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LES NOUVEAUX MINISTRES

desaflaires. « A situation aouvelle, il faut des hommes nouveaux, » avait répondu H. Dufaure, avec sa brusque franchise, el le Président de la République avait dû pouvoir à sa succession : U. Le Royer l'avait remplacé au ministère de la Justice. Trois autres portefeuilles, celui de l'Iastruction Publique, celui de l'Agriculture et du Commerce et celui de la Marine avaient également changé de titulaires. M. Jules Perry avait remplacé M. Bardoux; M. Lepëre avait reçu la succession de M. Teisserenc de Bort et l'amiral Jauréguiberry celle de l'amiral Po'huau. Telle était, avec le ministère noaveau des Postes et Télégraphes, conQé à M, Cochery, la part faite aux hommes nouveaux ; MM. Waddington, de Marcère,LéonSay,deFreycinetet Gresley conservaient leurs portefeuilles. L'ancien Cabinet comptait S sous-secrétaires d'État; le nouveau n'en eut que 4 : H. Goblet à la Justice, M. Jules Develle à l'Intérieur, M. Edmond Turquel à l'Instruction Publique, avec juridiction exclusive sur les Beaux- Arts, et M. Sadi-Carnot aux Travaux Publics. Les Cultes avaient été offerts à H. Bardoux qui les refusa, ne pouvant accepter un ministère réduit : ils furent rattachés au ministère de l'Intérieur. La République, comme les régimes précé* dents, se montrait embarrassée d'attribuer l'administration des Cultes à tel ou tel département ministériel. Cet important service sera ainsi ballotté, â chaque crise, ou même en dehors de toute crise, détaché de l'Instruction Publique et rattaché h la Justice ou à rintérîeur, pour des considéralions de personne et non pour des considérations d'intérêt public ou de bonne administration.

Le maintien aux trois départements des Affaires Étrangères, de rinlérieur et des Finances de trois membres du Centre Gauche aurait donné au Cabinet une couleur trop adoucie si les portefeuilles de la Justice, de l'Instruction Publique et de l'Agriculture, non moins importants, surtout

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les deus premiers, à la veille de la discussion de l'amnislie et de la présentation des lois scolaires, n'avaient été conliés à des républicains plus avancés, MM. Le Royer, Joies Ferry et Lepère.

En somme, le Cabinet du 4 Février comprenait à la fois des hommes qui pouvaient inspirer pleine conQanceaux républicains les plus défiants, les plus soupçonneux et des ministres d'une compétence indiscutée. Il n'y aurait eu de critiques à formuler que sur le choix du président du Conseil. Membre du Centre Gauche, mais du Centre Gauche le plus timide, de celui qui confinait au Centre Droit, M. Waddington était certainement d'opinions plus modérées que tous ses collègues du Cabinet. De plus, malgré sa présence dans les Conseils de M. Thiers et du Maréchal, il avait joué un râle elTacé, tenu une place plus que modeste, durant la période héroïque, dans ces lattes pour la vie que la République avait soutenues pendant six ans. EnRn ses qualités un peu ternes, sa modestie, son manque de décision ne le désignaient pas pour la Présidence du Conseil. 11 avait du sérieux dans le caractère et de la correction dans la tenue, mais peu d'autorité dans le parti républicain et peu d'action oratoire sur les Chambres.

A défaut de Gambetta, qui ne jugeait peut-être pas son heure venue et qui d'ailleurs ne fut pas pressenti par M. Grévy, le plus qualillé des nouveaux minisires était incontestablement M. Jules Ferry ; il était aussi le plus désigné par son passé, par ses services, et il va tout naturellement se placer au premier plan dans le Cabinet Waddington, comme dans le Cabinet de Freycinet. Ce n'est pas seulement parce que les lois scolaires vont bientôt absorber toutes les préoccupations et reléguer dans l'ombre les autres matières législatives que le nom de Jules Ferry va se trouver dans toutes les bouches, à partir du 4 Février 1879, c'est parce que le député des Vosges va chaque jour grandir au pouvoir, c'est parce quo

JULES FERRV A L ISSTRUCTrOS PCBLliJUli 9

l'esprit polilique, le sens gouverne m en lai vont apparaître chez lui & un degré éminent, c'est parce que ses services vont l'emporter surceux des meilleurs républicains, sa renommée égaler celle de Gambetta et aussi son impopularité, attisée par les envieux, atteindre et dépasser celle de Pollgoac, de Guizol, du duc de Broglie, et, à la longue, consumer une existence vouée tout entière à la démocratie et à la France.

