L’ARMÉE DE 1894 A
Les Ministres de la guerre.
De 1030 ù 17S9, en cent cinquante-neuf années, la France n’eut que 25 chefs du departement de la guerre, ce qui donnait pour chaque ministère une durée moyenne d’un peu plus de six ans.
Avec les assemblées parlementaires, le nombre des ministres de la guerre s’éleva : de 1789 à 1814, on ,en compta 25; la Restauration en eut 9 en quinze ans. C'est la troisième République qui en usa la plus grande quantité : à partir du 4 septembre 1870 jusqu’au 24 mai 1873, 3; sous la présidence Mac-Mahon (1873-1879), 0; sous la présidence Grévy (1879-1887), 7; sous la présidence Carnot (1887-1894), 4; sous les présidences Casimir-Perier et Félix Faure (1894-1899), 4; total, 24.
Nous n’envisageons que le nombre des personnages différents qui furent ministres de la guerre, car, dans la même période, de 1870 à 1898, il se produisit 38 changements de ministères. Mais certains obtinrent ce portefeuille plusieurs fois : le général Le Flô, deux fois; le général de Cissey, c'nq feis; le général du Barail, deux fois; le général Berthaut, trois fois; le général Gresley, deux fois; le général Farrc, deux fois; le général Campenon, trois fois; le général Billot, trois fois; le général Thibaudin, deux fois; le général Boulanger, deux
fois; M. de Freycinet, six fois; le général Loizillon, deux fois; le général Mercier, deux fois; le général Zurlinden, deux fois; M. Cavaignac, deux fois.
De 1898, jusqu’au mois de juin 1914, 10 ministres différents se sont succédé à la direction du département de la guerre.
Ces chiffres suffisent à expliquer les défauts de l’organisation et la lenteur des progrès.
Les gouverneurs militaires de Paris.
Le 16 janvier 1S98, le générai Saussier, atteint par ia limite d’âge, fut remplacé, comme gouverneur militaire de Paris, par de général Zurlinden. Le transfert du gouvernement militaire, de la place Vendôme aux Invalides — retardé par considération pour la résistance du général Saussier — s’opéra le 31 mars.
Voici la liste des gouverneurs de 1871 à 1912 :
Du 1,T juillet 1871 au 22 janvier 1878, le général de Ladmirault, ancien commandant du 4® corps d’armée, à Metz;
Du 14 février 1878 au 10 juin 1880, le général baron Aymard, précédemment commandant du 16e corps, mort en fonctions, le 10 juin 1880;
Du 20 juin 1880 au 20 mars 1881, le général Clinchant, ex-commandant du 6e corps, mort en fonctions le 20 mars 1881;
Du 27 mars 1881 au 24 mars 1884, le général Lecointe, précédemment gouverneur de Lyon;
Du 24 mars 1884 au 16 janvier 1898, le général Saussier, commandant précédemment le 19e corps;
l’armée de 189 i a 1899
Du 16 janvier 1898 au 7 juillet 1899, le général Zurlinden, précédemment commandant du 15e corps, ministre de la guerre du 5 au 17 septembre 1898 (le général Zurlinden reprit ses fonctions en quittant le ministère);
Du 7 juillet 1899 au 27 juillet 1900, le général Brugère, membre du conseil supérieur de la guerre au moment de son entrée en fonctions;
Du 27 juillet 1900 au 18 septembre 1901, le général Florentin, précédemment commandant de la place de Paris;
Du 18 septembre 1901 au 19 octobre 1903, le général Faure-Biguet, précédemment commandant du 16e corps;
Du 19 octobre 1903 au 5 juin 1906, le général Dessirier, membre du conseil supérieur au moment de sa nomination, mort en fonctions le 3 juin 1906;
Du 11 juin 1906 au 24 octobre 1910, le général Dalstein, précédemment commandant du 6® corps;
A partir du 1er décembre 1910, le général Mau- ■noury, membre du conseil supérieur de la guerre, atteint par la limite d’âge le 17 décembre 1912;
A partir du mois de décembre 1912, le général Michel, ancien vice-président du conseil supérieur de la guerre (fonction supprimée à la réorganisation du 28 juillet 1911).
L’armée française en 1895.
Le célèbre général russe Dragomirow publia, au mois de mars 1896, dans le journal militaire officiel de la Russie, son rapport sur les manœu-
Ares de l’armée française en 1893. Voici un court résumé de ses appréciations très élogieuses :
Le général a été frappé de l’endurance hors ligne du soldat français. Petit, sec, toujours alerte et bon enfant, il n’y a jamais en lui apparence de lassitude ou de mauvaise humeur. Les officiers ont une extrême sollicitude pour le soldat.
Il suffira de dire qu’au début des manœuvres, comme il faisait encore très chaud, on agita sérieusement la question de savoir s’il ne serait pas possible de terminer les opérations de chaque jour pour 9 heures du matin. Et il faut ajouter que la chaleur n’était pourtant pas bien grande.
La marche est un modèle- Pas d’allongements de colonnes, pas un homme s’écartant du rang et, par-dessus tout, un profond silence. Ce silence est remarquable aussi chez les chefs, qui se contentent presque toujours de commander au sifflet ou par gestes.
Les chevaux sont traités avec rudesse; ils ont le fourrage en abondance, mais ils fournissent une somme énorme de travail.
Le général analyse succinctement les journées de manœuvres et déclare, en se résumant, que l’armée française actuelle produit une impression excellente et réconfortante. L’état nerveux et l’affaiblissement moral qu’on remarquait en 1883 ont complètement disparu. On se trouve maintenant en présence d'une armée équilibrée, connaissant sa valeur et attendant tranquillement un avenir inconnu. Point de bravade, point d’affaissement, un travail soutenu, constant et fécond : voilà ce qu’on remarque partout. Le type de l’officier a changé également. Il est plus concentré, incomparablement plus sérieux et plus simple, très instruit et très assidu au travail.
A ces manœuvres de 1895, dirigées par le général Saussier, 1.30.000 soldats évoluèrent, pendant dix jours, dans la région de l'Est. On n’avait jamais réuni jusqu’à ce moment un effectif aussi élevé. Les mouvements, commencés vers Langres, s’achevèrent à 00 kilomètres au delà, vers Mirecourt- et Neufchâteau. D’après le thème, un ennemi, ayant
l’armée de 1894 a 1899
évité Belfort, Epinal et Toul, s’efforcait d’atteindre Chaumont.
Les effectifs et les dépenses militaires en France et en Allemagne.
Le rapporteur du budget de la guerre, à la Chambre, pour 1897, était M. Boudenoot qui disait dans son rapport : « On dépense à peine plus, c’est-àdire relativement beaucoup moins, en 1897, pour entretenir 558.000 hommes qu’il y a dix ans pour en entretenir 464.000. » Le budget, n’avait, en effet, cessé de décroître depuis 1882. En particulier, dans les sept dernières années, il s’était abaissé de 739 millions à 621, chiffre sensiblement égal à celui de 1886. M. Boudenoot ne s’en étonnait pas, attendu que, « après l’effort considérable qui a été fait dans les douze ou treize années qui ont suivi 1870, la reconstitution de notre outillage et de notre matériel militaire s’est trouvée achevée, et que, sauf sur quelques points, nous n’avons plus qu’à veiller à leur entretien et à leur développement normal ».
Tandis que la Lrance diminuait ses sacrifices et réalisait constamment des économies aux dépens de la défense nationale, l’Allemagne ne cessait, au contraire, d’augmenter les crédits de son budget de la guerre pour constituer l’armée la plus nombreuse et la mieux outillée. Dans son budget de 1895-1896, figuraient des demandes de crédits pour la construction de vingt casernes nouvelles, la continuation de douze autres, l’achèvement de quinze quartiers ou bâtiments pour la troupe. 11.572.000 francs étaient dépensés pour la petite bourgade
lorraine de Morhange, alin d’y placer une brigade d’infanterie, des escadrons de cavalerie et un groupe d’artillerie. Pour accumuler des forces sur la fron tière française, l’Allemagne n’hésitait devant aucune dépense.
L’empereur Guillaume s’occupait du rajeunissement des cadres. De 1889 à 1896, il y eut 546 gé néraux mis à la retraite, ce qui éleva brusquement le montant des pensions militaires. A la fin de 1896, la moyenne d’âge des commandants de corps d’armée était de 60 ans (elle était de plus de 62 ans en France). Les généraux de brigade et de division avaient en moyenne 6 ans de moins que ceux de France.
Le rapport de M. Boudenoot donna les renseignements suivants :
Les budgets de la guerre étaient :
En 1882, pour la France, de 569 millions; pour l’Allemagne, de 430 millions.
En 1896 : pour la France, de 601 millions; pour l’Allemagne, de 598 millions.
Augmentation : 32 millions pour la France, 168 millions pour l’Allemagne (cette différence allait s’accentuer d’année en année).
Depuis 1872, ont, dépensé pour l’armée : la France, 3 milliards 124.833.062 francs; l’Allemagne, 3.010.771.895 francs.
En 1896, le prix de revient d’un soldai est : pour la France, de 859 francs; pour l’Allemagne, de 897 francs.
L’effectif entretenu est : en France, de 504.930 hommes; en Allemagne, de 549.989 hommes.
Cet effectif comporte :
Compagnies d'inlanterie : en France, 2.427; en Allemagne, "2.498 (soit 71 compagnies de plus).
Escadrons de cavalerie : en France, 456; en Allemagne, 465 (soit 9 escadrons de plus).
Artillerie à pied : on France, 108 batteries; en Allemagne, 152 (soit 44 batteries de plus).
l'armée de 1894 a 1899
Artillerie de campagne : en France, 512 batteries; en Allemagne, 500 (soit 12 batteries de moins).
Compagnies du génie : en France, 95; en Allemagne, 124 (soit 29 compagnies de plus).
Compagnies du train : en France, 72; en Allemagne, G5 (soit 7 compagnies de moins).
L’augmentation des effectifs a été, depuis 1872 : pour la France, de 133.772 hommes; pour l’AOemagnh, de 183.98J hommes.
Forces respectives des deux puissances en 1897 : France, 28.0C6 officiers, 529.800 soldats; Allemagne, 28.370 officiers, 550.000 soldats.
Les effectifs budgétaires étaient exactement en Allemagne les suivants à cette époque : 22.687 officiers; 78.054 sous-officiers; 479.229 soldats; 2.090 médecins militaires; 1.102 payeurs; 578 vétérinaires; 1.061 armuriers; 93 selliers; 97.378 chevaux de troupe. Total général, 558.437 hommes de troupe; 26.457 officiers ou assimilés.
