ARGENT
TOTAUX en millions de francs.
Kilogr.
Millions de francs.
Kilogr.
Millions de francs.
Totaux. . .
On évaluait donc à plus de 100 milliards la valeur, au pair, de tout l'or et de tout l’argent extraits ■de la terre depuis quatre cents ans : 46 milliards d’or •et 00 milliards d’argent. .Mais l’argent a beaucoup perdu de sa valeur commerciale, 50 p. 100 environ en 1890, et ces 56 milliards ne représentaient plus que 28 milliards.
La consommation industrielle absorbe une aussi •grande quantité de ces métaux que la frappe monétaire. Pour les dernières années, le monnayage atteignait les chiffres suivants, en millions de francs :
Or. Argent.
lf 94 . 1.200 590
Dans bien des cas, d'anciennes ’ monnaies refondues servaient à fabriquer des monnaies neuves. La frappe de l’argent a diminué après les mesures restrictives prises aux Etats-Unis (abrogation de la loi Sherman) et dans l'Inde anglaise (fermeture des monnaies de l'Inde à la frappe des roupies).
L'encaisse or des principales banques de l’Europe donnait les totaux ci-après, en millions :
Fin décembre
Fin décembre
Fin décembre
Banque de France .
— d'Angleterre .
— d Autriche-Hongrie.
— de Russie .
Totaux. . .
L'importance attachée par tous les Etats à la conservation de leur or provenait de la dépréciation constante de l'argent dont le prix avait encore baissé à 109 francs par kilogramme à la fin de 1896 et à 97 francs à la fin de 1897, tandis que le cours théorique, d’après le système monétaire, était de 222 francs.
Aux Etats-Unis s’était engagée une campagne pour l'établissement du bimétallisme international, qui avait amené M. Mac-Kinley à la présidence de la République. Mais elle n’avait eu aucun succès. L’Angleterre avait refusé d’autoriser de nouveau la frappe de l'argent aux Indes. Alors, les Américains avaient conçu un autre projet et demandé le bimétallisme national, c’est-à-dire la libre frappe de l’argent aux Etats-Unis sans tenir compte des autres nations. C’était la théorie de M. Bryan, candidat opposé à M. Mac-Kinley. Il n’y avait pas de parti monométalliste-or. Les deux grands partis en présence, qui se combattirent au moment de l’élection présidentielle, n’étaient divisés que par la question d’application. Les brvanistes prétendaient faire résoudre le problème par les Etats-Unis seuls, sans se
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préoccuper de ce (pie les nations de l'Europe feraient. Au contraire, les inackinleystes s’opposaient à la frappe libre et illimitée de l'argent, et voulaient une entente internationale entre les principales nations commerciales. Ce programme monétaire mackinleysle était conforme à celui de la Ligue bimétallique française. Cette ligue ne faisait que défendre les délibérations j irises, au mois de février 1895, par les trois grandes associations françaises qui l'avaient fondée le 23 mars 1895 : Société des agriculteurs; Association de l’industrie et de l’agriculture; Société nationale d'encouragement à l’agriculture.
Au mois de mars 189G, M. Méline avait demandé au gouvernement d'organiser une entente internationale afin d’obtenir un rapport fixe entre l’or et l’argent.
Il avait exposé la grande importance de cette question :
La rupture de l’ancien pair bimétallique, survenue depuis 1873, entre la valeur d’échange de l’étalon d’or et la valeur d’échange de l’étalon d’argent, cause les préjudices les plus graves à notre agriculture, à noire industrie et à notre commerce général, en même temps qu’elle affaiblit la sécurité de nos créances extérieures.
Les rapports des consuls européens en résidence en Extrême-Orient, au Mexique et dans l’Amérique du Sud prouvent, on effet, que la prime de l’or, existant aujourd'hui dans ces divers pays — et dont la disqualification de l’argent comme instrument d’échange international est la cause principale — constitue pour eux :
1’ Une protection formidable en faveur de leur production indigène (agricole ou industrielle), à l’abri de laquelle celleci se développe sûrement et rapidement, parce qu’elle rend ires difficile l’importation, dans ces pays, des marchandises provenant des nations à étalon d’or comme la France;
2" Une prime énorme d'exportation pour les produits indigènes, qui les incite à aller s’offrir, de préférence, sur les marchés des pays à étalon d’or, à des conditions absolu-
ment ruineuses pour les producteurs (agriculteurs ou industriels) de ces derniers pays.
