I.E MINISTÈRE WADDINGTOX Du 4 Février au 3S Décambre ISTU
Jules Grévy avant 1871. ■- ['résîilenoe de l'As-iemblte nntionnic. - Le disrours du 19-20 Novembre 1873. — Jules (irévv nvaiit INTIî. — l.e :tO Janvier IHTS. — Gambctla Président de la Chuiiibre. — l.e Ciibinrl lin 4 Février. — SI, Waddin;;lon. — SL Jules Kcrry. — Chaiitrcmeolg dans Icpersonnel. — L'aiiinislie à la Chaiiihre et au Sénat. — .M. I.éon Say et la conversion du 5 p. KMl. — I.n Lmilerne el la Prtfeclure de police. — .M. de Marcère. — MM. Lcpére et Andrieiix. — M. Henri Briason et l'enquiHe sur le Ifl .Mai. — L'ordre du jour Rauicnii. — Première revision de la Consliliition. — Pr^seutation des lois scolair<-s. — Jules Forry avant I8"ll. — L'cuseigiieinenl supérieur ci Algérie. — La Caisse "les Ecoles. — Enseignenifiit ilrpnrteiuental et coinitiunnl de lajiricullure. — Ki'oles nonnalea il'inalilu triées et d'instituteurs. — Loi sur la Iïi>erté de IVnscipueuient supérieur. — L'arlicle T. — Le l>anc|ucl d'Kpinal. — La lutte entre la démocratie et le cléricalisme. — Le clergé cl les lois Ferry. — Lettre de M. Lepère à Tt-TÈque de Grenoble. — L'archevSiiue d'.Viit décrété d'abu». — La seision d'Avril des Conseils iiénéraux. — La loi sur renseignement supérieur à la Chanibrc. — Séances du S6 et du 27 Juin. -- Le coDlrcprojel Bardoux. — Uîscussiiin des artirles. — Amendement Madicr de Montjau. — Erreur de Jtiles Kerry et du Gouvernement. — Lettre de J. Simon à d'anciens électeurs. — La loi sur le Conseil supérieur à ta Chambre. — L'article T pendant les vacances. — Jutes Ferry an Concours général. — L'élection Blanqui à la Chambre. — Les inler- I>ellations de Gavardie et Barnfcnon ou Sénat. — Le budget de ISitO.
— Les principaux actes du lIouvcrneuLent. — La situation politique.
— Mort du Prince Impérial. — Retour des amnisliés. — Iléclaralion d'abus contre l'évéque de Grenoble. — Faiblesse du Cabinet Wadtlington. — La situation des 830 condamnés de la Commune. — L'allocution de Ganibetta. — Déclaration du Président du Conseil. —
Km>. ZivoRT. — Troisième République.
lE HIMSTËIBE WADDINGTON (4 Féï.-28 Décembre 187fl)
Né àHoDt-sous-Vaudrey(Jura), le 15 Août 1807,JuleaGrévy était dans sa soixante-douzième anoée quand il fut élevé à la Présidence de la République par le Congres, le 30 Janvier 1879. Depuis plus de quarante ans il occupait une place éminenle au barreau de Paris et il jouait un rôle important dansThistoirede noire pays. Dès 1837, époque de ses débuts comme avocat, il attirait l'attention par une parole sobre et forte, une dialectique serrée, un inaltérable bon sens. Membre du Conseil de l'ordre en 186â, il arrivait au bâtonnat en 1868 et, à ce litre, il prononçait sur la tombe de Berryer un discours qui est resté comme un modèle du genre '.
Attiré par la politique, Jules Grévy défendait des accusés politiques devant la Cour des Pairs en 1839 et en 1840, entrait en 1848 à la Constituante, où il déposait la célèbre proposition qui est devenue inséparable de son nom, était réélu à la Législative, où il se mêlait aux discussions d'alTaires autant qu'aux grandes luttes politiques et, après le coup d'État de Décembre, reprenait le chemin du Palais de Justice. La politique le ressaisit en 1864 : il est, dans le procès des Treize, le défenseur de Dréo ; ses compatriotes du Jura lui ouvrent en 1868 les portes du Corps Législatif par une élection triomphante, lui renouvellent leur confiance aux élections générales de 1869 et assistent, comme lui, impuissants et navrés, h l'effondrement du régime impérial et aux désastres de la patrie.