En France, l’effectif comprenait la gendarmerie, que l’Allemagne comptait dans un autre budget, non militaire, ce qui augmentait la différence entre les effectifs des deux armées.
Dédoublement du 6° corps.
Le G6 corps d'armée, le plus important de nos corps d’armée de la frontière, comprenait 16 régiments d’infanterie et 14 bataillons de chasseurs. Le territoire de ce commandement était beaucoup trop étendu et les forces réunies trop considérables pour un seul chef. La ligne à défendre était de 150 kilomètres, depuis le Ballon d’Alsace jusqu’à Rocroi. Cette faute avait été commise lors de l’organisation des corps d’armée (loi du 24 juillet 1873 et dé-
cret du 6 août 1871), et contre davis de nombreux généraux. Depuis, on s’apercevait constamment de cette erreur qui avait fixé, pour un seul corps, une immense bande de territoire parallèle à la frontière, au lieu de la découper en trois ou quatre bandes perpendiculaires, affectées à trois ou quatre corps d’armée, pour assurer fortement la défense. Des généraux réclamaient le detriplement du 66 corps, qu'ils ne parvinrent pas à obtenir. On se contenta, par la loi du 5 décembre 1897, d’une solution bâ<tarde, en adoptant le dédoublement qui ne constituait qu’une amélioration insuffisante. On signala l’infériorité de ces deux corps d’armée (6* et 20e) en regard des forces allemandes opposées, plus nombreuses, mieux concentrées et mieux servies par leur réseau ferré (1).
Nancy fut désigné comme le chef-lieu du nouveau 20e corps d’armée, qui était chargé de garder la trouée de la Seille. Depuis ce -moment on discuta s’il était nécessaire de fortifier Nancy. Les avis étant partagés, cette ville resta ouverte. .
(1) Ce n’cst qu’en 1913, qu’on se décida à créer une nouvelle région de corps d’armée (2P).
Voici les lois et décrets qui ont organisé les régions de notre frontière : loi du 21 juillet 1873 sur l’organisation générale de l’armée; décret du 6 août 1894 déterminant les régions territoriales et les subdivisions de région; décret du 29 janvier 1892 modifiant le tracé de la 7" région; loi du 5 décembre 1897 créant une nouvelle région (20'); décret du 8 février 1898 relatif au dédoublement de la 6” région; décret du G septembre 1899 modifiant les limites des 7" et 20’ régions; décret du 22 décembre 1913 modifiant les régions territoriales des 2', G', T et 20" corps d’armée (le 2’ corps d’armée devient aussi corps d’armée frontière); loi du 22 décembre 1913 créant une nouvelle région (21'); décret du 31 décembre 1913 modifiant la 7' région et la délimitation de ses subdivisions, organisant une 21‘ région et délimitant ses subdivisions.
l’armée de 1894 a 1899
Rétablissement des quatrièmes bataillons d’infanterie.
La loi du 4 mars 1897 rétablit les quatrièmes bataillons dans les 145 régiments subdivisionnaires. Avant 1887, tous les régiments étaient à quatre bataillons, dont trois formaient à la mobilisation des régiments de campagne, et dont le 4e servait à la garde des places fortes et aux garnisons de l'intérieur (1). Le général Ferron, ministre de la guerre, fît voter la loi du 15 juillet 1887 qui utilisa ces quatrièmes bataillons pour former des régiments régionaux et qui supprima les compagnies de dépôt. Il y eut alors : 144 régiments subdivisiormaires (145 en 1891) à trois bataillons, destinés à former les régiments de campagne; 18 régiments régionaux à trois, puis à quatre bataillons, réservés pour les places fortes et les camps retranchés. Les 18 régiments régionaux, constitués avec 54 des quatrièmes bataillons supprimés, se complétèrent à 4 bataillons le 20 juillet 1891.
Les classes de recrutement ayant procuré 10.000 hommes de plus, le ministre de la guerre proposa la reconstitution des quatrièmes bataillons enlevés aux régiments subdivisionnaires. N'était-il pas préférable de renforcer les formations existantes au lieu d’en créer de nouvelles? « Non, répondit le rapporteur du projet; le 4e bataillon rend des services incontestables à la défense de nos places fortes et permet d’occuper les ouvrages détachés ou isolés sans rien prélever sur les formations de campagne. Il peut servir
(1) Voir présidence Carnot, p. 446.
Troisième République (1897-1899).
en même temps à assurer l’encadrement des réservistes qui excèdent les besoins des trois premiers bataillons; il peut devenir le noyau d’unités supplémentaires qu'il serait utile de former au moment de la mobilisation. »
Le projet fut vote, mais la Chambre stipula que les 4es bataillons ne seraient constitués que progressivement dans les régiments subdivisionnaires, suivant « les exigences du service, les ressources du recrutement et les disponibilités militaires, sans que les unités des trois premiers bataillons pussent descendre au-dessous des effectifs prévus au budget de 1890 » (loi du 4 mars 1897).
Le cadre complémentaire des régiments d’infanterie comprenait à ce moment 2 officiers supérieurs, 8 capitaines et 4 lieutenants, sans commandement en temps de paix et destinés aux cadres des régiments de réserve en temps de guerre. La loi du 4 mars 1897 prévoyait, pour le 4e bataillon rétabli, le prélèvement d’un chef de bataillon, de 5 capitaines et 4 lieutenants sur ce cadre complémentaire.
Les régiments régionaux d’infanterie n’avaient pas de musique. Au mois de juin 1896, le général Billot décida qu’ils en auraient une comme les régiments subdivisionnaires.
Artillerie et génie. — Organisation.
Un décret, du 6 juillet 1894, régla l’application de la loi du 29 juin 1894 (1).
Les deux nouveaux régiments donnés à l’artillerie
(1) Voir Présidence Carnot, page 418.
l’armée de 1891 A 1899
par la loi de 1894 prirent les numéros 39 et 40 et furent affectés au 6e corps (qui eut ainsi 28 batteries). Par suite, l’artillerie comprit, en France, 108 batteries à pied, 421 montées, 23 de montagne, 52 à cheval; et, hors de France, 4 batteries à pied, 4 montées, 8 de montagne. Total général, 020 batteries. La création du 20e corps occasionna, le 6 juin 1899, une nouvelle répartition de l’artillerie qui eut 112 batteries à pied, 430 batteries montées, 14 batteries de montagne, 52 batteries à cheval et, hors de France, 12 batteries montées, ce qui ne changea pas le total général de 020 batteries. Elles étaient réparties dans 18 bataillons à pied, 20 régiments divisionnaires et 20 régiments de corps.
L artillerie à pied était organisée en bataillons qui n’avaient pas le même nombre de batteries (de 4 à 9).
Les régiments constituaient l 'artillerie de campagne. Il y avait une brigade d’artillerie par corps d’armée. Le 1er régiment de chaque brigade (celui dont le numéro était le moins élevé) était dit régiment divisionncTire parce qu'il était destiné à fournir des batteries aux divisions d’infanterie. Le second était dénommé régiment de corps parce qu’il fournissait 1 artillerie mise à la disposition du commandant de corps d armée. En principe, ce dernier régiment comprenait l 'artillerie ù cheval qui devait marcher avec les divisions de cavalerie indépendante. La musique de la brigade se trouvait dans l’un de ces deux régiments.
La formation appelée bataillon dans l infantcric se dénommait groupe dans l’artillerie de campagne et comprenait 3 batteries.
Les deux nouveaux régiments donnés au génie
par la loi cle 1894 prirent les numéros 6 et 7. Cette loi affectait à chacun des régiments une compagnie de sapeurs conducteurs qui étaient chargés de conduire les équipages de ponts désormais confiés au génie.
Précédemment, les bataillons du génie affectés à chaque corps d’armée étaient fournis par les quatre premiers régiments, le 5° étant exclusivement affecté au service des chemins de fer. Il y eut une nouvelle répartition et, désormais, les régiments durent fournir les bataillons ci-après pour les corps d’armée, chaque bataillon prenant le numéro du corps d’armée auquel il était destiné :
Le 1er régiment eut à fournir les 4e, 5e et 69 bataillons;
Le 2e régiment, les 16e, 17° et 18e bataillons;
Le 3e régiment, les 1er, 2e et 3e bataillons;
Le 4e régiment, les 7e, 8e et 14? bataillons; •
Le 6e régiment, les 9e, 10e et 11e bataillons;
Le T régiment, les 12e, 13e, 15e et 19e bataillons.
Comme par le passé, le 5e régiment, de chemins de 1er, ne fournit pas de détachement aux corps d’armée. Ce régiment comprenait les 21e, 22e et 23e bataillons, plus un bataillon de télégraphistes.
La création du 20e corps d’armée entraîna une modification (décret du 31 mars 1898). Le 1er régiment fournit les 4®, 5e, 6e et 20e bataillons.
Le génie eut la composition ci-après : 4 régiments de sapeurs mineurs à trois bataillons de quatre compagnies et une compagnie de sapeurs conducteurs; 2 régiments de sapeurs mineurs (1er et 7e) à quatre bataillons de quatre compagnies et une com-
l'armée de 1894 a 1899
pagaie de sapeurs conducteurs; 1 régiment de sapeurs de chemins de fer (5e) à quatre bataillons dont un de sapeurs télégraphistes de quatre compagnies, plus une compagnie de sapeurs conducteurs. Ce qui faisait, au total, 20 bataillons ou 80 compagnies de sapeurs mineurs, 3 bataillons de sapeurs de chemins de fer, 1 bataillon de télégraphistes, 7 compagnies de sapeurs conducteurs (ou du train du génie) et 7 sections hors-rang.
Nouvelle artillerie de campagne.
L’Allemagne avait adopté en 1896 une nouvelle artillerie de campagne à tir accéléré (modèle C 96). Dès le 1er juin. 1897, les deux régiments d’artillerie de la garde défilaient avec ce matériel. Elle savait que notre pays expérimentait des pièces nouvelles pour remplacer le canon de Bauge de 90, modèle 1877, et elle avait cru prendre une avance. Ce fut la France qui obtint une supériorité marquée en adoptant une pièce bien meilleure, ù iir rapide.
