JANVIER 1895-16 FÉVRIER
Renouvellement partiel du Sénat (3 janvier 1897).
Le renouvellement triennal du Sénat (série B) fut précédé de nombreux discours prononcés en province par les principaux orateurs des partis politiques : pour les radicaux, par MM. Bourgeois, Doumer, Goblet et Mesureur; pour les modérés, par MM. Waldeck-Rousseau et Deschanel.
Les élections se firent dans 34 départements pour 97 sièges, qui étaient occupés par 60 républicains modérés, 10 radicaux, 1 radical-socialiste et 20 membres des droites. Les républicains modérés obtinrent 06 sièges, les radicaux 16, les radicaux-socialistes 3 et les conservateurs 12. Dans la Haute-Garonne, M. Constans et M. Adrien Hébrard échouèrent.
La situation des partis se trouva peu changée. Le Sénat comprit 222 républicains de gouvernement, 42 radicaux, 3 radicaux-socialistes et 30 conservateurs.
L’année 1897. — Session ordinaire du Parlement.
L’année 1897 fut exceptionnelle : il n'y eut pas de chute de ministère. Depuis 1870, quatre années seulement avaient eu ce privilège : 1872, 1878, 1884 et 1891 (1).
La session ordinaire du Parlement s’ouvrit le 12 janvier. Les bureaux se trouvèrent à peu près constitués comme précédemment : président du Sénat, M. Loubet; vice-présidents, MM. Scheurer- Kestner, Bérenger, Magnin et Peytral; président de la Chambre, M. Henri Brisson; vice-présidents, MM. Sarrien, Poincaré, Deschanel et Isambert.
Les gouverneurs de l’Indc-Chine. — M. Doumer.
Dans les premiers jours de décembre 1896, en rentrant d’un voyage en Cochinchine et au Cambodge, M. Rousseau mourut subitement. M. Paul Doumer, ancien ministre des finances dans le cabinet Bourgeois, obtint de le remplacer comme gouverneur général de l’Indo-Chine (décret du 27 décembre 1896). Les radicaux et les socialistes s'indignè-
(1) De 1876 à 1913, 54 ministères se sont succédé en France, et les divers portefeuilles ont eu 637 titulaires. Sur ces 54 ministères, 7 seulement ont duré plus de deux ans, 6 plus d'un an, 19 un peu plus de six mois.
rcnt do ce qu’ils prétendirent être une défection et un acte immoral.
A Châlons-sur-Marne, le 31 décembre 189G, M. Bourgeois déclara : « Une nomination faite dans ces conditions, au milieu d'une période électorale, ne me paraît pas pouvoir être approuvée. Je n ai pas besoin d’insister. »
M. Doumer fut nommé à titre définitif et non à titre temporaire, comme il avait été fait pour M. Rousseau, sénateur du Finistère, et il dut donner sa démission de député de l’Yonne.
Notre nouvelle colonie du Tonkin, qui aurait eu besoin d’être administrée avec un grand esprit de suite, avait été dirigée par 17 administrateurs ou gouverneurs titulaires ou intérimaires, depuis 1883.
En voici la liste : M. Ilarmand; trois mois après, M. Lemaire; l’amiral Courbet, qui eut les pouvoirs civils et militaires; le général Millot; le général Brière de l’Isle; le général Roussel de Courcy; le général Warnet; Paul Bert, nommé au mois d’avril 1886, mort au mois de novembre; M. Paulin Vial, ancien officier de marine; M. Bihourd; M. Berger; M. Constans; M. Richaud; M. Piquet; M. Rideau; M. de Lanessan, qui resta près de trente mois; M. Rousseau, nommé en 1895.
Annexion des Iles sous le Vent. — Révolte.
L 'archipel de la Société, dans l’océan Pacifique, englobe les Iles du Vent, au sud-est, et les Iles sous le Vent, au nord-ouest.
