‹ Histoire de la Troisième République de 1897 à 1899Chapitre 49 sur 54 · GUERRE HISPANO-AMÉRICAINE · texte numérisé non relu

GUERRE HISPANO-AMÉRICAINE

Le croiseur américain Maine sombra, le 15 février, dans le port de la Havane, après une explosion qui détermina un incendie et qui causa la perte de 255 hommes. Cet accident — que les Américains attribuèrent à la malveillance — causa un vive irritation aux Etats-Unis où l’opinion publique se montrait favorable aux insurgés de l’île cle Cuba que le général espagnol Weyler cherchait à soumettre par des mesures impitoyables de répression. Le président Mae-Kinley ouvrit des négociations avec le gouvernement espagnol, mais on put prévoir, dès cet instant, la volonté des Etats-Unis de profiter de cet incident pour engager la guerre. Vainement les représentants des grandes puissances, réunis à Washington, remirent une note, le 7 avril, pour faire appel à la modération et à l’humanité du président et du peuple.

Le 19 avril, le Sénat et la Chambre des représentants des Etats-Unis votèrent la résolution suivante : 1° Cuba doit être un Etat libre et indépendant; 2° le gouvernement demande à l’Espagne d’abandonner immédiatement son autorité à l’île de Cuba; 3° le président emploiera les forces de terre et de mer pour mettre ccs résolulions en application; 4° les Etats-Unis, après la pacification, laisseront le gouvernement et le contrôle de l’île à son peuple. Dès le lendemain, le président Mac-Kinley notifia un ulti-

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matum à l’ambassadeur d’Espagne qui demanda aussitôt ses passeports et partit. A Madrid, le gouvernement espagnol refusa de recevoir l’ultimatum et remit ses passeports à l’ambassadeur des Etats- Unis.

A Cuba, le commodore Sehley, avec une escadre, bombarda le fort de Morro, les batteries de la Socapa et de Punta Garda, situées à l’entrée de la baie de Santiago. Le cuirassé espagnol Cristobal-Colon ferma l’entrée de la baie et prit part au feu des ou vrages fortifiés qui obligea les navires américains à se retirer.

Le 3 juin, le lieutenant de vaisseau Hobson, commandant le croiseur américain Merrïmac, fit couler son navire à l’entrée du chenal de Santiago, pour rendre impossible la sortie de l’escadre espagnole commandée par l’amiral Cervera. Après avoir réussi dans cet embouteillage, il parvint à gagner la terre, mais fut capturé par les Espagnols.

Les Etats-Unis purent descendre des troupes à Pi nta-Cabrera le 6 juin, puis à Guantanamo le 11. Le général Shafter débarqua un corps d’armée sur la côte est de Santiago, à Baiguiri, le 23, et livra un premier combat à Juragua. Il attaqua Santiago le 1er juillet, pendant que la flotte bombardait les forts et le port. Après une longue bataille, restée indécise, les Américains suspendirent les opérations (2 juillet). L'amiral Cervera, jugeant sa position désespérée, tenta de sortir de la baie, mais son escadre, poursuivie par les navires ennemis, fut détruite et il tomba au pouvoir de l’ennemi (3 juillet).

L’amiral Sampson recommença le bombardement de Santiago le 11 juillet, et le général espagnol Tor-

rai, trois jours après, signa la capitulation aux termes de laquelle ses troupes devaient être rapatriées.

Le gouvernement espagnol fit remettre des propo sitions de paix aux Etats-Unis par l’entremise de M. Jules Cambon, ambassadeur de France à Washington (26 juillet,).

