ZOLA DEVANT LA COUR D ASSISES DE VERSAILLES
Le conseil de guerre se réunit le 8 avril et décida d’engager des poursuites contre Emile Zola et de se porter partie civile. Il émit en même temps le vœu
que le ministre de la guerre le fit rayer de la Légion d’honneur. Une nouvelle assignation ayant été lancée le 10 avril, Emilè Zola se trouva cité devant la Cour d’assises de Versailles pour le 23 mai. M® Labori réclama le jury de Paris et déposa des conclusions d’incompétence que la Cour rejeta. 11 se pourvut en cassation (1).
Le rôle et l’avenir des syndicats professionnels, d’après M. Waldeck-Rousseau.
M. Waldeck-Rousseau, qui était ministre en 1884 et qui était un des principaux auteurs de la loi sur les syndicats professionnels, prononça un important discours à Roubaix, le 30 avril 1898, sur leur rôle et sur les modifications qu’il serait ulile d’apporter à cette loi (2).
En 1887, il n’existait que 504 syndicats; en 1897, on en comptait 2.123 avec 419.172 membres.
1.700 syndicats agricoles rendaient d’inestimables services dans l’organisation en vue de l’achat en gros et à prix réduits des matières premières; dans l’organisation des caisses d’assurances en cas d’accident, des offices de vente, des meuneries, des distilleries coopératives; dans l’organisation de prêts sur récoltes sans déplacement ni dépôt dans les magasins généraux, enfin dans la fondation de 800 associations de crédit faisant des avances aux agriculteurs syndicataires. M. Waldeck-Rousseau ajouta :
Il existait, à la fin de 1896, 213 associations ouvrières
(1) Voir la suite de l’affaire Dreyfus, page 186.
(2) Voir Présidence Carnot, page 276, et le volume précédent, page 175.
représentant un capital versé de 11.715.000 francs, un chiffre d’affaires de 29.000.000, un bénéfice de 2.410.234 francs. 11 résulte de leurs comptes rendus qu’elles ont versé à leurs membres un salaire au moins égal au salaire courant, lequel s’est trouvé grossi par les bénéfices de 17 p. 100. Il n’est pas de grève qui ait jamais donné pareil résultat.
En 189(5, il y a eu 476 grèves. Elles ont entraîné un chômage de 044.168 jours de travail, et, en calculant sur un salaire moyen de 3 francs, une perte de près de 2.000.000 en chiffres ronds. Si l’on ajoute l'indemnité de 1 franc par jour distribuée aux ouvriers grévistes, on arrive à un chiffre de 2.644.000 francs.
Quel a été le résultat de cet énorme sacrifice? 11.579 ouvriers ont obtenu une majoration de salaires de 0 fr. 25, soit, pour l’ensemble, un bénéfice quotidien dé 2.894 francs. Le plus simple calcul montre que, pour retrouver les 2.644.000 francs perdus par la masse, il faut compter 900 jours ou trois années ! .
Il y a moins d’un an, après certaines grèves retentissantes, ce fut un lieu commun de dire et d’imprimer que je regrettais l’œuvre de 1883, que je rêvais l’abrogation de la loi que j’avais fait voter. J’ai répondu à Reims en demandant qu’on élargit les attributions des syndicats et qu’on leur donnât la capacité civile, industrielle et commerciale.
J’ai la conviction profonde que, devenus capables de recevoir et d’employer les capitaux d’épargne, profitant des expériences faites, représentant une solvabilité incontestable, les syndicats professionnels doivent devenir des générateurs d’associations ouvrières, les agents décisifs de la grande évolution qui est, à nos yeux, la solution de l’avenir : l’accession du salariat à la propriété industrielle et commerciale.
Le mouvement économique qui a tout transformé depuis moins de cinquante ans rend cette évolution possible.
Trois faits, d’après Al. Waldeck-Rousseau, devaient attirer l’attention : 1° la nécessité de produire à bon marché qui avait développé l’importance des entreprises; 2° l’abaissement progressif du taux de l’intérêt de l’argent; 3° la puissance d’épargne du travail. Chaque année, le travail verse aux caisses d’épargne près d’un milliard; en 1895, les dépôts
se sont élevés à 839 millions, les retraites à 830 millions.
Pour résumer ces formules, « le Iravail doit s’élever de l’isolement à l’organisation collective ».
G& n'est pas là du socialisme, c’est du progrès social. Nous ne rêvons pas de supprimer le capital, mais de le répandre et d’en assurer la conquête. Il faudra, dans un avenir prochain, que le capital travaille, et, par une réciprocité certaine, que le travail possède.
En cherchant à supprimer la propriété individuelle, le socialisme poursuit une vaine entreprise, car elle se heurte aux instincts les plus profonds de 1 humanité et aux forces mêmes de la nature. L’homme tend à la propriété comme il tend à l’indépendance. C’est sa loi d’attraction, et, si on peut l’entraver pour un instant, nul ne saurait la détruire
Depuis plus d’un siècle, le socialisme épuise toutes les combinaisons sans avoir allégé une misère. Il va, par des chemins où soufflent la colère et la haine, à la détresse et à la servitude Nous allons à la paix sociale, à la liberté et à l’émancipation.
