NAPOLÉON
Discoure prononcé par M. Bocher, dont la diicuition du budget ordinaire de 1884, le 36 aoill I8S3.
H. BoCHBfi. — Messieurs, le momeDt n'est pas venu, je le recon- Dais, d'examiaer, d'étudier à Tond l'état de dos llDances, encore moins de traiter les oombreuses et si graves questions qu'il soulève.
Mais le moment viendra-t-il pour nous cette année, plus tôt, plus à propos que les années précédentes? El quand la Chambre des Députés n'est encore saisie que de la partie du budget la moins contestée, la moins conleslable, — le budget ordinaire, — quand elle n'a pas encore nommé sa Commission, quand l'issue des conventions qu'on négocie avec les Compagnies et qui doivent servir de base au règlement du budget extraordinaire, demeure incertaine et qu'enlln la session actuelle sera certainement de plus courte durée, est-il permis de croire qu'il nous sera donné, pour cet important examen de notre situation linancière, le temps et la liberté nécessaires? (Très bien, à Droite.)
Et d'autre part ne Taut-il pas, pour pouToir juger une mesure comme celle qui nous est soumise aujourd'hui, rechercher, au moins brièvement, les circonstances, les causes qui la motivent, qui l'expliquent, qui la justifient.. , peut-être? N'est-ce pas le droit du pays de demander à les connaître, k les connaître par vous? {Tréê bien/ tris bien! à Droite.)
Messieurs, je l'ai pensé et si vous êtes également de cet avis, je vous prie de m'accorder, pour en faire le très rapide exposé, quelques instants de bienveillante attention... {Parlez! parlez.')
Messieurs, quelle était la situation, non pas sous la Restauration, non pas sous le Gouvernement de Juillet, cela nous obligerait à remonter trop loin, et cependant s'il me fallait comparer, j'avoue que la comparaison ne m'embarrasserait pas beaucoup (Sourires appTobatifs à Droite); mais je crois qu'elle serait assez hors de propos et bien vaine. Je demande seulement où nous en étions de
3i4 APPENDICE
noire silualion financicre, il y a encore quelques années; je crois que c'est li la vraie comparaison à faire en ce moment, et qu'elle ne sera pas sans utilité. (Approbations tur divers bancs.)
Après les épreuves douloureuses, après les difficultés terribles de la période de IK7I à 1875, le pays, grâce à tant de sacrifices si courageusement supportés, s'était relevé; les forces lui èlaienl revenues, ses ressources se montraient supérieures h ses charges; les dettes diminuaient; les revenus publics augmentaient; les budgets des quatre dernières années avaient donné des excédents, — réels ceiix-li, — et considérables : en 1875, jilus de 68 millions; 1876, 9H millions; 1877, 63 millions ; 1878, 62 millions et demi, ensemble plus de 300 millions. L'équilibre budgétaire s'établissait sans peine, sans efforts.
M. T(JL.\|N. — Il n'y a pas longtemps que vous le recon-
M. Bi>ciiEi<. — Je demande à mon honorable collègue la permission de lui dire qu'ici même, à cette place, j'ai été le premier à le déclarer, et j'ajoute que je regrette de ne plus voir à son banc l'honorable collègue qui' nous regrettons tous, U. Varroy. J*aidiscuté cette question avec lui et j'ai cherché à démontrer, ~- comme je le ferai tout h l'heure en peu de mois, — que les exercices dont je parle étaient en parfait équilibre parleurs propres ressources, et que ceux qui ont suivi, el qui vousont paru si prospère?, n'ont dû leur prospérité qu'aux excédents mêmes de ces quatre budgets de 18:S, 1876, 1877 cl 1878. {Interruptions à Gnuche. Très bien! très bien l à Droite.)
M. RuFFET. — Parfaitement; c'est incontestable!
M. Bûcher. — L'équilibre budgétaire, comme je le disais tout à l'heure, s'élabltsEail alors facilement et sans recourir à l'emprunt. Le compte de liquidation faisait face à ses dépenses h l'aide d'emprunts temporaires, dont l'amortissement rapide était assuré. Et enfin les 1,500 millions dns à la Banque allaient être remboursés en 1879, laissant disponible an budget ordinaire une somme de l.UOO millions qui garantirait pleinement le paiement des dépenses de la guerre et permettait même de donner un large mais raisonnable développement aux grands travaux publics. Le budget des travaux publics, en 1878, recevait une dotation de 235 millions. C'était la prospérité, c'était l'abondance; et que conseillait la prudence, cependant?...