Le canon de 90 avait de grandes qualités de robustesse et de précision, mais il ne répondait plus aux exigences nouvelles, en raison des progrès scientifiques. Son shrapnell avait peu d’action en profondeur. Son long recul entraînait une remise en batterie pénible. Son chargement comportait trois éléments distincts dont deux (shrapnell et gargousse) obligeaient à employer le refouloir. Son pointage était très lent et demandait deux servants pour déplacer d’une fraction de millimètre, avec un levier, un poids lourd. La fumée faisait un rideau devant les pièces. On parvenait difficilement à tirer deux
coups à la minute. Quelques progrès avaient été réalisés par l’adoption de la poudre sans fumée et de slirapnells mieux combinés, mais le matériel était suranné et ne pouvait s’améliorer.
De longs essais eurent lieu, d'abord avec un canon de 75mm à affût rigide, à bêche de crosse, inventé par le capitaine Ducros (mort chef d’escadron au Tonkin). ("était un matériel à tir accéléré tirant au maximum quatre à cinq coups à la minute. Il n’en réalisait pas moins un progrès très sérieux.
Le commandant Déport, alors directeur de batelier de construction de Puteaux, trouva mieux. Le canon de 75“™, modèle 1897, à tir rapide, qu’il avait imaginé, fut perfectionné grâce aux découvertes d’officiers de l’artillerie française et d’ingénieurs civils français et étrangers. Parmi les officiers français, il est juste de mentionner d'une façon particulière, après MM. Déport et Ducros, MM. Sainte-Claire Deville (aujourd'hui général) et Locard. Nous devons citer aussi le général Deloye, directeur de l’artillerie, qui fit adopter le nouveau matériel, malgré les résistances qu’il rencontra.
Tandis que le canon allemand de 77mm, modèle
1896, ne pouvait tirer au maximum que cinq à six coups par minute, le canon français de 75œm, modèle
1897, donnait une vitesse de douze à dix-neuf coups par minute (minimum et maximum obtenus par les régiments). Ce beau résultat était dû aux nouvelles dispositions ci-après :
Mécanisme de culasse, ‘ système Nordenfelt, dont l’ouverture ou la fermeture n’exigeait plus qu'un seul temps; extracteur automatique pour l’éjection des étuis vides; système de percussion permettant une
L’ ARMÉE DE ISO 1 A 1890
mise de feu commode el rapide; réunion de 1 obus à la gargousse sous forme d’une grosse cartouche à percussion centrale; débouchage automatique et rapide des fusées à la durée convenant à la distance du tir; liaison élastique du canon à son support par un frein hydraulique à longue course avec récupérateur à air comprimé, dit / rein hydropneumalique, atténuant les effets du tir sur l’affût et obtenant le retour automatique de la pièce en batterie; bêche de crosse fixe et socs de patins engagés sous les roues lors de l’abatage, fixant l’affût au sol et le rendant immobile pendant le tir, ce qui abolissait le dépointage; pointage mécanique en direction, par coulissement de l’affût le long de l’essieu; organes de pointage en hauteur, permettant de donner séparément et facilement Yangle de sile au moyen du berceau de pointage et 1 cingle de tir des tables au moyen de la hausse indépendante par l'indication des portées, sans exiger un nouveau pointage après chaque modification de hausse; appareil de pointage comprenant un collimateur adapté à la partie fixe de l’affût.
Enfin, un caisson, remarquablement organisé, mettait les munitions à pied d’œuvre, évitant les longs transports.
La pièce allemande était loin de posséder ces ingénieux agencements. Par exemple, le chargement se faisait séparément pour l’obus et pour la gargousse métallique à percussion centrale; la limitation du recul était obtenue au moyen d’un frein à patins et à cordes comme dans notre ancien matériel de 90mm, etc.
Caractéristiques du matériel français : calibre 75mm; vitesse initiale, 530 mètres; poids du canon,
1.140 kilos; poids de la voiture-pièce avec 24 shrap nells, 1.870 kilos; poids de la voiture-caisson, avec 96 shrapnclls, 1.960 kilos; poids du projectile, shrapnell, 7 kgr. 250; obus allongé, 5 kgr. 300.
L’Allemagne reconnut bientôt son infériorité et transforma son matériel 96 en matériel à long recul sur l’affût et muni de boucliers (que la France adopta aussi quelques années après). Le canon 96 N/A (Neuer Art; nouveau modèle), du calibre de 77mm, pèse 1.000 kilos; la voiture-pièce sans servants pèse 1.900 kilos; la voiture-caisson avec 90 coups pèse 2.000 kilos. Le projectile pèse 6 kgr. 850. La vitesse initiale est de 465 mètres. L’affût présente des analogies avec celui du canon français; il a un frein hy draulique à longue course et un récupérateur à ressort assurant l’immobilité de l’affût et la' rentrée en batterie automatique. La manœuvre est plus lente; le tir est un peu moins rapide. Le manque de hausse indépendante rend le réglage long et empêche le procédé de fauchage. Le canon est plus léger, ce qui fait les déplacements plus faciles.
L’Allemagne adopta aussi un obusier léger de campagne modèle 98 du calibre de 10cm,5, d’une longueur totale de 12 calibres, bouche à feu de tir lent, pesant 1.950 kilos.
La nouvelle pièce *le campagne française commença à être distribuée aux régiments en 1898.
Les Allemands conservèrent leurs batteries à six pièces, tandis que la France, sous prétexte de la rapidité de tir de son nouveau matériel, en réalité par économie, ne gardait que quatre pièces par batterie. Cette infériorité numérique a provoqué de vives discussions. On s’est efforcé de justifier cette
l'armée de 1S94 a 1899
réduction par des considérations tactiques qui n ont pas convaincu des écrivains militaires comme le général Langlois, technicien éminent qui avait beaucoup contribué aux progrès balistiques et à l’adoption de l’artillerie à tir rapide. On aurait dû, d’ailleurs, considérer que, avec la prompte usure du matériel dans une campagne, la batterie à quatre pièces se trouve fréquemment réduite à trois pièces ou même à deux pièces. A tous les points de vue, la batterie à six pièces présentait un grand avantage.
Les camps d’instruction.
Pour les camps d’instruction, nécessaires à la bonne instruction des troupes, la France ne consacrait guère qu’un million et demi par an, deux millions au maximum, tandis que l’Allemagne prenait une avance considérable, grâce à des crédits très élevés, votés chaque année par le Reichstag, et dotait chacun de ses corps cl’armée d’un vaste camp bien aménagé et préparé pour une division. Et il existait en outre un camp de la garde et plusieurs grands camps pour les armes spéciales, tels que ceux de Thorn et de Wahn pour l’artillerie à pied (1).
En 1897, notre pays avait reconnu qu’il était indispensable d’attribuer, comme nos voisins, un camp distinct à chaque corps d’armée, pouvant recevoir une division. On se décida à engager les premières dépenses. De 1897 à 1907, on ne dépensa que 30 mil-
(1) En 1914, les camps allemands de division étaient agrandis de manière à recevoir une division d’infanterie, une brigade de cavalerie et une brigade d’artillerie. Ils se trouvaient organisés pour être occupés toute l’année.
lions, alors qu’il en eût fallu plus de 100. Et, en 1908, on renonça au camp de division , par économie, pour adopter le camp de brigade. A cet effet,, on dépensa 10 millions en quatre ans.
Celte parcimonie ne pouvait donner que de mau vais résultats. En 1914, la France ne possédait que huit camps inachevés (3 de division, 5 de brigade). De sorte que le tiers à peine des troupes actives pouvait passer une quinzaine de jours dans un camp, chaque année. A celle époque, l’Allemagne achevait son vingt-cinquième camp, dont 16 de 3.500 hectares qui devaient être bientôt de 5.600 hectares (camps de division). Une vente de terrains militaires aux environs de Berlin produisait 105 millions qui devaient être affectés -à la création de cinq autres camps de même étendue.
Le 14 décembre 1911, un nouveau programme avait été établi en France par M. Messimy, consistant à donner un camp de division pour deux corps d’armée, en laissant aux 14e et 15e corps des camps de brigade; soit, au total, neuf camps de division et cinq camps de brigade. En 1914, on décidait d’achever dix camps de division en six ans : La Courtine (achevé), Coëtquidan (à transformer), Sissonne et Valdahon (à agrandir), six nouveaux camps à créer, dont un à Gravant (Yonne) et un à Caylus. Les camps de Châlons et de Maillv devaient être agrandis pour servir à des évolutions de corps d’armée. Les petits camps de Larzac et de Sauge seraient maintenus comme camps de brigade. Le coût total était évalué 135 millions.
l’armée de 189 i a 1899
Loi de cumul dite « loi Burdeau ».
Sur la proposition de M. Burdeau, la loi de finances du 20 décembre 1890 (art. 31) interdit aux officiers et assimilés de cumuler leur pension avec un traitement civil payé par l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics, à moins que le total du traitement civil et de la pension militaire ne fût inférieur au montant de la solde dont jouissait le titulaire au moment de son admission à la retraite.
Cette loi d’ostracisme contre les officiers, si mal rétribués et consacrant leur vie à défendre les intérêts de leur pays, causa une pénible impression dans l'armée. Elle était d’autant plus singulière qu’elle ne visait que les officiers et permettait aux sous-officiers un cumul qu’on refusait aux premiers.
Sur la proposition de M. Jourde, la Chambre modifia ce texte, le 5 avril 1897, et admit le cumul de la retraite et du traitement civil jusqu’à concurrence de 0.000 francs, même le dépassement de ce chiffre pour les officiers ayant eu un grade comportant un traitement supérieur (loi du 31 décembre 1897).
La prohibition du cumul au delà de 0.000 francs s’est appliquée plus tard à tous les pensionnaires civils ou militaires (loi du 30 décembre 1913, relative aux pensions civiles ou militaires).
Les bicyclistes militaires.
Aux grandes manœuvres de 1890 et de 1897, on expérimenta l'emploi de cyclistes militaires munis
d'une bicyclette pliante dont l’invention était due au capitaine d’infanterie Gérard (plus tard chef de bataillon). Cette arme nouvelle rendit des services incontestés à la cavalerie comme soutien d’infanterie montée, ainsi qu’à l’infanterie pour l’occupation rapide de points importants, pour le service d’estafettes et d’éclaireurs, etc.
L’armée allemande imita aussitôt cette bicyclette pliante et, dès 1896, le 140e régiment d’infanterie dressa des soldats à ce service d’infanterie montée.
En France, on se contenta longtemps d’utiliser quelques cyclistes habiles ou professionnels pour le service d’estafettes, sans organiser des unités cyclistes comme le demandaient beaucoup d’officiers.
Création d’une médaille coloniale.