Cherté des blés et du pain.
Suppression du droit d’entrée.
La loi du 27 lévrier 189i avait mis sur les blés étrangers un droit d’entrée de 7 francs par quintal. La guerre hispano-américaine ayant beaucoup diminué les arrivages de blé, les prix avaient monté brusquement, au mois de mai 1898, du 30 à 34 francs le quintal. Le pain augmenta de cinq centimes, puis de dix centimes par 500 grammes. M. Méline imputa en partie cetle hausse « à la campagne violente entreprise contre le gouvernement dans un but électoral, où l’on faisait entrevoir tous les jours l’imminence de prix de famine ». (Déclarations à la commission des douanes.)
Pour remédier à la cherté du pain, le gouverne-
ment, par un décret du 4 mai 1898, supprima, jusqu’au 1er juillet 1898, le droit d’entrée de 7 francs, par application de l’article 1er de la loi du 29 mars
Comme toujours, la politique avait dénaturé cette question. Les candidats à la députation de tous les partis d’opposition avaient proclamé que le gouvernement affamait le peuple dans l’inléiêt des spéculateurs et ils avaient dénommé leurs adversaires républicains modérés : « les candidats du pain cher ».
Période électorale. — Discours politiques. — Le Grand Cercle républicain. — Les défauts du ré gime parlementaire.
Dès le mois de mars, commencèrent les manifestations oratoires des divers partis.
Le 2 mars, dans un banquet organisé par le Comité national républicain du commerce et de l’industrie (1), Ai. Paul Deschanel, vice-président de la Chambre, exposa le programme des progressistes, ce qu’il fit encore à Lyon le 2 mai.
Le 6 mars, à Belfort. M. Léon Bourgeois parla au nom du parti radical et reprocha aux progressistes de s’être inféodés au cléricalisme et à la réaction, ce qui les rendait incapables d’accomplir les réformes démocratiques, parmi lesquelles l’impôt sur le revenu global et progressif. Au mois de mai.
(1) Il existait à ce moment trois grandes associations libérales : l’Union libérale républicaine, présidée par M. Barbeux; l'Association nationale républicaine, présidée par M. Audiffred; le Comité national du commerce et de l’industrie. dirigé pajr MM. Waldeck-Rousseau et Expert-Besancon.
à Châlons-sur-Marne, il réclama la révision « pour régler les attributions des deux Chambres. »
Le 22 mars, M. Waldeck-Rousseau, sénateur, présida, à Paris, l'inauguration du Grand cercle républicain, 3Ü, rue de Grammont, fondé, à l’imitation des grands clubs politiques anglais, pour servir de centre de réunion, d’action et de propagande au parti progressiste. On compta, dès le dé* but, 2.000 adhérents, dont la moitié de piovince. M. Waldeck-Rousseau déclara qu’il ne suffisait pas d'avo.r des institutions parlementaires;, il fallait des mœurs parlementaires qui nous manquaient. Il était essentiel <c de former un grand parti, compact, homogène, ayant des principes supérieurs et constants, ayant une règle, ayant une orientation précise, arrêtée, une discipline, une direction supérieure ». Le nouveau cercle devait y travailler.
S’inspirant de ces idées, Y Union libérale républicaine publia un manifeste pour obtenir que la Chambre ne votât plus, à chaque budget, des augmentations de crédit qui n’étaient que des faveurs électorales à certaines catégories de citoyens. On devait imiter le Parlement anglais, qui avait pris la résolution de ne jamais voter des dépenses non proposées par le gouvernement. Le droit d'initiative parlementaire devait être limité en matière budgétaire. L 'Union libérale républicaine demanda aux conseils généraux, qui se réunissaient le 18 avril, d’emettre des vœux en faveur de cette réforme. Ce conseil fut suivi par un certain nombre d’entre eux.
Le groupe radical socialiste de la Chambre, présidé par M. Goblet, et le comité d’action des réformes républicaines, présidé par M. Mesureur, récla-
nièrent l’impôt progressif et global sur le revenu, la révision de la Constitution, l'affaiblissement du rôle du Sénat, etc.
M. Métâne, président du Conseil, lit un discours, le 17 avril, à Remiremont, et M. Barthou, ministre de l’intérieur, le 24 avril, à Oloron. Tous les deux dirent que l'union des républicains était rendue impossible par les exigences des radicaux qui prétendaient les contraindre à l’adoption de l’impôt progressif et global sur le revenu.
A Arras, -le 17 avril, 3\T. Ribot parla comme les deux précédents orateurs. 11 repoussa l’impôt sur le revenu proposé par le cabinet Bourgeois, et il proposa d’autres améliorations fiscales. Par la réforme de la contribution personnelle et mobilière, transformée en une taxe d’habitation qui englobait tous les signes extérieurs de la richesse, on pouvait établir un impôt sur le revenu « à la française ».
