‹ Histoire de la Troisième République de 1899 à 1906Chapitre 9 sur 11 · ALLEMAGNE. FRANCE · texte numérisé non relu

ALLEMAGNE. FRANCE

Années.

Officiers.

Troupe.

Officiers.

Troupe.

Le Reichstag, élu au mois de juin 1898, vota le budget militaire quinquennal le 16 mars 1889 (1). L’effectif de paix, du 1er octobre 1899 au 31 mars 1904, devait être augmenté graduellement pour atteindre, à la fin de 1902, le chiffre de 495.500 ho limes. Ce quinquennat fut prorogé d’un an en 1904 et

(1) Depuis 1893, et conformément à la loi constitutionnelle de 1S71, l’effectif de paix de l’armce allemande était fixé par voie législative pour une période de cim; années. Ce système était bien supérieur au vote annuel pratiqué en France et évitait les discussions et les économies dangcreûses.

expira le 31 mars 1905. A partir du 1er avril 1905, la nouvelle loi stipula une autre augmentation de 10.339 hommes pour la période de 1905 à 1910.

Le service de deux ans, déjà appliqué dans le quinquennat précédent, fut maintenu. Il permettait, sans augmentation de dépenses, d’instruire un plus grand nombre d'hommes et préparait une masse beaucoup plus- considérable de combattants instruits pour la prochaine guerre.

Contrairement aux théories professées en France de mépris pour la « folie du nombre », le grand étatmajor allemand enseignait l'importance prédominante du nombre, doctrine du maréchal de Moltke qui n'avait jamais été abandonnée. C’est pour s’assurer cet avantage essentiel qu’il avait adopté le service de deux ans, lui permettant d’accroître la quantité des hommes dressés, aptes à être mobilisés, en vertu de ce principe « qu’on a plus de chances de vaincre avec une armée de 300.000 hommes n’ayant fait que deux ans de service qu’avec une armée de 200.000 hommes ayant servi trois ans ». Le service de deux ans avait été mis en essai par la loi du 1er octobre 1893, et la loi du quinquennat de 1905 l’admit définitivement pour toutes les armes, sauf pour la .cavalerie et l’artillerie à cheval.

En France, la loi des cadres disposait que les 163 régiments d'infanterie devaient être à quatre bataillons avec 125 hommes par compagnie, ce cjui nécessitait 345.799 hommes (1). Mais nos contingents trop

(1) Les troupes de couverture étaient à effectif renforcé; leurs compagnies d’infanterie avaient environ 140 hommes.

l’armée de 1S99 a 1906

faibles ne permettaient d’affecter à l’infanterie que 975.000 hommes environ. Il en résultait que 184 compagnies des quatrièmes bataillons restaient incomplètes dans les régiments qui avaient un quatrième bataillon. Ce qui fit proposer la réduction à trois bataillons des 145 régiments subdivisionnaires.

Suppression des quatrièmes bataillons d’infanterie.

Les cadres complémentaires.

La question des quatrièmes bataillons est un exemple typique de la versatilité de la direction : ils étaient sans cesse supprimés puis rétablis au gré d’inspirations contraires 9). La loi du 4 mars 1897 en avait prescrit la réorganisation qui ne put s’effectuer complètement, par suile de la faiblesse de la natalité et des contingents. En 1901, dans 3 régiments, le quatrième bataillon n’était pas formé; dans 1 1 régiments, il n’avait que trois compagnies; dans 22, il n’en avait que deux; dans 16, il était réduit à une seule compagnie. Par suite, 115 capitaines et 230 lieutenants restaient sans commandement.

La loi du 25 juillet 1887, qui avait créé, pour la première fois, un cadre actif en sus des besoins du temps de paix, appelé cadre complémentaire, avait été modifiée par la loi du 25 juillet 1893 qui avait ajouté un officier supérieur (lieutenant-colonel ou commandant) et quatre capitaines par régiment. 11 y eut ainsi 2.030 officiers sans emploi dans les 145 ré-

(1) Voir Présidence Carnot, paire 416, et Présidence Faure, page 399.

giments subdivisionnaires. La loi du 4 mars 1897 en utilisa 1.430 poup les quatrièmes bataillons reconstitués (1 commandant, 5 capitaines et 4 lieutenants par régiment) et créa 580 nouveaux lieutenants ou sous-lieutenants pour compléter les nouveaux cadres. Il resta 580 officiers non utilisés (1 lieutenantcolonel ou commandant et 3 capitaines par régiment). Pour les employer, on les détacha dans des commissions, dans des bureaux de recrutement, etc.

La loi des cadres de 1875 n’avait pas prévu des officiers détachés de la troupe; ceux qu’elle avait considéré indispensables avaient été placés hors cadres. Avec raison, des commissions parlementaires demandaient qu’on fixât définitivement le cadre de l'état-major particulier de l’infanterie et qu’on supprimât ces détachés.

Devant la difficulté de constituer les quatrièmes bataillons, on décida de nouveau leur suppression; 76 compagnies furent dissoutes en 1903. Il n'y avait plus que 44 bataillons complets et 22 demi-bataillons (à deux compagnies) en 1907, 41 bataillons en 1908, affectés : 39 aux places fortes de l’Est, 1 en Crète et 1 à Gafsa.

La réduction des effectifs par les permissions.

Pour réaliser des économies sur les journées de présence des troupes, la Chambre avait eu la malencontreuse idée d'imposer au ministère de la guerre un pourcentage de permissions. Pourtant la loi de recrutement du 15 juillet 1889 avait spécifié que le temps de service ne pourrait être amoindri par des

l’armée de 1899 a 190C

congés, sauf pour des raisons de santé. Ces congés existaient sous le nom de permissions données tantôt au nom des intérêts de la viticulture, tantôt au nom de l’agriculture et des professions qui s'y rattachent, tantôt enfin dans l’intérêt du- budget. C’était une réduction imposée de 8, 9 et même 10 p. 100 de l’effectif (9,25 p. 100 en 1898, 9 p. 100 en 1899, 8 p. 100 en 1902). En préconisant le service de deux ans, les orateurs des deux Chambres avaient affirmé que ce temps de service accompli intégralement, avec une instruction intensive, n’amoindrirait pas la valeur de l’armée formée avec le service de trois ans. Cependant, on ne tint aucun compte de ces promesses, et la réduction des effectifs continua avec 9 1/2 p. 100 de permissions en 1905, puis, les années suivantes, avec S, 7 1/2, 7 et au minimum 0 1/2 p. 100 (Rapport de M. Waddington au Sénat sur le budget de 1908). Les députés estimaient qu'il- était utile de donner cette satisfaction aux électeurs, de faire retremper les jeunes soldats dans la vie de famille.

Cet expédient causait le plus grand tort à l’instruction des troupes. Les programmes d’instruction étaient morcelés, hachés d'interruptions. Les gradés étaient obligés de reprendre incessamment les exercices et les théories déjà enseignés et se lassaient, se décourageaient. Ce système, qui empêchait la discipline militaire d'être inculquée aux soldats, a contribué, avec la propagande impunie ou trop mal réprimée, à l antimilitarisme qu’on a constaté pendant plusieurs années dans les corps de troupe et aux actes d’insubordination graves et fréquents qu’on a eu à déplorer pendant une longue période.

Les effectifs subirent encore des réductions, par suite des instructions du ministre de la guerre qui, empiétant sur les attributions des conseils de révision, en portant atteinte à leur indépendance, prescrivit d’ajourner et de réformer largement tous les conscrits ne présentant pas des conditions parfaites ■de résistance physique. Ces ordres amenèrent une forte diminution des contingents incorporés, déjà trop faibles.

Le vieillissement des cadres. — Les généraux.

La longue période de paix et les règles défectueuses d’avancement avaient amené un vieillissement des cadres particulièrement sensible dans les hauts grades. En 1900, les officiers stagnaient pendant sept ou huit ans dans le grade de lieutenant, pendant onze à dix-huit ans dans le grade de capitaine, ce qui, avec les deux années de sous-lieutenant, portait à vingt ou vingt-cinq ans le temps passé dans les grades subalternes où s’usaient leur enthousiasme, leur allant, leur esprit d’initiative. Ce trop long stage ne donnait plus que des officiers supérieurs affaiblis moralement et physiquement et des officiers généraux certes expérimentés, mais hors d’état de supporter les dures fatigues qui résultent des longues -et terribles épreuves des guerres modernes.

Les quarante généraux de brigade nommés en 1899 avaient : un, 50 ans; un, 51 ans; un, 52 ans; trois, 53 ans; quatre, 54 ans; trois, 55 ans; cinq, 56 •ans; cinq, 57 ans; dix, 58 ans; six, 59 ans, et un, '60 ans. Les vingt généraux de division nommés la

l’armée de 1899 a 1900

même année avaient : un, 54 ans, un, 55 ans; un, 58 ans; trois, 59 ans; cinq, 60 ans; six, 61 ans; trois, 62 ans.

La loi du 25 juillet 1893 avait fixé à 110 le nombre des généraux de division et à 220 celui des généraux de brigade.

Le ralentissement qui s’accentuait dans l'avancement, entraînait un vieillissement de plus en plus marqué dans les hauts grades comme le montre le tableau ci-dessous, donnant les âges des généraux

de division qui étaient en

activité de service

en 1895

et en 1900 :

Nombre

Nombre

Age.

en 1895.

en 1900.

54 ans .

On voit que,

en 1895,

sur 106 généraux

de divi-

sion, 32 avaient moins de 60 ans, 74 plus. En 1900,

sur 109 généraux de division, 17 seulement avaient moins de 60 ans, 92 plus. Un des plus grands inconvénients de cet état de choses, c’est que les plus hauts chefs de l’armée, réglant son organisation et ses destinées, occupaient si tard ces fonctions suprêmes

qu’ils ne faisaient que passer et que, par suite, la direction était fugitive, incertaine, Versatile.

L’avancement des officiers (').

La loi de 1832 avait fixé les règles générales de l’avancement, mais elle laissait le choix à la discrétion des ministres qui disposèrent de l’avenir des officiers à leur guise, suivant des conceptions différentes, aussi d'après des influences politiques. Commissions, conseils, comités, inspecteurs généraux, ministres eurent tour à tour la mission d'établir les listes de préférence, sans principe directeur et sans suite dans l’application. Les décrets, instructions et arrêtés différents qui se succédèrent donnent une idée de ce désarroi : juin 1876, juin 1877, août 1881, mars 1885, avril 1886, août 1887, deux décrets contradictoires en 1888, mars 1898, mars 1899, septembre 1899, octobre 1900, février 1901. A ce moment, essai de solution par les mathématiques au moyen des services mis en fractions. Il y eut aussi un retour au système ancien du choix par un conseil d’examen.

Nous allons résumer brièvement les systèmes divers prescrits à partir de 1899.