Les Etats-Unis avaient aussi envoyé une expédition aux îles Philippines qu’ils convoitaient depuis longtemps. Le 1er mai, le commodore Dewey, avec une escadre, détruisit à Manille les navires espagnols et s’empara de l’arsenal de Cavité. La population de Manille se souleva contre les Espagnols qui n’étaient pas aimés, et bientôt ceux-ci se trouvèrent cernés par 25.000 insurgés commandés par Aguinaldo. Les principaux détachements espagnols de l'île de Lüçon furent faits prisonniers. Aguinaldo occupa Cavité. A la suite d’un bombardement, les Américains obtinrent la capitulation de Manille le 13 août.

Le 13 septembre, la Chambre espagnole adopta le protocole de paix avec les Etats-Unis, par lequel l’Espagne abandonnait Cuba et. cédait aux vainqueurs les Philippines et l’île de Guam, Porto-Rico et les Antilles espagnoles (Traité du 10 décembre 1898).

PRISE DE l'.VRCIIIPEL d’HAVAÏ.

Le 12 avril, à Honolulu, capitale de l’archipel d’Hawaï, les Etats-Unis prirent officiellement possession des îles. Depuis longtemps, ils avaient des visées qui avaient été arrêtées par l’opposition de la Grande-Bretagne et de la France. Us n’en tinrent

plus compte après leur victoire sur l’Espagne. Seul, le Japon essaya de soulever des difficultés en invoquant les droits de ses nationaux; mais cette protestation isolée ne pouvait entraver l’impérialisme américain. Les Etats-Unis prononcèrent l’annexion le 6 juillet 1898.

Nécrologie de l’année 1898.

Janvier. — Oscar Comettant, littérateur et compositeur. — Léonce Détroyat, ancien ofüciqr de marine, littérateur, qui dirigea plusieurs journaux, entre autres la Liberté, avec Emile de Girardin. — Ernest Hamel, journaliste, historien, auteur d’une Histoire de Robespierre. - — Marmontel, pianiste et compositeur. — Dr Mesnet, aliéniste, de l’Académie de médecine. — Nicolas, dit Nicolini, ténor, qui épousa la Patti. — Péan, chirurgien, de l'Académie de médecine. — Emile Richebourg, romancier. — Comte Roselly de Lorgues, historien, qui fit célébrer religieusement les fêtes du 4e centenaire de Christophe Colomb à Paris, le 12 octobre 1892. — Taillade, acteur. — Baron André Reille, député rallié de Castres.

Février. — Ferdinand Fabre, romancier. — Baron Harden-Hicklev, ancien élève de Saint-Cyr, qui fon da le satirique Triboulet en 1878. — Général de Ladmirault, sénateur en 1866, commandant du 4® corps d'armée pendant la guerre franco-allemande, gouverneur de Paris de 1871 à 1878, sénateur de 1876 â 1S94. — Thomas, dit Lafontaine, acteur et auteur dramatique. — Antoine, dit Tony Revillon, roman

cier, journaliste, élu député contre Gambetta en 1881. — Prince Henry de Valori, ancien officier, représentant de don Carlos jusqu’en 1892, puis, en 1894, de François-Marie de Bourbon, fils du duc de Séville, qui prit à ce moment le titre de duc d’Anjou.

Mars. — Eugène Ritt, directeur de l’Opéra avec M. Gailhard, de 1884 à 1892.

Avril. — Appian, peintre et graveur. - — Paul Brocchi, zoologiste. — Charles Girard, chimiste. — Lanson, sculpteur. — Gustave Moreau, peintre, qui a légué à l’Etat ses œuvres avec son hôtel. — Charles Yriarte, littérateur.

Mai. — Lecomte Ménier, dit Paulin-Ménier, acteur. — Hugues Maret, duc de Bassano, chambellan de Napoléon III de 1852 à 1870, fils aîné de Maret, secrétaire de Napoléon Ier. — Marie Blanchard, graveur. — Marquis de Cherville, littérateur. — Alfred Ernst, critique musical, traducteur des livrets d’opéra de Wagner. — Comte d’Hérisson, écrivain, officier d’ordonnance du général Schmitz, puis du général Trochu en 1870-1871. — Ludovic Lalanne, écrivain érudit. — Auguste Brachet, philologue, professeur à Polytechnique.