Tel quel, le nouveau Cabinet n'avait qu'un tort, mais un tort irrémissible, c'était d'être un Cabinet Waddingloa, au lieu d'être le Cabinet Gambetla que toute la France attendait. Le roi de France s'était-il souvenu des injures du duc d'Orléans? Le Président de 1879élait-it resté l'opposant et le frondeur de 1870 et de 16717 Le supposer serait faire une injure gratuite au caractère de M. Grévy. Il ne songeait pas & satisfaire une vulgaire rancune, en excluant U. Gambetla de la direction du Gouvernement; il pensait sans doute que cette situation convenait mieux h un homme moins mêlé aux luttes ardentes des dernières années. Hn quoi il se trompait gravement. M. Thiers, qui avait un autre coup d'oeil que H. Grévy, songeait, dés l'été de 1877, dans la perspective de son retour à la Présidence, à faire de Gambetta son Présidentdu Conseil. Il sentait bien, l'habile et perspicace homme d'État, que nul plus que Gambetta n'aurait d'autorité sur une Chambre dont il avait partagé les passions, les craintes, les espérances et qu'il avait finalement conduite h. la victoire.

Quand un citoyen occupe dans une démocratie la place qu'y tenait Gambetta, ce n'est pas dans une fonction honoriTique, si haute soit-elle, qu'il faut te reléguer ; il faut le mettre au poste le plus dangereux, il faut le placer au centre de la plus grande activité politique, il faut lui conGer avec la l^résidencedu Conseil des ministres la direction réelle des affaires. Il faut surtout utiliser une force comme celle-là, au lieu de la laisser sommeiller dans les honneurs ou s'aiTaiblir dans

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le mystère du Gouvernement occulte. Qui pourra soutenir que les destinées ultérieures de la République, la Présidence de H. Jules Grévy et la carrière politique de Gambetta lui-même n'eussent pas été profondément modifiées si, dès le premier jour, sans hésitation ni arrière-pensée, celui qui avait la réalité de l'inHuence avait reçu la réalité du pouvoir, si l'opinion ne s'était pas fortifiée de jouren jour qu'il y avait comme un malentendu entre le premier magistrat de la République elle premier citoyen de la démocratie française^ Ce sera pour tous les Français qui réiléchissent l'objet d'un éternel regret que l'expérience d'un Ministère Gambetta n'ait pas été faite en 1879, avec la Chambre élue en 1877, au lieu d'être reculée en 1881, avec une Chambre nouvelle ; ce sera la faute qu'ils pardonneront le moins à Jules Grévy, parce que c'est celle qui a le plus engagé et le plus compromis l'avenir.

Et qui dit que Gambetta n'eut pas, du premier coup, constitué un Ministère homogène, au lieu de ces administrations disparates, que nous allons voir naître sans cause, mourir sans molifa et se reproduire avec une désespérante monotonie durant toute la Présidence de H. Grévy? A part le grand Ministère el le second Ministère Ferry, tous les Cabinets qui se succéderont de 1879 à 1887 offriront le même défaut que le Cabinet Waddington : ils seront composés comme au hasard ; leurs membres seront presque toujours pris en dehors de la majorité qui aura renversé le Cabinet précédent et ils disparaîtront au bout de 7 ft 8 mois, par impossibilité de vivre, pour faire place à une combinaison à peine différente, qui aura la même durée éphémère et qui disparaîtra sans raisons plus sérieuses.

