‹ Histoire de la Troisième République de 1897 à 1899Chapitre 34 sur 54 · COLONEL HENRY (AOÛT · texte numérisé non relu

COLONEL HENRY (AOÛT

Dès son arrivée au ministère de la guerre, M. Cavaignac avait fait procéder au classement des pièces se rapportant à l’affaire Dreyfus et avait demandé un rapport d’ensemble. Dans la soirée du 13 août 1898, le capitaine Cuignet, officier d’ordonnance, chargé de ce travail, découvrit que la pièce d’octobre 1896, nommant Dreyfus et lue à la Chambre, était fausse, car le papier quadrillé du haut n’était pas de la même couleur que celui du bas.

La provenance des fragments recollés, qui avaient • servi à constituer cette pièce, fit soupçonner le lieutenant-colonel Henry. Amené devant le ministre, il finit, après quelques dénégations, par avouer qu'il avait reçu une letlrc insignifiante provenant de Panizzardi, qu’il l’avait supprimée et eu avait fabriqué une autre. Peu après, il disait au général Roget, chef de cabinet : « J'ai agi dans l’intérêt du pays et de l’armée, ce que je considère comme supérieur à toute autre considération. »

Suivant l'ordre du ministre, on le mit en état d'arrestation et on le conduisit au Mont-Valérien. Le lendemain, 31 août, il se coupa la gorge arec un rasoir. Ses obsèques eurent lieu à Pogny (Marne), le 4 septembre (1).

(1) Henry, né à Pogny en 1846, était fils d’un cultivateur. Engagé en 1865, il était sergent-major au moment de la guerre franco-allemande. Il obtint le grade de sous-lieutenant le 28 octobre 1870, servit à l’armée de la Loire, puis à l’armée do l’Est. Deux fois fait prisonnier, il s’échappa et revint combattre. Il fut deux fois blessé. Nommé lieutenant le 14 de-

DÉMISSIONS DU CHEF d’ÉTAT-MAJOR GÉNÉRAL ET DU MINISTRE DE LA GUERRE.

Le 31 août, le général de Boisdcffre adressa sa démission au ministre de la guerre en ces termes : « Je viens d’acquérir la preuve que ma confiance dans le lieutenant-colonel Henry, chef du service des renseignements, n’était pas justifiée. Cette confiance, qui était absolue, m’a amené à être trompé et à déclarer vraie une pièce qui ne l’était pas, et -à vous la présenter comme telle. » Dans ces conditions, il demandait à être relevé de ses fondions. M. Cavaignac le mit en disponibilité et désigna', pour le remplacer, le général Renouard, commandant l’Ecole supérieure de guerre (3 septembre).

Le 4 septembre, le ministre de la guerre donna à son tour sa démission. Sa lettre à M'. Brisson fournissait les explications qui suivent :

Il existe entre nous un désaccord qui, en se prolongeant, paralyserait le* gouvernement au moment où il a le plus besoin de toute sa décision.

Je demeure convaincu de la culpabilité de Dreyfus et aussi résolu que précédemment à combattre la révision du procès.

Je n’entendais pas me dérober aux responsabilités de la situation actuelle, mais je ne saurais les assumer sans être d’accord avec le chef du gouvernement auquel j’ai l'honneur d’appartenir.

c.embre, la commission des grades le remit sous-lieutenant. Lieutenant en 1874, capitaine en 1879, il prit part à l’expédition de Tunisie, puis lit partie d’une mission envoyée sur le haut Cambodge. Le général de Miribel se l’attacha comme officier d’ordonnance et il passa ensuite au bureau des renseignements. Nommé chef de bataillon le ‘75 septembre 1890. il succéda au lieutenanbcolonel Picquart comme chef de ce bureau et fut promu lieutenant-colonel le 10 novembre 1897.

Le gouvernement avait résolu d’ordonner la révision et des notes officieuses l’avaient annoncé, en ajoutant que celte décision, qui ne préjugeait en rien l’innocence de Dreyfus, avait seulement pour but de mettre fin au trouble et à l’inquiétude des esprits.

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