L’ARMÉE DE 1899 A
Les ministres de la guerre.
De 1899 à 1906, cinq ministres sc succédèrent et ■apportèrent, à l'exception de M. Krantz et de M. Etienne, des modifications importantes à l’organisation de l’armée suivant leurs conceptions personnelles et différentes : M. Krantz, le général Galliffet, le général André, M. Berteaux, M. Etienne.
Les pouvoirs publies en temps de guerre.
Le haut commandement. — Le généralissime.
Constamment, on avait signalé à la Chambre combien était dangereux le manque d’organisation des pouvoirs publies, en temps de guerre. M. Berteaux, rapporteur du budget de la guerre de 1902, disait, dans son rapport, que la Convention avait créé cette organisation spéciale et qu’il y avait urgence à examiner « ce problème particulièrement grave » qu’il recommandait à l’attention du gouvernement et de ses collègues. « S’il n’a pas été résolu à l'avance, il ne serait pas sans causer les plus graves embarras... Il importe surtout d’éviter les décisions hâtives qui ne manqueraient pas d'être la conséquence de l’absence complète de préparation à cet égard. »
M. Klotz, rapporteur du budget de la guerre de 1905, insista sur cette lacune avec plus d’énergie. Il
s’indigna qu'on laissât en suspens « la solution d'un problème que, depuis trente ans, les législateurs écartent avec un souci de leur tranquillité qui ressemble singulièrement à de l'imprévoyance ». Il ajouta :
La question de l’organisation des pouvoirs publics en cas de guerre est depuis longtemps posée, et tout le monde en sait parfaitement l’importance. Il n’est pas permis d ignorer que, pour n’avoir pas affronté la difficulté des solutions capitales, ceux qui se sont succédé au pouvoir n’échapperont pas aux plus lourdes responsabilités. Le pays, de son côté, court le risque des pires aventurés; la République est à la merci du moindre insuccès...
Les sénateurs et députés soumis au service militaire rejoindront-ils l’armée ? Une première opinion penche vers la négative. Dans l’affirmative, au contraire, à quelle heure cessera la dispense exceptionnelle qui s’imposerait en fait, sinon en droit?
L’auteur déjà cité (M. Pierre, Du.pouvoir législalil en cas de guerre), pense, et avec raison, que la première solution serait difficilement acceptée, et il ne croit pas qu’on votera jamais une loi qui dispense les membres du Parlement du service militaire en temps de guerre. Et pourtant, ajoute-t-ii, cette loi serait la meilleure de toutes, la plus juste et la plus courageuse (1).
(1) Dans un pays démocratique, d’égalité, cette théorie est étrange. On ne comprendra jamais nue ceux qui doivent donner l’exemple du devoir patriotique s’v soustraient. Ils n’ont d’ailleurs jamais osé proclamer ce principe. Nos législateurs n’ont-ils pas inscrit dans la loi de recrutement du 21 mars 1905 : « En cas de mobilisation, nul ne peut se prévaloir de la fonction ou.de l’emploi qu’il occupe pour se soustraire aux obligations de la classe à laquelle il appartient. » (Article 42.) Il n’y aurait que des avantages à mobiliser les députés et les sénateurs désignés nar leur âge et à ne conserver que deux Chambres moins nombreuses, composées seulement d’hommes âgés, expérimentés, de sens rassis. Il est probable qu’on éviterait ainsi les spectacles honteux qui ont été donnés par des députés pendant la grande guerre et qu’on n’entendrait pas les paroles abominables que certains ont proférées pendant que les Français souffraient, combattaient, mouraient pour la défense sacrée du sol de la patrie.
l’armée de 1899 a 190G
Cette loi fût-elle votée, il est certain que les représentants de la nation, entraînés en grand nombre par l’amour du pays levé tout entier pour la défense de la patrie, préféreraient démissionner et partir. Il n'est donc pas sûr que la première solution soit suffisante pour assurer dans son intégrité l'exercice du pouvoir législatif.
D'autre part, il est incontestable que les Chambres se séparant dès le vote des mesures les plus urgentes, ne peuvent pas se désintéresser de ce qui se passera en leur absence. Laisseront-elles une minorité prendre les décisions que la gravité des circonstances rendra chaque jour urgentes? Délégueront-elles leur droit d’appréciation et de vote à des commissions choisies selon le système que propose le très distingué M. Pierre, ou suivant une autre méthode? Enfin, confiera-t-on à une ou plusieurs personnalités une sorte de pouvoir dictatorial?