M. Waldeck-Rousseau, le 24 avril, à Paris, exposa à des membres de l’Association des gambet listes, la nécessité de la réforme parlementaire, de la restriction du droit d’initiative en matière budgétaire. Cét ait. son thème favori, déjà développé maintes fois, entre autres dans son discours de Reims, le 24 octobre 1807. Il avait signalé « l’envahissement de ces parlementaires qui, exagérant leur rôle, érigeant leur mandat en apanage et leur investiture en carrière, en sont venus peu à peu à une oligarchie tellement absorbante qu’on ne pourrait ni les discuter ni les combattre sans être immédiatement convaincu de lèse-majesté nationale ». Le 24 avril 1898, à Paris, il attaqua aussi le parti socialiste « né du déclassement des autres partis, dans lequel s’absor-
bent de plus en plus tous ceux qui restent les en nemis irréconciliables de la République »; en viciant le régime parlementaire, en travaillant à établir la confusion des pouvoirs, il « éveille l’inquiétude et l’horreur des tyrannies anonymes ».
Elections législatives (8 et 22 mai 1898).
Les élections générales ne modifièrent pas sensiblement la composition de la Chambre. Le ministère de l’intérieur communiqua la statistique suivante :
Ancienne Nouvelle Chambre. Chambre.
Républicains progressistes . 250 254
Radicaux . 128 104
Radicaux socialistes . 68 74
Socialistes . 52 57 ■
Ralliés . 30 38
Monarchistes . 53 44
Révisionnistes, antisémites, etc. ... » 10
Totaux.... 581 581
Le pi’emier tour ne donna que 401 résultats définitifs; les élections de ballottage portèrent donc sur 180 sièges. 371 députés sortants se trouvèrent réélus. Les membres nouveaux représentèrent 37 p. 100. Les radicaux socialistes gagnèrent 450.000 voix, les socialistes, 200.000. Les radicaux en perdirent 150.000; les monarchistes 120.000.
Les échecs remarqués furent ceux de M. René Goblet, à Paris; M. André Lebon, ministre des colonies, dans les Deux-Sèvres; M. Delpeuch, sous-secrétaire
d’Etat des postes et télégraphes, dans la Corrèze; M. Jules Guesde, à Roubaix, battu par un industriel : M. Motte, progressiste; M. Jaurès, à Carmaux, battu par M. le marquis de Solages, républicain rallié; M. Joseph Reinach, dans les Basses- Alpes.
M. Paul de Cassagnac revint à la Chambre; M. Paul Déroulède fut élu à Angoulême et M. Drumont, directeur de la Libre Parole, à Alger.
Démission de deux ministres.
Les échecs électoraux de M'. André Lebon et de M. Delpeuch, les obligèrent à donner leur démission de leurs fonctions ministérielles. M. Ilanotaux se chargea de l’intérim du ministère des colonies.
Le Président de la République à Saint-Etienne* Aux grandes manœuvres. — La Toison d’or.
M. Félix Faure se rendit à Saint-Etienne, le 29 mai, avec le général Billot, ministre de la guerre, l’amiral Besnard, ministre de la marine et Ml Boucher, ministre du commerce. A un banquet, offert par la ville, il prononça un discours où il constata avec joie que la République sortait « plus forte que jamais de la consultation nationale ». Il ajouta :
Au milieu du calme parfait, le pays vient, une fois de plus, de proclamer solennellement sa confiance dans une politique raisonnée et sage qui, en assurant les conquêtes acquises et en préparant de nouveaux progrès, maintient contre les exagérations les principes sur lesquels reposent les sociétés.
Ce langage si mesuré indigna les journaux radicaux et socialistes qui accusèrent M. Félix Faure d’avoir pris parti pour le cabinet Aléline en s’élevant contre les « exagérations » et d’être sorti de son rôle constitutionnel. Ce rôle, d’après eux, consistait à n’émettre aucun sentiment personnel, aucune opinion politique, encore moins de risquer un geste, ils ne voulaient qu’un personnage docile à toutes les volontés de la majorité parlementaire. Et, de fait, par la suite, ils s’efforcèrent de faire élire des hommes dont le manque de notoriété et la souplesse de caractère offraient des garanties pour le servilisme exigé.
Le président de la République se rendit aux grandes manœuvres du Centre, dirigées par le général de Négrier, et il assista, avec le duc de Connaughl, à la revue finale, le 16 septembre.
Le 17 octobre, il reçut solennellement à l'Elysée les insignes de la décoration, exceptionnellement accordée, de la*Toison d’or.
Septième législature.
Election du président de la Chambre.