Juin. — Victor Cadol, auteur dramatique. — Félix Voisin, médecin aliéniste.

Juillet. — Buffet, ministre dans le cabinet Ollivier en 1870, président de la Chambre de 1873 à 1875, ministre de l’intérieur et vice-président du Cons il (1875-1876), élu sénateur en 1876. • — Deperthes, architecte, qui reconstruisit l’Hôtel de ville de Paris avec Ballu.

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Août. — Charles Garnier, architecte de l'Opéra.

— Degas, dit Armand Liorat, auteur dramatique. — Martin Feuillée, ancien député, ministre de la justice de 1883 à 1885. — Félix Pécaut, pédagogue.

Septembre. — Mmo Sadi Carnot, fille de l’économiste Dupont-White, épousa à 20 ans l’ingénieur Carnot qui devint président de la République; elle en eut trois fils : Sadi, officier démissionnaire; Ernest, ingénieur des mines et ancien député; François, ingénieur des arts et manufactures. Elle contribua à beaucoup de bonnes œuvres, et refusa la pension que le Conseil des ministres voulait demander pour elle au Parlement en 1894. — Desprez, ambassadeur près du Vatican de 1880 à 1882. — Stéphane Mallarmé, poète. — Gabriel de Mortillet, géologue et anthropologiste.

Octobre. — Louis Gallet, auteur de nombreux livrets d’opéra. — Lenepveu, peintre, directeur de l’Académie de Rome de 1872 à 1878. — Puvis de Chavannes. — A. de Meritens, ingénieur, inventeur d’une machine magnéto-électrique employée dans beaucoup de phares; tombé dans la misère, se suicida avec sa femme.

Novembre. — Lucien Brun, député, puis sénateur.

— Dauphin, sénateur, ministre des finances (1886- 1887). - — Arthur Picard, rédacteur en chef de l 'Electeur libre, fondé en 1869 par son frère Ernest; député de 1876 à 1881.

Décembre. — Fournier, ancien ambassadeur « Constantinople.

Session ordinaire de 1899.

La rentrée du Parlement eut lieu le 10 janvier. Le Sénat réélut M. Loubet, président sortant. A la Chambre, M. Paul Deschanel l'emporta encore sur M. Brisson par 023 voix contre 1S7 accordées à ce

dernier.

M. Deschanel fit un appel à la concorde « plus nécessaire dans les conjonctures présentes ». La France, dit-il, « a la passion de la justice et de lu vérité ».

C’est l’éternel honneur de notre race que ses crises sociales ne l’cmcuvent point seule; mais cet honneur est aussi un péril; prenons garde que l’ivresse de polémiques entiévrées, que des généralisations précipitées ou excessives, que des coups portés d'une main trop rude par des Français à des Français, prenons garde que ces divisions, exagérées au loin par la crédulité ignorante et perfidement exploitées .par la malveillance et par l’envie ne fournissent, des armes aux intérêts rivaux qui nous guettent.

La Chambre s’occupa du budget de 1899 à partir du 16 janvier. Le rapporteur général était, pour la première fois, M. Camille Pellctan.

Le vote de l'ensemble du budget par la Chambre ne fut obtenu que le 30 mars et le vote définitif par les deux Chambres que le 30 mai.

Mort du Président de la République (16 février 1899).

Depuis plusieurs mois, on avait remarqué l’affai hlissement de la santé du président de la République. Sa bonne humeur habituelle s’était altérée.

