‹ Histoire de la Troisième République de 1897 à 1899Chapitre 12 sur 54 · INFORMATION JUDICIAIRE DU GÉNÉRAL DE PELLIEUX · texte numérisé non relu

INFORMATION JUDICIAIRE DU GÉNÉRAL DE PELLIEUX

La première enquête du général de Pellieux n’eut pas de sanction parce que le gou\ ornement estima qu’il fallait une information judiciaire. Le même général s’en trouva chargé et fit opérer, sur la demande d’Esterhazy, une perquisition 3, rue Yvon-Villarceau, dans un petit logement qu’avait conservé le lieutenant-colonel Picquart. On fit revenir cet officier de Tunisie.

Le général interrogea . Esterhazy, qui renouvela le récit d'un manuscrit envoyé au ministère de la guerre, et qu’on avait dû calquer, ce qui expliquait la similitude de son écriture et de celle du bordereau. Enfin, il accusa le lieutenant-colonel Picquart d avoir fabriqué le petit bleu ou de l’avoir fait fabriquer. D'autres témoins furent entendus : MM. Mathieu Dreyfus et Scheurer-Kestner, le capitaine Bro, le lieutenant-colonel Picquart, le commandant Lautli, l’archiviste Gribelin et le lieutenant-colonel Henry (promu à ce grade le 10 novembre 1897).

Le général de Pellieux, sur des renseignements fournis par M. Scheurer-Kestner, fit saisir, chez Mm® de Boulancv, un paquet de lettres d Esterhazy, écrites de’ Tunisie, en 1882, et contenant des propos infûmes (1). Dans l’une, il disait qu’il serait heureux d’être tué comme capitaine de uhlans, en sabrant des Français. 11 dut se reconnaître l’auteur de ces lettres, mais nia l’authenticité de celle du uhlan. Dans les autres, qu’il avoua, il se trouvait d’ailleurs

(1) Ces lettres ont été publiées dans le Figaro le 28 novembre et des fac-similés le 29.

des passages abominables : « Les Allemands mettront tous ces gens-là à leur place avant qu’il soit longtemps »; « Nos grands chefs, poltrons et ignorants, iront une fois de plus peupler les prisons allemandes »; etc.

Le général de Pellieux adressa son rapport le 3 décembre 1897 au gouverneur militaire de Paris, concluant, sous la réserve de l’expertise du bordereau qui devrait être faite par une instruction judiciaire, à l’absence de preuves en ce qui concernait les accusations du lieutenant-colonel Picquart contre Esterhazy. Mais il jugeait nécessaire de traduire ce dernier devant un conseil de guerre pour que l’affaire se trouvât complètement élucidée. Il appréciait sévèrement les dépositions du lieutenantcolonel Picquart, « ses insinuations perfides contre ses chefs et ses subordonnés », et demandait qu’il fût traduit devant un conseil d’enquête « pour fautes contre l’honneur, ou tout au moins pour fautes graves dans le service », car il avait livré la correspondance du général Gonse, ce qui dénotait une « étrange conception de l’honneur militaire et des devoirs professionnels ».

Prenant les devants, Esterhazy avait publié une lettre par laquelle il demandait sa comparution devant un conseil de guerre. Le 4, le général Saussier, gouverneur militaire, donna au 1er conseil de guerre de Paris l’ordre d’informer. Le commandant en retraite Ravary fuit chargé de l’instruction.

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