Jules Grévy ne fait pas partie du Gouvernement de la Défense Nationale. Pendant la tourmente, il séjourna à deux reprises à Tours. Il est l'hôte de M""PcIouze, sœur de M. Wilson, comme MM. Cocbcry.Tassio, Guyol-Montpayroux. Avec
JULES GRÉVÏ AVAST l8Ti» 3
eux il déplore le retard apporté à la convocation des électeurs. Avec M. Tbiers, de retour de sa louroce en Europe et qui, comme lui, manque de coaûsnce dans l'issue de la lutte engagée, it s'enferme dans une opposition frondeuse k la Délégation. L'historien ne peut pas oublier que le patriotisme ardent de Gambetta fut méconnu par HH. Tbiers et Grévy, que ces deux grands citoyens ont porté sur le grand tribun un jugement sévëre jusqu'à l'injustice.
Quand l'Assemblée est réunie à Bordeaux, Jules Grévy, placé à sa tête par un vote presque unanime, devient le président modèle, au jugement sûr, au coup d'œil prompt, au tact inûni, à l'indéniable impartialité. Pendant plus de deux ans il sut, dans les circonstances les plus graves, dans les séances les plus tumultueuses, s'imposer à tous par son calme, sa dignité, la maîtrise de soi-même ; il apparut comme le gardien des tables de la Loi, comme le représentant le plus autorisé et le plus auguste de l'Assemblée souveraine. S'il semble céder à un accès de mauvaise bumeur, le jour où il quitte le fauteuil, et & un accès d'entêtement, le jour .où il refuse d'y remonter, bien que réélu à plus de 100 voix de majorité, c'est qu'il a reconnu à des signes certains que son autorité décline, que l'Assemblée va « prendre une voie dans lequelle il n'était pas du devoir d'un républicain de la diriger ». La cbute de Tbiers l'afflige sans l'étonner. La tentative de restauration monarcbique le trouve au premier rang de ses adversaires. 11 la combat par la plume, dans sa célèbre brochure sur le Gouvernement nécessaire, avant de combattre le Septennat par la parole dans les séances mémorables du S et du 19-20 Novembre 1873. M. Tbiers disait du discours prononcé par H. Grévy dans la séance du 19-20 Novembre : « C'est le plus beau et le plus fort que j'aie entendu, depuis quarante ans que je suis dans les Assemblées. » II n'y a rien à ajouter & cet éloge du plus compétent des juges.
4 LE UIMSTÈKE WADDINGTOH li Kév.-2N Décembre 1878)
Jules (irévy vota l'amendement de M. Wallon, mais il s'abstint le âb Février 187S, avec treize autres républicains, dans le vote sur l'ensemble de la loi d'organisation des pouvoirs publics. Ses principes absolus, en matière de législation constitutionnelle, ne lui permettaient pas d'accepter la conception de MH. Wallon et Luro, au succès de laquelle des esprits plus souples et plus pratiques, comme étaient MM. Jules Simon, Ricard et Gambetla, consacraient toutes les ressources de leur éloquence et de leur persuasive habileté.
Président désigné de la Chambre de 1876 et de la Chambre réélue après le 16 Mai, M. Grévy y montra les qualités qu'il avait déployées'à l'Assemblée nationale, apaisant par son sang-froid les passions surexcitées, réprimant les outrages prémédités de la faction bonapartiste, maintenant, contre toutes les violences, la liberté de la tribune et faisant de sa situation la première place de l'État, tant il sut lui donner de respectabilité, d'autorité et de prestige. Le vote du 30 Janvier 1879 fut approuvé de toute la France, de l'Europe entière : pour tous il fut manifeste que le Congrès avait •■levé le plus digne à la suprême magistrature.
Personne ne se demanda si l'austcrilé de M. Grcvy, si son masque impassible et froid, ne dissimulaient pas certaines passions ; personne ne s'imagina quclesanciennes rancunes contre un grand serviteur de la démocratie pouvaient survivre, puisque le principal intéressé avait oublié depuis longtemps les mots cruels décochés à son adresse etles jugements iniques formulés contre lui ; personne enfin ne réfléchît qu'un vieillard de soixante-douze ans n'avait peut-être plus l'activité nécessaire pour remplir tous les devoirs de sa charge; personne surtout ne supposa que la plus haute fonction de l'Etat allait être remplie par un employé supérieur, rangé, économe, soucieux de bien pourvoir sa famille et de réaliser d'honnêtes bénéfices sur ses appointements.