Les dissensions intestines, qu'il était impuissant à apaisée, les événements extérieurs, surtout l’incident de Fachoda, l’avaient beaucoup affecté. Il souffrait de malaises d’estomac, était atteint d’artério-sclérose et avait eu des syncopes à diverses reprises. Le 10 février, dans la soirée, à la suite d’une hémorragie cérébrale, il expira tout à coup à l’Elysée. Cette mort si brusque excita de vifs regrets, aussi des soupçons. Par passion politique, on insinua qu’elle n’était pas normale : elle servait trop bien les desseins et les sentiments des antipatriotes et des antimilitaristes. Mais rien ne justifie ces allégations. Cette fin s’explique naturellement par le mauvais état de santé de M. Félix Faure qui ne se ménageait pas assez, confiant en sa robuste constitution dont il appréciait mal le déclin.

D’après la note communiquée par l’agence Havas, Mme Félix Faure, M”6 Lucie Faure, M. et Mmo Berge assistèrent à scs derniers moments.

Les télégrammes de condoléance, adressés à M11” Faure, affluèrent; en premier lieu, ceux des souverains étrangers. Celui de l’empereur de Russie témoigna « la part vive et sincère » qu’ils prenaient, l’impératrice et lui. à la douleur de la famille, au deuil de la France. De même, l’empereur d’Allemagne exprima ses regrets : « L’impératrice se joint à moi en formant les vœux les plus ardents à ce que le Dieu tout-puissant veuille vous accorder la force pour pouvoir porter le deuil qui vous a accablée ». La reine Victoria fit transmettre ses sentiments sympathiques par sir Monson, ambassadeur d’Angleterre. Les parlements et les gouvernements des divers pays envoyèrent aussi leurs condoléances.

Les candidats à la présidence de la République.

Au Sénat, lorsque M. Loubet, président, se leva pour prononcer l’éloge funèbre de M. Félix Faure, des applaudissements nourris éclatèrent des rangs de la majorité républicaine qui cria : « Vive Loubet! Vive la République! ». Cette manifestation tendait à désigner le candidat du Sénat aux indécis de la Chambre, et elle eut une influence sur l’élection présidentielle. La gauche démocratique , l’union progressiste et V extrême-gauche adoptèrent la même • candidature presque à bunanimité.

On s’accorde à reconnaître que, six mois auparavant, l’élu eût été M. Méline. Son élimination fut causée par l’affaire Dreyfus. M'. Charles Dupuy aurait pu être nommé s’il n’avait pas déçu et irrité beaucoup de ses partisans par ses fluctuations.

Dès qu’il connut l’acceptation de M’. Loubet, M. Méline renonça à la présidence et écrivit au groupe progressiste qu’il n’avait autorisé à proposer sa candidature « qu’après s’être assuré auprès de M. Loubet » que celui-ci était résolu à ne pas se présenter. Du moment que ce dernier changeait d’attitude, M. Méline « à raison des relations qui l’unissaient à M. Loubet, retirait sa candidature devant celle du président du Sénat ».

Congrès de Versailles. — Election de M. Loubet (18 février 1899).

Dans ces conditions, l’élection de M. Loubet était , assurée et ne donna lieu qu’à un seul tour de scrutin.

Sur 824 votants, il y eut 812 suffrages exprimés. M. Loubet obtint 483 voix; M. Méline, malgré son désistement, 279 voix; 50 voix s’égarèrent sur des noms divers.

Obsèques de M. Félix Faure (23 février 1899).

Le corps de M'. Félix Faure fut embaumé et exposé pendant plusieurs jours à l’Elysée. Le Sénat et la Chambre votèrent des crédits pour des funérailles nationales qu’on célébra le 23 février au milieu d’une foule énorme.

Dans le cortège funèbre, on remarquait M. Loubet, le nouveau président de la République, les missions extraordinaires envoyées par les gouvernements étrangers, les membres du corps diplomatique, les ministres, beaucoup de sénateurs et de députés et un grand nombre de délégations. Après la cérémonie religieuse à Notre-Dame, le corps fut transporté au cimetière du Père-Lachaise, dans un modeste caveau de famille.

Les discours officiels, devant le tombeau, rendirent hommage au beau caractère et aux nobles sentiments du mort.

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