La Chambre entra en séance le 1er juin, et l’élection de son président donna une indication sur la force des deux grands partis opposés : radicaux et modérés. AL Frisson était le candidat des premiers,. M. Paul Dèsehanel, celui des partisans de M. Méline. Au premier tour, AL Dcschanel obtint 277 voix et M. Brisson 270. Ce résultat fut aussitôt attaqué par la gauche radicale parce qu’il avait été trouve dans la corbeille où l’on dépose les boules (servant
au pointage de l’appel nominal) une boule de plus qu’il n’y avait de bulletins dans l’urne qui recevait les votes. M. Poincaré détendit le résultat acquis, un député ayant pu se rendre à l’appel nominal et ne pas voter, ce qui n’empêchait pas la validité du scrutin. Une discussion ardente s’engagea. M. Deschanel, pour y couper court, demanda un autre scrutin.
Il obtint la présidence provisoire, le 4 juin, par 282 voix contre 278 à AI. Brisson, et se trouva confirmé dans ces fonctions, cinq jours après, par 287 voix contre 277. MM. Georges Leygues, Sarrien, Camille Krantz et Alesureur furent élus vice-présidents.
Les groupes parlementaires (1).
L’ancienne gauche radicale prit la dénomination de gauche démocratique, qui était celle du groupe le plus avancé du Sénat.
Le groupe radical socialiste élut pour président M. Camille Pelletan en remplacement de M. Goblet.
Il y eut, pour la première fois, un groupe antisémite qui comprit dix-neuf membres.
Les progressistes se réunirent, au nombre d’environ 200, et choisirent comme président M. Poincaré.
Démission du Ministère Méline (15 juin 1898).
Dès le début, le gouvernement eut à répondre à
fl) Voir les groupements de l’ancienne Chambre dans le volume précédent, page 225.
une interpellation sur la politique générale présentée par \1M. Millerand, Dujardin-Beaumetz, Trouillot et Yallé. Un assaut furieux lui lut donné par les principaux orateurs radicaux, d’accord avec les socialistes. M. Méline s’efforça de leur tenir tête pendant les deux séances consacrées à ces débats (13 et 14 juin).
M. Millerand défendit surtout son parti. C'est à tort qu’on accusait les socialistes d’être des « sanspatrie ». Il se prononça contre l'antisémitisme. Il reconnut que son parti avait éprouvé des insuccèsnotoires, mais avança qu’il avait, par contre, obtenu un total de suffrages plus élevé qu’autrefois. C’était le résultat de la politique de M. Méline, dupe ou complice, basée sur l’union de la droite et des républicains modérés. La concentration devait se faire à gauche pour obtenir les réformes essentielles : caisses de retraites ouvrières, loi sur le travail, sur l’hygiène et la sécurité des ateliers, réduction à deux ans de la durée du service militaire, impôt global sur le revenu. Les socialistes n’appuieraient qu’un cabinet pratiquant cette politique.
M. Méline répondit que ies nouveaux élus devaient dire résolument quelle direction ils entendaient donner à la politique de la France. Le pays, en tout cas, n’avait pas donné aux socialistes les avantages qu’ils prétendaient avoir obtenus, malgré leur campagne, qu’il dénonçait, à propos, du pain cher. Ils avaient accusé le gouvernement de favoriser les spéculateurs, tandis qu’il avait supprimé les droits d’entrée sur les blés. Ses adversaires lui reprochaient une alliance avec la droite, tandis qu’on avait vu,
dans diverses régions, les voix des conservateurs se mêler à celles des radicaux et des socialistes. Ces derniers avaient abusé les électeurs en leur i'aisam espérer le service militaire de deux ans, avec l’impôt sur le revenu, dont seraient exemptés les citoyens n’ayant pas 2.500 francs de rente. Malgré ces promesses fallacieuses, le pays avait repoussé l’impôt sur le revenu, car, sur 581 députés élus, 179 seulement s’étaient engagés à voter cet impôt dans leur profession de foi. M. Méline présenta un programme différent pour la nouvelle législature : révision du règlement de la Chambre; organisation de l’enseignement et du service militaire; moins de politique, plus d’étude des questions importantes ■d’affaires; révision de la loi sur les sociétés; amé^ lioration des o'uvres en faveur de l’agriculture; création d’un enseignement professionnel et colonial: développement industriel de notre empire colonial. Le gouvernement déposerait bientôt son projet de loi de retraites pour la vieillesse indigente. Ij] demandait à la Chambre de changer de méthode de travail si elle ne voulait obliger à une révision de la Constitution. La politique du cabinet était opposée à la fois à la réaction et à la révolution. « Ce ne sont pas des portefeuilles qui sont en jeu, mais les destinées mêmes du pays. Quant à celui qui vous parle, il a consacré à la grandeur de la France tout ce qu’il avait de force et de vie. Il a été un homme sincère. 11 n’a fait de pacte ni d’alliance avec personne; sa seule ambition est de faire son devoir et de bien servir son pays. »
M. Léon Bourgeois objecta que si la politique de M. Méline avait été bien intentionnée, elle n’en avait
pas moins été dangereuse pour la République. Elle avait été d’ailleurs condamnée par les 277 voix données à M. Brisson pour la présidence. La politique de combat adoptée contre un socialisme impuissant n’avait servi ni la cause de l’apaisement ni la défense sociale, et elle n’avait réjoui que les adversaires de la République en affligeant les vieux républicains. « Le premier devoir d’un gouvernement républicain était de rompre l’alliance avec la droite », de séparer ceux qui acceptent l’intrusion de l’influence pontificale dans nos affaires intérieures de ceux qui la repoussent. Avec une majorité exclusivement républicaine, on réaliserait les réformes essentielles et nécessaires : l’impôt global et progressif sur le revenu et la révision de la Comtitution pour mieux régler les attributions des deux Chambres, en laissant le dernier mot aux élus du suffrage universel.