L’article 75 de la loi de finances du 26 juillet 1893 avait créé une médaille coloniale; le décret du 6 mars 1894 détermina les campagnes de guerre y donnant droit : opérations militaires effectuées dans les colonies françaises ou pays de protectorat. La médaille coloniale n’était pas accordée lorsque les opérations avaient donné lieu à la délivrance de médailles commémoratives spéciales (par exemple, le Dahomey, Madagascar, le Tonkin).
Il y eut, en 1894, 30.000 demandes de médailles pour la marine et 20.000 pour les troupes de la guerre.
Le rajeunissement des cadres. — Retraites d’office.
Un décret, du 11 février 1896, investit les commissions de classement pour l'avancement et la décora
l’armée de 1894 a 1899
tion, instituées par décret du 2 avril 1889, du pouvoir d’examiner les propositions d’admission à la retraite. Les officiers présentés par l'inspecteur général pour l’élimination recevaient un classement par ordre de préférence qui était arrêté, dans chaque arme, par la commission supérieure des commandants de corps d’armée et des membres du conseil supérieur de la guerre. Le ministre de la guerre fixait chaque année le nombre d’officiers de chaque grade, ayant au moins trente ans de services effectifs, à mettre à la retraite. Ce décret avait pour but de provoquer un rajeunissement des cadres en fournissant en même temps à la réserve un certain nombre d’officiers expérimentés.
L’instruction sur les inspections générales de 1896 prescrivit les dispositions à prendre pour l’admission à la retraite, après trente ans de services effectifs, d’un certain nombre d’officiers supérieurs de toutes armes, en recommandant d’examiner avec bienveillance les titres de ces officiers pour une proposition d’avancement dans la Légion d’honneur.
Le général Billot, qui remplaça M. Cavaignac comme ministre de la guerre, fit signer un décret,, en date du 23 mai 1S96, pour abroger celui du 11 février.
Avancement des officiers des réserves.
Le décret du 16 juin 1897 accorda de nouveaux avantages aux officiers de réserve et de l’armée territoriale pour remédier à la pénurie des cadres. Il fallait auparavant un nombre déterminé de périodes d’exercices pour obtenir de l’avancement. Le nou-
veau décret permit aux sous-lieutenants de réserve et de territoriale d’être promus lieutenants au bout de quatre années et aux lieutenants de passer capitaines au bout de six années. Les capitaines qui, précédemment, ne pouvaient être nommés chefs de bataillon ou d’escadrons, purent obtenir ce grade, à condition d’avoir été capitaines dans l'armée active et d’avoir été proposés pour l’avancement avant leur retraite ou leur démission.
Conseils d’enquête et conseils de discipline pour les rengagés.
Un décret, du 25 janvier 1896, détermina la composition et les formes des conseils d’enquête — prévus par la loi du 13 juillet 1894 — qui devaient donner leur avis sur la rétrogradation ou la cassation des sous-officiers rengagés, la mise à la retraite d’office ou la révocation des sous-officiers commissionnés. Le ministre de la guerre recevait le rapport du conseil d’enquête et statuait. Le ministre pouvait déléguer ses pouvoirs à l’officier général ou supérieur qui avait convoqué le conseil. La mise à la retraite d'office ou la révocation des caporaux, brigadiers ou soldats commissionnés étaient prononcées par les mêmes autorités d’après l’avis d’un conseil de discipline constitué suivant les règlements. Les avis du conseil d’enquête ou du conseil de discipline ne pouvaient être modifiés qu’en faveur des militaires.
Rengagements des sous-officiers.
La loi du 6 février 1897 modifia et compléta les lois du 6 janvier 1892 et du 18 mars 1889. Elle rendit
l'armée de 189i a 1899
aux sous-officiers rengagés les bénéfices pécuniaires qu’on leur avait enlevés, ce qui avait amené une forte diminution dans les rengagements. Grâce aux avantages accordés par la loi de recrutement du 15 juillet 1889, le nombre des sous-officiers rengagés, qui était de 16.000 en 1887, s’était élevé à 24.000 en 1891 et 1892; puis, les promesses faites, d’emplois civils et de bien-être matériel, n'ayant pas été tenues, la désaffection se manifesta, accrue par la loi du 25 juillet 1893 qui, pour réaliser des économies, réduisit de moitié la gratification annuelle et supprima à ceux passant officiers la part proportionnelle de la prime de rengagement. En 1893, le nombre des sous-officiers rengagés descendit à 21.000 (en 1898, à 16.000).
La loi du 6 février 1897 rendit la gratification annuelle de 200 francs. Au lieu de ne donner la prime de 1.500 francs qu’à l’expiration du service actif, elle la leur accorda, en totalité ou en partie sur leur demande, un dixième à la fin de chaque année, le surplus après la première période de cinq ans de rengagement. On admettait un premier rengagement d’un an (au lieu de deux ans). Un sous-officier se contentant de sa solde et de sa liante paye pouvait ainsi économiser, au bout de quinze ans de service, 0.000 à 7.000 francs en comptant les intérêts, et il avait, de plus, une pension de retraite de 500 francs avec un emploi civil.
Après cette loi, le nombre des rengagements remonta peu à peu.
Une loi, du 13 juillet 189 i, mit à la disposition du ministre pendant cinq ans tous les sous officiers pen-
sionnés (comme les officiers) pour remplir des emplois dans les réserves.
Application de la loi Béranger aux militaires.
La loi du 1er mai 1897 accorda aux jeunes gens appelés sous les drapeaux le bénéfice de la loi du 26 mars 1891, dite « loi Bérenger ». L’article 5 de la loi du 15 juillet 1889 sur le recrutement ne s’appliqua plus aux condamnés avec sursis, qui se trouvèrent assimilés aux jeunes gens n’ayant point subi de condamnations. Les trois derniers paragraphes de l’article 48 de la loi de 1889 se trouvèrent abrogés en ce qui les concerne. S’ils voulaient souscrire un engagement de quatre ou de cinq ans, ils n’étaient plus tenus de le contracter pour les bataillons d’Afrique. Mais, en cas d’inconduite soutenue sous les drapeaux, ces militaires pouvaient être envoyés aux bataillons d’Afrique sur la proposition de leur chef de corps et par décision ministérielle. Ils pouvaient aussi être affectés à des compagnies spécialement désignées, pour accomplir leurs périodes d’exercices.
L’article 7 de la loi du 24 décembre 1896 se trouva modifié dans le même sens en faveur des inscrits maritimes.
Nouvelles militaires diverses.
La loi de finances, du 13 avril 1898, fixa la taxe militaire des jeunes gens dispensés, ajournés ou classés dans les services auxiliaires. Cette taxe, due pen-
l’armée de 1894 a 1899
dant trois ans, fut de 6 francs, plus trois fois le montant en principal de la cote personnelle et mobilière.
Le Musée de l'armée fut créé par décret du 31 octobre 1896 et ne comprit, au début, qu'une salle d’une aile des Invalides, organisée par le général Vanson nommé directeur. Il y disposa méthodiquement les glorieux souvenirs de nos anciennes armées, obtenus grâce à de nombreux legs de Meissonnier, de Detaille et de membres de la société patriotique La Sabretache.
Le 18 janvier 1898, le général Saussier fut remplacé, comme vice-président du conseil supérieur de la guerre, et comme commandant en chef du groupe principal d’armées (du Nord-Est), par le général Jamont, ancien commandant en chef du corps expéditionnaire du Tonkin.
Un décret, du 1er mars 1898, porta de 10 à 12 le nombre des membres du conseil supérieur de la guerre.
Au mois de novembre 1898, la Chambre vota un projet de loi destiné à protéger les employés et ouvriers contre les patrons qui les congédiaient à raison des 28 jours (réservistes) ou des 13 jours (territoriaux) que la loi militaire imposait comme périodes d’instruction. L’article 1780 du Code civil, complété par la loi de 1890, paraissait insuffisant. Il édictait que tout patron doit des dommages-intérêts à un employé renvoyé sans motifs légitimes (cas des périodes), mais le quantum de ces dommages était laissé à l’appréciation des tribunaux. La nouvelle loi — votée par le Sénat le 8 juillet 1898 - — fixa ainsi l’indemnité : deux mois d’appointements pour l’employé, un mois de salaire pour l’ouvrier.
Troisième République ( 1897-1899) ,
Une villa de Nice fut donnée par Mme Furtado- Heine et acceptée par l’Etat, le 18 novembre 1895, pour être affectée aux officiers convalescents, ayant besoin de repos ou d’un séjour dans le Midi. Une instruction ministérielle, du 19 janvier 1896, en régla l’affectation et l’organisation.
Au mois de juin, Mme Furtado-Heine fit encore don d’une rente de 20.000 francs pour indemniser les officiers, en congé de convalescence dans la villa, des réductions de solde qu’on leur imposait. Mme Furtado-Heine avait été nommée officier de la Uégion d’honneur peu de temps auparavant, pour ses œuvres nombreuses de bienfaisance.
L’article 21 de la loi sur le recrutement, du 16 juillet 1889, avait été modifié par des lois du 6 novembre 1890 et du 20 juillet 1895. Une autre loi, du 13 mars 1896, apporta encore des changements à cet article qui concernait les dispenses de deux ans de service à accorder pour situations de famille. Le Parlement étendit, par chacune de ces lois, le bénéfice de la dispense à de nouvelles catégories.
D’après les nouveaux règlements de manœuvres (de 1894), les unités furent numérotées, sans interruption, dans chaque corps, depuis la première jusqu’à la dernière. Les compagnies prirent donc, dans les régiments d’infanterie à quatre bataillons, les numéros de 1 à 16.
Au mois d’août 1894, une décision ministérielle prescrivit que les officiers et les adjudants devaient porter, en campagne, la même capote que leur troupe (dans les corps où les troupes ont la capote). Elle devait être essayée et gardée au magasin du corps. Le prix en serait retenu au moment du payement de
l’armée de 1894 a 1899
l’indemnité de campagne. Cette mesure n’a été appliquée qu’à partir de 1913, lorsque l’ancienne capote noire des officiers a été supprimée et remplacée par un manteau confectionné avec un drap de même couleur que celui de la troupe.
Le 12 mai 1895, le ministre de la guerre inaugura l’Ecole de santé militaire de Lyon.
La marine après 1870.
