 1888 sous le nom de Ouacou Dual IV, fait prisonnier, fut remplacé par un roi choisi par l'Angleterre et n'eut plus qu'une autorité nominale. Cette expédition ne subit pas de pertes par le feu, n'ayant livré aucun combat, mais elle se trouva très éprouvée par la fièvre. Le prince Henri de Battenberg, gendre de la reine Victoria, fut parmi les victimes.
Nécrologie de l'année 1896.
Janvier. — Poète Verlaine. — Cardinal Meignanr
écrivain érudit. — Jacquemart, sculpteur. — Laugée, peintre. — Charles Floquet.
Février. — Arsène Houssaye. — Ambroise Thomas. — Fustel de Coulanges.
Mars. — Docteur Sappcy, membre de l'Académie de médecine et de l'Académie des sciences.
Avril. — Peintre Due/.. — Mna Fargueil, eo dienne. — Léon Say, petit-fils de Jean-Baptiste Say, le célèbre économiste. — Haureau, député en 1848, ancien conservateur de là Bibliothèque nationale, ancien directeur de l'Imprimerie nationale. — Ferdinand Duval, ancien préfet de la Seine. - — Pierre Blanc, députe de la Savoie, doyen de la Chambre.
— Yillaret, ténor qui chanta à l'Opéra de 1862 à
Mai. — Théodore Pavie, orientaliste. — Comte de la Ferrière, historien. — Luminais, peintre d'histoire. — Germain Sée, de l'Académie de médecine.
— Lopez de Boberts, écrivain connu sous le nom de Bernard Lopez, collaborateur d'Alexandre Dumas, de Théophile Gautier, de Méry, de Gérard de Nerval, etc.
Juin. — Francisque Ordinaire, ancien député. — Barbet de Jouy, archéologue. — Gabriel Danbrée, géologue et minéralogiste. — Simon Suisse, dit Jules Simon. — Antoine de Manca, marquis de Mores, ancien officier, qui soutint le parti antisémite et qui fut assassiné près de la frontière tripolitaine. — Général Brière de l'Isle. — De Bozière, archéologue et historien, sénateur. — Baphaël d'Orléans, duc de Nemours, fils du roi Louis-Philippe.
Juillet. — Vice-amiral Vignes. — Guichard, sénateur, qui remplaça Ferdinand de Lesseps comme président du conseil d'administration de la Compagnie de Suez. — Huot de Goncourt (Edmond), frère cadet de Jules de Goncourt, mort en 1870; légua toute sa fortune pour la fondation d'une nouvelle académie. — Eugène Spuller. — Docteur Desprès, opposé à l'asepsie dans les opérations, ancien conseiller municipal, député. — Docteur Nicaise, de l'Académie de médecine.
Août. — Eugène Caillaux, président de la Compagnie du P.-L.-M., député, puis sénateur, ministre dans le cabinet de Cissey en 1874 et dans le cabinet de Broglie après le 16 mai 1877. Père du député de la Sarthe, radical-socialiste, qui a été ministre des finances dans le cabinet Clemenceau en 1906, président du Conseil en 1912, ministre des finances dans le cabinet Doumergue en 1913.
Septembre. — Général Iung, ancien chef de cabinet du général Boulanger au ministère de la guerre, auteur de nombreux ouvrages d'histoire et d'art militaire, élu député en 1891. — Docteur Jules Ro chard, inspecteur général du service de santé de la marine, membre de l'Académie de médecine. — Viceamiral baron Roussin, ministre de la marine dans le cabinet de Rocheboiiet. — Ténor Duprez, professeur au Conservatoire.
Octobre. — R. Griffon, ingénieur des ponts et chaussées, qui dirigea les travaux du port et de l'arsenal de Port-Arthur. — Victor de Lesseps, fils de Ferdinand de Lesseps. — Général Trochu. — Auguste Tréeul, éminent botaniste, membre de l'Aca-
demie des sciences, mort dans une petite mansarde où il travaillait depuis plus de soixante ans. — Tisserand, directeur de l'Observatoire de Paris, membre de l'Institut. — Contre-amiral Fournier. — Ma chart, inspecteur général des ponts et chaussées, qui fut un des premiers ingénieurs ayant construit des chemins de i'er en France. — Eugène Simon, ancien consul en Chine, auteur de la Cité chinoise. — Chaliemel-Lacour, écrivain philosophique, député, puis sénateur, ambassadeur à Berne et à Londres, ministre des affaires étrangères en 1883, président du Sénat, membre de l'Académie française.