Que fallait-il faire? Il fallait se rappeler qu'il n'y a jamais pour personne de prospérité constante, durable, et que, dans l'ordre économique, dans l'ordre financier et politii(ue, comme dans celui de la nature, aux jours heureux succèdent inévitablement les jours
DISCOURS DE H. BOCUER 52î>
difQciles; qu'il est sage de les prévoir et de s'y préparer. (Très bien à Droite.)
Il fallait d'abord employer les excédents de ces budgets — ce qui est leur emploi aormal — à éteindre les anciens découverts, qui s'élevaient alors à plus de 800 millions, et, si on entreprenait de nouveaux travaux, travaux de la guerre el travaux de la paix, commencer par les premiers avant tout, achever, compléter les défenses militaires du pays (Tréi bien à Droite) el, pour les uns et les autres, n'engagerdc dépenses que dans la mesure des ressources, ressource» d'impôts ou d'emprunts, mais certaines, effectives. C'était de la prudence et de la raison. Au lieu de cela, qu'a-t-on fait?
Vous le savez, on l'a rappelé souvent; mais il n'est peut-être pas inutile de le rappeler encore.
. Voici ce qu'on a fait, éblouis, sans doute, trompés par le mirage des plus-values sans cesse croissantes : acbat des chemins de fer d'intérêt secondaire et pour en payer le prix, création du nouveau 3 p. 100 ; 33 millions retranchés du. tond d'amortissement airectc aux dépenses du compte de liquidation ; puis, le vaste système que je ne veux pas critiquer en ce moment, des lignes tracées sur toute la surface du pays, dans toutes les directioas, et dont les principales, les lignes stratégiques, attendent encoi-c leur exécution-, puis, avec les travaux de chemina de fer, ceux des canaux, des rivières et des ports, des irrigations, ceux des écoles, des chemins vicinaux; puis les hauts emplois multipliés, les subventions, les pensions, les indemnités. Et, en même temps qu'on engageait toutes ces dépenses, -— C, 8, 20 milliards peut-être — que faisailon ? Par réduction ou suppression d'impdts, on retranchait de nos budgets plus de 250 millions de revenus permanents qui, auJouP' d'hui, d'après la loi des accroissements constants, représenteraient . peut-être prés de 300 millions.
Dans quel temps, daus quel pays, sous quel régime, je le demande, vit-on pareilles témérités^ Aussi, quels résultats?
Aux budgets faciles, aisés, ordonnés, faisant face b. tous leurs besoins avec leurs seules receltes — les recettes propres de l'exercice — succèdent bientôt les budgets embarrassés, obérés, dont l'équilihre apparent ne s'obtient qu'à l'aide de ressources empruntées ou de crédits insuffisants ; malgré les plus-values d'impôts toujours croissantes, les excédents font place aux délicits, déitcits dissimulés au moyen d'artitices qui trompent le pays.
J'achève maintenant de répondre à l'interruption de l'honorable H. Tolaincljeluidis:
Veuillez regarder à la page 70 de l'exposé des motifs du budget
5Î6 APP&NDICB
(ielSSi, dans deux tableaux qui présentée t arec une clarté puTaitc le résumé des exercices <le 1875 à 1882, voici ce que vous verrez :
L'exercice 1879 se présente avec ud boni de 96 millioas. C'est beaucoup, mais à quel prix ce résultat a-t'il été obtenu? L'exercice IS79 avait emprunté 129 millioDS aux exercices aolérieurs.
L'exercice I8â0, plus heureux, se règle par un excédent de 130 millions, mais après avoir reçu 66 millions des budgets de 1876, I8"7, 1878, et du cûmple de liquidation.
L'excédent de I8SI est de 111 miltioDS. Haïs son budget a emprunté aux trois budgets antérieurs un secours de plus de 80 millions.