Après la guerre franco-allemande, la marine avait été négligée pendant plusieurs années parce que toutes les ressources étaient consacrées à la libération du territoire et à la reconstitution de notre armée de terre. On comprit le danger de cet abandon. Peu à peu, on se préoccupa de réorganiser aussi notre marine en s’inspirant de l’exemple de l’Angleterre qui avait la flotte la plus puissante, la mieux outillée, la mieux commandée. Comme elle, on construisit des cuirassés armés de gros canons, et la lutte commença entre les inventeurs de blindages résistant à tous les projectiles et les inventeurs de projectiles conçus pour percer tous les blindages. Le Redoutable, mis en chantier en 1872, fut le premier cuirassé en acier, à cloisons étanches et à éperon, pouvant agir à la fois par le feu et par le choc, en fonction de la vitesse.
Inventions de la torpille et du sous-marin.
L’invention de la torpille — rudimentaire jusqu’en 1890 — causa une révolution. Elle amena la création de petits navires spéciaux, les torpilleurs rapides, qui se perfectionnèrent activement et devinrent redoutables. Alors, le contre-torpilleur, fut imaginé
pour combattre le torpilleur. Puis, survint le sousinarin, quelque temps nié, méconnu, mais qui affirma vite son utilité et s’imposa à toutes les marines. Notre pays, qui l’avait découvert, se laissa malheureusement distancer, surtout par l’Allemagne.
Les théories de l’amiral Aube.
Ces inventions provoquèrent de vives controverses et des théories originales, plus ou moins hasardeuses. Des innovateurs crurent fini le règne des gros navires cuirassés, coûtant très cher, lents à, se mouvoir. consommant des quantités énormes de charbon, difficiles à ravitailler, buts de tir faciles, exposés à sombrer sous un coup de canon ou sous le choc d’une torpille. Cette école nouvelle eut pour chef le vice-amiral Aube, écrivain militaire de grande valeur, esprit hardi (1). Son. entrée au ministère de la marine, où il resta du 7 janvier au 11 décembre 1886 (cabinets de Freycinet et René Goblet), donna plus de vogue à sa doctrine. Il eut de nombreux partisans au Parlement, surtout du côté cle l’extrême-gauche, qui s’opposait aux grosses dépenses militaires et qui s’engoua d’un système donnant une marine économique et permettant à la fois un rôle offensif et une défense efficace du littoral.
Lorsque l’amiral Aube prit la direction du ministère, il y avait 9 torpilleurs en état de prendre la mer, 50 croiseurs, dont 3 seulement en fer : un seul, le Milan, filait 18 nœuds 41 ; le Tourville,
(1) Il est mort en 1890. Il avait exposé ses idées dans une étude intitulée Les Réformes de notre marine militaire.
16 nœuds 89; le Duguay-Trouin, 15 nœuds 90. 11 dola la marine des croiseurs Surcouf (20 nœuds 5), Forbin (20 nœuds 6), Troucle (20 nœuds 9), Ouragan , Jean-Bart (19 nœuds), Dupuy-âre-Lôme (20 nœuds), Alger (19 nœuds), Isly (19 nœuds), Mogador, Davousi (20 nœuds), Suchet (20 nœuds), Chanzy (19 nœuds), Lalande (20 nœuds), Cosmos (20 nœuds), Coetlogon (20 nœuds). En môme temps, il commanda un grand nombre de torpilleurs.
La marine en 1892. — Propositions de M. Brisson.
Une étude de M. Brisson, rapporteur du budget de la marine en 1892, nous renseigne exactement sur l’état de notre marine à .cette époque.
M. Brisson proposait la création de la défense mobile de notre litloral de lre ligne, Manche et Méditerranée, et des deux embouchures de la Loire et de la Gironde, par des baleaux légers, rapides, montés par des hommes exercés en temps de paix, connaissant à fond le littoral. Jusqu’à ce moment, affirmait-il, cette défense n’existait que sur le papier. Pour cette organisation, il demandait : dans la Manche, 32 torpilleurs, 2 avisos-torpilleurs, 3 canonnières cuirassées; dans l’Océan, 8 torpilleurs; dans la Méditerranée, 48 torpilleurs, 1 croiseur do 3e classe, 2 avisos-torpilleurs, 4 canonnières cuiras sées.
Il s’occupait ensuite des forces navales de lre ligne. Dans la Méditerranée, l’escadre comprenait 9 cuirassés, 9 croiseurs ou avisos, 5 torpilleurs. M. Brisson réclamait 9 torpilleurs, un par cui-
rassé, soit 27 navires au lieu de 23. Dans la Manche, la division cuirassée du Nord, à effectif réduit, comprenait 3 cuirassés, 1 croiseur, 1 croiseur-torpilleur, 1 aviso-torpilleur, 2 torpilleurs de haute mer, soit 8 navires. Le rapporteur proposait de créer une seconde division pour constituer une escadre armée à effectif complet comprenant 6 cuirassés, 4 croiseurs ou croiseurs-torpilleurs, 6 torpilleurs, un par cuirassé, au total 16 navires au lieu de 8.
Dans les deux mers, on aurait ainsi 43 navires au lieu de 31. M. Brisson demandait, en outre, 6 divisions volantes de 4 croiseurs chacune, armées.
La Méditerranée seule possédait des forces de seconde ligne. A Toulon, il y avait une escadre de réserve à deux divisions, comprenant 6 cuirassés, 3 croiseurs, 1 croiseur-torpilleur, 2 avisos-torpilleurs. M. Brisson voulait une escadre de réserve à trois divisions. Dans la Manche, il n’y avait pas de forces de réserve. Il proposait une division de réserve de 3 cuirassés. Il n’y avait rien dans l’Atlanticjue. Il demandait à Brest une escadre légère, composée de 2 cuirassés, 4 croiseurs à batterie, 2 croiseurs, 2 torpilleurs de haute mer.
Il organisait toutes ces formations nouvelles en faisant jiasser de la 2e et de la 3e catégorie à la lre tous les navires pouvant tenir la mer.
Dans les mers lointaines, il y avait des divisions composées en général de bateaux médiocres, peu nombreux, séparés la plupart du temps, et qui demeuraient deux ans dans les mêmes parages. On protestait depuis longtemps contre cette institution surannée. M. Brisson proposait la création de 6 divisions volantes comprenant chacune 3 croiseurs à
batterie (un de 1™ classe, un de 2e, un de 3®). Une division restait à Brest, une autre à Toulon, prêtes pour un voyage désigné ou pour renforcer nos forces de lr* ligne. Les quatre autres divisions partaient à trois mois de distance l’une de l’autre, de façon qu’il y en ait toujours une dans h Atlantique, une dans le Pacifique, une dans l’océan Indien, une dans la mer de Chine et du Japon. Des navires étaient laissés p poste fixe dans ces mers pour assurer la liaison entre les divisions volantes. On conservait les divisions navales de Cochinchine, de Terre-Neuve et d’Islande, existant à ce moment.
M. Barbey, ministre de la marine, s’opposa à ce projet qui exigerait, dit-il, 18 à 20 millions de dépenses supplémentaires. « Et je ne crois pas — ajoutait-il — que le résultat produit équivaille à ce sacrifice. »
Budget de la marine. — Propositions du ministre.
Au mois de novembre 1892, le ministre de la marine déposait son budget remanié, dans lequel il avait tenu compte d’un certain nombre de propositions de M. Brisson. Ce budget s’élevait à 214 millions 331.272 francs (il fut arrêté à 214.633.272 francs). M. Barbey signalait que, par de récents décrets, les majors généraux étaient supprimés, les troupes de la marine dans les ports étaient revenues sous le commandement de leurs chefs directs, les divisions étaient réduites puisque le nombre des compagnies était ramené de 23 à 13. A ces premières reformes allaient s’en ajouter d’autres : suppression des bâtiments-écoles, armement de tous les bâ-
timents et réorganisation des 2e et 3e catégories de réserve. Le ministre s’opposa à la création des divisons volantes et des postes de torpilleurs. Il fut appiouvé par la commission du budget, ce qui amena iV. Brisson à donner sa démission de rapporteur. M. Cochery le remplaça.
Ce dernier, après entente avec le ministre, exposa dans son rapport que, pour la défense mobile, au lieu de 29 torpilleurs armés, en 1891, il y en aurait 44 en 1892, avec 119 torpilleurs en réserve, au lieu de 109 (en 1891). Il y aurait 21 navires affectés aux divisions navales, plus 9 affectés à la division de l’Indo-Chine, à Terre-Neuve, à l’Islande et à l’ambassade de Constantinople. Il y avait 805 officiers embarqués en 1891; il y en aurait 1.024 en 1892. L’effectif des équipages serait porté de 36.623 hommes en 1891, à 40.620 en 1892, savoir : à terre 3.688, à la mer 34.879, en réserve 2.053.
Dans la discussion devant la Chambre, MM. Ménard-Dorian. et Lockroy demandèrent que, sur l’état des constructions à entreprendre, un cuirassé fût remplace par un croiseur de lre classe et un autre cuirassé par un croiseur d’escadre de lre classe, deux éclaireurs, un aviso-torpilleur et cinq torpilleurs, afin de substituer des armes offensives aux éléments de défense sollicités par le ministre.
Que désirons-nous? dit M. Ménard-Dorian, Faire produire aux cuirassés de noire flotte leur maximum d’effet utile. Comment y parvenir? En les complétant par des navires légers, annexes désormais indispensables des escadres cuirassées... La proportion de ces navires légers par rapport aux gros bâtiments a été fixée par le Conseil d’amirauté en 1887, puis par l’amiral Rergasse du Petit-Thouars, à la suite des manœuvres de 1889. Cette proportion existe-t-elle dans notre fiotle? Nullement, Par suite, nos escadres cuirassées se trou-
vent dajis un état d'infériorité grave vis-à-vis des escadres cuirassées de la triple alliance. Il y a là une situation dont les dangers sautent aux yeux et qui est intolérable. Hâtonsnous de la faire cesser. Gardons-nous de mettre sur le chantier un seul cuirassé, jusqu’au jour où la disproportion dont souffre notre flotte aura disparu. Employons nos ressources immédiates à acquérir ces éclaireurs et ces torpilleurs, sans lesquels l’utilisation active de nos cuirassés déjà à flot devient une grosse imprudence.
C’était ia thèse de l’amiral Aube que soutenaient MM. Clemenceau, Henri Brisson, Lockroy, Ménard- Dorian, Camille Pelletan, etc. On reprochait à la « féodalité maritime », c’est-à-dire au conseil supérieur de la marine et à l’état-major du ministère, qui professaient d’autres principes, de ne pas suivre les progrès de la science, d’être égarés par des traditions routinières (1). Des journaux et revues accusaient le « syndicat de la métallurgie » d’égarer l’opinion publique pour obtenir la fabrication de blindages qui constituaient la dépense la plus forte des cuirassés. Telle était à ce moment la passion injuste qu’on apportait dans une discussion qui aurait dû rester scientifique, technique.