On peut faire toutes les hypothèses, biles se présentent nombreuses, sinon satisfaisantes. C’est pour cette raison qu’il importe de faire un choix et de le faire dans le calme de la paix sans attendre les heures de trouble, de panique peut-être, qui suivront la déclaration de guerre, d’opérer à Iroid.
Non seulement les pouvoirs publics n étaient pas organises pour le cas de guerre, mais la question primordiale des commandements militaires n était pas résolue. M. de Freycinet avait admis une solution en désignant le vice-président du conseil supérieur de la guerre comme « commandant en chef du groupe d’armées du Nord-Est », groupe d’jjrmées le plus important, général en chef que le public avait pris la coutume d'appeler plus simplement et plus logiquement « généralissime ».
Dans le monde politique, où régnaient des idées singulières, on n’admettait pas cette décision : « En temps de guerre, disait M. Maujan, député, dans son rapport du budget de 1903, le commandement unique de toute l’armée doit demeurer entre les mains du
Ministre : c'est lui qui doit être le généralissime, le seul généralissime. » Or, ce ministre pouvait être une personnalité de profession quelconque et que les hasards de la politique avaient doté du portefeuille de la guerre, qui n’avait aucune notion de tactique et de stratégie. Et voici la confiance qu’on concédait aux plus hauts chefs de l’armée :
En temps de paix, l'autorité est entre les mains du Ministre de la guerre, non point parce qu’il est général, — ce peut être un civil, — mais parce qu’il est membre du gouvernement : c’est à ce titre qu'il exerce le commandement suprême de l’armée; c’est à ce litre qu’il a autorité sur tous les éléments que renferme celle-ci. Il faut que celte autorité soit pleine et entière, de façon qu’aucun militaire ne puisse jouir, à 1, 'égard du Ministre, d'une sorte de demi-indépendance. Il est inadmissible que certains services soient même partiellement, soustraits à sa direction; même pas — surtout pas — le service d’état-major.
Cette opinion n’était pas seulement celle de M. Maujan; elle était exprimée dans la plupart des rapports sur le budget de la guerre soumis à la Chambre. C’est ce que la majorité appelait « la subordination de l'autorité militaire au pouvoir civil ». Les généraux ne devaient avoir aucune indépendance, n’exprimer aucune opinion personnelle contraire à celle de la majorité parlementaire — on le vit bien dans la discussion sur le service de deux ans. Cette majorité avait seule la compétence pour trancher les questions militaires, même techniques.
Le Conseil supérieur de la guerre.
Le premier' conseil supérieur de la guerre avait été constitué par la décision présidentielle du 5 octobre
l’armée de 189.9 a 1906
1872; il n’avait guère servi, car il n'avait pas été réuni depuis sept ans quand intervint la réorganisation prescrite par le décret du 26 novembre 1881. Le conseil comprit 8 membres, dont 2 de droit (le ministre président et le chef d’état-major général) qui pouvaient être chargés d’inspections spéciales par le ministre. Il fonctionna encore très irrégulièrement, très peu consulté, et on ne confia aucune inspection à ses membres. Le décret du 19 février 1882 fixa 10 membres au lieu de 8; le décret du 4 mars 1886, 12 au lieu de 10.
Il y eut une autre réorganisation par le décret du 12 mai 1888, qui supprima le Comité de dépense et qui détermina les questions importantes sur lesquelles le ministre était tenu de prendre l’avis du conseil. Il y eut désormais 12 membres, dont 4 de droit (le ministre président, le chef d’état-major général, les présidents du comité technique d’artillerie et du comité technique du génie). Les 8 membres étaient pris parmi les généraux de division désignés pour exercer des commandements importants en temps de guerre. Avant 1888, ces membres exerçaient le commandement d’un corps d’armée; à la suite de ces nouvelles dispositions, ils furent conservés à Paris sans commandement en temps de paix. Le décret du 10 avril 1890 précisa les inspections des corps d'armée que devaient passer les membres du conseil désignés pour commander des armées en temps de guerre.
Le général Loizillon, ministre, fit signer le décret du 28 septembre 1893 réduisant à 10 le nombre des membres, dont 2 seulement de droit : le ministre et le chef d’état-major général.
Le décret du 1er mars 1808, dû au général Billot, revint au chiffre de 12.
Le décret du 2 mars 1899 régla encore les inspections des corps d'armée par les généraux inspecteurs ■d’armée.