Enlln, en 1882, la situation s'est aggravée : l'exercice est en déficit de i~ millions, quoique ayant prélevé sur les anciens excédents, c'est-à-dire sur la Dette llotlanle — pour ses dépenses ordinaires — plus de 145 millions I
Telle est, en résumé, l'histoire des résultats budgétaires dans les deux périodes : de 1875 à 1878, prospérité complète, excédeals de recettes dont le monlani total est de 300 millions. A partir de 1878, budgets en déOcit réel ou n'offrant d'excédents que grâce aux secours considérables fournis par la Dette (loltante.
Hais j'abrège pour ne pas trop Taiiguer l'attenlion de l'Assemblée. ' Parle: ! parlez !)
J'arrive à la situation présente. L'exercice budgétaire de 1883 n'est pas encore dos, mais les résultats en sont à peu près connus de l'administration ; je les prends tels que M. le minisire des Finances nous les donne, quoique je sois assez disposé h croire qu'il les atténue plutôt en portant à 60 millions le chiffre des annulations Tutures.
J'ai dit tout â l'heure après M. Chesnelong, et U. le ministre ne nous contredit pas, que le déficit ressortant des comptes provisoires était de i' millions, malgré les 145 millions de ressources empruntées. Mais ce n'est pas tout ; an moins 50 millions ont été rejetés du budget ordinaire sur le budget extraordinaire. En réalité, le délicit vrai de 1882, c'est-à-dire la différence entre ses charges réelles et ses ressources propres, est au moins de 250 millions.
H. LE Ministre des Finances. — Je ne puis contrôler en ce moment tes chiffres donnés par l'honorable U. Bocher, mais je crois pouvoir dire qu'en regard de ces reports de crédits, il faudrait reporter les dépenses correspondantes.
U. BocuER. — Permettez! les reports de dépenses, vous étiez bien obligés de les faire : c'étaient des dettes; pour les payer, qu'avez-vous fait? Vous avez pris 145 raillious ailleurs que dans les
DISCOURS DE H. BOCDGR 5â7
ressources mêmes du budget; mais je a'insiste pas; je répète seulement que 1882 aboutit à un déficit considérable. Comment a été obtenu l'équilibre du budget de IS83, du budget préalable? Le vote en est récent, le Sénat peut s'en souvenir; je me permets cependant de le lui rappeler. Il a été obtenu, d'une part, en réduisant de 3;> millions le crédit du chapitre V applicable au remboursement des obligations à court terme, c'est-à-dire en ne payant qu'une partie de la Dette et en renouvelant l'autre. On peut discuter la signification, la valeur du mot remboursement, l'objet, la portée de la disposition du chapitre V, relative au remboursement de ces obligations; il n'en est pas moins vrai que la Dette reconnue par vous, portée par vous daus les tableaux de la Dette flottante, était de 170 millions. Vous en payez seulement 135 et vous dites à la Dette flottante de payer le reste. Voilà donc :i5 millions que vous ne payez pas.
D'auire pari, le budget de 1tj83 ne comprend pas dans ses dépenses celles qu'il Taut payer maintenant par crédits supplémentaires,etqui cependant, lorsde sa Tormation, étaient parfaitement prévues, connues notamment pour les 35 millions de la Tunisie.
Quant aux receltes, vous avez ajouté 32 millions Tournis par la Dette flottante pour couvrir l'insullisance des droits sur les sucres et près de 200 millions résultant du nouveau mode d'évaluation des revenus indirects, dont vous n'avez tu d'abord, quand vous l'avez adopté, que l'avantage qui était de vous procurer un surcroit de ressources de 100 millions, dont vous voyez aujourd'hui l'inconvénient, qui est d'avoir supprimé dans le cours de l'exercice les suppléments de recettes, sans pouvoir supprimer les dépenses supplémentaires.
