TRANSMISSION DES POUVOIRS
expirés, résuma son œuvre en deux mots : elle avait examiné 8.179 dossiers et prononcé 3.141 commutations ou remises de peine. C'est alors que le duc d*Audiffret-Pasquier fit introduire les bureaux provisoires des deux Chambres et le Conseil des ministres dans le salon d'Hercule. Il leur adressa ces paroles :
t Vous tous, qui représentez ici les nouveaux pouvoirs du pays, soyez les bienvenus.
• Librement consultée, la France vient de donner aux décisions de l'Assemblée nationale une éclatante sanction. C'est avec cette double autorité que ces décisions s'imposent aujourd'hui à l'obéissance et au respect de tous.
« La Constitution républicaine du 25 Février a été, vous le savez, une œuvre de conciliation et d'apaisement. C'est à vous qu'il appartient de la continuer et de la défendre. Serrés autour du Maréchal de Mac-Mahon, vous saurez donner à notre pays un Gouvernement d'ordre et de paix. Vous saurez lui assurer le repos qu'il désire, dont il a tant besoin pour achever de réparer ses désastres et pour porter les charges qui en ont été la dure conséquence.
< Comme nous, vous voudrez le rendre à vos successeurs pacifié, prospère et libre. C'est donc avec confiance que j'ai l'honneur de vous remettre, au nom de l'Assemblée nationale, les pouvoirs souverains que la nation lui avait donnés. »
Le doyen d'âge du Sénat, M. Gauthier de Rumilly, répondit par une chaude allocution, nettement républicaine, qui fut le vrai succès de cette séance et qu'accueillirent des applaudissements prolongés. Le doyen d'âge de la Chambre, M. Raspail, ne prenant pas la parole, le vice-président intérimaire du Conseil des ministres, M. Dufaure, dit ces simples mots :
« Nous sommes délégués par M. le Président de la République, mes collègues et moi, pour recevoir de vos mains le
454 LE PREMIER MINISTÈRE DUFACRE (iO Mars-12 Décembre i876)
pouvoir exécutif, avec ses devoirs et prérogatives, tel qu'il lui est attribué par la Constitution républicaine du 23 Février. Nous avons mission de vous déclarer, en même temps, qu'il a Tinlime confiance qu'avec Taide de Dieu et le concours des deux Chambres, il ne l'exercera jamais que conformément aux lois, pour l'honneur et pour l'intérêt de notre bien-aimé pays. »
La Constitution du 2S Février 1873 entrait donc dans la pratique le 8 mars 1876. Le lendemain, le Journal officiel annonçait que la démission du vicomte de Meaux, donnée le 23 Février précédent, en même temps que celle de M. Buffet, était acceptée et que l'intérim de l'Agriculture et du Commerce était confié au ministre des Finances, M. Léon Say. Cette nouvelle et ce que Ton savait des conférences que le Maréchal avait eues avec M. Casimir-Périer, indiquaient manifestement que le Chef du pouvoir exécutif attendrait la réunion et les premières séances des Chambres, avant de constituer son Cabinet ; aussi, la surprise fut-elle grande lorsque, le lendemain, on put lire à VOfficiel la liste complète des nouveaux ministres. M. Dufaure prenait avec la Justice et les Cultes la présidence et non plus la vice-présidence du Conseil, comme MM. Buffet, de Cissey et de Broglie . M. Ricard devenait ministre de l'Intérieur. Le duc Decazes conservait les Affaires Étrangères. M. Waddington remplaçait M. Wallon à l'Instruction Publique et aux Beaux-Arts. M. Léon Say gardait les Finances. M. Christophle prenait les Travaux Publics. M. Teissereuc de Bort remplaçait M. de Meaux; l'amiral Fourichon remplaçait l'amiral de Montai gnac, et M. de Cissey conservait la Guerre.
La lecture de VOfficiel produisit un désappointement à peu près général : l'opinion, presque unanime, fut que le premier Cabinet républicain était un peu pâle ; oh eût désiré une administration plus éclatante, un grand ministère, pour inaugurer