Le général de Galliffet, par le décret du 24 octobre 1899, bouleversa cette organisation et pourvut les membres désignés d’un commandement de corps •d’armée comme autrefois (faisant partie en principe ■de leur armée du temps de guerre) ou d’un gouvernement militaire pour « maintenir leur activité, s’entretenir dans leur commandement et faire profiter tous les officiers de leur longue expérience ». Il n’y eut plus, dans le conseil, que les généraux choisis pour commander les armées en temps de guerre.
Le décret du 27 juillet 1900 apporta encore des modifications.
Le général André fit signer le décret du 15 février 1903 qui coordonnait et réunissait toutes les dispositions réglant l’organisation du conseil. Il y eut désormais 13 membres : le ministre, le chef de l’étatmajor général, rapporteur, et 11 généraux de division dont un vice-président. Le conseil devait être obligatoirement consulté sur les questions importantes : mobilisation, plan de concentration, voies stratégiques, organisation générale, méthodes d’instruction, adoption de nouveaux engins de guerre, création ou suppression de places fortes, défense des côtes. Il pouvait être consulté par le ministre sur toutes les autres questions. Il se réunissait au moins une fois par mois. Les membres titulaires, désignés pour commander les armées en temps de guerre, étaient
l’armée de 1899 a 1906
à la disposition du ministre en temps de paix pour diverses missions, pour des inspections inopinées et pour présider les grandes manœuvres.
En dernier lieu, les décrets du 28 juillet 1911 et du 20 janvier 1912 ont arrêté l’organisation que nous, avons précédemment exposée (1).
Ces changements incessants, dus aux remplacements continuels des cabinets, empêchèrent ce conseil de rendre les services qu’on devait en attendre. Du reste, la plupart des ministres évitaient de 1er consulter pour ne pas voir leurs projets personnels critiqués et corrigés.
Le ministère de la guerre.
L’administration centrale comprenait huit directions : infanterie, cavalerie, artillerie, génie, intendance, poudres, santé, troupes coloniales. Il y avait, de plus, cinq autres organes qui ne portaient pas le titre de directions, mais qui avaient une importance égale, même plus grande : le cabinet du ministre, l’état-major de l’armée, le contrôle, le contentieux, le service intérieur. Au total, treize grands services, sans compter quelques autres fonctionnant parallèlement, parfois dans le même but : grandes commissions permanentes, comités et sections techniques.
Le rapporteur du budget de 1903 signalait à la Chambre cette « organisation compliquée qui entraînait l’emploi dans les bureaux d’un nombre considérable d'officiers ». Il ajoutait :
(1) Voir Présidence Carnot, page 431.
Ou peut se demander si une pensée de coordination et, dans tous les cas, de simplicité, a présidé à sa constitution. Notre examen a abouti à cette conclusion qu’il y aurait grand intérêt pour le service et grand profit pour le Trésor à porter une main réformatrice et hardie sur cet organisme que .l’on peut mieux approprier aux besoins auxquels il doit faire face. Depuis trente ans, au fur et à mesure du développement de nos institutions militaires et parfois des circonstances et des événements, on a, à chaque secousse, multiplié les emplois, les sections, les bureaux, les- directions, accru les dépendances, les commissions, les comités; de telle sorte qu’aujourd hui, nous ; nous trouvons en présence d’un mécanisme qui fonctionne certes, mais à quel prix?
Au budget de 1903 étaient compris :
Officiers à l'état-major de l’armée . 105
Officiers au cabinet du ministre. . . 15
Officiers à la direction de l’infanterie...... 12
Officiers à la direction de la cavalerie . . 5
Officiers à la direction de l’artillerie : . 49
Officiers à la direction du génie . 29
Officiers à la direction de l’intendance . . 10
Officiers à la direction du service de santé. . 8
Total . 233
officiers, non compris trois fonctionnaires du contrôle dans les directions du contrôle et du contentieux, et plus de cent officiers dans les commissions, comités et sections techniques.
l’armée de 1899 a 1906
Les dépenses militaires en France et en Allemagne (‘).
Années,
Fj aneo.
AUemegne.
Il résultait de ces chiffres que la France, menacée par une « ennemie héréditaire » implacable, ne consentait pas pour sa défense des sacrifices pécuniaires égaux aux siens.