Le général de Galliffet fit signer un décret, en date du 29 septembre 1899, qui enleva à la commission supérieure de classement et au conseil supérieur de la guerre le choix des officiers à inscrire sur les tableaux d’avancement pour les grades de général de

(1) Voir page 227 et Présidence Carnot, page 455.

l’armée de 1899 a 1906

brigade, de général de division el pour les fonctions de commandant de corps d’armée. « Le gouvernement et le ministre de la guerre ne sont rien, dit-il dans son rapport. Les commissions supérieures de classement sont tout. C’est le renversement de toutes les règles de la logique et de la sagesse. » A la suite du décret de 1899, le ministre resta seul maître des choix pour les grades d'officiers généraux.

Le général André fit rendre un décret (du 9 octobre 1900) qui étendit ce système aux officiers de tous grades. Les commissions de classement n'établirent plus des tableaux d’avancement, mais seulement des listes de présentation, sans limitation de nombre, et le ministre y choisit seul les officiers à nommer dans l’armée. 11 n’y eut plus d'ordre de classement.

Le décret du 15 mars 1901 fixa les règles suivantes : établissement, chaque année, des tableaux au choix pour tous les grades. Les chefs de corps et de service établirent les listes par ancienneté de tous les officiers ayant les conditions d’ancienneté à qui ils donnèrent un numéro de préférence et mirent « ajourné » pour ceux qu'ils estimaient ne pas devoir être proposés. Les supérieurs hiérarchiques fusionnèrent les listes reçues en un état unique, dressé de la même manière. Les listes des commandants de corps d'armée, fusionnées par arme et par Service, furent centralisées par le ministre de la guerre qui, conformément au décret du 9 octobre 1900, arrêta en dernier ressort les inscriptions aux tableaux du choix.

Une instruction ministérielle, du 1er juillet 1901, fixa les détails d’application du décret de 1901, mais

54 i- HISTOIRE DE LA, TROISIÈME RÉPUBLIQUE

elle, fut bientôt modifiée et, en 1935, les dispositions suivantes étaient appliquées : chaque supérieur hiérarchique, placé au-dessus de l’échelon qui avait établi la première liste, réunissait ses subordonnés immédiats et examinait avec eux, les titres à l’avancement de leurs candidats respectifs; il, arrêtait en leur présence et leur faisait connaître ses numéros de préférence en ajoutant, à titre de renseignement, ceux qui avaient été déjà donnés par les divers chefs placés au-dessous de lui. Le ministre classait par ordre d'ancienneté les candidats proposés* pour les grades de capitaine et de commandant, par ordre de préférence pour les autres grades. Les tableaux étaient insérés au Journal oHiciel.

Le ministre avait aussi le droit de faire des inscriptions d’office. Mais ce droit, qui avait donné lieu à de nombreux abus et soulevé beaucoup de protestations, avait été réglementé par les décrets du 9 janvier et du 28 décembre 1900. Les inscriptions ne pouvaient plus concerner que les catégories suivantes :

1“ T. es officiers de la maison militaire du président de la République et ceux de l’état-major particulier du ministre;

2° Les commandants militaires des palais du Sénat et de la Chambre des députés;

3° Les officiers attachés aux ambassades et légations de la République française;

4° Les officiers de tous grades qui se sont signalés par des faits de guerre ou des missions importantes et plus généralement tous ceux qui, en raison de leur situation spéciale, n’ont pas été examinés par un inspecteur général.

Ges decrets et instructions, qui se succédaient à

l’armée de 1899 a 1900

de courts intervalles, étaient provoqués par les plaintes incessantes qui s’élevaient contre un favoritisme trop évident, et ils n’v remédiaient pas. Les officiers sans protection, surtout les officiers de troupe, étaient toujours sacrifiés. Le général Langlois avait adressé aux anciennes commissions des reproches justifiés <L), mais les pouvoirs trop étendus que s’arrogeaient les ministres depuis 1909, sans connaître et sans voir à l’œuvre les candidats, donnaient lieu à d'autres abus, surtout avec des ministres trop influencés par les partis politiques. M. Klotz le reconnaissait avec franchise dans son rapport sur le budget de 1905 : « Depuis les événements si douloureux de ces dernières années, on a pu se rendre un compte exact du mal que la politique a engendré dans nos corps d’officiers. Avant-hier, l'officier n avance pas, •parce qu’il ne va pas à la messe; hier, il subit le même sort parce cpi il y va. Avant-hier, certains forgent des faux et des notes de turpitude; hier, d autres fabriquent des fiches de délation et de diffamation. Plus de dossiers secrets, plus de notes secrètes! »

L’acloption du système allemand aurait remédié aux vices de cette organisation, et elle aurait été encore plus utile avec un gouvernement démocratique qu’avec une monarchie où l’empereur, intéressé à la valeur de son armée, mettait un frein aux ambitions et aux faveurs.

En Allemagne, l’avancement à tous les grades sans exception avait lieu exclusivement à 1 ancienneté et

(1) Revue bleue , 18 et 25 mars 1905.

Troisième République ( 1 899-1900).

il se trouvait facilité, accéléré par l'élimination, droit qu’exerçait continuellement le souverain de ne pas nommer au grade supérieur un officier que son tour d'ancienneté désignait. Il était de règle que l’officier ainsi évincé devait se retirer volontairement. On lui accordait d’ailleurs, s'il le désirait, un emploi de l’Etat. Les retraites étaient assez élevées pour permettre à l’officier éliminé de vivre honorablement. Ce système d’avancement à l’ancienneté était tempéré par les avantages faits aux officiers d’élite classés dans l'état-major; ils gagnaient deux à quatre ans sur leurs camarades, ce qui était nécessaire pour le recrutement des hauts grades.

S’inspirant du mode allemand, le général Langlois proposait l’avancement à l’ancienneté avec des mois de majorations d’ancienneté accordées chaque année aux officiers les plus méritants. De la sorte, on récompenserait immédiatement les services rendus et on acheminerait assez rapidement vers les grades élevés les officiers ayant prouvé des qualités militaires et des aptitudes au commandement. Conjointement fonctionnerait le système al'emand d’élimination qui est nécessaire, surtout pour les grades d’officiers supérieurs et pour lès grades d'officiers généraux.

Les officiers de réserve.

Le nombre des officiers de réserve, trop peu encouragés, diminuait constamment. Dans l’infanterie, où ils étaient un élément essentiel de la bonne constitution des cadres, on constatait, du 1er novembre 1894 au 1er novembre 1899, les déficits ci-après :

l’armée de 1899 a 1906

l°r novembre.

Nécessaires.

Existants.

Beaucoup d’officiers de réserve évitaient le service de troupe, qui les astreignait à plus d'assiduité et de fatigue, et se faisaient placer dans le service d’étatmajor et dans le service des chemins de fer et des étapes, dont les titulaires étaient rarement convoqués et pour quelques jours seulement.

En 1905, il y avait un déficit de 8.611 officiers de réserve, dont 6.416 pour l'infanterie, mais les emplois d’état-major, comme ceux des divers services, avaient, au contraire, comme par le passé, un excédent.

Un décret, du 28 janvier 1903, organisa le corps des interprètes militaires de la réserve et de la territoriale.

Le recrutement de l’armée (loi du 21 mars 1905) (').

La loi sur le service de deux ans, promulguée le 21 mars 1905, fut appliquée à partir du 21 mars 1906, mais la classe incorporée en octobre 1905 bénéficia de cette réduction de service.

Pour la première fois, cette loi recrute l’armée d’après la conception du service militaire, devoir national, personnel et égal pour tous. Hors le cas d’in-

(1) Voir Présidence Carnot, page 440.

capacité physique, elle 11e comporte aucune dispense. Elle exclut de l’honneur de servir ceux qui ont subi certaines condamnations de droit commun.

Le service, comptant du 1er octobre, est de vingtcinq ans, dont deux dans l'active, onze dans la réserve de l’active, six dans la territoriale, six dans la réserve de la territoriale. Nul n’est admis dans une administration de l’Etat ou ne peut être investi de fonctions publiques, même électives, s’il ne justifie avoir satisfait aux obligations militaires. Le vole est interdit aux militaires de l’active. En temps de paix, des sursis d’incorporation peuvent être accordés jusqu’à l’âge de 25 ans pour situation de soutien de famille, pour fins d’études, pour apprentissage, pour besoins d’une exploitation agricole, industrielle ou commerciale.

La loi maintient les deux périodes de vingt-huit jours pour la réserve et la période de treize jours pour la territoriale, avec dispense des deux premières pour les pères de 4 enfants, et, en plus, de la dernière pour les pères de 6 enfants W.

Elle accorde des avantages aux engagés, rengagés et commissionnés (primes, hautes payes, pensions proportionnelles ou de retraite, emplois réservés). Elle prévoit des mesures pour obtenir des officiers de réserve. Elle assure le recrutement des troupes coloniales. Elle s’applique à l’Algérie et à la Tu-

(1) Le Parlement commit plus tard la faute d’affaiblir la valeur des réserves en réduisant la durée des périodes d’instruction. La réserve ne fut plus assujettie qu’à une période de vinq-t-trois jours et à une seconde de dix-sept jours; la territoriale n’eut plus qu’une période de neuf jours (loi du H avril 1908).

l’armée de 1899 a 1906

nisie, ainsi qu’aux colonies de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Guyane et de la Réunion.

Après avoir brièvement résumé les principales dispositions de cette loi, on ne peut se dispenser d’en exposer les défauts et les avantages. Les débats, qui durèrent sept années, montrèrent que les législateurs, pour la plupart, surtout à la Chambre, étaient plus préoccupés des intérêts électoraux que des intérêts de l’armée. Constamment ils invoquaient les désirs du pays, la nécessité de diminuer le fardeau du service, l’utilité d’aboutir avant les élections, etc. On demanda même la suppression — à défaut la réduction - — des périodes d’instruction tandis qu’une diminution du service actif devait logiquement être compensée par une augmentation du nombre des périodes. 11 ne pouvait résulter de cet état d'esprit qu’une loi plus politique que militaire. Et, de fait, elle ne prévit aucune des mesures préparatoires, d’expérimentation, d’étude, qui avaient été si soigneusement édictées en Allemagne. 11 aurait fallu d’abord constituer des cadres solides, donner aux troupes plus d’officiers et surtout plus de sous-officiers rengagés, aidés par un noyau important de caporaux et de soldats rengagés. Le nombre admis était insuffisant et ne put même pas être atteint, parce qu’on n’avait pas consenti des avantages suffisants. 11 était cependant essentiel, avec des troupes de service réduit, plus inexpérimentées et moins disciplinées, d’avoir des cadres solides et très instruits.

Le grand nombre de rengagés était d’autant plus nécessaire que l’armée était réduite d une classe et n'avait plus, à certains moments, du 15 octobre au

15 mars de chaque année, qu'une classe de soldais instruits à opposer à une attaque brusquée de l'Allemagne. Après le 15 mars, il n’y avait encore qu'une classe bien dressée; la seconde était seulement dégrossie. Avec les faibles contingents recrutés, qui étaient encore en décroissance, le péril était donc grand en face d'un ennemi résolu à profiter de sa supériorité à l'heure choisie par lui. L'avis des autorités militaires aurait dû être demandé. Mais on s’en garda bien, parce qu'on pensait qu’elles présenteraient de nombreuses et fortes objections.