Sans ces moyens extraordinaires, insolites, et s'il avait été élabli d'après les règles consacrées, règles de raison, d'expérience, le budget de 1883 serait déjà en déficit de plus de 200 millions; or, nous ne sommes qu'au commencement de l'exercice, et, au lieu de plus-values, ce sont les moins-values qui se produisent : 3 millions 600.000 francs sur les recouvrements du premier trimestre, et le chiffre des crédits supplémentaires votés et demandés atteint déjà 50 millions; et d'autres vont suivre, que H. le ministre des Finances n'arrêtera pas au passage, l'expédition du Tonkin, et l'artillerie de forteresse, et l'armée coloniale, et la loi sur les récidivistes, etc., etc. Quel sera le chiffre total de tous ces crédits, et qui peut le savoir? Hais il y a une chose que nous savons, c'est que la moyenne annuelle des crédits extraordinaires et supplémentaires depuis 18*78 n'a pas été inférieure à 300 millions.
Serez-vou3 plus heureux celle année? Je l'espère. Seulement, il
SâS AITENDICi:
y avail aulrefoia des plus-values; avec ii inoiJc actuel dévalualion les plus-values ont disparu, et bien probablement les crédits supplémeniaires ne diaparailconl pas.
Quant au budget de 188^, ce n'est encore qu'un projet et, par coDséqueai, il faut en parler discrètement. Nous ne savons pas ce qu'il deviendra, mais enfin, si nous n'en sommes pas saisis par le vote de l'autre Assemblée, nous avons tous pu lire l'exposé des motifs et les dispositions du projet.
Eh bien, comment s'établit provisoirement son équilibre? Uniquement par les mômes procédés que celui du budget précédent, même en les exagérant, parce que les ditHcultés du ministre actuel n'ont fait qu'augmenter.
Ainsi, pour les dépenses, il supprime, sans doute en attendant la présenlalion d'un projet de loi spécial, 6 millions sur la dotation des rentes viagères de la vieillesse; il ne paie que 100 millions sur les l'O millions dus pour les obligations à court terme. et il ne laisse disponible au chapitre V qu'une somme de 13 millions pour le service des emprunts futurs. Quant aux recettes, il emprunte aux expédients antérieurs les derniers 17 millions qu'ils peuvent fournir; il compte 35 millions à recevoir des chemins de fer par remboursement des garanties d'intérêt, ressource que la situation actuelle des Compagnies rend dans tous les cas fort douteuse; enlin, par l'application de la méthode déjàsi heureuscpienl employée pour équilibrer le budget de 1883, il majore le chiffre des revenus indirects réalisés en tWi de plus de 100 millions, — sauf à aboutir aux mêmes résultats qu'aujourd'hui, — les plusvalues d'impôls supprimés ou diminués et les probabiUlés de crédits extraordinaires restant les mornes. Grâce à cet ensemble de procédés, le budget proposé pour J884, au lieu de laisser ruir un déficit de plus de 200 millions, se montre en équilibre; il présente même un excédent des recettes sur les dépenses de 3Î9.000 francs! C'est avec celte réserve qu'il va au-devant des besoins imprévus, mais qu'il faudrait toujours prévoir, de l'année liS't.
Et maintenant, résumons les faits et les chilTres que je viens de vous présenter.
Un SENATEUR A GAUCHE. — El la conversion?
M. BociiEB. — Patience, j'y arrive.
Il y a six ans, le budget comprenant toutes les dépenses — il n'y avait pas alors de budget extraordinaire — s'élevait à 2.781 millions. Aujourd'hui le budget ordinaire seul va dépasser 3.100 millions. El, si les dépenses des grands travaux restant h sa charge doivent égalercellcs des derniers exercices, le chiffre total du budget de 188» sera de plus de 3 milliards '00 millions.
DISCOURS DE H. BOCUER oZ9
Les 600 millions fournis par les excédenls de 1875 à 1882 sonl épuisés; l'avance de 140 millions par la Banque est épuisée. Les anciens exercices (de ISTIi à 18'S) se sol il aient en excédent : ils sont
La Dette publique, consolidée et remboursable, s'est augmentée -de 135 millions en rentes el de près de 3 milliards en capital. Il faudra au moins trois fois celte somme pour payer les travaux que nous avons entrepris.
Et tandis que la Dette s'accroit, le fonds consacré b. l'amortissement diminue; il était, avant 1875, de 200 millions-, en 1878, lorsque la Banque était déjà remboursée, il était de 154 millions; nous l'avons porté à 170 millions; pour 1881 il ne sera plus que de 100 millions.
