CHAPITRE PREMIER
LE PREMIER MINISTÈRE TIRARD (12 Décembre 1887, 3 Avril 1888.) Un ministère d'affaires.
Enfance et jeunesse de Sadi Carhot. — L'École Polylechniciue et le séjour à Annecy. — Le préfet de la Défense nationale. ~ l.e député de la Gôte-d'Or. — Le sous-secrétaire d'Ktat des Travaux Publies. — M. Sadi Carnet orateur. — M. Sadi Garnot ministre. — Les candidatures à la Présidence. — Élection de M. (lurnot. Signilicalion de celte élection. — La situation avant le 12 Décembre. — La politique d'affaires. — Les négociations ministérielles. — Le nouveau Cabinet. — Le Message et la Déclaration. — Le groupe socialiste parlementaire. — Son premier Manifeste. — Les affaires Caffarel, Limouzin, Wilson. — Le renouvellement sénatorial de Janvier 1888. — Ouverture de la session ordinaire. — Interpellation de La Marzelle.
— Les lois d'affaires au Sénat et à la Chambre. — M. Houvicr président de l'Union des Gauches. — La proposition de La Herge. — La discussion du budget de 1888. — Propo.sitions Peytral et Yves Guyot.
— Les échecs partiels du Cabinet. — Adoption du budget de 1888. — Le Comité d'initiative. — Le commandement du xiu* Corps. — Rapport et décret du 14 Mars. — Le Comité de protestation nationale. — Hôle du groupe socialiste et de l'Extrême Gauche. — Linterpellation du 20 Mars. — Les élections du 25 Mars. — M. Floquet et le tsar. — La proposition Laguerre. — Chute du Cabinet du 12 Décembre. — Responsabilité de M. Clemenceau.
François-Marie-Sadi Carnot naquit à Limoges le H Août
1837. Le prénom de Sadi lui fut donné en souvenir de son
oncle, le célèbre savant Sadi Carnot, et parce que ce prénom
rappelait à TOrganisateur de la Victoire, Lazare Garnot,
Edc. Zevort. — Troisième République. iv. — 1
« (les idées de sagesse et de poésie ». Né dans le Limousin où la famille de sa mère, M'"° Hippolyle Carnot, était établie, Sadi passe à Paris et en Bourgogne, pendant les vacances, les vingt-cinq premières années de sa vie. Son père, qui fut son premier éducateur et son premier instructeur, lui fît apprendre le métier de menuisier, estimant qu'à une époque féconde en révolutions politiques et en bouleversements sociaux, il convient avant tout d'assurer le lendemain. Mêlé au petit monde des Saint-Simoniens, liippolyte Carnot voulut aussi que les pensées de ses enfants fussent tournées vers le peuple, vers les humbles, vers les petits, vers la pauvre humanité souffrante: il leur inspira cette droiture inflexible, cette conscience rigoureuse, ces préoccupations altruistes qui sont Tapanage des plus hautes, des plus nobles âmes de notre temps el de tous les temps.
En 1857 Sadi Carnot entre à l'École Polytechnique ; son frère Vy rejoint l'année suivante. La maladie ayant obligé Sadi à recommencer une année d'études, les deux frères sortent en même temps de l'École: Adolphe dans les Mines et Sadi dans les Ponts et Chaussées. En 1863, Sadi devient secrétaire du Conseil des Ponts et Chaussées et, en 1864, ingénieur à Annecy. Il avait choisi cette résidence, parce qu'il y avait dans la Savoie, récemment annexée, plus de travaux importants à exécuter que dans la vieille France, il se consacra tout entier à sa tâche, plus préoccupé certainement des ponts à xîonstruire et des roules à tracer que de la lutte alors engagée entre l'oppositionlibérale et l'Empire auxabois. Cette lutte le touchait cependant d'assez près : aux élections de 1869, Hippoly te Carnot était battu une première fois par Gambetta, une seconde fois par un révolutionnaire fantaisiste, qui fît autant de mal à l'Empire qu'il devait en faire plus tard à la République, par Henri Rochefort
La guerre survient el le petit-fîls de Lazare Carnot offre