La loi nouvelle était équitable parce qu’elle faisait payer par tous la dette patriotique, la dette sacrée, mais il fallait, pour qu’elle n’amoindrît pas la valeur de l'armée, obtenir de très nombreux engagements et rengagements compensant la disparition d’une classe et assurant la solidité des armes à cheval.

Après l’application de la loi de 1905, on put constater que les engagements volontaires — sur lesquels on comptait — - n’étaient pas plus nombreux. Il y eut 14.965 engagements de trois, quatre et cinq ans du Pr novembre 1906 au 1er novembre 1907. Une faible minorité se laissa influencer par les avantages accordés au service de quatre et de cinq ans. « Pour retrouver la situation de 1889, disait M. Waddington, rapporteur du budget de 1908 au Sénat, il faudrait une augmentation d’un quart dans les engagements. »

Pour les sous-officiers rengagés, on en était réduit à se féliciter d’en avoir 26."261 en 1905, 28.755 en 1906, 30.305 en 1907, tandis que les Allemands en comptaient 82.500 et atteignirent bientôt le chiffre de 86.000.

l’armée de 1899 a 1906

Au 1er octobre 1905, il y avait seulement 3.281 caporaux commissionnés ou rengagés, et, un an après, il n’y en avait que 87 de plus. La loi du 21 mars 1905, modifiée par les lois du 16 juillet et du 10 juillet 1907, en prévoyait 11.000.

Pour les soldats, la loi de 1905 n'accordait que 8 p. 100 de rengagements pour les troupes à pied et 15 p. 100 pour la cavalerie et les batteries montées, ce qui représentait 29.000 rengagés pour les troupes à pied et 13.000 pour les troupes à cheval. Le résultat fut désastreux, malgré les améliorations de la loi du 10 juillet 1907 : 1.894 soldats rengagés ou commissionnés au 1er octobre 1905, 1.995 au 1er octobre 1906, 2.655 au 1er novembre 1907.

La plupart des rengagés de tout grade étaient des employés; il y en avait peu servant dans le rang. Cette expérience aurait dû précéder l'adoption du service de deux ans. Le Parlement aurait alors compris qu'il fallait accorder des avantages plus sérieux que ceux offerts. Et il n'aurait pas créé une situation dangereuse en laissant la France avec une armée très affaiblie au moment d'une menace de guerre.

Si l'on avait pris des précautions, la nouvelle loi aurait présenté de réels avantages moraux et matériels.

La loi de 1889 avait contribué à l’esprit antimilitariste en favorisant les jeunes gens des familles riches pour qui elle avait créé un privilège exorbitant. Elle avait, sous prétexte de recrutement des carrières libérales, rétabli l’institution décriée du volontariat de la loi de 1872 en l'accordant plus largement, sans garanties, et en exonérant ces favorisés du paiement

des 1.500 francs. La plupart de ces dispensés avaient eu une action mauvaise sur la troupe par leur dédain du service imposé qu'ils considéraient comme une corvée. La loi de 1905 réhabilita le métier militaire. Elle excita les « intellectuels » à un effort pour conquérir des grades, d'où une noble émulation dans les rangs. Les cadres se recrutèrent plus facilement et devinrent meilleurs, d’où une discipline plus intelligente, mieux acceptée. On obtint des officiers de réserve mieux instruits et d’esprit plus militaire.

Si l’on allait au fond des choses, la loi de 1905 n’entraînait pas une diminution de service, comme on le croyait généralement, car des calculs exacts faisaient ressortir une moyenne de temps de service supérieure. Dans l’infanterie, sous le régime de la loi de 1889, il y avait 55 à 60 p. 100 de dispensés faisant à peine dix mois de service actif, même moins si l’on comptait leurs trop nombreuses permissions.

Du service de deux ans, égal pour tous, résultaient un esprit plus discipliné, plus de cohésion, des réserves mieux instruites, par de meilleurs cadres, et plus homogènes. Et la victoire, dans les guerres modernes, ne favorise pas seulement les gros bataillons, elle récompense surtout ceux qui, à effectif égal, ont reçu la meilleure instruction, sont animés du meilleur moral, ont le plus grand esprit de sacrifice et le plus vif sentiment du devoir patriotique.

L’armée coloniale (loi du 7 juillet 1900).

Le Parlement discuta encore une fois, pendant lé premier semestre de 1900, la question de l’armée co-

l’armée de 1899 a 1906

loniale et son rattachement à un des trois ministères qui la réclamaient : marine, guerre, colonies (1). Enfin la loi du 7 juillet 1900 la fit passer de la marine à la guerre et son organisation fut arrêtée en détail par plusieurs décrets datés tdu 28 décembre

La légion étrangère, les bataillons d’infanterie légère d’Afrique et les régiments de tirailleurs algériens purent être désormais employés au service colonial en dehors de l’Algérie et de la Tunisie. Les troupes coloniales, tout en conservant leur aulonomiè, devaient coopérer à la défense de la métropole.

Le budget de ces troupes comprit deux parties : l'une pour les formations stationnées en France, en Algérie et en Tunisie, dépenses imputées au budget de la guerre; l’autre dépendant du ministère des colonies et comprenant les unités stationnées dans les colonies ou pays de protectorat.

Les officiers étaient recrutés et nommés comme ceux de 1 armée métropolitaine, en passant par les mêmes écoles. Le recrutement de la troupe se faisait aussi comme pour cette armée, mais en incorporant en outre des contingents des colonies et les hommes du contingent annuel qui consentaient à servir dans nos possessions. Les troupes envoyées aux colonies ne pouvaient comprendre que des hommes de 21 ans au moins et ayant six mois de service.

L’infanterie s’appela infanterie coloniale (au lieu d'infanterie de marine ) et s’augmenta de trois régiments. Elle comprit, en France, douze régiments à

(1) Voir Présidence Carnot, page 449.

6ü4 HISTOIRE DE LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE

trois bataillons (de quatre compagnies chacun) avec état-major, petit état-major et section hors rang, de même composition et de même effectif que les régiments métropolitains. De plus, chaque régiment eut un cadre complémentaire pour constituer des régiments et des bataillons coloniaux. Il y eut encore, pour l’ensemble des régiments, un autre cadre dit à la suite (303 officiers et 616 sous-officiers et caporaux), pour assurer le recrutement des divers services coloniaux.

Ces douze régiments formèrent trois divisions. Pour la mobilisation, un corps d’armée fut organisé, en utilisant tous les éléments stationnés en France.

La marine passa à la guerre tous les bâtiments et bureaux affectés aux troupes coloniales, et la loi put être appliquée à partir du 7 juillet 1901.

La loi du 7 juillet 1900, indépendamment des troupes qui viennent d’être mentionnées, conserva des formations créées avant sa promulgation, savoir plusieurs régiments (à trois ou quatre bataillons de quatre compagnies) et des bataillons formés avec des éléments tirés des cadres supplémentaires d’officiers et des dépôts. Trois de ces régiments étaient en Indo-Chine, deux à Madagascar et un (de deux bataillons) dans l 'Afrique occidentale. Il existait encore un bataillon (de quatre compagnies) à la Nouvelle- Calédonie, un à la Martinique, un à la Guyane (de deux compagnies), une compagnie à la Guadeloupe et une autre compagnie à Tahiti.

Les régiments étaient ainsi répartis : 1er à Cherbourg, 2° à Brest, 3e à Rochefort, 4° à Toulon, 5e à Cherbourg, 6e à Brest, 7e à Rochefort, 80 à Toulon,

l’armée de 1899 a 1906

9P en Indo-Chine, 10e en Annam, 11e en Cochinchine,. 12* en Nouvelle-Calédonie, 13e à Madagascar, 14e en Afrique occidentale, 15e à Diégo-Suarez, 16e, 17e et 18e en Chine; les 19e et 20e n'étaient pas constitués; les 21e et 22e étaient les anciens 2e et 4e des garnisons de Brest et de Toulon, dont la dénomination était changée.

Le corps d’infanterie coloniale indigène conserva son organisation. Il comprenait : en Cochinchine, un régiment de tirailleurs annamites à trois bataillons; en Indo-Chine, quatre régiments à trois bataillons de tirailleurs tonkinois; trois régiments à trois bataillons de tirailleurs sénégalais, stationnés un au Sénégal, un au Soudan, un à Madagascar.

Deux régiments de tirailleurs malgaches se trouvaient à Madagascar.

Il y avait un bataillon de tirailleurs sénégalais dans chacune des colonies suivantes Cliari, Côte d Ivoire, Zinder, Diégo-Suarez.

L artillerie coloniale comprit : 1° trois régiments à douze batteries, dont six à pied, quatre montées, deux de montagne; 2° un dépôt d’isolés; 3° cinq compagnies d’ouvriers d'artillerie; 4° une compagnie d artificiers d’artillerie. Ces forces étaient réparties dans nos diverses colonies; Les cinq compagnies d’ouvriers et la compagnie d’artificiers restaient au ministère de la marine, mais fournissaient le personnel pour les directions d'artillerie aux colonies.

Des unités de campagne, dont la mobilisation était prévue dans les trois régiments, devaient constituer l’artillerie du corps d’armée des troupes coloniales.

Le personnel nécessaire à la fabrication et à l'en-

(retien du matériel de la flotte était fourni par l'artillerie coloniale et détaché au ministère de la marine.

Il était encore prévu :

Une section de secrétaires d’état-major fournissant les employés des états-majors particuliers en France et aux colonies;

Une section de télégraphistes des colonies ayant sa portion centrale en France;

Une section de secrétaires et ouvriers d’administration à la disposition du service du commissariat;

Une section d’infirmiers coloniaux;

Un dépôt des isolés, en France.

Les services du commissariat avaient les mêmes fonctions que l'intendance dans l’armée métropolitaine. Le service de santé et la gendarmerie conservaient leur ancienne organisation.

Le décret du 28 décembre 1900 créa, en exécution de la loi, deux régiments d’infanterie coloniale qui furent installés à Paris. Brest perdit un régiment qui fut envoyé à Perpignan; il resta donc neuf régiments dans les cinq ports militaires.

Au moment de la promulgation de la loi du 7 juillet 1900, il y avait vingt-deux bataillons et vingt-neuf batteries aux colonies, trente-quatre bataillons et vingt-huit batteries en France. En 1907, on comptait dix-sept bataillons et quarante-deux batteries (plus quatre compagnies d’ouvriers) aux colonies, trentesix bataillons et trente-deux batteries en France. La Chambre vota, pour 1908, des réductions qui ne laissaient que douze bataillons et trente-trois batteries aux colonies. On devait conserver en 'France trentesix bataillons et trente-deux batteries.

l’armée de 1899 a 1906

Sur 250.190 appelés, incorporés au mois d’octobre 1907, 79i seulement furent versés à l’armée coloniale. La loi du 30 juillet 1S93 prescrivait qu’aucun homme du contingent ne serait astreint au service des colonies sans son consentement.