Voilà, Messieurs, la vérité, je le crois du moins, sur notre situation financière. Elle motive la mesure que vous êtes appelés à voler, et elle la juge : elle en implique les causes, le caractère et les effets.
Cette mesure, on l'a déjûdil, je le répète après beaucoup d'autres, elle est légale ; qui le conslcste? Mais elle n'est pas légitime — le mol n'est pas de moi, — J'ajoute : elle n'est pas loyale. {Excliimalionsà Gauche.)
Elle n'est pas loyale, parce qu'elle impose ce qu'elle semble seulement offrir el elle ne donnera pas ce qu'elle promet.
Elle est nécessaire... peut-être; mais bien si'irement elle sera insui'flsante.
Ce n'est pas l'acte d'un Gouvernement qui, prolitant de la prospérité qu'il a créée et des facilités que chacun peut y trouver, lisant de l'élévation de son crédit, de l'abondance de ses ressources pour tes accroître encore, se propose, pour la réduction de sa Dette, d'alléger les charges générales ou d'opérer de grandes réformes ou d'exécuter de grands travaux d'utilité publique.
M. LE uiNiSTHE DES FINANCES. — C'est un système I
M. BociiER. — J'entends SI, le ministre dire que c'est un système ; mais je crois que c'est un système vrai, juste et politique.
Aujourd'hui la conversion est la ressource d'un Gouvernement nécessiteux qui s'est laissé acculer successivement au déficit et qui recourt, pour en sortir, aux petits moyens, n'osant pas employer les grands { Très bien! très bien, à Droite.)
Vous avez besoin de 34 millions, pour aligner, pour paraître aligner le budget ; au lieu de les demander b. tous les contribuables, que vous avei au contraire — quand je dis vous, ce n'est pas à M. le ministre acluel des Finances que je parle ; il sait bien k qui je m'adresse — que vous avez leurrés de l'espoir de nou- Edo. Zevobt. — Troisitme lli^piibliTue. iii. — 31
veaux dégrèvcmeDts ; au lieu, dis-je, de demander celte somme à l'ensemble des coutribuables, vous l'exigez d'une partie seulement d'entre eux.
Votre conversion n'est pas autre chose qu'une réduction ; et celte réduction n'est pas autre chose qu'une sorte de tribut Torcé, de dlme partielle, qu'on prélève sur les rentiers ! {Rutnetirg à Gauche. Vive approbaliott à Droite.)
Et quels sont ceux que vous frappez? Ce sont les petits, les humbles {C'eti vrai! à Droite) ; ceux qui sont les plus dignes d'intérêt, ceux qui ont eu le plus de conOance dans la fortune de la République... (C'est cela! »ur lesttiémeii Aunes], dans le bon état de ses liaances, dans les déclarations répétées do ses chefs, et qui sont restées jusqu'au dernier moment dans le S p. tOO, tandis que les autres en sont sortis depuis longtemps, et pour faire un autre emploi de leurs capitaux au dedans et au dehors, et surtout an dehors ! (Très bien! et applatuiitsementu à Droite.)
Et comment les frappez-vous? Quel dédommagement leur donnez-vous pour la perte qu'ils vont subir? Vous diminuez à la fois leur revenu et leur capital. Leur faites-vous espérer au moins la compensation future de leur sacrifice dans le présent ? La compeosation, c'est la perspective d'une réduction nouvelle, et un litre déprécié, parce qu'il est sans avenir, malgré le délai consenti des dix années.
Au moins obliendrez-vous les 35 millions sur lesquels vous comptez? Non, il faut d'abord i-elrancher sur votre économie les rentes qui appartiennent aux établissements publics et qu'il faudra sans doute leur rendre ; puis vous diminuez de 3i millions les revenus, la fortune de i.aOO rentiers qui, forcément, rédutroat d'autant leurs dépenses, leurs consommations, leurs IransaclioDs volontaires. Combien l'Élat lui-même perdra-t-il sur cette rédaction?
Et le budget scra-t-il équilibré? Non, car le déHcit n'esl pas seulement de 34 millions. Vous connaissez le chiffre, el certes, il vous faudra, pour le combler, d'autres résolutions, d'autres réformes, et surtout une autre politique.
