‹ Histoire de la Troisième République de 1897 à 1899Chapitre 33 sur 54 · NOMBREUX INCIDENTS. — VIOLENCES DES PARTIS · texte numérisé non relu

NOMBREUX INCIDENTS. — VIOLENCES DES PARTIS

Les incidents et les procès se multipliaient, s’enchevêtrant, rendant 1’ « Affaire » de plus en plus obscure pour le public, exacerbant les passions politiques, les polémiques et les dissentiments. La vie de la nation semblait suspendue. Plus rien ne paraissait intéresser en dehors de cette lutte intestine qu’envenimaient tous les groupements antimilitaristes et antisociaux. A l’étranger, nos divisions étaient exploitées par nos ennemis; les journaux attaquaient la France, surtout en Allemagne. Les violences étaient attisées par les sémites de tous les pays. On voyait renaître les fureurs religieuses qu’on croyait apaisées depuis des siècles. Les troubles d’Alger, au mois de janvier 1S98, suscités par les antisémites, témoignèrent de la surexcitation générale.

De petits faits sans importance étaient dénaturés et exploités. Le général Jamon't, vice-président du conseil supérieur de la guerre, avait présidé, le 19 juillet, la distribution des prix du collège des Dominicains d’Arcueil. Le père Didon, directeur, célébra, dans son discours, la force militaire et critiqua « leS' prétentions du civilisme, qui veut se subordonner le militaire ». Les journaux avancés s’emparèrent de ces paroles pour dénoncer l’alliance « du sabre et du goupillon » contre le progrès, la justice et la vérité. M'. Fournière, député socialiste, écrivit au président du Conseil pour lui annoncer qu’il l'interpellerait. Le ministre de la guerre rappela, par une circulaire, les précédentes instructions qui interdisaient aux officiers supérieurs ou généraux de présider, sans l’autorisation ministérielle, des cérémonies dans des établissements ne dépendant pas de l’Université.

M. Léon Bourgeois, ministre do l’instruction publique, suspendit de ses fonctions pour six mois, le 29 juillet, M. Stapfer, doyen de la Faculté des lettres de Bordeaux, pour avoir, dans une allocution sur une tombe, manifesté son opinion en faveur de Dreyfus.

ESTEniIAZY DEVANT UN CONSEIL D’ENQUÊTE (AOÛT 1898).

Esterhazy comparut devant un conseil d’enquête le 24 août. Le rapporteur rele\ail contre lui : les lettres à Mœe de Boulancy; les lettres au président de la République; une lettre (qu’il rétracta peu après) au général de Pellieux, par laquelle il le menaçait de révélations compromettantes pour les chefs de l'armée; son manque de sens moral et ses désordres de vie privée.

Esterhazy raconta ses entrevues avec le lieutenant-colonel du Paty de Clam, prétendit que celuici lui avait dicté un article signé Dixi et publié dans la Libre Parole, ainsi que ses lettres au président de la République; que M110 Pays lui avait servi pour des communications avec l’état-major; enfin, qu’il possédait des documents très importants, un entre autres remis à son avocat, M° Tézenas. Le conseil le lui demanda et s’ajburna au 27.

Ce jour-là, Esterhazy remit une note. Le lieutenant-colonel du Paty s’en reconnut l’auteur et dit qu’il avait expliqué son intervention et ses actes au ministre de la guerre. Le conseil, par 3 voix contre 2, émit l’avis qu’Esterhazy se trouvait dans le cas d’être mis en réforme pour inconduite habituelle; le disculpa à l’unanimité de faute contre la discipline et, par i voix contre 1, de faute contre l’honneur. Le général Zurlinden, gouverneur de Paris, proposa la mise en non-activité, mais la direction de l’infanterie opina pour la mise en réforme qui fut prononcée le 31 août. Esterhazy forma un pourvoi devant le Conseil d’Etat (qui l’a rejeté le 18 janvier 1901).

Le conseil de l'ordre de la Légion d’honneur raya Esterhazy des cadres le 29 octobre 1898.

Esterhazy s’enfuit en Angleterre, dans les premiers jours du mois de septembre 1898, pour se soustraire aux suites' du procès en escroquerie que lui avait intenté son cousin Christian le 21 juillet. Cette affaire fut jugée le 6 novembre 1899. Le tribunal correclionnel condamna Esterhazy par défaut à trois ans de prison, 50 francs d’amende et à restituer 33.500 francs à son cousin.

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