Le commandement du corps d’armée form,é à lamobilisation générale fut confié à un officier général des troupes coloniales (décret du 19 septembre 1903, modifié par les décrets du 12 juillet 1905 et du 29 mai 1906).

Endivisionnement de l’artillerie (')•

On demandait depuis longtemps que les généraux commandant les divisions d’infanterie eussent sous leurs ordres les batteries d’artillerie qui devaient leur être affectées en temps de guerre. Mais l’artillerie, jalouse de son autonomie, s'y était toujours opposée. Son indépendance avait cependant de grands inconvénients qu’on constatait aux grandes manœuvres où les groupes de batteries opéraient souvent seuls, sans liaison avec les autres armes.

Le décret du 31 mai 1901 réalisa cette réforme, en mettant immédiatement l’artillerie de chaque division d’infanterie sous les ordres du général commandant la division et en casernant, autant que possible, celle artillerie au centre de la région occupée par l'infanterie à laquelle elle était attachée.

L’artillerie de corps resta sous les ordres directs du commandant de corps d’arméef.

(1) Voir Présidence Faure, page 100.

L’instruction du G juillet 1901, établie pour l’exécution du décret du 31 mai, n’en respecta pas le principe, car elle prescrivit que les douze batteries du régiment — désormais séparées par moitié, sous les ordres de généraux de division différents, — resteraient administrées par le colonel. Or, six batteries devaient être commandées par le colonel et six autres par le lieutenant-colonel. Cette instruction régla aussi mal le dressage des batteries, car elle n'organisa* pas des manœuvres de l’artillerie de corps avec l'infanterie, comme pour l'artillerie divisionnaire. L’artillerie de corps avait pourtant le même armement que cette dernière; elle devait donc recevoir la même instruction tactique, son rôle étant de combattre en liaison avec l’infanterie.

Génie. — Bataillon d’aérostiers.

La loi du 9 décembre 1900 créa deux compagnies de sapeurs-mineurs et une compagnie de sapeurs de chemins de fer. Les compagnies du génie stationnées en Algérie et en Tunisie furent groupées en un bataillon distinct des deux déjà créés.

Les compagnies des sapeurs-mineurs affectées au service de l’aérostafion furent réunies en un bataillon qui prit le litre de bataillon des aérostiers.

Organisation de la télégraphie militaire (loi du 24 juillet 1900).

La télégraphie électrique, découverte en 1832, ne fut utilisée dans l’armée qu’à partir de 1857. Jus-

l’armée de 1899 a 1900

qu’en 1868, le fil électrique fut employé presque exclusivement à relier les services de l'armée aux lignes existantes. En 1888, la première section de télégraphie militaire fut créée et une compagnie du génie reçut un matériel spécial de 26 voilures. Celte compagnie fut prise à Metz pendant la guerre francoallemande. Jusqu’en 1900, les sections militaires furent uniquement constituées avec le personnel des postes et télégraphes. La télégraphie ne servait qu à relier les services de l’armée aux quartiers généraux.

La loi du 24 juillet 1900 organisa la télégraphie militaire qui dut comprendre, en temps de guerre, dés troupes actives et des sections techniques. En outre, le personnel civil des postes et télégraphes, dans la zone des opérations, se trouva placé sous les ordres directs du commandant en chef de chaque groupe d’armées ou de chaque armée opérant isolément. Le ministre de la guerre fut chargé d’assurer, avec ses ressources, le service télégraphique de première ligne et celui des forts, des places fortes et des établissements militaires, au moyen des troupes actives qui comprirent des compagnies ucli\es et des détachements de diverses armes. Le ministre de la guerre assura le service de deuxième ligne au moyen de sections techniques composées exclusivement de fonctionnaires, agents ou sous-agents des P. 1 . 1 ■ volontaires ou mobilisés.

La loi créa un bataillon de télégraphistes qui constitua l'école permanente de télégraphie militaire et qui fut rattaché au 5e régiment du génie. Par la suite, la télégraphie militaire comprit : 1° la télégraphie légère, 2° la télégraphie de première ligne, 3° les services de l’arrière.

La télégraphie légère relia les grandes unités de cavalerie aux quartiers généraux. A cet effet, chaque régiment de cavalerie eut un atelier de cinq hommes instruits à l’école de Saumur cl dans une des quatre écoles de télégraphie légère (placées à Versailles, Lunéville, Lyon et Limoges).

La télégraphie de première ligne relia les quarliers généraux et les services de chaque armée au moyen d’une compagnie détachée du bataillon de sapeurs-télégraphistes et comprenant 11 officiers, 400 hommes, 200 chevaux, 50 voitures, 30 bicyclettes.

Les services de l’arrière furent reliés par les sections techniques des P. T. T.

Suppression des cipayes de l’Inde.

Sur la demande de la commission du budget de la Chambre, les derniers cipayes furent supprimés, à partir du 1er juin 1898, pour réaliser une misérable économie, malgré leur histoire glorieuse. C’est le grand Dupleix qui, le premier, se servit d’une troupe de soldats hindous appelés cipahis ou cipayes, de sipahi, qui signifie « homme de guerre ». C’est avec eux qu’il soutint la défense de Pondichéry et fit la conquête du Dekhan. Après le traité de Paris, on réduisit leur nombre, mais l’ordonnance du 12 novembre 1773 en forma un bataillon de onze compagnies. Quand la guerre recommença, en 1778, les cipayes constituèrent cinq bataillons de dix compagnies. Le bailli de Suffren en fit l'éloge. Après la paix de 1783, il n’y eut plus qu’un bataillon de 600 hommes^ qui disparut lorsque les Anglais s’emparè-

l’armée de 1899 a 1900

rent de nos comptoirs. Les cipayes reparurent quand' les hostilités reprirent et ils soutinrent avec la même bravoure le cinquième siège de Pondichéry.

En 1817, il n’y eut plus que quatre compagnies de cipayes, deux à partir de 1807 (décrets du 19 mai 1807 et du 27 mars 1880). Une seule compagnie restait, que supprima le décret du 17 mars 1897.

Le service géographique à l’exposition universelle.

Les cartes d’état-major.

L exposition universelle de 1900 permit d apprécier les beaux travaux du Service géographique de l’armée, trop peu connus du public. La France était à ce moment la mieux dotée de cartes exactes et claires.

Pendant les guerres de la Révolution et de l’Empire, on ne possédait que la carte de France de Cassini. commencée vers 1/33. .Napoléon; qui la jugeait avec raison insuffisante en raison des progrès de la cartographie, ordonna, en 1808, d’en établir une plus complète et plus précise. Mais ce n’est qu’à partir de 1818 que commença le grand et admirable travail de notre carte d’état-major. Les levés topographiques de base ne se terminèrent qu’en 1806 et le dessin ne s’acheva qu’en 1878 pour le continent, en 1882 pour la Corse.

Celte carte superbe au 80.000° fut présentée tout entière à l’Exposition universelle de 1900. Elle mesurait 13 mètres de large sur 12 de hauteur et se composait de 204 feuilles.

Elle a été constamment tenue à jour au moyen de rectifications opérées sur le terrain par des officiers

Troisième République (1S9!) 1900). 3(i

de troupe choisis en raison de leurs aptitudes. En outre, un personnel spécial du Service géographique de l'armée forme la brigade topographique qui, avec l'aide des officiers des garnisons, établit des levés au 20.000e des environs de toutes les places. Le plan directeur de chaque place, strictement confidentiel, contient tous les détails intéressant la défense.

Le Service géographique a encore édité des caries de toutes nos possessions coloniales, des Balkans et de nombreux pays étrangers, une carte de France au 320.000e en noir, trois autres cartes en couleurs (au 500.000e, au 200.000e et au 50.000°), une carte du département de la Seine au 40.000e, deux cartes en couleurs de l'Algérie (au 50.000e et au 200.000e).

Le ministère de l’intérieur s’est servi de la carte au 80.000e pour en établir une en couleurs au 100.000°, bien tenue au courant par le service vicinal.

L’empire allemand n’a eu longtemps que les cartes obscures de ses différents Etats et n’a commencé' qu’en 1878 une carte d’ensemble au 100.000e qui est loin de valoir notre carte d’état-major. L’Autriche, en 1900, terminait sa carte au 75.000°. L’Italie en avait une au 100.000e, la Belgique au 20.000e. Celle de la Suisse, au 100.000e et au 25.000e, due au général Dufour, était une des meilleures, remarquable par sa netteté. L’Angleterre avait une carte au 63.600e, et la Russie n’avait pas terminé la sienne, au 126.000e, commencée en 1820.

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Cyclistes militaires (').

Après divers essais, une décision ministérielle, du 18 mars 1903, organisa en compagnie cycliste la 6e compagnie de chacun des bataillons de chasseurs ci-après : 2e et 4e (20e corps), 9e, 18e et 25° (6e corps). L’effectif fut fixé à 120 hommes de troupe (175 à la mobilisation) et 4 officiers. On leur donna la bicyclette pliante, système Gérard perfectionné, qui fut aussi attribuée aux estafettes (deux par régiment d'infanterie, cinq à la mobilisation), en remplacement de la machine lourde et peu maniable construite par l’artillerie.

Le mariage des militaires.

D’après une décision du maréchal Soult, en date du 17 décembre 1843, les officiers ne pouvaient obtenir l’autorisation de se marier que si la future avait en dot un capital représentant un revenu de 1.200 francs au moins. A partir de 1875, on n’admit plus les valeurs au porteur. Puis, à la suite d’une décision du 26 juin 1888, les officiers ayant un traitement de 5.000 francs purent se marier sans justification d’apport.

Les sous-officiers rengagés ou commissionnés étaient soumis aux mêmes obligations, mais la dot exigée était de 5.000 francs en terres ou valeurs, ou une pension annuelle de 250 francs, non viagère

(1) Voir le volume précédent, page 409.

(circulaires des 23 août, 6 septembre et 5 novembre 18S8).

Le général André, par une circulaire du 1er octo bre 1900, supprima l’obligation de l’apport dotal pour les officiers. Les généraux commandant les corps d'armée furent chargés d’accorder les autorisations de mariage.

Une autre circulaire, du 7 novembre 1900, régla le mariage des hommes de troupe et supprima l'apport dotal pour les sous-officiers rengagés. Mais elle stipula que les conseils d’administration, qui devaient recevoir les demandes d'autorisation de mariage des hommes de troupe comme par le passé, s’assureraient que la future avait des ressources suffisantes pour ne pas être à la charge du militaire.

Les mêmes dispositions furent appliquées par la marine (circulaires des Ur et 9 octobre, 7 et 22 no vembre 1900, 10 janvier 1901).