Le lendemain, 14 juin, M. Méline signala la bizarrerie de la proposition de M. Bourgeois cpii voulait établir l’union des républicains en obligeant la majorité de ces républicains à renier leurs principes.
M. Bourgeois riposta qu’on n’arrêterait les progrès du collectivisme que par des réformes.
M'. Ürumont, directeur de la Libre Parole, fit le procès des juifs.
M. Trouillot, député du Jura, parut influencer les nouveaux venus en reprenant le thème^de l'opposition : péril pour la République de l’alliance du cabinet avec la droite, au lieu de continuer la lutte des bleus contre les blancs.
MM. Ribot, Charles Dupuy, Poincaré et Jonnart proposèrent l’ordre du jour suivant :
La Chambre, approuvant les déclarations du gouvernement et résolue à pratiquer une politique de réformes démocratiques fondée sur l’union des républicains, passe à l’ordre du jour.
M. Paul de Cassagnac reprocha à M. Méline sou ingratitude envers la droite. A quoi ce dernier répliqua qu'il n’avait pas à renier un concours qu’il n’avait pas sollicité. Dans ce cas, dit le député du Gers, reprenons chacun notre place : les républicains à gauche, les conservateurs à droite.
M'. Brisson, à son tour, demanda au cabinet s’il voulait, oui ou non, rompre avec la droite? En n’existant qu’avec ses votes, le gouvernement abandonnait fatalement une partie des principes républicains.
— Ou’ai-je livré à la droite? interrogea M. Méline.
— Tout! cria l’extrème-gauche.
M. Denys Cochin tint à préciser que la droite n’avait rien demandé et rien reçu. Elle n’avait soutenu le ministère que lorsqu’il avait paru le mériter. Et, dans d’autres circonstances, elle n’avait pas manqué de le combattre, par exemple au sujet de la politique extérieure de M. Ilanotaux et de la politique financière de M. Cochery. Le spectacle donné par les républicains prouvait bien que toute tentative d’union entre eux était paradoxale.
La Cfeambre adopta, par 295 voix contre 272, la première partie de l’ordre du jour : « La Chambre, approuvant les déclarations du gouvernement... », puis, par 527 voix contre 2, la deuxième partie r « ... et résolue à pratiquer une politique de réformes démocratiques fondée sur l’union des républi-
cains. » La droite elle-même avait donc volé ce deuxième texte qui semblait l’exclure.
Irrités de ces résultats, les radicaux proposèrent alors l’addition suivante présentée par MM. Henri Ricard (de la Côte-d’Or) et Bourgeois (du Jura) : « ... et appuyée sur une majorité exclusivement répu blicaine. ».
M. Méline s'opposa à cette addition, comme à une deuxième contre les socialistes, parce qu’elles ne semblaient que des pièges. La Chambre, adopta néanmoins le texte de MM. Ricard et Bourgeois, par 295 voix contre 216.
L’ensemble de l’ordre du jour de confiance fut ensuite adopté par 284 voix contre 272. Le ministère obtenait, en définitive, une majorité de 12 voix. Néanmoins, dans un conseil de cabinet tenu le 15 juin, il résolut de démissionner. M. Félix Faure, qui présidait ce conseil, ne s’y opposa pas, ne fit aucun effort pour le conserver au pouvoir.
Le ministère Méline avait eu la plus longue existence de tous les cabinets constitués depuis le 4 septembre 1S70. Formé le 29 avril 1890, il avait duré deux ans, un mois et quinze jours.
37“ Ministère. — Ministère Brisson (30 juin-25 octobre 1898).
Il fallut deux semaines pour trouver un autre cabinet. C est que le problème politique posé par 1 abdication du ministère Méline paraissait presque impossible à résoudre.
M. Ribot, chargé le premier de la solution, essaya une concentration républicaine avec les radicaux,
Troisième République (1897-1890).
mais ne parvint pas à s’entendre avec leurs chefs (17-18 juin).
Le président de la République s’adressa alors a M. Sarrien, qui continua cette tâche de conciliation et n’v réussit pas mieux, les modérés se considérant comme sacrifiés dans sa combinaison. (19-21 juin).
M. Peytral recommença les tentatives d’entente et, pour obtenir le concours des progressistes, abandonna son projet d’impôt global et proportionnel sur le revenu (présenté en 1888), remplacé par un autre projet d'impôt basé sur les signes extérieurs de la richesse. Malgré cette concession, son attribution d’un portefeuille à un radical-socialiste, AI. Mesureur, jugé trop combatif et trop accentué, fît tout échouer (23-25 juin).