Novembre. — Abbé Lesage d'Hautccœur d'Hulst, savant théologien, député en 1892. — Emmanuel Arago. — Maxime Boucheron, auteur dramatique et journaliste. — Lanson, statuaire. — François Arago.
Décembre. — Paul Arène, littérateur. — Mme Furtado-Heine, officier de la Légion d'honneur, donna environ 20 millions pour diverses œuvres philanthropiques et laissa une rente de 80.000 francs pour une villa des officiers à Nice. — Halanzier-Dufresnoy, directeur de l'Opéra de 1871 à 1879. La salle de la rue Le Peletier ayant brûlé le 29 octobre 1873, il continua les représentations au Théâtre Italien, place Ventadour, puis inaugura, le 5 janvier 1875, le nouvel Opéra de Charles Garnier, où le remplaça M. Vaucorbeil. — Armand Rousseau, ingénieur des ponts et chaussées, député, puis sénateur, deuy 'ois sous-secrétaire d'Etat, conseiller d'Etat, auteur du rapport sur le canal de Panama, successeur de M. de Lanessan au gouvernement général de l'Indo-Chine, mort à Hanoï. — Docteur Isidore Strauss, de l'Aca-
demie de médecine. — Rogeard, auteur d'une satire mordante contre le second Empire : Les Propos de Labienus. — Emile Chatrousse, statuaire. — Eugène Jolibois, ancien député; présida, avec MM. de Mackau et de Doudeauville, le comité des Douze qui dirigea l'union des droites aux élections de 1889. — Cardinal Boyer. — Général de Gressot. — Paris, ancien député, ministre dans le cabinet de Broglie. — Théry, doyen du Sénat.
Papes.
Le nouveau Président de la République 5
Ministère Dupuy. — Présidence de la Chambre 7
Budget de 1895. — L'impôt sur le revenu 8
Répression de l'anarchie. Nouvelle loi. Procès des
Trente. 10
Caisses de retraites et de secours pour les ouvriers mineurs (lois de 1894 et 1896) 13
Mort du comte de Paris (8 septembre 1894) 14
Le Président de la République aux manœuvres (septembre 1894) 18
Radicaux et socialistes 18
Les scandales électoraux de Toulouse 19
Le cas de M. Mirman 20
L'orphelinat de Cempuis. — M. Robin 22
Débats sur les théories socialistes 23
La question de Madagascar 30
Mort d'Alexandre III, empereur de Russie (1" novembre 1894). 34
Le Crédit agricole (loi du 5 novembre 1894) 37
Les habitations à bon marché (loi du 30 novembre 1894). 41
Election de M. Waldeck-Rousseau au Sénat 47
Mort de M. Burdeau. — M. Brisson président de ta
Chambre. 47
Budget de 1895. — Douzièmes provisoires 49
L'affaire Dreyfus (1894) 52
Incident diplomatique au sujet de l'affaire Dreyfus 61
L espionnage. Débats à la Chambre (décembre 1894).. 63
Organisation du ministère des colonies 65
Progrès des transports. — Bicyclettes et automobiles. 66 Les progrès de la science. — Iran-port de la force. —
Découvertes diverses. . 68
Evénements divers de l'année lb94 en France et à
l'étranger 70
Mort de Ferdinand de Lessep? 71
Troisième République (1894-li>9o). 23
Pages.
Nécrologie de l'année 1894 73
Session parlementaire de 1895. — La Légion d'honneur T 75
Les conventions avec les chemins de 1er. — Grise ministérielle. . 77
Démission du Président de la République (15 janvier
Réunion du Congrès. — Election de M. Félix Faure 82