GAHSITTA PRESIDENT DE LA CflAHERt: .%
Un fnrme boQ sens, beaucoup de prudence et de modérntiOD,uiie connaissance approfondie du monde parlementaire, telles sont les qualités que M. Jules Grévy apportait & la Présidence, avec quelque étroitesse de vues et une certaine défiance des hommes nouveaux et des idées modernes. Dans la limite nettement circonscrite de ses attributions, et qu'il ne chercha Jamais à étendre, il pratiquerait une politique très sage ; il n'userait jamais de son iiiHuence personnelle, de son expérience et de son autorité pour faire prévaloir une politique très large.
L'êlectiundeM. Grévy tire son importance du calme complet au milieu duquel elle s'accomplit, de la facilité avec laquelle les articles de la Constitution, relatifs h la Présidence, furent appliqués pour la première fois et surtout de la conquête faite par les Hépublicains du pouvoir exécutif. Lentement mais sûrement, par une naturelle évolution, sous la poussée d'une opinion publique irrésistible, la Chambre d'abord, puis le Sénat, puis la Présidence étaient passés aux mains des Républicains. Ils sont désormais responsables de la politique intérieure et de la polilique étrangère ; ils ont à prouver leur aptitude gouvernementale, k démontrer que la pratique du suffrage universel ell'usage, même l'abus, de toutes les libertés sont compatibles avec l'exercice du régime parlementaire. Si la démocratie fait faillite, on ne pourra, on ne devra s'en prendre qu'à eux seuls. Leurs chefs avaient certainement le sentiment de cette responsabilité et des devoirs qu'elle leur imposait. Dans son premier Message M. Grévy annonçaitque leGouvernement serait libéral, juste pour tous, protecteur de tous les intérêts légitimes, défenseur résolu de ceux de l'État.
M. Gambetta, dans son discours inaugural comme Président de la Chambre, conseillait à la Républiqtie. sortie victorieuse de la mêlée des partis, d'entrer dans la période organique
6 IG UINISTÈHE WADDINGTON (4 FéT.-î8 Décembre 18Î9)
et créatrice et, dans ub discours à ses électeurs de Belleville, il promettait de ne pas se laisser emporter par l'esprit d'impatience et de témérité, de ne pas s'abandonner à l'ivresse du succès. On a reproché à H. Ganibelta et aux Républicains de s'être ralliés, à partir du 30 Janvier 1879, à une politique otalérialiste, d'avoir renoncé aux aspirations héroïques et aux conceptions chimériques des Républicains de 1848. Ce reproche a été formulé par des Bonapartistes et par des Monarchistes. [I est certain que si les Républicains, en 1879, s'étaient montrés idéalistes et utopistes, à la façon de Victor Hugo et de Louis Blanc, les partisans de l'Empire et de la Monarchie auraient eu beau jeu contre eux et seraient venus & bout de la Troisième République auesi facilement que des deux premières. Ils n'ont pas eu une prise aussi facile sur la République très sage qui voulait être la République de la France entière, comme le disait Jules Grévy au Conseil municipal de Paris et au Conseil général de la Seine, n aussi bien de ceux qui marchent en avant que de ceux qui suivent en arrière. »
Le nouveau Cabinet ne parlait pas un autre langage que le Président de la République et le Président de la Chambre. Il avait été constitué le 4 Février et annoncé le 5 au Journal Officiel. La crise présidentielle avait fait si peu de bruit, que l'on avait pu croire, au premier moment, qu'il n'y aurait même pas de crise ministérielle. La correction et la dignité souveraines que H. Dufaureavait montrées, depuis la dernière interpellation & la Chambre jusqu'à la dernière réunion du Conseil présidée par le Maréchal, avaient fait une impression profonde dans les milieux politiques et valu au vieux parlementaire d'unanimes sympathies. Le ftO Janvier, quand il s'était présenté h. la tribune du Congrès pour déposer son vote, une longue salve d'applaudissements l'avait accueilli et, le soir même, M. Grévy lui avait demandé de rester à la tête