M. Grévy exercera une action personnelle très grande sur ses ministres ; dans les circonstances graves, soit en présence de complications extérieures possibles, soit an plus fort de la lutte religieuse, il saura faire entendre une parole

LES CIIAHGBHENTS DIPLOIIATIQOES II

d'apaisemeot ou tenir le langage d'uo vrai chef d'État ; il ne saura pas au même degré choisir, au moment critique, l'homme de la situation, ni maintenir l'union entre ceux qu'il aura choisis, ni leur assurer une majorité Gdële dans les Chambres par son intervention, par ses rapports quotidiens avec les membres du Parlement. On ne sentit pas assez sa main et son influence. It fut trop eOacé on trop indifférent, peut-élre parce qu'il eut une conception inexacte de ses devoirs constitutionnels, parce qu'il succédait h un Président de la République qui avait fait le 16 Mai.

A peine inslallé, le nouveau Cabinet, pour répondre aux vœux des Chambres et de l'opinion, pour Taire servir la République « par des fonctionnaires qui ne fussent ai ses ennemis ni ses détracteurs, » procéda aux changements nécessaires dans les ambassades, les grands commandements militaires, les préfectures et les parquets. H. de Saiut- Vallier fut nommé & Rerlîn, H. Fournier k Constantinople, le marquis de Oabriac à Rome (Saint-Siège], l'amiral Jaurès il Madrid, M. Cballemel-Lacour à Berne, M. Teisserenc de Bort à Vienne, le général Cbanzy à Saint-Pétersbourg et l'amiral Potbuau k Londres. Les généraux Montaudon, Bataille, du Baraîl, Bourbaki et de Lartigue furent mis en disponibilité ou placés dans la réserve; les généraux d'Aumale, Deligny et Douai appelés à d'autres fonctions ; le major Labordère replacé dans la position d'activité. Dana les préfectures, sou s -préfectures et secrétarials généraux il y eut surtout des mutations ; dans les parquets, des magistrats républicains remplacèrent les fonctionnaires peu sûrs pour lesquels H. Dufaure avait eu des trésors d'indulgence. Éliminations ou nominations procédaient du même esprit : la République, eaQn maîtresse du Gouvernement, exjgait avec raison la ûdëlité de ceux qui briguaient l'honneur de la servir et l'avantage d'être appointés par elle.

a LE MINISTÈRE WAODIKGTON (t Fév.-ÎH Décembre 1S19;

Les tendances, à la Fois très nettes et très modérées de la nouvelle administration, se révélèrent dans la discusssion de la ici d'amnistie, la première que le Cabinet Waddinglon ait déposée. M. DufaureaTaitaccordédesgrÂcea. M.LeRoyer, son successeur k la Chancellerie, accordait l'amnistie aux graciés et la grâce aux contumaces. Les individus contre lesquels des poursuites avaient été entamées bénéficiaient de la prescription. Étaient exceptés les individus condamnés pour crimes ou délits de droit commun à plus d'une année de prison antérieurement h la Commune. L'exposé des motirs du projet de loi dénonçait l'insurrection de 1871 comme un des attentats les plus grands qui aient été commis contre la souveraineté nationale. Louis Blanc à la Chambre, Victor Hugo au Sénat réclamaient l'amnistie pleine et entière ; le Commission de la Chambre des députés demandait l'extension des mesures de grâce amnistiante non seulement aux condamnés politiques, mais à tous les condamnés pour crimes et délits relatifs à des faits politiques. Acceptée par le gouvernement cette extension fut votée sur le rapport de M, Andrieux et après un très ferme et très politique discours de M. Le Royer. KUe ne laissait en dehors de la clémence que i.200 individas, sur 10.000 jugés coutradictoirement et3.t00 jugés par coulumace.