Mesures diverses concernant l’armée.

Le général Farre, ministre de la guerre, avait autorisé les officiers à revêtir des vêtements bourgeois en dehors des établissements militaires. Le général de Galliffet rendit obligatoire le port de l’unifjorme même en dehors du service, excepté à Paris (13 octobre 1899). Le général André autorisa de nouveau la tenue bourgeoise et étendit même cette faveur aux sous-officiers rengagés.

La loi du 9 février 1899 donna un 5e "bataillon aux régiments de zouaves; il fut stationné en France pour la mobilisation des réservistes zouaves de la métro-

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pôle. Les bataillons créés furent placés à Lyon et à Paris comme les quatre compagnies de dépôt. Ces bataillons devaient être relevés au bout de deux ans par d’autres venant d’Afrique.

Un décret, du 26 septembre 1900, réorganisa l'école de Saint-Cyr. Il n’y eut plus, la première année, la séparation des cavaliers et des fantassins. Les élèves cavaliers ne passaient que la seconde année dans la section de cavalerie.. Tous les élèves devaient participer aux grandes manœuvres annuelles. Le ministre avait désormais le droit de choisir à son gré les professeurs et instructeurs sans être astreint, comme autrefois, à les prendre parmi les officiers proposés par les inspecteurs généraux ou par les comités de l’artillerie et du génie.

Le général Brugère, nommé vice-président du conseil supérieur de la guerre en remplacement du général Jamont, démissionnaire, céda ses fonctions de gouverneur militaire de Paris au général Florentin, commandant la place de Paris (décret du 27 juillet 1900).

La loi de finances de 1901 releva les soldes des capitaines qui étaient alors ainsi fixées : avant cinq ans de grade, 3.060 francs; après cinq ans, 3.420; après huit ans, 3.780; après douze ans, 4.140. Le tarif, à partir du 1er juillet 1901, fut le suivant : avant cinq ans, 3.500; à cinq ans, 4.000; à huit ans, 4.500; après douze ans, 5.000.

La loi du 19 juillet 1901 autorisa, en temps de paix, l’admission des circonstances atténuantes en faveur des inculpés des crimes et des délits prévus par le code de justice militaire.

Une loi conféra le grade d’officier aux chefs de musique qui jusqu’alors étaient seulement assimilés.

Une décision ministérielle, du 7 avril 1901, supprima les châtiments corporels dans des compagnies de discipline et les pénitenciers militaires.

A la fin de 1901, on commença à doter chaque bataillon dé chasseurs de deux mitrailleuses Hotchkiss, du calibre du fusil 1886, tirant la même cartouche et portées à dos de mulet.

Le général André interdit la vente des alcools dans les cantines et supprima la distribution des rations d’eau-de-vie par l’administration militaire. En échange, le Parlement vota un crédit de 370.000 francs pour augmenter le nombre des rations de vin ou de bière (1901).

Le décret du 27 février 1901 supprima les inspections générales cpii n’avaient plus de raison d’être depuis l’organisation de l’armée adoptée en 18/3.

Depuis sa création, en 1876, l’Ecole supérieure de guerre avait eu pour commandants les généraux Gandel, Lewal, Savin de Larclause, Allan, Schneegans, Lebelin de Dionne, Lamiraux, Renouard, Langlois et Bonnal. Ce dernier fut remplacé par le général de Lacroix (décret du 19. juin 1902).

En 1903, une loi permit de nommer caporaux après quatre mois de service (au lieu de six) les soldats ayant acquis avant leur incorporation « la pratique d’exercices facilitant l’instruction militaire et déterminés par un règlement ».

Le général André, ministre, fit signer un décret, daté du 18 juin 1904, qui accorda aux adjudants les plus méritants, ayant dix ans de service, le grade

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de sous-lieutenant sans passer par une école militaire, jusqu’à concurrence d’un dixième des vacances annuelles

Le même ministre ordonna que les soldats seraient laissés libres le dimanche depuis le réveil jusqu’à l’appel du soir (circulaire du 9 février 1904).

Il interdit, aux officiers de fréquenter les cercles confessionnels (circulaire du 10 février 1904).

Il laïcisa les hôpitaux militaires malgré l'avis contraire du service de santé. (15 mars 1904).

Le général Jeannerod, commandant le 1er corps d'armée, fut placé en disponibilité pour avoir, par lettre, remercié des services qu elles avaient rendus les sœurs de charité renvoyées de Lille (1 mai 1904).

Une loi du 7 avril 1905 accorda des retraites anticipées aux officiers ayant vingt-cinq ans de service, mais elle stipula que ces officiers ne seraient remplacés dans leur ^gracie que le jour où ils auraient achevé leur trentième année de service s’ils étaient restés en activité. Cette économie aggrava la lenteur de l’avancement.

La loi du 11 juillet 1903, pour réaliser des économies, réduisit le taux des retraites des tirailleurs algériens à la moitié de celui de la loi du 15 juillet 1889 et, fait encore plus regrettable, eut un effet rétroactif pour le temps de service accompli antérieurement par les indigènes qui avaient moins de quinze ans de service et qui se trouvèrent frustrés de la pension promise. La retraite était accordée au bout de douze ans, au lieu de quinze. Les retraités étaient mis pendant dix ans à la disposition du mi-

nistre. Celle loi produisit un effet déplorable parmi les indigènes qui servaient la France avec dévouement.

Un décret du 5 décembre 1899 modifia les décrets du 10 et du 28 mai 1896, du 12 janvier 1897, et réglementa les couleurs des rubans des décorations coloniales, devenues décorations françaises depuis le décret du 10 mars 1896. Les ordres visé? étaient : 1° du Cambodge; 2° du Dragon de l’Annam; 3° du •Yicham-el-Anouar; 4° de l'Etoile noire; 5° de l'Etoile d’Anjouan.

Administration centrale. — Services du ministère.

Conseil supérieur. — Comité technique.

Deux décrets, publiés au Journal officiel, du 2 février 1902, réorganisèrent le personnel de l'administration centrale et les services du ministère de la marine. Ils placèrent sous l’autorité directe du ministre tous les services de la flotte armée et de la flotte en construction, laissant à l’état-major général les services ayant trait à la préparation de la guerre navale. Le chef d’état-major général devait conserver un contact incessant avec tous les services concernant le personnel et le matériel. Il faisait partie, avec voix délibérative, de tous les comités et commissions. Il dirigeait les diverses sections de l’état-major général. Un contrôle technique serait exercé sur les directions des constructions navales et de l’artillerie par les inspecteurs de ces services.

Par deux décrets et deux décisions ministérielles, parus le 25 avril 1905, M. Thomson, ministre, réorganisa le conseil supérieur de la marine et le comité technique. Pour obtenir plus de coordination, il fusionna dans un comité unique le conseil des travaux, la commission du règlement d’armement et le comité des sous-marins (créé en 1904).

La composition du conseil supérieur de la marine

avait, été modifiée, le 14 août 1900, par M. de Lanessan qui avait réduit à trois le nombre des mem bres, choisis parmi les vice-amiraux ayant commandé à la mer ou ayant exercé les fonctions de préfet maritime ou de chef d'état-major général O). Il voulait ainsi assurer la permanence du conseil. M. Thomson y fît, au contraire, entrer un grand nombre d’officiers généraux. Les cinq préfets maritimes et les commandants en chef de l’escadre du Nord et de l’escadre de la Méditerranée en firent partie, avec deux vice-amiraux et deux contre-amiraux résidant à Paris et avec le chef d’état-major général. Il y eut donc douze membres, non compris le ministre président.

Par suite, la permanence cherchée précédemment n’existait plus et les réunions ne pouvaient être fréquentes. Pour remédier à ces inconvénients, un comité technique permanent fut composé de trois membres du conseil supérieur : un vice-amiral président et deux contre-amiraux. Cette section prépara toutes les questions à soumettre au conseil et donna son avis sur les affaires n’entrant pas dans les attributions de ce dernier.

Le conseil supérieur était spécialement chargé de l’étude des questions suivantes :

T La constitution et l’utilisation des forces navales dans le présent et dans l'avenir;

2° Le programme des bâtiments de tous rangs à mettre en chantier;

3° L'organisation générale de la défense des côtes en ce qui concerne la marine;

(1) Voir Présidence Faure, page 432.

4° Le programme de construction et d’extension des points d’appui et des arsenaux métropolitains et coloniaux;

5° Les procédés de recrutement, d’instruction et d’entrainement des équipages et la préparation à la guerre.

Malgré les arguments plus ou moins plausibles qu’on donnait pour ces réorganisations constantes, il était évident qu’elles étaient trop fréquentes et trop contradictoires. Elles témoignaient d’une direction changeante et d’un manque d’unité de doctrine comme on le constatait pour l’armée de terre, pour toutes les affaires publiques en général.

Ecole supérieure de la marine.

Un décret du 5 décembre 1899 réorganisa l’Ecole supérieure créée par décret du 27 décembre 1895 (1), qui avait été d’abord installée à bord de croiseurs constituant une division navale indépendante. Déjà, l’organisation et les conditions d’admission avaient été modifiées en 1896 et en 1898. En dernier lieu, l’école avait été réglementée par les décrets du 28 juillet et du 7 décembre 1898. Les élèves n’étaient admis qu’à la suite d’un examen, ce qui éloignait beaucoup d'officiers. M. de Lanessan, ministre de la marine, dit dans son rapport : « Un sentiment d’amour-propre que l'on conçoit empêche un grand nombre de lieutenants de vaisseau de compromettre par un échec dans un concours une notoriété légitimement acquise. »

Le décret de 1899 supprima ce concours et admit.

(1) Voir Présidence Faure, page 433.

sur leur demande, les officiers ayant une ancienneté de grade déterminée, acceptés par les commandants en chef et par la commission de classement du second degré. Les cours duraient un an. Pendant les deux mois de grandes manœuvres, les élèves étaient embarqués dans une escadre pour recevoir un enseignement pratique. Avant la sortie, ils subissaient un examen oral et écrit, déterminé par un arrêté ministériel qui suivit le décret. Il n’y avait pas de classement, mais il était donné une note inscrite au calepin de l’officier. Un diplôme était délivré en cas cl’examen satisfaisant. Des avantages d'embarquement étaient ensuite réservés à ces, officiers qui étaient inscrits sur une liste spéciale pendant deux ans.

Points d’appui de la flotte.

Le décret du 3 juin 1902 déclara points d’appui de la flotte aux colonies et classa places de guerre : Saigon et Cap Saint-Jacques, en Cochinchine; Diégo- Suarez, à Madagascar; Dakar, au Sénégal; Fort-de- France, à la Martinique; Nouméa, en Nouvelle-Calédonie; ILonghay, ou Port-Courbet, au Tonkin (point secondaire).

La défense navale. — Les câbles télégraphiques.