Les rapporteurs des budgets de la guerre s’opposaient presque tous à des augmentations. « Le budget de la guerre a atteint, en. France, sa limite extrême », disait M. Raiberti, rapporteur du budget de 1901, et la commission de l’armée réduisait les crédits demandés de 7. 157.891 francs. « Nous avons recherché toutes les économies compatibles avec la bonne exécution des services », déclarait M. Berteaux, rapporteur du budget de 1902, et la commis-
(l).Ces chiffres onl été donnés* au Parlement par l'étatmajor de l’armée qui les a mis en concordance, car Jes budgets des deux nations sont établis de façon différente. Par exemple la gendarmerie est comprise, en Allemagne, dans le budget de l’intérieur.
sion de l’armée réduisait les crédits de 11.983.420 fr. « Les dépenses de la guerre ont atteint un chiffre maximum », affirmait M. Mau j an, rapporteur du budget de 1903. Et, cetle année, la commission de l’armée réduisait les crédits de la guerre de 27 millions 230.746 francs. Aussi, l’année suivante, M. Maujan, rapporteur, dut-il avouer que ce budget était « déjà très comprimé » et que la commission de l’armée n’était « parvenue qu’avec difficulté » à réduire encore les crédits de 2.583.889 francs.
Ces « compressions » incessantes s’exerçaient fatalement au détriment de la solidité de l’armée et de la bonne organisation de la défense nationale. Il fallut plus tard le reconnaître. M. Clémentel, rapporteur général du budget lorsque commença la discussion de la loi de finances de 1913, déclara que la France n’avait consacré au perfectionnement .de son armement, de 1902 à 1913, que 980 millions de francs, tandis que l’Allemagne dépensait dans le même temps — sans compter les crédits supplémentaires votés en dernier lieu par le Reichstag ■ — 2 milliards 002 millions de francs, c’est-à-dire 100,5 p. 100 de plus que notre pays.
A cette époque, où la France était menacée d’une guerre, on avoua, à la Chambre et au Sénat, que « les ministres des finances avaient limité d’une façon trop rigoureuse, et arbitrairement, les crédits de la 3e section, et que les ministres de la guerre avaient trop facilement accepté cette limitation ». (Rapport de M. Humbert présenté au Sénat au mois de juin 1914.)
l’armée de 1S99 a 1900
Du même document, nous extrayons le passage suivant :
A ce sujet, on a produit devant la Chambre des députes, pour la justification des services de la guerre, une comparaison des crédits que ces services avaient demandés avec les autorisations de dépenses qui leur ont été réellement accordées. On a dit, par exemple, qu’en 1900, pour le budget de 1901, le ministre des finances avait pratiqué d'office une réduction de plus de 35 millions sur les 104.500.000 francs que demandait le ministre de la guerre; que, pour le budget de 1902, le chiffre demandé par les services déliassait 9S millions cl qu’il fut réduit de 38 millions par le ministre de la guerre, puis de 10 millions en plus de cette première réduction par la ministre des finances. A partir de ce moment, a-t-on ajouté, les sommes, demandées par les services sont devenues beaucoup plus faibles, parce que les directeurs du ministère avaient ordre de réduire au minimum leurs prévisions, mais ces' prévisions déjà si réduites ont encore été fortement comprimées, soit par le ministre de la g, lierre spontanément, soit d'après les indications impératives du ministre des finances. En 1903, les services ne demandaient plus que 59 millions et on leur en accordait seulement 30; en 1904. ils demandaient 01 millions et on ne leur en accordait que 30; en 1905, ils en demandaient 44 et on ne leur en concédait que 27. De 1905 à 1907, il est vrai, après la manifestation allemande de Tanger, plus de 230 millions sont dépensés hors budget; mais, à partir de 1908 et jusqu’à 1 époque des événements d’Agadir, les prévisions sont de nouveau diminuées; les services réclament 88 millions et on ne leur en donne que 57. Pour 1909, ils sollicitent 98 millions et on ne leur en octroie que GG. Pour 1910, au lieu de 81 millions demandés, on n’en accorde que G9, et pour 1911, les 113 millions déclarés nécessaires sont ramenés à 8G millions.