Pour faire cesser l’anarchie monétaire dont les nations soumises à la loi de l’étalon d’or souffrent si cruellement aujourd’hui; pour permettre aux producteurs de ces nations de lutter au moins à armes égales, sur le terrain des échanges, contre la concurrence des pays nouveaux, déjà si favorisés par de nombreux avantages naturels, il est indispensable d’assigner un rapport fixe de valeur entre l’étalon d’or et l’étalon d’argent.
Ce rapport fixe de valeur peut être assuré par le bimétallisme international, c’est-à-dire par une entente intervenant entre les principales nations actuellement régies par l'étalon d’or, et aux termes de laquelle la frappe libre et le pouvoir libératoire intégral seraient accordés à l’argent comme à l’or, avec la même parité et les mêmes conditions de traitement.
L'observation des faits ayant démontré, d’une façon irréfutable. que la baisse de valeur de l’étalon argent par rapport à l’étalon d’or n’était due qu’aux mesures législatives prises en faveur de l’or et au détriment de l’argent : par l’Angleterre en 1816, par l’Allemagne en 1871, par les Pays- Bas et les Etats-Unis en 1873, par la France et les pays de l’Union latine en 1873 et 187G, et enfin par le gouvernement des Indes anglaises en 1893, tout nous autorise à penser, dès lors, que d’autres mesures législatives prises par les grandes nations créancières du monde actuellement réglées par l’étalon d’or, et préalablement concertées entre elles, peuvent rétablir l’ancien équilibre des deux étalons monétaires et en assurer la stabilité dans l’avenir.
Conventions au sujet de la Tunisie.
M. Hauotaux obtint des puissances leur renonciation soit au bénéfice des capitulations, soit au régime douanier spécial (droit unique de 8 p. 100 ad valorem) que leur avaient assuré des traités passés avec la Régence avant noire protectorat. Les conventions accordèrent le plus souvent aux produits de la partie contractante le traitement de la nation la plus favorisée, la France exceptée. Des déclarations dans
ce sens furent échangées avec 1 Autriche-Hongrie (20 juillet 1896), la Russie et la Suisse (14 octobre 1890), l’ Allemagne (18 novembre 1896), la Belgique (2 janvier 1897), l’Espagne (12 janvier 1897), le Danemark (26 janvier 1897), les Pays-Bas (3 avril 1897), la Suède et la Norvège (5 mai 1897). L’Italie, par le traité du 28 septembre 1890, obtint les droits du tarif minimum français et consentit à supprimer la poste italienne de Tunis.
La Grande-Bretagne, qui avait un traité perpétuel avec la Régence, y renonça moyennant le traitement de la nation la plus favorisée, avec un régime de faveur pour ses cotonnades jusqu’en 1913 (accord du 18 septembre 1897).
La nouvelle justice.
Modifications à l’instruction criminelle.
La loi du 8 décembre 1897 modifia certaines règles de l’instruction pour les crimes et délits. L’interrogatoire devait avoir lieu dans les vingt-quatre heures après l’arrestation, sinon la mise en liberté immédiate était obligatoire. La présence d'un conseil, choisi par l'inculpé, était exigée. L’interdiction de communiquer était limitée à certains cas.
Aux privilèges exagérés qu’accordait aux magistrats l’ancienne législation, succédèrent, à partir de ce moment, d’autres privilèges excessifs donnés aux inculpés, ce qui rendit de plus ‘en plus difficile l'exercice de la justice. Aussi verra-t-on continuellement des non-lieu clore des instructions de vols et d’assassinats et, quand des affaires élucidées suivront leur cours, des acquittements incompréhensibles — près-
que scandaleux — rendre à la liberté des coupables bien défendus par d'habiles avocats. D’ailleurs, de malins magistrats se créèrent une popularité en prenant souvent fait et cause pour les accusés. Contrairement à l’ancienne morale, la vertu fut punie et le vice récompensé, car les honnêtes gens n’eurent plus la protection qu’ils devaient, espérer, et les malfaiteurs furent trop souvent pardonnés, parfois glorifiés.
Cette méconnaissance de la morale, cet état d’esprit anarchique devaient fatalement rendre de plus en plus nombreux les attentats contre la propriété et contre la vie, résultat attesté par les statistiques judiciaires.
L’affaire Dreyfus (1).