M. Clemenceau attaquait violemment le ministre de la marine pour ses déclarations trop optimistes et parce qu’il ne s’occupait pas d’une artillerie à tir rapide. Il disait :
La transformation de notre artillerie de marine ne peut pas nous donner les canons à tir rapide dont nous avons besoin. La marine n’a rien fait, rien depuis 1886. Elle n’a rien fait surtout depuis 1889. Elle a perdu deux ans, sinon cinq. Vous nous dites que vous avez des canons. Vous n’en
fl) Ce conseil se composait, en 1892. de M. Barbey, ministre de la marine, et des amiraux Ch. Duperré, Lespès, Zédé, de Marquessac, Ribell, Rieunicr cl Vignes.
avez pas. N’essayez pas de nier. J’ai les preuves. Le Japon, le Chili ont d’excellents canons français à tir rapide. La France n’en a pas !
L’artillerie de la marine.
La transformation dont parlait M. Clemenceau avait été entreprise sur les modèles 1881 et 1884 des calibres 10, 14 et 16e et les modèles 1887 des calibres 14 et 16°. Les résultats ci-après avaient été obtenus d’après un document officiel :
Pour le canon de 10e, le projectile pesait 14 kilos, avait une vitesse initiale de 560 mètres et traversait 15°, 7 d’acier à bout portant; pour le canon de 14°, le projectile pesait 30 kilos, sa vitesse initiale était de 640 mètres et il traversait 23° d’acier; pour le canon de 16°, le projectile, pesant 45 kilos, avait une vitesse de 650 mètres et perçait 26e d’acier. Les résultats des canons transformés modèle 1887 étaient supérieurs. Le projectile du calibre de 14°, pesant 30 kilos, avait une vitesse initiale de 800 mètres et perçait une plaque d’acier de 31e; enfin, le projectile du calibre de 16e, pesant 45 kilos, avait la même vitesse initiale et traversait 35°, 3 d’acier. Le canon de 10° transformé était peu inférieur en puissance au 12° Armstrong. Les 14 et 16e, modèles 1881 ou 1884, étaient supérieurs respectivement au 12e et au 15e Armstrong. Quant aux canons de 14° et de 16e, « ils l’emportaient de beaucoup en puissance sur tous les canons similaires en service à l’étranger ».
A la suite de ces résultats, le ministère de la marine avait ordonné la transformation de 298 canons modèles 1881 et 1884 des calibres 10e, 14e et 16°, de 39 canons modèle 1887, soit, au total, de 337 canons.
49 canons de 10° devaient armer les bâtiments suivants : IVattignies, Vautour, F'aucon, Epervier, Condor, Milan, Indomptable, Caïman, Terrible, Achéron, Cocyte et Couronne. 31 canons de 14° allaient être placés sur Neptune, Forbin, Couronne, Amiral- Baudin, Phlégéton et Styx; enfin, 4 canons de 16° sur Y Amiral-Baudin. A la fin de 1892, tous les bâtiments de 1™ ligne devaient être munis de leur artillerie à tir rapide. •
Les sous-marins.
A la Chambre, M. Lockroy et l’amiral Vallon avaient questionné le ministre sur les sous-marins. M. Barbey avait répondu que le Gymnote était le seul qui eût résolu le problème de la navigation sous-marine. En conséquence, ordre avait été donné de construire un sous-marin sur ce modèle. Il porterait le nom de Guslave-Zédé. Quant au Goubet (du nom de l’inventeur du premier sous-marin), une commission, présidée par l’amiral Gervais, avait assisté à des expériences faites avec ce bateau les 26 mai et 19 juin 1892. Le second essai avait été exécuté d’après un programme présenté par M. Goubet lui-même. Les conclusions de l’amiral Gervais avaient été les suivantes :
1° L'habitabilité de son bateau est assurée;
2° L’immersion à volonté, à la profondeur voulue du bâtiment au repos, est un point acquis;
Le bâtiment naviguant presque immergé, à la surface, se dirige assez bien de jour, par un beau temps, possède une vitesse de 3 à 4 nœuds et semble bien évoluer à la volonté de son équipage.
Mais je dois ajouter que, jusqu’à présent, ce bâtiment n’a
jamais pu, devant la commission, naviguer enlre deux eaux et que, dès qu’on arrive à cette partie des programmes, les manœuvres deviennent plus qu’incertaines.
En conséquence, d’accord avec la commission, j’estime que la question de savoir si ce bâtiment peut naviguer et être utilisé, comme un bateau sous-marin, reste entière.
Lois et décrets d’organisation.
Pour achever ce rapide exposé de la situation avant la présidence Félix Faure, nous rappelons les principaux décrets qui avaient réorganisé notre marine : du 11 mars 1879, sur l’organisation du conseil des travaux de la marine; du 20 juillet 1879, sur l’inspection des services administratifs et financiers de la marine et des colonies; du 20 janvier 1880, sur la création du conseil d’administration d’arrondissement maritime; du 2 janvier 1884, sur l’organisation des conseils d’enquête; du 8 mars 1884, sur l’organisation des cadres des officiers de la réserve de la marine; du 12 avril 1886, sur la réorganisation de l’administration centrale; du 5 juin 1883 et du 12 août 1886, sur la réorganisation des équipages de la flotte; du 28 octobre 1886, sur l’avancement.
Il faut encore citer la loi du mois de novembre 1889, qui autorisa une dépense de 58 millions pour les constructions navales, et la loi du 21 juillet 1897, qui ouvrit un nouveau crédit de 7 millions et demi pour la réfection de la flotte.
La marine française et les marines étrangères en 1897-1898.
Au mois de juin 1898, l’amirauté anglaise publia un état comparatif des flottes appartenant aux sept
principales puissances maritimes : Angleterre France, Russie, Allemagne, Italie, Etats-Unis et Japon.
D’après la liste des bâtiments construits, non compris les torpilleurs, l’Angleterre arrivait en tête avec 28 i navires d’un déplacement total de 1.256.640 tonnes; le second rang était occupé par la France, mais avec une différence énorme dans les totaux; elle comptait, en effet, 110 bâtiments déplaçant 499.571 tonnes. Puis venaient : la Russie, 66 bâtiments, 268.724 tonnes; l’Allemagne, 62 bâtiments, 226.909 tonnes; l’Italie, 51 bâtiments, 233.496 tonnes (près des deux tiers du déplacement total de la flotte italienne étaient donnés par les cuirassés); les Etats-Unis, 52 bâtiments, 203.518 tonnes, et enfin le Japon, 26 bâtiments, 87.838 tonnes. Cette dernière flotte était classée parmi les sept principales, moins pour son importance actuelle que par celle qu’elle devait posséder dans l’avenir; le déplacement de ses bâtiments en cours de construction était de beaucoup supérieur à celui de ses bâtiments construits.
Une grande activité était déployée par toutes les puissances maritimes. La liste des bâtiments en construction permettait de s’en rendre compte : l’Angleterre avait en chantier, en achèvement à flot ou en essais 83 bâtiments d’un déplacement de 309.320 tonnes, soit un tonnage représentant environ un quart de celui de sa flotte; la France construisait 38 bâtiments d’un déplacement de 229.916 tonnes, soit un tonnage presque égal à la moitié de celui de ses bâtiments construits. La proportion baissait encore pour la Russie : 11 bâtiments déplaçant 105.830 tonnes; encore plus pour l’Allemagne, qui comptait en construction 11 bâtiments déplaçant 73.771 tonnes, soit un tiers du déplacement de sa flotte. Le mouvement de dégression s’accentuait pour l’Italie, qui avait seulement 8 bâtiments en chantier, d’un déplacement total de 38.329 tonnes, soit environ un sixième de sa flotte en service. L’Italie avait vendu des bâtiments en chantier à différentes nations. En ce qui concernait les Etats-Unis, le mouvement des constructions neuves causé par la guerre hispano-américaine ne s'était produit qu’après l’établissement de ce travail statistique qui avait été dressé au 31 mars 1898 A cette date, les Etats-Unis avaient 10 bâtiments en chantier d’un déplacement total de 63.0ÎÜ tonnes, représentant un tiers environ du tonnage des bâtiments en service, dont le nombre allait être augmenté dans une large mesure. Enfin, le Japon avait 24 bâtiments en chantier qui avaient un déplacement
total de 124.537 tonnes; ce tonnage était dans la proportion de 3, le déplacement des bâtiments en service étant de 2.
Cette activité était récente pour certaines de ces marines; pour d’autres, elle datait de plusieurs années. Dans la période du 1" janvier 1893 au 31 décembre 1897, l’Angleterre avait accru sa marine de 80 bâtiments déplaçant 278.405 tonnes; la France, de 23 bâtiments, 104.509 tonnes; la Russie, de 14 bâtiments, 61.052 tonnes; l’Allemagne, de 6 bâtiments, 18.000 tonnes; l’Italie, de 7 bâtiments, 21.820 tonnes; les Etats- Unis, de 8 bâtiments, 64.399 tonnes, et le Japon, de 3 bâtiments, 27.450 tonnes.
Si la France n’occupait que le second rang pour les unités de combat, par contre, sa flotte possédait le plus grand nombre de torpilleurs : 33 torpilleurs de haute mer et 178 torpilleurs de côtes; en outre, 6 torpilleurs de haute mer et 33 torpilleurs de côtes étaient en construction. La Russie en possédait 174, l’Italie, 142, l’Allemagne 113 en service et 9 en chantier, l’Angleterre 98, le Japon 44 en service et 15 en chantier, et les Etats-Unis 8 en service et 10 en chantier.
De l’ensemble des mises en chantier dans les sept flottes principales, il résultait que toutes les marines continuaient à mettre des cuirassés en chantier. Toutefois, on signalait le mouvement en faveur de la construction de croiseurs cuirassés; l’Angleterre en avait 4 en chantier, et 4 devaient être commencés; lav’rance en avait 10, la Russie 1, l’Allemagne 1, l’Italie 2, et le aapon 6. Un même mouvement se produisait pour la construction du contre-torpilleur à grande vitesse dit destroyer; l’Angleterre, après en avoir construit 50, en avait 46 en chantier; on en comptait 8 en France, 28 en projet en Russie, 1 en chantier en Allemagne, 1 en chantier en Italie, 4 en chantier et 16 en projet aux Etats-Unis, et 8 en chantier au Japon.