Sous ce titre, M. Lockroy, qui avait été ministre de la marine dans le cabinet Bourgeois (1895-1896), ensuite dans le cabinet Brisson (1898) et dans le cabinet Charles Dupuy (1898-1899), publia, en 1899.

un ouvrage important, très documenté, sur toutes les questions de la marine, contenant des critiques sévères qui méritaient d'être mieux prises en considération qu’elles ne le furent. Il montra la nécessité d'une marine puissante et d’une défense des côtes mieux organisées ainsi que de bases d’opérations bien fortifiées et bien approvisionnées, en état de réparer les avaries des navires. Nos points d’appui étaient rares et défectueux; les défenses de nos ports étaient aussi en mauvais état. Il attira l’attention sur l'importance des câbles télégraphiques qui sont un des facteurs du succès dans la guerre maritime O).

Il étudia « la défense navale en 1898 », critiqua certains types de navires et fit le procès des procédés parlementaires qui empêchaient tout progrès; il regretta surtout la néfaste influence de la politique dans les questions de défense nationale.

Il décrivit les résistances que rencontrait un ministre novateur. « Avant l’intérêt général passe souvent l’intérêt du département, de la direction, parfois du bureau. La Marine ignare complètement la

(1) En 1900, l’Angleterre possédait 250.000 kilomètres de câbles sous-marins. La France n’avait que trois câbles pour la relier avec l’Amérique, un entre l’Amérique du Sud et les Antilles et des câbles pour établir la communication entre Marseille et Oran, Alger, Tunis. La plupart de nos colonies n’avaient, pas de bureau télégraphiouc pour correspondre avec la métropole; l’Indo-Chine, le Sénégal et d'autres colonies africaines étaient desservies par des lignes anglaises. La France contribua pour 1.700.000 francs à la pose d’un câble anglais de Tcnériffe au Sénégal. Elle payait aussi les subventions annuelles ci-après : .100.000 francs à la ligne anglaise de Saigon à Hué et Haïphong; 100.000 francs à la ligne anglaise de la côte d’Afrique; 37.000 francs à la ligne anglaise d’Obock à Périm.

Guerre et la Guerre ne sait pas, ou ne veut pas savoir ce que c’est que la Marine. »

Il critiqua la constitution des escadres en s’appuyant sur des rapports d'officiers et d'amiraux.

Les forces navales de la France et de l’Angleterre en 1900.

Le Naval Annual de lord Brassey donna les chiffres suivants pour l’année 1900 :

France. Angleterre.

Cuirassés de 1" rang .

Cuirassés de 2* rang .

Garde-côtes cuirassés .

Croiseurs de 1” classe .

Croiseurs de 2' classe .

Croiseurs de 3° classe .

Avisos torpilleurs .

Destructeurs de torpilleurs .

Torpilleurs de haute mer .

Torpilleurs. . . . .

Sous-marins . .

Les progrès de la marine en 1904.

Vers 1894, il y avait une différence marquée entre le cuirassé et le croiseur. Dix ans après, par suite des progrès de la métallurgie, elle s’atténuait. Les aciers étant plus résistants pouvaient être moins épais et moins lourds. Il en résultait que le cuirassé obtenait plus de vitesse avec plus de légèreté et que le croiseur, mieux protégé et mieux armé, sc rapprochait du cuirassé.

L’artillerie restait le principal moyen d’attaque,

car l’éperon, grosse pièce massive en acier forgé, nommée l’étrave et placée à 4 mètres environ audessous de la surface de 1 eau, avait perdu de sa valeur offensive et n était plus qu un mode d action désespéré de navire désemparé, qui pouvait essayer de couler une unité de l’adversaire, mais en coulant lui-même.

L’artillerie des navires comprenait des canons de gros calibre, de 240 à 305 millimètres, et des canons de moyen calibre, de 90 à 210 millimètres. L’Italie, en 1884, avait armé son grand cuirassé Diu- Ho , de quatre canons de 450 millimètres; mais on avait obtenu depuis, par les progrès balistiques, plus de puissance avec des pièces de 305 millimètres. Les caractéristiques des canons de ce dernier calibre, construits en Angleterre, étaient : longueur (40 calibres) 12m,192; charge de poudre (cordite) 93 kgr. 9; projectile 385 kgr. 500; vitesse initiale 793 mètres (par seconde).

Toutes les marines avaient adopté des tourelles cuirassées pour les pièces de gros calibre qui y étaient placées seules ou par deux.

L’artillerie la plus nombreuse était constituée par les moyens calibres à tir rapide, tirant à peu près 5 coups par minute. La France employait surtout le calibre de 164 millimètres. Ces canons étaient aussi disposés dans des tourelles blindées ou dans des réduits blindés. Ils tiraient des cartouches en laiton complètes sans gargousses, comparables a

celles du fusil. .

Enfin, une artillerie de petit calibre servait à la défense contre les torpilleurs. En France, on avait

des pièces de 47 millimètres du système Hotchkiss, qui tiraient 20 coups par minute. Il y en avait dixhuit sur les croiseurs, vingt-six sur les derniers cuirassés.

On citait comme un des plus gros cuirassés, le japonais Asahi , construit en Ecosse. Il avait un déplacement de 15.400 tonnes, une longueur de 122' mètres, quatre canons de 305 millimètres (dans deux tourelles blindées à l’avant et à barrière), avec quatorze canons de 152 millimètres (sept à chaque bord) en deux étages, chacun dans une casemate cuirassée. La France en construisait du même genre (type République ) avec quatre canons de 305 millimètres et dix-huit canons de 164 millimètres O).

Toutes les marines employaient la torpille Whitehead , en tôle d’acier, le plus terrible engin de destruction, dont voici les principales caractéristiques : longueur 5 mètres, diamètre maximum 0m,45, poids 526 kilogrammes, poids de la charge de fulmicoton 100 kilogrammes, vitesse 52 kilomètres à l’heure pour une distance de 777 mètres. Elle était lancée par un torpilleur ou par un sous-marin.

A ce moment, les torpilleurs fonctionnaient bien, mais leur petitesse ne leur permettait pas de suivre les escadres en pleine mer et on ne les considérait que comme propres à la défense des côtes. Ils avaient, en France, une longueur de 37 mètres, une

(1) Le 27 octobre 1904, fut lancé le cuirassé Justice : longueur, 133”, 80; déplacement, 14.870 tonneaux; armement, quatre canons de 305 millimètres, dix-buit de 164 millimètres, vingt-six à tir rapide de 47 millimètres, deux de 37 millimètres et cinq tubës lance-torpilles; vitesse, 22 noeuds; équipage, 600 hommes.

largeur de 4m,30, un déplacement, de 90 t. G et une vitesse de 24 nœuds (44 kil. 5 à l'heure).

Les sous-marins, inventés par la France qui avait,' à cette époque, une avance sur les autres nations, n’étaient aussi jugés que d'un emploi restreint, à cause de leur faible rayon d’action qui les confinait à la défense des ports.

Contre les torpilleurs, les navires employaient des destroyers ou contre-torpilleurs, d’un déplacement de 400 tonnes environ, plus rapides que les torpil leurs, armés de deux tubes lance-torpilles aériens et de quelques canons de petit calibre.

La marine française. — Les sous-marins. — Les fautes signalées au Parlement. — Le travail dans les arsenaux.

La loi du 10 décembre 1900, relative à l'augmentation de la flotte, prévit la construction de 6 cuirassés d'escadre de 14.865 tonneaux, 5 croiseurs cuirassés de 12.600 tonneaux, 28 contre-torpilleurs de 305 tonneaux environ, enfin des torpilleurs sous-marins et submersibles dont le nombre serait ultérieurement déterminé. La dépense était évaluée à 762 millions, répartie sur six années.

En 1902, on comptait 6 sous-marins en service : le Gustave-Zédé (de 1893), le Gymnote (de 1898), le Morse (de 1899), le Narval (de 1899), Y Algérien (de 1900), le Français (de 1900). Huit autres étaient en chantier et enfin huit du type Narval étaient à l’étude.

Le 6 août 1904, M. Pelletan, ministre de la ma-

Troisième République (1899-1906). 37

rine, créa un comité permanent cle sous-marins (supprimé en 1905). Son administration provoqua denombreuses et vives critiques dans la presse et au Parlement. M. Clïaumet interpella le gouvernement, à la Chambre, le 29 mars 1904.

Appelé devant la commission du budget, dit-il, M. Pelletan n'a pas nié les abus signalés, mais a prétendu qu’ils existaient sous ses prédécesseurs. « Pendant vingt ans, il a attaqué, à cette tribune, les ministres civils et militaires, et il viendrait aujourd’hui se réclamer des mêmes abus! Il n’a tenu aucun compte des votes du Parlement. » M. Chaumet lui reprocha des retards d’au moins une année dans la construction des torpilleurs et des sous-marins. « En disant qu’il y avait cinquante torpilleurs, il a voulu jeter de la poudre aux yeux pour cacher la pénurie du présent et les fautes du passé... Pendant plus, d’un an, la construction a été arrêtée, puis le ministre à réuni une sorte de commission occulte dont toutes les compétences ont été écartées, et notamment l’amiral Fournier », dont il refusait de communiquer les rapports. Le ministre a dit qu’il avait commandé six sous-marins, mais « s’il n’était pas intervenu, nous aurions aujourd’hui treize submersibles au lieu de deux ».

M. Lockroy se montra aussi sévère (séance du 30). Les commandes avaient été retardées, les plans abandonnés puis repris sans méthode; le matériel d’artillerie avait été changé sans consulter le conseil supérieur et la direction d’artillerie; la construction des submersibles, commencée par M. de Lanessan, avait été arrêtée. Et l’Allemagne, qui parlait avec

scepticisme de nos sous-marin$, en avait à présent quarante en chantier. Le désordre moral était encore plus grand.

On so. livre sur nos escadres à des enquêtes sur les officiers, (sur les commandants, sur tout ce qui porte un galon; elles n aboutissent à rien; ou plutôt si, elles aboutissent à jeter le soupçon sur tous ceux qui doivent exercer le commandement. Les lettres anonymes sont accueillies, et on répand dans nos escadres le trouble, le désordre et l’anarchie inorale. On invoque la cause des opprimés. La cause des opprimés est une cause sacrée; mais ce n’est pas celle de la vengeance. Les opprimés, on ne s’en soucie que quand ils ont le bulletin de vote. IJ est d autres humbles, petits par le galon qu’ils portant et grands par le courage. De ceux-là on se soucie moins, parce qp’ils ne votent pas...

On dira que tout est pour le mieux. Prenez garde et souvenez-vous. Il y a trente ans, dans cette même salle, sur ces mêmes bancs, siégeait une madorité docile.