Le rapporteur du budget de la guerre de 1903 disait que la commission du budget avait réalisé une économie de 5.73G.050 francs, d’accord avec le ministre de la guerre, « du fait de la mise en consommation, en 1903, de divers approvisionnements, qui étaient entretenus en sus des besoins stricts de la mobilisation, soit au t i Ire de la réserve de guerre, Troisième République (1899-1:06). 34
530 HISTOIRE DE LA TROISIÈME RÉPL BLIÇUE
soit au titre du service courant ». Le rapporteur avait demandé un chiffre de réduction « plus considérable encore », mais l’administration de la guerre avait répondu que ces approvisionnements étaient diminués depuis trois ans déjà et que l’on arrivait « au minimum d’approvisionnement qu’il sera impossible de réduire ». En effet, la réserve d’effets de toute sorte, d'armes, de munitions, d’équipements, etc., créée pour les besoins de la mobilisation (et non en sus des besoins), avait été sacrifiée en grande partie pour obtenir ces économies (1).
La même année, le ministre de la guerre se voyait obligé de dire à la tribune du Sénat : « Je n’ai plus de revolvers dans mes arsenaux, et, aujourd’hui, il est admis que toute la cavalerie doit être armée de revolvers. » Il ajoutait que la diminution des crédits l’empêchait de pousser la fabrication de la cartouche nouveau modèle pour le fusil d’infanterie. Le ministre des finances n’en prit pas moins position contre son collègue de la guerre et persista à refuser les sommes demandées « en pleine paix, en temps normal ». Le Sénat lui donna gain de cause.
M. Waddington signala, la même année, dans son rapport sur le budget de la guerre, « que la commission avait dû ajourner le vote du crédit ayant trait au développement de l’artillerie ». Il ajoutait :.« Il appartiendra au gouvernement d’y mettre fin et de saisir le Parlement, s’il y a lieu, de nouvelles propo-
(1) Il fut opéré des prélèvements sur la réserve de guerre de l’habillement pour 1 million en 1902, pour 2.916.510 francs en 1903, pour 3 millions en 1904 et pour 500.000 francs en 1905; au total, pour 7.416.500 francs en nuatre ans.
l’armée pe 1899 a 1906
sitions. » Le gouvernement resta sourd à cet appel et ne fit rien.
En 1901, l’état-major général avait signalé que l’ajournement des crédits réclamés pour les chemins de fer militaires aurait de graves conséquences. Malgré cela, il ne les obtint pas. En 1904, il avait demandé 895.000 francs; le ministre de la guerre abaissa ce chiffre à 355.000 francs (chapitre 80 du budget de 1905). Les transports stratégiques se trouvaient ainsi menacés, car le réseau ferré commercial était dépourvu de chantiers de débarquement, d’appareils de sécurité, d’alimentation hydraulique, etc.
Composition de l’armée en Allemagne et en France.
Au 1er octobre 1905, l’armée allemande était ainsi composée :
ln[anterie. — 216 régiments (177 à trois bataillons, 39 à deux bataillons); 18 bataillons de chasseurs; 16 détachements de mitrailleuses.
Cavalerie. — 97 régiments à cinq escadrons; 4 escadrons de chasseurs à cheval.
Artillerie de campagne. — 94 régiments et 1 régiment d’instruction formant un total de 583 batteries, dont 42 à cheval et 63 batteries d’obusiers.
Artillerie à pied. — 18 régiments formant 38 bataillons, 1 compagnie d’expériences et 10 groupes d’attelages.
Génie et troupes de communication. — 26 bataillons de pionniers; 3 régiments et 1 bataillon de chemin de fer; 3 bataillons et 1 compagnie de lélcgra-
phistes; 1 bataillon et 1 section d’aérostiers; 1 compagnie d’expériences.
Train. — 23 bataillons et 7 groupes d’attelages W.
A la même date, l’armée française comprenait les formations suivantes :
Inlanlerie. — 163 régiments à cpialre bataillons, moins 272 compagnies; 30 bataillons de chasseurs à six compagnies; 4 régiments de zouaves à cinq bataillons de quatre compagnies, plus 2 compagnies de dépôt; 4 régiments de tirailleurs algériens à six bataillons de quatre compagnies, plus 1 compagnie de dépôt; 2 régiments étrangers à quatre bataillons de quatre compagnies, plus 2 compagnies de dépôt; 5 bataillons d’infanterie légère d’Afrique à six compagnies; 4 compagnies de fusiliers de discipline.
Cavalerie. — 79 régiments; 6 régiments de chasseurs d’Afrique; 4 régiments de spahis; tous à cinq escadrons dont un de dépôt, incomplet; 8 compagnies de cavaliers de remonte.
Artillerie. — 40 régiments de campagne; 18 bataillons d’artillerie à pied; 10 compagnies d’ouvriers et 3 d’artificiers.