Enfln, aurez-vous évité de nouveaux emprunts ? Non 1 Et bienlût fjuelle que soit l'issue des négociations engagées avec les Compagnies de chemins de fer, de nouvelles rentes auront remplacé, au (Irand- Livre, celles que vous allez en retrancher.
Si ces négociations aboutissent, réussissent, d'une part vous perdrez les 3S millions de remboursemenls, dont vous faites recette au budget el que vous compenserez, il est vrai, par la réduction de la rente. D'autre part, il restera à>otre charge les
DISCOURS DE ». BOCHBR 531
lignes que les Gompagoies n'&uroQt pas pu preodre à la leur; il vous reslera les travaux des canaux, les ports, les rivières. Il vous restera les écoles, les chemins vicinaux, le remboursement des obligations à court terme, pour lequel ne suDIsent plus les crédits du chapitre S : dépenses du compte de liquidalion, et les déficits des budgets de 1882, de 1663 et de 188(.
Si l'entente ne s'établit pas entre l'Etat et les Compagnies, et si TOUS conservez le budget extraordinaire avec toutes ses charges, vous n'avez pour seule ressource que l'emprunt, l'emprunt illimité, c'est-à-dire l'accroissement incessant de la Dette publique ( Trét bien ! trèt bien ! à Droite) ; je me trompe, vous avez encore une ressource : la réduction, et bientôt la suppression du fonds d'amortissement; vous l'avez déjà commencéel [Très bien! 1res bien, d Droite.)
Messieurs, pour échapper à de telles extrémités, pour prévenir de pareils dangers, il y un moyen, celui que vous dictent la raison, le bon sens, l'expérience ; que vous conseille le patriotisme ; ayez le viril courage de vous y résoudre : plus d'expédients financiers, plus de césures illusoires et trompeuses ; des budgets sincères, réguliers, comprenant toutes les dépenses nécessaires, et seulement celles-là ; toutes les receltes de l'exercice et pas d'autres.
Plus de budget extraordinaire, plus de budget d'emprunt; ce nom seul le condamne : ( Très bien ! très bien ! à Droite), un seul budget et, dans ce budget les travaux extraordinaires largement dotés si c'est possible, mais dotés, en les votanl, de ressources d'une réalisation certaine, assurée. [Souvelk et très vive approbation sur les mêmes bancs.)
11 y a une autre politique financière que celle-là. Elle s'est appelée un jour la politique des dégrèvements; un autre jour, la politique des grands travaux publics. En réalité, c'êlait la même, c'est-à-dire la politique des intérêts, mais des intérêts de partis, de lieux, de personnes, el, pour les appeler par leur nom, des intérêts électoraux [Très bien! très bien! à Droite. — Réclamations à Gauctte.) Eh bien, cette politique, elle n'a que trop longtemps prévalu ; il Tant en sortir.
H. Testelin. — 11 n'y en a jamais eu d'autre sous aucun Gouvernement I
H. BocuER. — Tout dépend de la mesure, mon cher collègue, et jamais elle n'a été dépassée comme aujourd'hui.
Messieurs, il ne doit y avoir, il n'y a pour vous qu'un seul et supérieur intérêt, intérêt sacré, la pairie I (Très bien! à Droite.) Eh bien, songez & elle, & elle seule, à ses besoins, à ses voeux, aux
iS3i APPENDICE
croiales qu'elle pourrait &voir, aux espéraaces qu'elle doit garder. ' {Nouvelle approbation tur le* même* bancs.)
Cesser de dissiper, d'épuiser sa fortune en léméraires entreprises et eu prodigalités ruineuses. (Tt-^j bien! 1res bien à Droite.) Réserrez-la, au conlraire, ménagcz-la, avec une inquiète sollicitude et n'ayez pas un jour h vous reprocher d'avoir affaibli dans ses mains cette arme nécessaire: de libres et puissantes nuances. {Vift apptaudiuementi à Droite. — L'orateur en retournant à ion banc reçoit les félicitadont d'un ijrnud nombre de *ei collègue*.)
Entrait» du ditcoun de M. G"f>ti-l /irotiortcé le 30 Mars 1887.