La construction des croiseurs non protégés était absolument abandonnée dans toutes les maripes. L’Angleterre ne construisait plus de torpilleurs de côtes, et le mouvement se ralentissait en ce qui concerne les petits bâtiments, sauf en France, au Japon et aux Etats-Unis.
Le rapport de M. de Kerjégu sur le budget de notre marine pour 1897 signala l’état précaire de notre flotte en ce qui concernait le nombre de bâtiments de combat. Le projet de budget s’élevait à la somme de 258.082.273 francs, en diminution de
7.845.117 francs sur les crédits alloués eu 1890. 11 y avait, sur les précédents crédits, une diminution de 7 millions pour le service de l’armement et une de 11 millions pour le service des constructions, ce qui amenait un ralentissement dans les travaux. La marine n’avait entrepris que 4 unités au-dessus de 2.000 tonnes en 1896, et elle ne devait en entreprendre que 3 en 1897. « Dans ces conditions, disait-il, il devient impossible d’achever en temps utile les bâtiments nécessaires pour remplacer ceux que leur état de vétusté ou leur insuffisance au point de vue militaire obligent à rayer de la liste de la flotte. » A la prochaine guerre, nos escadres, à cause de la défense mobile permanente de Gibraltar, seront séparées et agiront isolément dans la Manche et dans la Méditerranée. Dans cette dernière mer, l’Italie et l’Autriche ont tous leurs navires de guerre, et l’Angleterre y. possède 11 cuirassés avec 15 croiseurs. Notre escadre active y est complète, mais notre escadre de réserve ne compte que 2 cuirassés, au lieu de 4, dont un de 1873, et elle n’a qu’un seul bon croiseur. La marine allemande peut réunir en quelques heures, grâce au canal de Kiel, soit dans la Baltique, soit dans la mer du Nord, 13 cuirassés et 4 croiseurs au moins. Les Anglais ont dans ces parages 16 cuirassés et 22 croiseurs. L’escadre française du Nord n’a que 5 cuirassés et 7 croiseurs armés, à effectifs complets pendant six mois seulement.
Le tonnage des constructions en cours se répartissait ainsi : Angleterre, cuirassés ou croiseurs 168.050 tonneaux, croiseurs 187.750; Allemagne, cuirassés 39.000 tonneaux, croiseurs 32.000; Italie, cuirassés ou croiseurs cuirassés 46.284 tonneaux, croiseurs
Troisième République ( 1S97- 1800 )
4.500; Autriche, cuirassés ou croiseurs cuirassés 23.000 tonneaux, croiseurs-torpilleurs 4.600; Russie, cuirassés ou croiseurs cuirassés 95.000 tonneaux, croiseurs 16.620. A la même date, la France, en comptant tous les bâtiments en chantiers, atteignait 70.000 tonneaux de cuirassés et 60.000 tonneaux de croiseurs. Ces rapprochements suffisent à démontrer, disait le rapporteur, que nous n’avons pas la flotte de notre politique.
M. de Kerjégu ajoutait que nos constructions neuves coûtaient de 20 à 25 p. 100 plus cher qu’en Angleterre et plus cher aussi qu’en Allemagne.
Conseil supérieur de la marine.
Cré.é le 3 décembre 1889, sa composition avait été modifiée en 1890, ensuite par un décret du 2 février 1892. Un autre décret, du 30 novembre 1896, admit seulement dans ce conseil les vice-amiraux, que le ministre pouvait convoquer immédiatement, car ils étaient presque tous à Paris, après avoir occupé un commandement en chef à la mer. Par suite, ses membres furent les vice-amiraux Duperré, Rieunier, de la Jaille, Brown de Colstoun, Gervais et Régnault de Prémesnil. En outre y figuraient le viceamiral Besnard, ministre, et le vice-amiral Sallandrouze de Lamornaix, chef de l’état-major général. Seul, le vice-amiral Brown de Colstoun était à Toulon, comme préfet maritime. Enfin, en faisaient encore partie les vice-amiraux maintenus dans la lre section du cadre de réserve. Le vice-amiral Garnault était seul dans ce cas.
Le président de la République avait le droit de
réunir le conseil et de le présider. Il y convoquait alors le président du Conseil des ministres et le ministre de la guerre. Ces dispositions avaient déjà été adoptées pour le conseil supérieur de la guerre. Toutes les personnes « dont l’avis ou la compétence semblaient être nécessaires » pouvaient également être appelées.
Ecole supérieure. — Ecole des hautes études.
Par un décret, du 25 janvier 1882, le commandant Gougeard, ministre de la marine, avait institué une Ecole supérieure de la marine, mais son successeur, l’amiral Jauréguiberry, ne lit pas exécuter ce décret. En 1892, M. Chautemps déposa à la Chambre un projet tendant à établir cette école dont les cours dureraient deux ans.
Le 27 décembre 1895, M. Lockroy, ministre de la marine, créa cette école supérieure qu’il installa à bord de trois croiseurs : YAmiral-Charner, le Suchet et le Lalouche-T réville.
Le vice-amiral Besnard, ' nouveau ministre de la marine, abrogea ces dispositions par un autre décret, en date du 13 octobre 1890, qui institua, au ministère de la marine, une Ecole des hautes études maritimes ayant pour but « de permettre à un certain nombre de lieutenants de vaisseau de compléter et de développer leur instruction générale par l’étude des connaissances d’ordre supérieur qui intéressent la marine ». Le contre-amiral Roustan fut nommé directeur. D’autres décrets suivirent et organisèrent définitivement une Ecole supérieure de la marine à Paris.
Le port de Bizerte.
Quoique établie depuis quinze ans en Tunisie, la France n’avait pas pris possession effective du port de Bizerte. Dans les premiers mois de 1896, une division de l’escadre active de la Méditerranée, sous les ordres de l'amiral Gervais, ensuite les croiseurs qui composaient l’Ecole supérieure de guerre navale, sous les ordres de l’amiral Fournier, occupèrent ce port et manœuvrèrent dans le grand lac intérieur. La presse allemande et la presse italienne signalèrent F événement avec acrimonie.
Bizerte n’était, jusqu’à ce moment, qu’un mouillage et non une place de guerre. On décida d’y cons truire des ouvrages de défense, d’y installer des approvisionnements, d'y créer un outillage et de faire un dépôt de charbon afin d’utiliser cette admirable position qui avait été choisie comme port d’attache de la Méditerranée pour la flotte russe, par suite d’un accord entre la France et la Bussie.
L’inscription maritime.
Le 24 décembre 1896, fut promulguée une nouvelle loi sur l'inscription maritime, applicable à partir du ]or juillet 1897. Désormais, les marins professionnels devaient seuls bénéficier de l’inscription. Les contrées soumises au régime de l’inscription restaient les mêmes. Les inscrits étaient toujours assujettis de 18 à 50 ans. La période de service obligatoire était de cinq ans d’activité et de deux années à la disposition du ministre. Les inscrits qui n’étaient pas
a» service de 25 à 35 ans pouvaient être convoqués pour deux périodes d’exercices de quatre semaines. Après une année passée à la disposition permanente et imriiédiate du ministre, les inscrits, qui avaient des motifs de dispense par suite de leur situation de famille (fils de veuve, aîné d’orphelins, etc.), pouvaient être renvoyés en congé illimité. Les Algériens et coloniaux de la Martinique, de la Guadeloupe, de la lféunion, de la Guyane, de Saint-Pierre et Miquelon étaient soumis à la même loi que les inscrits de la métropole.
TABLE DES MATIERES
PRÉSIDENCE I'E M. Félix FAURE.
Pages.
Renouvellement partiel du Sénat (3 janvier 1897) . 5
L’année 1897. Session ordinaire du Parlement . — 6
Les gouverneurs de l'Indo-Chine. — M. Doumer . 6
Annexion des Iles-sous-le-Vent. — Révolte . 7
Mise en valeur de la Nouvelle-Calédonie. — Suppression du bagne . 10
Le budget de 1897. — La dette de la France. — La mauvaise gestion financière. — Critiques des lois budgétaires . 11
La rente française . 19
Nansen à Paris. . . 19
Primes à l'exportation des sucres . 21
Loi sur la propriété foncière en Algérie (IG février 1897). 22
Loi sur les vins artificiels (G avril 1897) . 23
La question Cretoise. — La guerre turco-grccque (Evénements de Crète. Débats au Parlement français.
Guerre turco-grecque). . ' . 24
Le cléricalisme . 31
La pornographie. — Luttes courageuses du sénateur Bo-
repger. — Loi du IG mars 1898 . 32
Incendie du Bazar de la Charité (A mai 18971 . 36
Débat politique à la Chambre . 39
Le privilège de la Banque de France. — Son rôle en cas
de guerre. — Ses billets. — Son bilan . 42
Adoption des projets fiscaux du gouvernement. — Clôture de la session . 47
La suppression des octrois. — Les boissons hygiéniques. — Loi du 29 décembre 1897 . . 49
Les voyages du président de la République en 1897.... 51
M. Félix Faure en Russie. — L'alliance proclamée (août 1897). — Accords diplomatiques. — Convention
militaire. . . . . 52
Tentatives anarchistes. . . . 56
Pages.
Discours politiques. — Les programmes des partis.... 57 Session extraordinaire de 1897. — Douzièmes provisoires. . . . . 67
Démission du garde des sceaux (30 novembre) . 68
Les cercueils de Voltaire et de Rousseau . 68
Union monétaire. — Convention du 29 octobre 1897 - 69
L’or et l’argfent. — Le bimétallisme international . 70
Conventions au sujet de la Tunisie . 74
La nouvelle justice. — Modifications à l'instruction criminelle. . . . . 75
Démarches de la famille . 76
Enquête du commandant Picquart sur Es-
terhâzy . 77
Le faux du commandant Henry . 83
Interpellation Castel in à la Chambre . 84
Eloignement du lieutenant-colonel Picquart. — Entente d’officiers de l’état-
major avec Esterhazy . 85
Intervention de M. Sclieurcr-Kestner. —
L’affaire Campagne de presse . 89
Dreyfus. / M. Mathieu Dreyfus dénonce Esterhazy.. 91 \ Incident Forzinetli. — Campagne violente
I de presse . 92
J Les incidents de l’Affaire . 92
f Information judiciaire du général de Pel-
I lieux. . . 93
I Débats au Parlement (décembre 1897) - 95
Esterhazy acquitté par le conseil de
guerre (janvier 1898) . 96
| Mise en réforme du lieutenant-colonel Pic-
i quart . 97
\ Les dreyfusards et les antidreyfusards... 9S
Evénements divers de l’année 1897 en France et à l’étranger. — La présidence des Etats-Unis. — Les ministres allemands . 99
Nécrologie de l’année 1897 . 103
L’année 1898. — L’instabilité ministérielle . 106
Session ordinaire. — Fin de la 6’ législature (1898) 107
Les troubles d’Alger (23 janvier 1898). — Agitation anti- sémite. — Réorganisation de l'Algérie. — Nouveau
gouverneur général (août 1898) . 109
Débats politiques. — Attaques contre le ministère Mé-
line. . . . . Ho
La France en Extrême-Orient. — L alliance franco-
russe. . . . .