Les Iles du Vent comprennent les îles Tahiti,
lilSTOI HE DE LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
Mooréa, Toubouaï, Tétiaroa et Méhétia (1). Les lies sous le Vent se composent, par ordre d’importance, des îles : Raïatea, Tahaa, Huahine, Bora- Bora, Motou-Iti, Maoupiti, enfin de trois îlots.
Les Iles sous le Vent furent découvertes par Cook ou 1769, puis visitées par le capitaine Edwards en 1791. Les missionnaires anglais y arrivèrent dès 1791, mais n’obtinrent aucun résultat; ils ne réussirent à se fixer qu’en 1817, après la conversion de Pomaré II au christianisme, à Tahiti (1812). Cet exemple entraîna les chefs des îles voisines. Les missions' catholiques intervinrent en 1837, et l’influence française se développa, malgré l’opposition du missionnaire anglais Pritchard et les faiblesses du gouvernement de Louis-Philippe. Le conflit, qui faillit amener une guerre avec l’Angleterre, ne se régla définitivement qu’en 1847. Notre rivale, évincée de l’archipel de la Société, arracha au gouvernement de Louis-Philippe l’abandon d’une partie des îles où la France s’était établie. La convention du 19 juin 1847, dite convention de Jarnac, du nom de notre ambassadeur à Londres, qui la signa, reconnut l’indépendance des îles de Huahine, Raïatea, Bora-Bora et de celles qui en dépendaient. Cet abandon désastreux avait été accepté à la suite d’une déclaration que le missionnaire Pritchard avait obtenue de la reine Pomaré, qui avait affirmé faussement que les Iles sous le Vent n’avaient jamais fait partie de ses Etats, î.o traité était également désavantageux pour l’An-
(1) Tahiti est l’ile principale de l’archipel et appartient délinitivemrnt à la France, depuis l’abdicalion du roi Pomaré V, qui nous abandonna ses droits souverains (29 juin 1880), sous le gouvernement de M. Cliessé.
gleterre, car, en nous dépossédant, il permettait à une tierce puissance de s’emparer de ces îles. Dès 1858, le consul des Etats-Unis fit. une première tentative, désavouée. En 1878 et 1879, l’Allemagne envoya des vaisseaux et essaya d’obtenir un traité de quelques chefs. La France, inquiète, se décida à accueillir la demande de protectorat de certains d’entre eux. Notre drapeau fut hissé à Raïatea le 9 avril 1880. L’Angleterre protesta d’abord, puis admit notre protectorat à titre provisoire. Après de longues négociations, elle consentit à l’abrogation du traité de 1817, à condition que nous retirions nos postes des Nouvelles-Hébrides. Cette évacuation eut lieu le 15 mars 1888, et, le IG mars, le gouverneur de nos établissements d'Océanie proclamait la souveraineté de la France aux Iles sous le Vent. La convention franco-anglaise de ratification se signa à Paris, le 30 mai 1888.
Après plusieurs tentatives maladroites, on obtint enfin la soumission des îles Huahinc et Bora-Bora, qui se donnèrent par actes en date du 27 et du 30 septembre 1895, établis sur la demande de la reine, des ministres, des chefs et du peuple. La prise de possession définitive eut lieu par M. Chessé, commissaire général de la République en Océanie. Huahine a 7.300 hectares de superficie, 40 kilomètres de tour, 1.300 habitants. Le village principal est Ouhare, qui possède une bonne rade. Rora- Bora a environ 5.000 hectares de superficie, 33 kilomètres de tour, 600 habitants. Elle est belle et fertile. On y trouve la meilleure rade de l’archipel.
Les éléments étrangers suscitèrent une révoltecontre notre domination à Raïatea et Taliaa. Il fallut
envoyer des troupes (deux compagnies d’infanterie ■de marine), qui débarquèrent le 1er janvier 1897. Après un combat, les rebelles s’enfuirent, et ceux qu’on captura furent exilés aux Marquises et à la Nouvelle-Calédonie, mais plus tard graciés. La paix n'a plus été troublée depuis lors.
