‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 80 sur 230 · LB NOUVEAU CABINET · texte numérisé non relu

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la Constitution. On constatait, de plus, que MM. Decazes et deCissey, qui s'étaient associés au Gouvernement de combat, étaient conservés dans le Cabinet, et Ton attribuait leur maintien à la volonté du Maréchal, plutôt qu'au libre choix de M. Dufaure. Le Garde des Sceaux, observateur respectueux des traditions parlementaires, s'était-il incliné devant un désir formel du Maréchal et avait-il reçu, pour sa complaisance, le titre de président du Conseil? Cette question se posait dans tous les groupes. < Ce ne sont pas ceux qui entrent, disaient Gambetta et ses amis des nouveaux ministres, ce sont ceux qui ne sortent pas qui nous inquiètent. > Même parmi ceux qui entraient, on constatait le choix de M. Ricard, fait en dehors du Parlement. M. Ricard, en effet, avait été battu aux élections législatives, dans la circonscription de Niort, par un Bonapartiste, le baron Petiet. Les autres choix étaient acceptables, même celui de Tamiral Fourichon ; mais les nouveaux ministres : MM. Waddington, Christophle et Teisserenc de Bort et le nouveau sous-secrétaire d'État de Tlntérieur, M. de Marcère, appartenaient au groupe le moins nombreux de la majorité républicaine, au Centre Gauche, qui ne comptait que 48 membres à la Chambre, contre 93 députés de la Gauche radicale et 198 de la Gauche républicaine.

Le ministère, dans sa nuance un peu terne, avec un chef comme M. Dufaure, qui représentait l'esprit de résistance aux innovations les moins hardies, semblait plutôt constitué en vue de gouverner avec la majorité du Sénat qu'avec celle de la Chambre. C'est pourtant dans le Sénat qu'il devait rencontrer le plus d'obstacles et trouver flnalement sa pierre d'achoppement. Le Sénat, tel que l'avaient constitué les élections de Décembre 1878 et celles de Janvier 1876, n'avait de majorité certaine que dans les questions religieuses ; politiquement, il comprenait, comme l'Assemblée nationale dont il était rimage, deux partis numériquement égaux, à quelques

236 LE PREMIER MINISTÈRE DUFAURE (10 Marsl2 Décembre i876)

voix près, les Conservateurs et les Républicains. Pour fixer cette majorité, il eût fallu une main plus ferme que celle du Garde des Sceaux, qu'affaiblissaient également Tappui que lui accordaient les Républicains de la Chambre, les résistances qu'il rencontrait à l'Elysée, et qui ne retrouva pas, à la tète du Gouvernement, la vigueur qu'il avait montrée dans les rangs de l'Opposition. Entre une Chambre jeune, ardente, qui se sentait en étroite communion d'idées avec la nation et un Sénat hésitant qui se sentait encouragé dans sa résistance par les sympathies déclarées du Président de la République, M. Dufaure ne sut pas garder un équilibre bien difficile ; il ne sut pas donner à la première administration républicaine l'allure nette, franche, décidée que tout le monde attendait d'elle, que tous les minisires individuellement surent prendre, que le ministère dans sa collectivité n'eut jamais.

Le Sénat avait constitué son bureau, le 13 Mars, en portant à la présidence le duc d'Audi fîret-Pasquier par 203 voix, à la vice-présidence deux membres de la Gauche, MM. Martel et Duclerc, et deux membres delà Droite, MM. de Ladmirault et de Kerdrel. Ce premier vote politique qui portait au fauteuil un Constitutionnel libéral et qui partageait les viceprésidences enlre les deux grandes fractions de l'Assemblée, indiquait bien la composition du Sénat et y soulignait l'absence de majorité. A la Chambre, après l'élévation de M. Jules Grévy à la présidence, trois fauteuils de vice-présidents avaient été donnés à des Républicains éprouvés , MM. Bethmont, Rameau et Lepère, et un quatrième abandonné à un membre de la Droite, M. Durfort deCivrac.

C'est devant les deux Assemblées ainsi constituées que la Déclaration fut lue le 14 Mars : elle était excellente. Le Gouvernement s'engageait à pratiquer loyalement les lois constitutionnelles, à exiger la fidélité des agents qui avaient mission de le servir et parmi lesquels il ne saurait admettre de

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