Cette majorité se refusait à voir les dangers du présent et les menaces de l’avenir. Hypnotisés par les spectres qu on agitait sous ses yeux, elle n’entendait pas le bruit lointain de la foudre prête à tomber. Jules Favre, Jules Simon dénonçaient le péril. On les accusait eux aussi de trahison. Les plans de campagne étaient délaissés, comme il- le sont aujourd’hui. Les grandes manœuvres étaient devenues, comme aujourd hui, des simulacres. Comme aujourd’hui, on disait les magasins pleins, alors qu’ils étaient vides. La puissance française n’était qu’ombre et fantaisie. La majorité s’obstinait, dans un optimisme aveugle...

Faut-il donc que toutes les majorités se suivent et se ressemblent ? Est-ce que les leçons de l’histoire resteront inutiles? Est-ce que les mômes fautes doivent préparer les mômes désastres ?

M. Pelle lan répondit qu il ne pouvait faire mieux avec les ressources dont il disposait. Il avait signé plus de marchés de torpilleurs que M. de Lanessan et dépensé pour les sous-marins plus que M. Lockroy. Il avait consacré six millions au port de Bizerle en 1901-1902. Ses prédécesseurs l'attaquaient;

mais avaient-ils créé une marine meilleure? A l'heure critique de Fachoda, les amiraux avaient déclaré que notre marine n’était pas en état d’affronter la lutte. L’amiral Fournier disait « qu’on avait une escadre composée de pièces et de morceaux... Une fois l’escadre fournie de ses munitions, il n’y aurait plus à Toulon une seule pièce de rechange. Il ajoutait que les cuirassés n'étaient pas prêts, que certains blindages n’avaient pas été faits. Savez-vous pourquoi? Parce que le ministre d'alors, M. Lockroy, avait laissé s’écouler des mois avant de répondre ».

M. Doumer certifia que les constructions et les armements dont avait parlé le ministre, ne lui étaient pas dus, car ils avaient été prévus et arrêtés par la commission du budget qui n’avait jamais pu obtenir le projet de budget de 1903. L’état des armements avait été établi par le rapporteur. Et pour en finir, la commission avait dû demander quelques fonctionnaires du ministère.

Ces lamentables débats prirent fin après une défense de M. Pelletan par M. Jaurès. La Chambre vota un ordre du jour des représentants des groupes de la majorité, invitant le gouvernement à constituer une commission extra-parlementaire (318 voix contre 238). Elle fut nommée par décret du 7 avril et composée de 70 membres. Le président désigné était M. Pelletan. Elle ne pouvait donner et ne donna aucun résultat.

Au Sénat, le 11 avril 1905, l’examen du budget de la marine de 1905 donna lieu à un débat très intéressant. M. d'Estournelles de Constant, le pacifiste qui s’opposait à tous les armements, protesta contre l’ag-

gravàtion des dépenses. La France augmentait son budget de la marine de cinq millions seulement pour 1905, mais ce n’était que l’amorce de dépenses bien supérieures. La Chambre avait voté,' d'accord avec le gouvernement, un nouveau programme naval consolidant l’effort exceptionnel de 1900 et impliquant un total de 1 milliard 452 millions pour constructions navales jusqu’en 1917. Il ajouta :

Le remède aux embarras de l’Europe n’est pas dans le militarisme naval; l’empire de la mer n’est qu’un mot vide. Il n'y a pas d'empire de la mer, lequel ne peut aooartenir à un seul peuple, mais à une association de peuples. Préparons celte association.

L’amiral de Cuverville émit un avis autorisé :

Pendant que les unités de notre flotte vont dépérissant de jour en jour, les flottes voisines s’améliorent sans cesse. Pour maintenir le second rang que nous occupons encore sur la liste des puissances maritimes, il faut construire des cuirassés de ligne. Personne n’ose plus dire aujourd’hui que ces mastodontes sont inutiles. A eux seuls est attachée la maîtrise de la mer.

Nos récents croiseurs cuirassés sont trop grands et trop chers; les gardes-côtes ne sont plus de saison. 11 faut y renoncer. 11 faut aussi développer notre flottille de sous-marins, sans tomber cependant dans cette dangereuse illusion que les petits navires peuvent suppléer à tout et remplacer les grands bâtiments de mer.

11 termina en disant que le personnel devait être de plus en plus entraîné physiquement et moralement.

Le 12 avril, M. Thomson, ministre de la marine, donna des renseignements précis :

Le Sénat se rappelle que la loi qui en a ordonné la réalisation avait prévu une dépense totale de 526 millions, dont 408 pour les grosses unités (G cuirassés, 5 croiseurs cui-

rassés) et 118 pour les torpilleurs et les sous-marins. Le Sénat se rappelle également que les 11 grands navires et les nombreux petits bâtiments qu’il s’agit de construire devaient, d’après les prévisions de lâ loi, être achevés et en service à la fln de 1906. Or, quelle est en ce moment la situation ?

Pour ce qui est de la dépense, elle dépasserait dès à présent de 36 millions les prévisions. Ce dépassement provient pour une part d’imprévision sur les devis, mais il dérive pour une grande part, on ne doit pas l’oublier, d’augmentations apportées au tonnage ou à l’artillerie de certains croiseurs cuirassés.

Tout d’abord, il n’est pas question d’augmenter l'effectif de nos navires. Nos constructions nouvelles n’ont pas pour objet de doter la France d’une flotte plus considérable; elles tendent tout au plus à donner des remplaçants aux bâtiments démodés qui disparaissent peu à peu. En 1908, quand le programme sera complètement réalisé, c’est à peine si la flotte française, déduction faite des déchets, comptera le môme nombre de navires qu’aujourd'hui. Loin de nous imposer des dépenses excessives, loin d’avoir une politique navale belliqueuse, nous ne faisons môme pas ce que nous devrions faire pour conserver notre ancienne avance. Le budget de la marine est donc un budget de paix.

Au mois de mars 1906, lorsque furent discutés les crédits de la marine pour 1906 (du 3 au 16 mars), M. Lockroy félicita le nouveau ministre d’avoir présenté un programme naval pour lequel il avait pris l'avis du conseil supérieur et des comités techniques. Puis il continua :

Si on compare la flotte française à la flotte allemande, il est aisé de voir que, d’après notre programme naval, en 1919, nous aurons 34 cuirassés, tandis qu’à la même époque l'Allemagne en aura 38; plusieurs cuirassés français n’auront qu’une valeur relative, tandis que les cuirassés allemands auront tous une valeur militaire de premier ordre. Il en est de même pour les croiseurs, et en somme on est obligé de constater la supériorité de l’Allemagne et notre infériorité.

C’est là une situation qui doit nous préoccuper, car si,

par malheur, une guerre éclatai!, l’Allemagne chercherait à enfermer la France dans un cercle d’acier, de même que nous essayerions d'enfermer la flotte allemande dans la Baltique, ou de lui fermer la mer du Nord. La vérité, c’est qu’il faudrait à la France — mais notre situation budgétaire ne le permet pas — une marine doublement puissante.

L’Allemagne a certainement une avance sur nous. Pour bien se rendre compte de notre situation, il faut examiner le nombre de tonnes mises en chantier : ce nombre est sensiblement équivalent, soit 45.000 à 50.000 tonnes par année. Il n’y a eu d’exception qu’à partir de 1902; cette année-là, nous n’avons pas dépassé 1G.000 tonnes.

Nous avons ainsi perdu, depuis trois ans, 102.000 tonnes. Pendant ce temps l’Allemagne continuait à mettre en ch.-mtier le même nombre de tonnes, l’augmentait même, puisqu’il atteint 75.000 tonnes. Que de torpilleurs n’a-l-elle pas pu construire! Et pendant ces trois ans, chez nous, on ne s’est pas contenté de diminuer le nombre de tonnes mises en chantier, on est allé jusqu’à arrêter la construction. Si, par malheur, un jour la guerre éclatait, ce sont ceux qui ont provoqué cet arrêt dans les constructions qui auraient la responsabilité de la défaite.

M. Lockroy émit l’avis qu’on ne devrait avoir, au lieu de trois types de navires (cuirassés, croiseurs de lre classe et de 2e classe), qu’un type unique de combat : un bâtiment qui aurait la rapidité du croiseur et la puissance du cuirassé, réalisant tous les perfectionnements scientifiques. Ce type unique, l’Angleterre l’avait obtenu. « Toutes les puissances, même les plus petites, se préparent à la guerre, Pourquoi? Parce qu’elles savent que préparer la guerre, c’est assurer la paix. »

M. Charles Bos, rapporteur, signala également la faiblesse de la marine française, provenant surtout de ce que le programme de 1900 n’avait pas été achevé. Deux cuirassés seulement, le Léon-Gambelta et le Jules-Ferry , étaient entrés en service. « Les

constructions ont été retardées et même arrêtées. » Le dernier ministre demandait six cuirassés au lieu de trois. La commission du budget avait eu, à ce moment, le tort de l’approuver.

Elle me- charge de vous dire d’exiger des fournisseurs des délais réduits et de veiller à ce que ces délais ne soient pas dépassés. Mais j’ajoute qu’il sera impossible de demander au pays un nouvel effort, si vous ne réformez pas la méthode de travail dans les arsenaux. Il est inadmissible que nous mettions cinq à six ans pour construire un cuirassé, quand les autres pays les construisent en trois ans. Les ouvriers des arsenaux sont de très braves gens, mais encore faut-il qu'ils sachent qu’ils ne sont pas dans les arsenaux pour ne rien faire (i).

M. Klotz vous disait l’autre jour que si on n’avait pas fait appel à l’industrie privée, jamais l’Etat n’aurait pu compter les approvisionnements de munitions pour l’armée. Il en esl de même pour la marine. Qu’on n'hésite donc pas à faire appel à l'industrie privée si c’est nécessaire.

... Nos’ équipages ne sont pas assez entraînés, >. les artilleurs pas assez exercés. Cela n’a rien d’étonnant, puisque les manœuvres ont été supprimées pendant trois ans. La flotte doit sortir, de même que les régiments doivent manœuvrer.

(1) Par une circulaire, du 9 janvier 1903, M. Pelletan avait enjoint d’étendre à tous les services des arsenaux la journée de huit heures.

TABLE DES MATIERES

Pages.

M. Emile Loubet . 5

Après le Congrès. — Manifestations contre M. Loubet

(18 février 1899) . 9

Les obsèques de M. Félix Faure. — Manifestation de. la Ligue des patriotes. — Procès en cour d'assises.. 10

Message du Président de la République . 14

M. Fallières président du Sénat... . . 15

Le budget de 1899. — L’indemnité parlementaire. — Le rôle budgétaire du Sénat. — Les retards continuels.

— Le nombre des douzièmes provisoires de 1880 à

Grève des fadeurs . . 19

Démission du ministre de la guerre . 21

La question juive en Algérie. — Budget spécial. — Autonomie. — Les gouverneurs de l’Algérie . 21

La conférence de la paix (18 mai-29 juillet 1899).. - 24

Manifestation aux courses d’Auteuil contre M. Loubet.