M. Brisson, aussitôt appelé, renonça à la concentration et composa en deux jours un ministère ne comprenant que des membres des partis avancés. Cependant les nominations ne parurent que le 30 juin au Journal officiel :
Présidence du Conseil et intérieur, M. Brisson; affaires étrangères, M. Delcassé; finances, M. Peytral (sénateur); justice et cultes, M. Sarrien; instruction publique et beaux-arts, M. Léon Bourgeois; marine, M. Lockroy; colonies, M. Trouillot; guerre, M. Cavaignac; commerce, industrie, postes et télégraphes, M. Maruéjouls; agriculture, M. Viger; travaux publics, M. Tillaye (sénateur).
MM’. Vallé et Mougeot furent nommés sous-secrétaires d’Etat : le premier, à l’intérieur; le second, aux postes et télégraphes.
Déclaration ministérielle. — Vote de confiance.
Le ministère se présenta le 30 juin devant le Parlement. Sa déclaration, habilement rédigée, esquivait les questions controversées du programme radical. En particulier, elle ne mentionnait pas la révision de la Constitution ni l’impôt global et progressif sur le revenu. Elle proposait simplement de remplacer la contribution personnelle et mobilière et l’impôt des portes et fenêtres par un impôt sur le revenu uniquement basé sur les signes extérieurs de la fortune. Elle demandait le vote des projets sur les retraites ouvrières, sur le régime liscal des successions, sur celui des boissons, sur l’armée coloniale et sur la mise en valeur des colonies. Et l’attitude politique du cabinet radical s’annonçait intransigeante :«Nous pensons qu’il sera de notre devoir de n’accorder aucune part d’influence dans le gouvernement de la République aux adversaires du régime voulu par la nation, et à ceux qui ne l’acceptent que pour mieux en combattre les lois essentielles. Nous sommes de même résolus à défendre énergiquement contre toute tentai ive d’empiètement l’indépendance de la société laïque et la suprématie du pouvoir civil. Nous tiendrons la main à ce que toutes les administrations au centre et dans les départements, se conforment rigoureusement à ces principes. » C’était l’annonce de 1’ « épuralion » administrative qui allait suivre et de l’exclusion inflexible des ralliés.
Il se produisit, aussitôt après, une interpellation sur la politique générale. MM. Krantz. Legrand, Cruppi et Paul Beauregard, progressistes, signa-
lèrent lo mutisme sur les principales réformes du programme radical. C’est que M. Brisson s’est rendu compte, dirent-ils, qu’il n’y avait pas de majorité radicale à la Chambre, et il a sacrifié ses principes. Ils engagèrent le parti progressiste à n’accorder aucun crédit à ce ministère qui, avec des apparences de modération, agirait violemment sur le pays, en lui imposant une administration tyrannique.
M. Brisson se contenta de répondre qu’il était chargé d'appliquer la décision de la Chambre de ne gouverner qu’avec des républicains. Il allégua que c’étaient les progressistes qui avaient pris le pro gramme des radicaux et non les radicaux celui des progressistes.
M. Déroulède, au nom des nationalistes, dit que, malgré la divergence de leurs idées avec celles de ce ministère, ils voteraient pour lui parce que la présence de M. Cavaignac au ministère de la guéri e « était une garantie que l’honneur de l’armée, l’honneur de la Légion d’honneur, l’honneur du pays seraient sauvegardés ».
M. Cavaignac, gêné par cette adhésion, tint à se solidariser avec les autres membres du cabinet « qui avaient tous également à cœur l'honneur de l’armée ».
M. Ribot rappela que M. Léon Bourgeois avait déclaré, le 14 juin, ne pouvoir abandonner l’impôt sur le revenu. Pourquoi aujourd’hui le ministère présentait-il un projet fiscal emprunté à M. Delombre, député progressiste, analogue à celui présenté jadis par M. Burdeau? « Ce projet est le nôtre et non le vôtre. » Abandonner de cette façon le programme de son parti c’est exciter dans le pays un profond scepticisme.
i\l'. Viviani, au nom des socialistes, donna son approbation au ministère, tout en faisant des réserves sur son programme financier.
Ai. Brisson déclina cet appui un peu trop affiché. « Le gouvernement, affirma-t-il, ne veut appliquer qu’un programme d’union entre républicains. » Personnellement, il avait été combattu par les socialistes aux élections. « C’était pour leur arracher leur clientèle que le gouvernement voulait réaliser les îéformes démocratiques. »
M. Beauregard dit que le parti radical s’était fait une arme électorale de l’impôt sur le revenu et l’abandonnait à présent. Un parti faisant litière de ses principes pour conserver le pouvoir ne méritaitil pas d être appelé renégat?