Au Sénat la loi fut adoptée sans modîQcations après un rapport de M. Ribière, une intervention un peu emphatique de Victor Hugo et uue opposition plutôt juridique que politique d'un membre du Centre Droit, H. Clément. Le Garde des Sceaux invoqua des raisons d'humanité en faveur du projet qui réunit 159 voix contre Hi. M. Bérenger au Sénat, M. lUbot à ta Chambre s'étaient prononcés pour le système des grâces aussi complet que possible, mais contre le système de l'amnistie qui mettrait, disaient-ils, le Gouvernement dans la nécessité dâ faire promptement de nou-

l'aunistib IH

velles concessions do mèroe ordre et en faveur des condamnés les moins Inléressants. Le sénateur comme le député prédisaient que les bénéliciaires de la grâce aoiniatiante ne sauraient aucun gréaux pouvoirs publics de cette concession; qu'ils la présenteraient, non pas comme une mesure de pardon et d'oubli, mais comme une réhabilitation de la Commune. L'événement devait leur donner raison. Apres le vole de la loi le Gouvernement avait multiplié, dans les trois mois qui suivirent la promulgation, les décrets de grâce amnistiante, et les condamnés ou les contumaces étaient rentrés en France avec des sentiments non pas de repentir, mais de haine, avec des espoirs de revanche que quelquesuns cachèrent dans le fond de leur cœur, que d'autres proclamèrent BU daci eu sèment, comme fit Elisée Reclus. C'est parmi ces hommes, « couverts d'une éternelle flétrissure, que sont mes plus nobles amis, » disait le célèbre géographe

La discussion de la loi d'amnistie n'avait pas troublé les bons rapports du Cabinetavecla majorité des deux Chambres. Mais la lune de miel fut courte pour le Ministère Waddington. Dès la fin du mois de Février la question de conversion du o p. 100 mit en mauvaise posture le ministre des Finances H. Léon Say. Puis la question de réorganisation des services de la Préfecture de police amena la chute du ministre de l'Iatérieiir, M. de Marcère. Vinrent ensuite, coup sur coup, la question des poursuites contre les Cabinets du 10 Mai et du 23 Novembre, celle du retour des Chambres à Paris, celle des lois scolnires : celle-ci grosse d'agitations ultérieures, celles-là révélatrices de différences de tempérament significatives entre le Sénat et la Chambre, entre la majorité de la Chambre et le Cabinet du 4 Février.

On parlait beaucoup, è la fin du mois de Février 1879, d'un projet de conversion du 5 p. 100 qui devait procurer à l'État de sérieuses ressources. Les petits rentiers, affolés par

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celle perspeclive, s'élaient défaits de leurs Ulres et le 5 p. 100 élait tombé de 113 francs à 109 francs. Pour enrayer ce mouvement de baisse, M. Léon Say vint déclarer à la Commission du budget que le Gouvernement renonçait è convertir. Avant de faire cette déclaration à la Commission (lu budget, le ministre des Finances en avait informé officieusement le syndic des agents de change de Paris ; celui-ci en avait avisé quelques gros financiers et la spéculation s'était donné libre carrière. M. Léon Say avait risqué son portefeuille avec ces imprudences ; il en fut quitte pour une interpellation sans conséquences politiques et qui ne porta atteinte qu'à sa discrétion professionnelle et à aon prestige ministériel.

Quant h la conversion des emprunts o p. 100 émis après 1870 pour la libération du territoire, s'élevanl à 346 millions de rente et qui était possible dès 1876, elle ne fut réalisée qu'en 1883, au moment des déficits, les Chambres étant peu favorables aune mesure qui pouvait diminuer leur popularité.

Les conséquences de la campagne entreprise dans le journal La Lanterne, par Vn vieux petit employé, contre la Préfecture de police, furent plus graves pour M. de Harcëre que l'ajournement de la conversion pour Ikl. Léon Say- Poursuivie en diffamation La Lanterne avait été condamnée ï la prison et à t'amende, mais le procès, oii le journal avait essayé de faire la preuve des faits diffamatoires, conformément à la loi, avait révélé des abus sur lesquels le Gouvernement ne pouvait pas fermer les yeux. Le Préfet de police, M. Albert Gigot, demanda la révocation du secrétaire général de la Préfecture de police et l'ouverture d'une enquête. A peine nommée, la Commission d'enquête se démit, parce qu'elle était empêchée d'aboutir, les fonctionnaires interrogés se retranchant derrière le secret professionnel. Le Gouvernement avait peut-être eu tort de nommer

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