LE CONSEIL DES MINISTRES DU 28 JANVIER
ne les sacrifierai pas ; qu*un autre le fasffe, moi j*aime mieux me retirer. La Constitution me confie le commandement de Tarmée et je ne peux la laisser désorganiser. Ce serait commencer à la désorganiser, que de frapper des généraux que j'estime et que j'aime et qui n'ont pas démérité. Qu'a fait Bourbaki? Qu'a fait Bataille? Et du Barail, un de nos meilleurs généraux de cavalerie, qu'avez-vous à lui reprocher? Pas plus que vous, je ne veux que la politique se mette dans l'armée. En deux circonstances, je l'ai prouvé : d'abord, en retirant son commandement à l'amiral La Roncière-le Noury, ensuite, en révoquant mon vieil ami, Ducrot. Qu'on m'indique, contre ceux dont vous me demandez la mise en disponibilité, des faits répréhensibles et je signerai; sinon, non. Je suis responsable de l'armée devant le pays, et je n'obéirai pas, en ce qui la concerne, aux injonctions des journaux qui dressent tous les jours des listes de dénonciation contre des fonctionnaires. Au train dont vont les choses, ajouta encore le Maréchal, il est possible que vous ayez avant peu, besoin de l'armée à l'intérieur; il importe donc de ne pas la blesser aujourd'hui, par des actes qu'elle ne comprendrait pas. Destituez des magistrats et des préfets, soit ; mais des généraux, non. Je m en irai plutôt que d'y consentir; si je suis resté au pouvoir après le 14 Décembre, si, depuis un an, j'ai consenti à avaler tant de couleuvres, c'est uniquement pour protéger l'armée. Si je l'abandonnais aujourd'hui, si je faisais une chose que je considère comme attentatoire à ses intérêts, à ceux du pays, je me croirais déshonoré ; je n'oserais même plus embrasser mes enfants. »
Extrait du volume de M. Ernest Dàudel, Souvenirs de la Présidence du Maréchal de Mac-Mahon^ Paris, Dentu, 1879.
Préface v