Génie. — 6 régiments de sapeurs-mineurs; 1 régiment de chemins de fer; 1 bataillon de télégraphistes.
Train. — 20 escadrons et 12 compagnies mixtes.
Troupes d’administration. — 21 sections de secré-
(1) Pour le quinquennat de 1905 à 1Q10, une loi prévit les créations suivantes : 8 bataillons d’infanterie. '28 escadrons de cavalerie, bataillons d’artillerie à pied, 1 compagnie pour l’école de tir de l’artillerie à pied, 3 bataillons de pionniers, 1 bataillon de télégraphie, 1 compagnie du train.
l’armée de 1899 a 1906
taires (état-major et recrutement); 25 sections de commis et ouvriers d’administration; 25 sections d’infirmiers.
La France, par suite de sa faible natalité, sans cesse décroissante, avait des contingents beaucoup plus faibles que ceux de l’Allemagne, et ses effectifs étaient encore réduits par le Parlement, comme on le verra, pour des raisons d économie. Les « compagnies-squelettes » de l’infanterie, comme on les appelait, manœuvraient avec peine, presque sans profit pour l’instruction.
L’infériorité de notre cavalerie était aussi flagrante.
« Toutes nos autorités militaires sont d accord, disait M. le sénateur Waddington, pour reconnaître que la comparaison (avec l’Allemagne) n est à notre avantage ni en nombre, ni en qualité, si tant est que l’ancienneté, de service est un élément de solidité. Il nous suffira de rappeler qu’en 1910, nos voisins disposeront de 72.300 cavaliers dont les trois quarts rengagés ou anciens soldats, tandis que, apiès défalcation des spahis desquels on ne peut disposer pour une guerre européenne, nous ne pounions compter que sur 61.000 hommes, dont près de la moitié recrues, non mobilisables pendant six mois de l’année. Dans ce chiffre sont compris, cela va sans dire, les régiments de chasseurs d Afrique... » (Rapport sur le budget de 1908.)
Pour l’artillerie, arme d’une importance capitale dans les guerres modernes, l’infériorité était encore plus accusée. L’Allemagne, en adoptant un canon de campagne à tir rapide, avait maintenu les batteries à six pièces, tandis que nous les avions réduites à
cjuatré. Il en résultait que les 21 batteries et les 3 batteries d'obusiers données à chaque corps d’armée allemand représentaient 144 bouches à feu, auxquelles il fallait ajouter 16 pièces de gros calibre. Les corps d’armée français n’avaient que 23 batteries à quatre pièces, soit 92 bouches à feu. « Cette infériorité s’étend aux approvisionnements de munitions qui seraient de 34.104 coups par corps d’armée. Nos batteries, quoique mieux approvisionnées par pièce, ne disposent que de quantités moins fortes; le déficit par corps d’armée serait de 5.400 coups. » (Wacldington, même rapport.)
Celte faiblesse, trop évidente, finit par émouvoir le Parlement. Une réorganisation de l'artillerie de campagne réduisit plus tard cette différence, mais d’une façon insuffisante.
Les effectifs militaires en France et en Allemagne.
Officiers, sous-officiers, soldats.
L’effectif budgétaire, en Allemagne, pour 1903 comprenait 33.109 officiers, 594.077 hommes de troupe; en France, 28.344 officiers, 531.395 hommes de troupe. En raison des manières différentes de décompter les catégories, la comparaison exacte donnait les chiffres suivants : Allemagne, 32.719 officiers et 593.483 hommes de troupe; France, 27.616 officiers et 481.200 hommes de troupe.
Il y avait en Allemagne 82.542 sous-officiers, tous rengagés. En France, il ne pouvait exister légalement qu’une proportion de trois quarts de l’effectif total des sous-officiers qui était de 41.013 en 1902. Il n’y avait, au 1er janvier de chaque année, que le
l’armée de 1899 a 1900
oC5
nombre suivant de sous-officiers rengagés ou commissionnés : 1897, 20.027; 1898, 21.173; 1899, 22.330; 1900, 23.088; 1901, 23.351; 1902, 23.545; 1903, 24.781; 1904, 25.332.
Après la loi de recrutement de 1905, il y eut 26.201 sous-officiers rengagés ou commissionnés le 1er novembre 1905; 28.755 en 1908; 30.305 en 1907.
Depuis 1875, les effectifs nets réalisés (toujours inférieurs aux effectifs budgétaires) atteignaient les chiffres ci-après dans les deux nations :