Un ordre du jour de confiance, déposé par MM. Dujardin-Beaumetz, de la Porte et Bérard, fut voté par 316 voix contre 203. Mais l’adjonction suivante, proposée par MM. Rosé et Lasserre, progressistes : « pour appliquer une politique qui exclût l’impôt progressif sur le revenu global », repoussée par M. Brisson, réunit néanmoins 246 voix favorables contre 291. La majorité n’était déjà plus que de 45 voix; elle comprenait 208 radicaux et radicaux-socialistes, 52 socialistes et 31 nationalistes ou anciens boulangist.es. La minorité se composait de 174 progressistes, 26 ralliés et 46 droitiers. Dans les 36 abstentionnistes, figuraient 25 progressistes.
Le gouvernement prononça, le 13 juillet, la clôture de la session du Parlement, avant que la Chambre eût achevé l’examen des élections et de voter les validations.
Epuration administrative.
L' « épuration » annoncée s’exécuta rapidement, au moyen de grands mouvements préfectoraux ordonnés le 15 et le 20 juillet. Le 19 octobre, à la veille de la rentrée des Chambres, un autre mouvement concernant 17 préfectures eut pour but de donner plus de satisfaction aux partis avancés qui se montraient encore mécontents.
Ces hécatombes, qui répandirent la terreur parmi les fonctionnaires, devinrent dès lors une règle à la suite des nombreux changements de ministère et contribuèrent à suggérer la création de ligues de défense — ■ véritables syndicats révolutionnaires — qu’organisèrent plus tard les serviteurs de l’Etat pour lutter contre sa versatilité et contre le favoritisme. C’était un procédé indiscipliné et anarchique, mais qui trouvait- une excuse dans la succession de gouvernements éphémères, de principes différents, témoignant tantôt de la faiblesse, tantôt une rigueur excessive.
Projet ministériel d’impôt sur le revenu.
Pour ne pas sembler faire l’abandon de toutes les grandes réformes radicales, M. Peytral, ministre des finances, s’empressa de déposer, le jour de la rentrée du Parlement, un projet d’impôt sur le revenu « uniquement basé sur les signes extérieurs de la fortune, sans vexation ni inquisition d’aucune sorte, et établi de manière à assurer à la masse des petits contribuables de larges dégrèvements allant même jusqu’à l’exemption totale ».
Ce projet ne satisfaisait pas ceux qui réclamaient une refonte complète du système fiscal; ce n’était qu’une transaction pour obtenir une majorité. Il supprimait deux impôts critiqués : la contribution personnelle et mobilière avec celle des portes et fenêtres.
Elections des conseils généraux et d’arrondissement (31 juillet- 7 août 1898).
Les élections pour le renouvellement des conseils généraux et des conseils d’arrondissement eurent lieu le 31 juillet et le 7 août. Il y avait à élire 1.438 conseillers généraux et 1.754 conseillers d’arrondissement. Le ministère de l’intérieur publia les résultats suivants pour les conseils généraux :
Conseillers Conseillers
sortants.
élus.
Conservateurs .
Ralliés .
Républicains modérés. . . .
Républicains (?) .
Républicains radicaux .
Socialistes .
Nationalistes .
Totaux. . . .
Cette classification parut tendancieuse et sujette à vérification; elle semblait surtout établie pour donner une apparence de victoire aux radicaux.
Organisation financière de l’Indo-Chine.
Jusqu’en 189S, la Cocliinchine, le Tonkin, l’Annam, le Cambodge et le Laos étaient restés séparés,
avec leurs finances particulières. Un décret, du S août. 1S98, établit un budget général de l’ Indo- Chiné ayant pour recettes les produits des douanes et régies avec les impôts indirects, soit 40 millions environ. Ces territoires conservaient néanmoins leurs budgets spéciaux chargés des dépenses des services locaux, de la police et de la justice indigènes, de l’instruction publique, des services médicaux, etc.
Le budget général devait pourvoir aux dépenses du gouvernement général et de ses services, des services militaires mis à la charge de l’Indo-Chine, de la justice française, des travaux publics d’intérêt général, etc.
Proposition du tsar de limiter les armements (août 1898).
Le comte Mouraviev, ministre des affaires étrangères, remit, le 12/24 août, à tous les représentants accrédités à Saint-Pétersbourg une communication sur un projet de limitation des armements conçu par l’empereur de Russie. En voici les principaux passages :
Le gouvernement impérial croit que le moment présent serait très favorable à la recherche, dans la voie de la discussion internationale, des moyens les plus efficaces à assurer à tous les peuples les bienfaits d’une paix réelle et durable et à mettre avant tout un terme au développement progressif des armements actuels.
Au cours des vingt dernières années, les aspirations à un apaisement général se sont particulièrement affirmées dans la conscience des nations civilisées. La conservation de la paix a été posée comme le but de la politique internationale. C’est en son nom que les grands Etats ont conclu entre eux de puissantes alliances; c’est pour mieux garantir la paix
qu’il ont développé dans deé proportions inconnues jusqu’ici leurs forces militaires et continuent encore à les accroître sans reculer devant aucun sacrifice .