II .V a ici uD grand nombre d'hommes absolument dégagés de l'esprit de coterie et de secte, étrangers aux questions do personnes, et qui ne demanderaient pas mieux que de faire dans celte voie sage et résolue les alTaires du pays. Nous cherchons à les grouper, nous nous y sommes employés, Sont-ile avec nous? Oui, nous croyons qu'il pcul se former ainsi une m^orité composée d'éléments de gauche, à laquelle je verrais pour ma part a?ec salisraction venir se mêler un certain nombre de membres...
Bl. PiciiUN, ironiquement. — Le péril est k gauche.
H. LE PRÉSIDENT DU co.NSEiL. — Je reprends ma phrase: Une majorité de gauche, h laquelle il ne me déplairait pas de voir s'adjoindre un certain nombre de membres de la droite, de membres de bonne volonté, reconnaissant que la République est déllnitive- ' ment le Gouvernement nécessaire de ce pays et qu'il n'y en a jamais eu de moins Iracassier, de moins vcxatoire, de plus vraiment libre.
Oui. quelque soit l'accueil qu'une certaine partie de cette minorité fasse en ce moment à mes paroles, je ne doute pas qu'elles n'aient un écho dans certains esprits.
Y a-t-il plus ou moins k faire pour ce que nous voulons faire T S'il y a une majorité pour le plus ou le moins, qu'elle se forme et qu'elle se prononce.
Hais qu'on prenne garde, en essayant de former une majorité avec ceux qui veulent moin'f, d'aboutir h la confusion et à l'impuissance.
Je demande à la Chambre de se prononcer. Je n'ai pas besoin d'afllrmer k U. Petletaa qae ce n'est pas de gailé de cœur que j'ai pris le pouvoir. <i Personne ne m'en priait, » écrivait-il ce matin dans son estimable journal.
Il est bien mal renseigné, mais je suis prêt à lui céder la place s'il a une majorité derrière lui !
534 APPENDICB
H. Pelletan. — J'ai l&cbé de vous mainteoir quelquefois au pouvoir. Je n'ai jamais eu la prétention de le prendre.
U. LE PRESIDENT DU CONSEIL. — Je demande que la Chambre se prononce très librement, mais très nettement.
J'ai lu l'autre jour qu'on pouvait voter les crédits an Gouvernement, mais non pas au Ministère. Je ne sais pas ce que veut dire ane pareille distinction.
En tout cas, elle n'est digne ni de vous ni de nous ; danne/.-nous les crédits si nous avons votre conflance, sinon réservez-les k d'autres qui auront plus que nous cette confiance.
Nous ne saurions rester au pouvoir que dans des conditions acceptables pourun Gouvernement qui se respecte et qui a le droit d'élre respecté.
Extrailt du diteours de M. Rouvier, prononcé U 11 JuilUl 1887.
L'honorable U. Clémeaceau convie le Gouveniement à se placer h, la tétc du parti républicaia pour appliquer le programme qui est l'hoDQeur et Ift raison d'être du parti républicain, pour faire des réformes, pour développer les iostitutioas républicaines, qui ont pour caractéristique à la fois l'esprit démocratique et l'esprit laïque.
Eh bien, qui vous empêche de venir avec nous? Qui est-ce qui vous proscrit? qui est-ce qui vous frappe"! qui est-ce qui vous excommunie? La majorité ne vous es tel le pas ouverte.^
Sur ce point, je n'ai rien à ajouter.
Ce qui vous arrête, c'est, dites-vous, que nous ne voulons pas, prenant le rôle qui appartient h, un Gouveraement républicain, nous placer à votre tête et dire : Marchons à l'ennemi I Et l'ennemi, pour vous, c'est la droite, c'est une partie des représentants de la nation française.
Eh bien, non ; cela, nous ne le dirons pas, nous ne pouvons pas le dire.
Aucun gouvernement ne le dira. Fussiez-vous vous-mêmes le Gouvernement, vous ne pourriez pas faire une pareille déclaration. C'est peut-être le langage d'un parti, mais ce n'est pas te langage qu'un Gouvernement puisse jamais tenir.
D'ailleurs, puisque vous êtes si sévères pour nous, nous sera-t-il donc ioterdit de mettre sous vos yeux le langage que tenaient ceux qui nous ont précédés ?