Concessions de la Chine.
TABLE DES MATIÈRES
Pages.
Droits des femmes à 1 électorat commercial... .
La mutualité. — La vraie solution de la question sociale. — Loi du 1er avril 1898 - ^ . . . .
Responsabilité des accidents du travail. — Loi du
9 avril 1898. . .
Budget de 1898. — Lois financières .
Rejet du scrutin de liste .
L'action des socialistes et des radicaux jugée par M. Mé-
line. - . . . . . • ; .
Contre les cabinets de concentration. — Les lois sociales de la République. — Discours de M. Barthou.
Intervention d'Emile Zola . .
Le rapport d’Ormescheville. — Les « intellectuels » .
Poursuites contre l 'Aurore et Emile Zola. Interpellation Cavaignac. — Discours de M. Méline. — Scandale à la Chambre
(22 janvier 1898) . . • • •■ -
Manifestations contre Zola. — Déclarations de l’Allemagne et de l’Italie .
Procès Zola devant la Cour d’assises (février 1898) . . .
Interpellations à la Chambre. — Discours
de M. Méline .
Mesures de rigueur . . . .
Duel Picquart-Henry .
Liuue des Droits de l’homme .
Cassation du jugement Zola . •••■■
Discussion à la Chambre--. .
Zola devant la Cour d assises de V er-
, sailles. . . . . . . — *■•••■ -
Le rôle et l’avenir des syndicats professionnels d apres
M. Waldeek-Rousseau . .
Cherté des blés et du pain. — Suppression du droit d’entrée .
L’affaire D r e v f u s.
Période électorale. — Discours politiques. — Le Grand cercle républicain. — Les défauts du régime parlementaire .
Elections législatives (8 et 22 mai 1898) .
Démissions de deux ministres . • .
Le président de la République à Saint-Etienne. — Aux
grandes manœuvres. — La Toison d’or... .
Septième législature. — Election du président de la
Chambre .
Les groupes parlementaires .
Démission du ministère Méline (15 juin 1898) .
37‘ ministère. — Ministère B’risson (30 juin-25 octobre 1898) .
Déclaration ministérielle. — Vote de confiance . 177
Epuration administrative. . . . 180
Projet ministériel d'impôt sur le revenu . 180
Elections des conseils généraux et des conseils d’arrondissement (31 juillet-7 août 1898) . 181
Organisation financière de l’Indo-Chine . 181
Proposition du tsar de limiter les armements (août 1898). 182 Les droits de la France en Orient. ■ — La protection
des chrétiens . 184
Grève du bâtiment (25 seplembre-16 octobre 1898). — Tentative de grève générale du personnel des chemins de fer . 184
M. Reinach révoqué de son grade de capi-
i taine territorial . . 180
| M. Cavaignac au ministère de la guerre. 1186 i Débats à la Chambre. — Discours de
M. Cavaignac (7 juillet 1898) . ll&7
Poursuites contre MM. Picquart et Le-
blois . 192
Instruction Bertulus . 193
Procès Zola à Versailles (18 juillet 1898).
— Condamnation . . 196
Nombreux incidents. — Violences des partis . 198
L’affaire Esterhazy devant un conseil d’enquête
Dreyfus 1 (août i898) . . . . 199
y ' 1 Découverte du faux. — Suicide du lieutenant-colonel Henry (août 1898) . 201
Démissions du chef d’état-major général
et du Ministre de la guerre . 202
Le général Zurlinden, ministre. — Décisions du gouvernement . 203
Démissions de deux ministres (18 septembre) . 204
Nouvelle instruction contre M. Picquart. 206
L’agitation et les manifestations . 207
Une conséquence de l’Affaire. — Evolutions des partis. — Nouveaux groupe-
' ments politiques . . • 208
Rentrée des Chambres. — La Ligue des patriotes. —
Chute dujninistère Brisson (25 octobre 1898) . 210
38' ministère. — Ministère Charles Dupuy (3 novembre 1898-12 juin 1899) . 215
Déclaration ministérielle. . . . 216
Les relations commerciales franco-italiennes . 219
Clôture de la session . 220
TABLE DES MATIÈRES
L’affaire / Dreyfus.1
Pages .
L’ « Affaire » à la Cour de cassation. • • . . 221
Affaire Picquart . . 223
Intervention du Parlement . 224
L’enquête de la Cour de cassation. —
Débats parlementaires . ••• 230
Démission de M. Quesnay de Beaurepaire.
— • Enquêtes . 233
Débats parlementaires . 23G
La loi de dessaisissement. — Scission du
parti progressiste . 240
Déposition d’Esterhazy . 245
Création de ligues. — La Pairie française. 247 Fin de l’enquête de la Cour de cassation. 248
L’unification de l’heure. — Les fuseaux horaires . 232
Taux d’escompte et taux d’intérêt de 1895 à 1898. —
Valeurs de Bourse . 234
Evénements divers de l’année 1898 en France et à
l’étranger . 255
Elections allemandes . 258
Guillaume II en Palestine . 259
Guerre hispano-américaine . 260
Prise de l’archipel d’Havaï . 262
Nécrologie de l’année 1898 . . . 263
Session ordinaire de 1899 . 266
Mort du président de la République (16 février 1899)... 266
Les candidats à la présidence de la République . 268
Congrès de Versailles. — Election de M. Loubet (18 février 1899). . . 268
Obsèques de M. Félix Faure (23 février 1899) . 269
L’Egypte. — La France et l’Angleterre sur le Nil.
LA MISSION MARCHAND (1897-1898)
Les Anglais en Egypte . 271
L’opposition de la France . 274
Anglais et Belges sur le Nil . 275
Les Anglais à Khartoum (3 septembre 1898) . 277
Deux missions françaises . 279
Les efforts diplomatiques de la France . 281
La mission Marchand . 283
Fachoda . .' . 294
L’abandon de Fachoda et la retraite par l’Abyssinie 297
Négociations avec l’Angleterre. — L’entente cordiale.'. 299
CONQUÊTE DE MADAGASCAR
Pages.
Détails sur Madagascar . 305
Premières tentatives françaises. . . 306
Occupation de Madagascar. — Société de l'Orient - 308
Etienne de Flacourt . 309
Compagnie des Indes orientales. — Louis XIV', propriétaire de l’île. . . . 310
L’ile de la Réunion ou Bourbon. — L’ile de France ou
Maurice . 312
Luttes contre les Anglais. — L’amiral Farquhar et Ra-,
dame. . . . . 313
Ranavalona I". — Expédition de 1829 . . 310
De 1831 à 1870 . 317
Après 1870. — Expédition de 1883-1884 . 321
'Commandement de l’amiral Miot. — Traité de 1885 - 323
De 1886 à 1894. — Hostilité persistante du gouvernement
hova . 32S
Expédition de 1895: — Organisation . 329
Transport des troupes et du matériel . 334
Plan des opérations. . 336
L’armée hova . 339
Premières opérations. — Occupation de Tamatave et do
Majunga (1894-1895). . . 342
Opérations de l’avant-garde Metzinger . 343
Le débarquement à Majunga . 345
Opérations du corps expéditionnaire jusqu’à l'ouverture du pont de la Betsiboka (19 mai-14 juillet 1895). 347
Combats de Tsarasotra (29 et 30 juin) . 351
Les travaux du corps expéditionnaire jusqu’au 14 juillet 1895 . 353
Opérations jusqu’au départ de la colonne légère (14 jnil-
let-14 septembre 1895). . 356
Opérations de la colonne légère. — - Prise de Tananarive
(14 septembre-30 septembre 1895) . 359
Occupation et pacification (Pr octobre 1895-18 janvier 1896). . . . 365
Rapatriements. . . 367
Les dépenses de l’expédition . 369
Les pertes du corps expéditionnaire . 369
M. Laroche, résident général . 370
Révoltes. — Complot à Tananarive. — Rappel de M. Laroche. . . . . 371
Madagascar, colonie française. — Abolition de l’esclavage. r. . . 374
TABLE DES MATIÈRES 443
Pages.
Gouvernement du général Gallieni. — Mesures de rigueur. — Organisation. . . 374
Opérations militaires. — Pacification . 380
Les troupes indigènes. — Les troupes d’occupation - 383
La situation commerciale . 385
La situation financière. . . 3*6
La population. . . .* . 387
Chemins de fer. . . 387
Les successeurs du général Gallieni. — Régime civil.
— Dépendances de Madagascar . . . 388
La Grande Comore. — Le sultan Saïd-Ali . 389
L’ARMÉE DE 1894 à 1899.
Les ministres de la guerre . 391
Les gouverneurs militaires de Paris . 392
L’armée française en 1895 . 393
Les effectifs et les dépenses militaires en France et en
Allemagne. . 395
Dédoublement du 6‘ corps . 397
Rétablissement des 4” bataillons d’infanterie . 399
Artillerie et génie. — Organisation . 400.
Nouvelle artillerie de campagne . 403
Les camps d’instruction. . . 407
Loi de cumul, dite « loi Burdeau » . 409
Les bicyclistes militaires. . . 409
Création d’une médaille coloniale . 410
Le rajeunissement des cadre?. — Retraites d'office 410
Avancement des officiers des réserves . 411
Conseils d’enquête et conseils de discipline pour les rengagés. . . . . 412
Rengagements des sous-officiers . 412
Application de la loi Bérenger aux militaires . 414
Nouvelles militaires diverses . 414
LA MARINE DE 1871 à 1899.
La marine après 1870 . 449
Inventions de la torpille et du sous-marin . 419
Les théories de l’amiral Aube . 420
La marine en 1892. — Propositions de M. Brisson.... 4->l
Budget de la marine. — Propositions du ministre 423
L’artillerie de la marine . 426
Pages,
Les sous-marins. . 427
Lois et décrets d’organisation . 428
La marine française et les marines étrangères en 1897-
Conseil supérieur de la marine . 432
Ecole supérieure. — Ecole des hautes études . 433
Le port de Bizerte . 434
L’inscription maritime . 434