Des centaines de millions sont employés à acquérir des engins de destruction effroyables qui, considérés aujourd’hui comme le dernier mot de la science, sont destinés demain à perdre toute valeur à la suite de quelque nouvelle, découverte dans ce domaine. La culture nationale, le progrès économique et la production des richesses se trouvent paralysés ou faussés dans leur développement.....
Si cette situation se prolongeait, elle conduirait fatalement à ce cataclysme même qu'on lient à écarter et dont les horreurs font frémir à l’avance toute pensée humaine. Mettre un terme à ces armements incessants et rechercher les moyens de prévenir des calamités qui menacent le monde entier, tel est le devoir suprême qui s’impose aujourd’hui à tous les Etals.
Pénétrée de ce sentiment, Sa Majesté a daigné m’ordonner de proposer à tous les gouvernements dont les représentants sont accrédités près la cour impériale, la réunion d’une conférence qui aurait à s’occuper de ce grave problème.
Ce projet excita d’abord quelques inquiétudes en France. On craignit que cette conférence, en établissant une paix générale, n’imposât du même coup la fin des aspirations nationales, le renoncement aux provinces arrachées.
Sur l’ordre de l’empereur, le ministre des affaires étrangères adressa, le 30 décembre 1898-14 janvier 1899, aux représentants des puissances à Saint-Pétersbourg une nouvelle communication comprenant :
1“ Une demande de faire savoir si les gouvernements étrangers reconnaissaient le moment actuel opportun pour la réunion de la conférence projetée;
2° Une énumération succincte des questions spéciales et générales qui pourraient être introduites dans le programme des travaux de la future conférence;
3“ Un énoncé des motifs pour lesquels ne serait pas désirable la réunion de la conférence dans la capitale d’une des grandes puissances.
Il résultait de cette communication qu’il n’entrait nullement dans les intentions du gouvernement russe de proposer le programme définitif des travaux de la conférence.
Les droits de la France en Orient.
La protection des chrétiens.
A la suite du voyage de Guillaume II en Palestine, des journaux étrangers mirent en discussion les droits de protection de la France sur les chrétiens en Orient.
Mgr Langénieux, archevêque de Reims, écrivit au pape pour manifester les craintes que lui inspiraient ces contestations.
Le 20 août 1898, le Saint-Père lui répondit en affirmant à nouveau la légitimité et là prédominance du protectorat français. « La France, dit-il, a en Orient une mission à part que la Providence lui a confiée, noble mission qui a été consacrée non seulement par une pratique séculaire, mais aussi par des traités internationaux, ainsi que l’a reconnû de nos jours notre congrégation de la Propagande, par sa déclaration du 22 mai 1888. » Après cette lettre, les journaux catholiques d’Allemagne consentirent à reconnaître que la protection de la France pouvait s’exercer dans certains cas, mais ils eurent soin de faire encore des restrictions.
Grève du bâtiment. — Tentative de grève générale du personnel des chemins de fer (25 septembre-16 octobre 1898).
Une grève des terrassiers, suivie de celle des ou-
vriers du bâtiment, donna des inquiétudes et obligea à appeler dans la capitale beaucoup de régiments de province pour garder fortement tous les chantiers. L’appareil militaire déployé dans les rues de Paris, à un moment où s’accentuait l’agitation politique, donna l’impression d'une veille de révolution, causant un arrêt des affaires, un malaise général.
On compta d’abord 20.000 grévistes. Ils réclamaient 0 fr. 60 par heure au lieu de 0 fr. 50. Les patrons ne refusaient pas ce tarif, mais à condition que les pouvoirs publics procédassent à la révision des prix des entreprises.
Le bureau du conseil municipal intervint en votant, le 23 septembre, 20.000 francs pour les grévistes.
Le 2 octobre, les délégués de toutes les corporations du bâtiment votèrent la grève générale qui entraîna jusqu’à 30.000 adhérents. C’est alors que la situation parut grave et qu’on recourut à des mesures militaires exceptionnelles. L’ordre se trouva maintenu et les grévistes découragés reprirent peu à peu le travail.
Jugeant l’instant propice, le conseil d’administration du syndicat des ouvriers et employés de chemins de fer, appelé syndicat Guérard et comprenant près de 20.000 membres, décida, par 12 voix sur 24. la grève générale des chemins de fer, qui fut ordonnée au moyen d’une affiche apposée dans la nuit du 13 au 14 octobre. On y lisait : « Que la bourgeoisie capitaliste inhumaine apprenne enfin ce que peut faire le peuple soulevé. » Le cabinet décida aussitôt des poursuites contre ce conseil d’ad-
ministration pour infraction à la loi du 21 mars 1S84 sur les syndicats. On perquisitionna au siège du syndicat. Les employés et ouvriers des chemins de fer ne se laissèrent pas entraîner et restèrent à leur poste. Il y eut pourtant des ruptures de signaux et d’aiguilles. Le conseil du syndicat Guérard ne persista pas, mais annonça qu’on réussirait mieux une autre fois (18 octobre).
L’affaire Dreyfus (1).