— Débats à la Chambre. — Contre-manifestation des

radicaux et des socialistes . 28

39* ministère. — Ministère Waldeck-Rousseau (22 juin

1899-3 juin 1902) . 33

Nominations. — Mesures de rigueur . 35

Déclaration ministérielle. — Incident . 37

Nouvelles mesures de rigueur . 39

L’affaire Dreyfus. — Procès de Rennes . 41

Après l'arrêt. — Suppression du service des renseignements. . 51

Arrestations. — Le fort Chabrol. — Procès de la Ilaute-

Cour. . . . . . . , . • . 53

La législation du travail. — La protection des travailleurs . 62

Discours de M. Millerand et de M. W aldeck-Rousseau.

— Le milliard des congrégations . 65

Les grèves en 1900. — Menace d'une marche sur Paris.

— Le mouvement ouvrier . . 69

P âges

Scission dans le parti soeiali'ste. — Congrès socialistes.

Inauguration du monument de Dalou. — Exhibition du

drapeau rouge. . 81

Progrès des sciences. — La télégraphie sans fil. — La traction électrique. — La sérothérapie. — Mesure des angles et du temps. — Le radium. — La navigation

aérienne. — La cinématographie . 82

Evénements divers de l’année 1899 en France et à

l’étranger. . . . . . 92

Nécrologie de l’année 1899 . 95

Session ordinaire des Chambres (1900) . ' . 98

Elections sénatoriales (28 janvier 1900) . 99

Le budget de 1900. — ■ Débats sur l’armée. — L’accroissement des dépenses. — Les fonctionnaires. — La

dette publique . 99

Exposition universelle de 1900. — Les avantages et les

inconvénients. — Les expositions depuis l’an VI . 104

Elections municipales (mai 1900) . 109

La reprise de l’affaire Dreyfus. — ■ Démission du ministre de la guerre. — L’amnistie . . . 109

Organisation de la Bourse du travail. — Conseils de travail. — La Fédération des Bourses du travail . 117

Banquet des maires . 119

Congrès des guesdistes. — Congrès socialiste international. — Congrès français . 121

Le parti radical. — Ses congrès de 1901 à 1906. — Sa

politique . 127

Gendarmes devant le conseil de guerre . 129

Session extraordinaire de 1900. — Le budget de 1901. 130 La suppression des droits d’octroi sur les boissons

hygiéniques. . . . . 131

Démissions et mutations d’officiers de l’état-major général. — Mesures disciplinaires . . . 132

Le régime des boissons. — Les bouilleurs de cru. —

Le monopole de l’alcool . 135

La Guyane française. — Le contesté franco-brésilien. —

L’arbitrage de la Suisse . . 139

Les événements de Chine. — Soulèvement des Boxers.

— intervention des puissances. >— Expédition française . 141

La guerre du Transvaal (1899-1902) . 151

Evénements divers de l’année 1900 en France et à l’étranger. . . . . . . 162

TABLE DES' MATIÈRES

Pages.

Nécrologie de l’année 1900 . 167

Session parlementaire ordinaire de 1901. — Le budget

de 1901. — Les droits de succession . . 169

Discours de MM. Méline et Poincaré contre le ministère . 171

Le droit d’association. — La liberté religieuse. — Les

congrégations. • — L’enseignement libre . 173

La population en 1901 . •» . 197

Renouvellement des conseils généraux et des conseils

d’arrondissement (juillet 1901) . 193

L’empereur de Russie en France . 198

Conflit franco-turc (1901) . 200

Session parlementaire extraordinaire de 1901. — Le

budget de 1902 . 200

Scrutin de liste. — Représentation proportionnelle - 201

L’antimilitarisme et l’antipatriotisme. — Le professeur Ilervc. — L’adhésion des universitaires et des instituteurs. . . 205

La question monétaire. — L’or et l’argent . 214

Evénements divers de l’année 1901 en France et à

l’étranger. . . 216

Nécrologie de l’année 1901 . 221

Entente franco-italienne . 224

Voyage de M. Loubet en Russie (mai 1902) . 226

Session ordinaire du Parlement (1902). — L’avancement dans l’armée. — Le service de deux ans. — Fin de

la 7* législature . . 227

La campagne électorale. — Manifestes des partis. —

Elections législatives (27 avril et 11 mai 1902) 230

La composition du Parlement». — Les professions des

députés et des sénateurs . 240

8' législature. — Réunion de la nouvelle Chambre

(1" juin 1902). — Les législatures précédentes...- . 241

Démission du cabinet VYaldeck-Rousseau (3 juin 1902).

— 40” ministère. — Ministère Combes (7 juin 1902-

18 janvier 1905) . 242

Déclaration ministérielle. — Interpellation. — M. Jaurès

demande le désarmement . . 243

Conversion de la rente 3 1/2 en 3 p. 100 . . 246

Mesures du ministère Combes contre les congrégations.

— Protestations. — Soulèvements. — Emploi de la

troupe. — Condamnations . 246

L’affaire des Chartreux . 255

Pages.

La grève générale des mineurs. — Débats parlementaires. — Les compagnies minières . . 258

Le corps diplomatique en 1902. — Le protocole . 268

Evénements divers de l’année 1902 en France et à l’étranger (catastrophe de la Martinique; affaire Humbert; Alphonse XIII prend le pouvoir; la Triple Alliance, etc.) . 264

Nécrologie de l’année 1902 . ' . . ■ 270

Session ordinaire de 1903. — La politique de la France. 272 La Triple-Alliance jugée par M. Jaurès. — Débats sur

le pacifisme. . . . . . . . . 277

La séparation des Eglises et de l’Etat. — Le spiritualisme de M. Combes . 282

Le budget de 1903 . 284

La reprise de l’affaire Dreyfus. — Enquête du ministre de la guerre. ■ — Deuxième révision. — Arrêt de la

Cour de cassation (1903-1906) . 285

Le roi Edouard VII à Paris. — M. Loubet à Londres.. 312. Reprise de la session parlementaire (19 mai-4 juillet

Mort du pape Léon XIII. — Election do Pie X (août

Le roi d’Italie en France . 316

Session parlementaire extraordinaire -. . 317

Le budget de 1904. — Les fonctionnaires. — Les sous-

préfets . .. . 318

Le pacifisme. — Le désarmement . 319

L’affaire Dautriche . 323

L’amnistie. — Loi djj 1" avril 1904 . 328

Evénements divers de l’année 1903 en France et à

l’étranger. . . . . . 32 *

Nécrologie de l’année 1903 . 335

Session parlementaire de 1904. — La justice. — Suppression des bureaux de placement . 337

La situation financière de Paris. — Le conseil municipal. . . . . . ; . . . 340

Traité entre la France et le Siam (13 février 1904) . 311

L’accord entre la France et l’Angleterre. — Conventions du 8 avril 1904. — Accord franco-espagnol. —

La Triple-Entente. . . . . . . 343

Elections municipales (1er et 8 mai 1904) . 346

Voyage du Président de la République en Italie. — Protestation du pape. — Rupture avec le Vatican . 347

TABLE DES MATIERES

Pages.

Statistique des grèves de 1900 à 1904 . 349

Les grèves en 1904. — Nombreux désordres. — Affaire

de Cluses. — Les inscrits maritimes . 350

La liberté de l'enseignement.. — Abrogation de la loi

Falloux. — Loi du 7 juillet 1904 . 355

Congrès socialiste d’Amsterdam (août 1904) . 361

Renouvellement triennal des conseils généraux (31 juillets août 1904) . 363

Session extraordinaire du Parlement . 364

La délation. — Les fiches. — La franc-maçonnerie. — Démission du général André. — M. Berteaux, ministre de la giterre. — Création officielle de « délégués ». 364 Le budget de 1905. — Les fonds secrets. — L'impôt sur

le revenu en Angleterre et en Allemagne . 389

Retraites pour les députés et sénateurs, leurs veuves

et leurs orphelins . 393

Le service militaire de deux ans. — Loi du 21 mars

Guerre russo-japonaise (1904-1905) . 401

Evénements divers de l’année 1904 en France et à

l’étranger . 410

Nécrologie de l’année 1904 . 413

Session parlementaire de 1905 . 417

Les affaires de délation. — Enquêtes du conseil de la Légion d'honneur. — Le ministre de la guerre et la

franc-maçonnerie... . 413

Interpellation sur la politique générale. — Démission

du ministère Combes (18 janvier 1905) . 420

4P ministère. — Ministère Rouvier (24 janvier 1905-

7 mars 1906) . 424

Déclaration ministérielle. — Interpellations. — La délation. — Vote de confiance . / . 424

Le budget de 1905. — Douzièmes provisoires. — Les majorais. — L’accroissement continu des dépenses. 428 Les pouvoirs du président de la République. — La

Constitution jugée par M. Casimir-Périer . 430

Congrès socialiste. — Unification du parti (avril 1905). 433

L’assistance aux vieillards (loi du 14 juillet 1905) . 435

Amnistie (octobre 1905) . 435

Le roi d’Espagne 5 Paris. — Tentative d'assassinat. —

Le président do la République en Espagne et en Portugal . 437

Pages.

Session extraordinaire du Parlement. — Les fonctionnaires. — Le budget de 190G . 438

Démission du ministre de la guerre. ■ — Remaniement

ministériel (13 novembre 1905) . 449

Le canal des Deux-Mers . 441

La séparation des Eglises et de l’Etat (loi du 9 décembre 1905) . 442

La question du Maroc. — Attitude menaçante de l’Allemagne. — Guillaume II à Tanger. — Démission de M. Delcassé. — M. Jaurès veut aller à Berlin. — Conférence internationale d'Algésiras . . 456

L’alerte de 1905. — Imprévoyance. — Situation* critique

de la France . 472

Les grèves en 1905. — Emeutes . 478

Explorations scientifiques. — Le docteur Charcot. —

Le duc d'Orléans et le commandant de Gerlache.. - 484

Evénements divers de l'année 1905 en France et à

l’étranger (complot Tamburini; réorganisation des justices de paix; Guillaume II et Nicolas II; traité de Bjoerko; traité anglo-japonais; séparation de la Suède et de la Norvège; émeutes russes; fin de l’autocra¬

tie, etc.) . 486

Nécrologie de l’année 1905 . 497

Renouvellement triennal du Sénat (7 janvier 1906) . 509

Session parlementaire de 1906 . 509

Election présidentielle (17 janvier 190G) . 501

LA CONQUÊTE DE L’AFRIQUE

Les traversées de l’Afrique . 503

Missions Cazemajou et Gentil . 505

Vers le Tchad. — Missions Voulet-Ghanoine et Foureau-

Lamy . 507

Groupement des missions. — Colonne Lamy. — Rabah

est tué . 509

Déclaration franco-anglaise de 1899. — Sanglants combats au Ouadaï . 511

Félicitations à nos officiers et à nos explorateurs . 513

La navigation du Niger. — Mission Lenfant . 513

Occupation de la région du Touat . 514

Organisation des territoires du Sud de l’Algérie . 515

Organisation du territoire du Tchad . 517

TABLE DEg MATIÈRES

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