Ces îles fertiles sont appelées à un brillant avenir avec une bonne administration.
Mise en valeur de la Nouvelle-Calédonie.
Suppression du bagne.
En 1895, on adopta, pour la mise en valeur de nette belle colonie, un programme d’ensemble comportant trois points principaux : suppression du bagne qui existait depuis 1864; colonisation agricole libre; exécution des travaux publics indispensables, surtout de voies ferrées. Le dernier convoi de formats arriva à Nouméa au mois de février 1897.
Les travaux publics, commencés en 1905, ont été continués grâce à deux emprunts autorisés en 1901 et en 1909. Le port de Nouméa a été amélioré. Un chemin de fer, projeté de Nouméa à Bourail (152 kilomètres), établi d’abord jusqu’à la Dumbéa (17 kilomètres), a atteint Païta (30 kilomètres) en 1913..
Le port de Nouméa prendra sans doute de plus ■en plus d’importance, par suite de l’ouverture du canal de Panama, qui l’iàtéresse cependant moins que Papeete (île de Tahiti).
La découverte de mines de nickel en 1875 a ouvert une ère de prospérité pour cette colonie, qui •est aujourd’hui, eu égard à sa faible superficie (400 kilomètres de longueur sur une largeur moyen-
PRÉSIDENCE DE M. FÉLIX FAURE (1895-1899) Il
ne de 50 kilomètres), un des plus riches pays miniers du monde. Le commerce général de la Nouvelle-Calédonie, en 1912, s’est élevé à 29.070.1 LJ francs, dont 15.173.981 pour les importations et 13.896.138 pour les exportations. 11 a été, en 1912, exporté de Calédonie pour Hambourg 74.358 tonnes de minerais de nickel; pour Marseille et Glasgow, 50.510 tonnes de chrome, et 3.625 tonnes de mattes de nickel.
Comme travailleurs, les sociétés des mines emploient surtout des Japonais. Le 27 février 1913, il en est arrivé encore 583 pour deux entreprises.
Le budget de 1897. — La dette de la France. — La mauvaise gestion financière. — Critiques des: lois budgétaires.
l'ancien système des contributions directes, il fallut apporter de nouvelles modifications.
Le premier projet de budget, du 1CT février, avait fixé les dépenses à 3 milliards 392 millions, avec un fonds spécial d’amortissement de 18 millions et demi en chiffres ronds.
Le budget des dépenses de 1871 s’élevait à 2 mil- Un premier projet, de budget avait été déposé le 1er février 1896, par \L Doumer. Le projet d’impôt sur le revenu global en faisait partie. Après le renversement du ministère Bourgeois, un budget rectifié fut présenté le 25 juin. Mais il se trouva encore en suspens par suite de la proposition de l’impôt sur les revenus, substitué par M. Cochery à l’impôt global. Ce second projet ayant échoué comme le premier devant le Parlement, qui s’en était tenu à
1 i a rds 3G7 millions; celui de 1876, à 2 milliards 080 millions; celui de 1881,’ à 2 milliards 881 millions; celui de* 1886, à 3 milliards 04 millions; celui de 1891, à 3 milliards 258 millions; celui de 1894, à 3 milliards 437 millions; celui de 1895, à 3 milliards 424 millions; celui de 1896, à 3 milliards 445 millions.
M. Krantz, rapporteur général du budget de 1897, dit (pie la commission avait opéré une réduction nette de 7.979.538 francs par rapport au budget de 1890 :
On peut, dit-il, avec une suffisante exactitude et en arrondissant les chiffres, grouper, d’après leur objet, les dépenses
publiques de la manière suivante :
Dépenses de la dette (Dette consolidée et
annuités diverses) . 1.105. 000. OUI)
Dépenses militaires : guerre et marine, pensions de la guerre et de la marine, etc 1,101.000.000