Il n'est pas si loin de nous le temps où le chef du dernier cabinet, l'honorable M. Goblet, tenait le langage que voici :
t 11 y a, disait-il, un grand nombre d'hommes absolument dégagés de l'esprit de coterie et de secte, étrangers aux questions de personnes, et qui ne demanderaient pas mieux que de faire, dans cette voie sage et résolue, les affaires du pays. Nous cherchons k les grouper ; nous nous y sommes employés. Sont-ils avec nous? Oui, nous croyons qu'il peut se former ainsi une
536 APPtlNDICE
majorité composée d'éléments de gauche à laquelle je verrais, pour ma part, avec satisfaction venir se mêler un certain nombre de membres de ce côté de l'Assemlilée (la droile], de membres de bonne volonté reconnaissant que la République est définitivement le Gouvernement nécessaire de ce pays. >
Ai-je donc tenu un autre langage ? N'ai-je pas dit, quand j'ai pris le pouvoir : Noue faisons appel à tous ceux qui veulent nous aider à accomplir les reformes, h faire les affaires du pays, à le pacifler, en se plaçant sur le terrain des institutions républfcaines?
Je ne suis pas même allé aussi loîu que l'homme d'Etat dont je viens de rappeler les paroles. Je n'ai pas appelé les bulletins de la droite, je n'ai pas appelé son coucours. I.c premier jour où je suis venu ici comme ministre, j'ai dit que j'entendais gouverner avec la majorité des républicains. Tout à l'heure vous avez épilogue fort à voti'e aise et équivoque en disant que, quand c'est vous qui votez avec la droite, cela n'a aucune espèce d'inconvénient politique, mais que, quand ce sont les centres, oh i alors, la chose est condamnable, périlleuse, c'est la trahison.
Si vous avez voulu dire, et je crois que c'est le fond de votre pensée, que dans les questions purement politiques, dans les interpellations, quand la question de conliance se pose sur l'interprétation d'un acte politique, il faut exiger une majorité républicaine, permettez-moi de vous dire que nous ne vous avions pas attendus. Nous avions pris l'initiative de cette déclaration les premiers, car jamais aucun Gouvernement ne l'avait faite.
Hais pour ce qui est de la vie politique quolidienne, pour ce qui regarde le vole des lois, notre condition n'est-elle pas celte de tous les Gouvernements qui nous ont précédés? Si, pour certains articles de la loi militaire, il y a eu des voles de la droite joints à ceux de la gauche, est-ce que l'histoire de tous les Cabinets précédents n'est pas tissée de la même étoffe ? Est-ce qu'il n'en a pas toujours été ainsi T Esl-ce que c'est avec une majorité exclusivement républicaine qu'on a maintenu l'ambassade auprès du Saint-Siège et le budget des cultes ? Vos sarcasmes ne changent rien à la nature des choses.
El, le lendemain du jour où ces votes ont eu lieu, étes-vous venus à cette tribune demander compte à ceux qui nous ont précédés de ce que la majorité sur laquelle reposait la décision de la veille était mêlée, qu'elle se composait k la fois de membres de la droite et de membres de la gauche? Vous ne l'avez jamais fait.
Pourquoi étes-vous plus exigeants pour nous? Peut-être parce que nous sommes allés au-devant, parce que noua avons fait des
DtSCOURS DE M. fiOBLET (EXTRAITS) H^il
déclarations qui, je le répèle, ae respectaieat peut-être pas sufTIsammeal la règle coasLilutionnelle, parce que nous avons dit au débat : Nous voulons uue majorilé républicaine.
Eh bien, nous le disons encore aujourd'hui : il y a 410 républicains dans cette Chambre ; soyez 300 contre nous, et nous abandonnerons le pouvoir à l'instant même.
Il y a une autre question pai- laquelle l'honorable M, Clemenceau n terminé son discours. A celle-là je ne veux pas répondre.
L'honorable M. Clemenceau, avant de descendre de cette tribune, nous a dit : n Nous allons nous séparer pour trois mois ; il s'agit de savoir si, pendant ce temps, les fonctionnaires pourront se dire républicains. » Je ne répondrai pas h cette question, car je la considère comme un véritable outrage.