‹ Histoire de la Troisième RépubliqueChapitre 36 sur 172 · DIX JOURS DE GRISE MINISTÉRIELLE · texte numérisé non relu

DIX JOURS DE GRISE MINISTÉRIELLE

du baron Jacques de Reinach. — L'interpellation du 21 Novembre, — La Commission d'enquête. — Chute du Ministère. — Appréciation générale.

Les intentions de la Chambre, qui avait renversé le quatrième Ministère de Freycinet, étaient si obscures que le Président de la République confia successivement à deux membres de ce Ministère, MM. Rouvier et Bourgeois, le soin de former une nouvelle administration : tous deux échouèrent et il fallut s'adresser à un homme de second plan, M. Loubet, qui réussit en quarante-huit heures. Il est vrai que l'ancien Cabinet renaquit presque entièrement de ses cendres : quatre modifications seulement y furent introduites. M. Fallières fut remplacé à la Justice et aux Cultes par M. Louis Ricard; M. Constans à l'Intérieur par M. Loubet; M. Barbey à la Marine par M. Cavaignac et M. Yves Guyot aux Travaux Public» par M. Viette. Enfin, M. de Freycinet conservait la Guerre, sans la présidence du Conseil. Il serait malaisé de dire, à première vue, en quoi les nouveaux ministres difl'éraient de leurs prédécesseurs; plus malaisé encore de discerner une différence entre leur politique et celle du Cabinet précédent. Avec un homme relativement nouveau, qui n'avait tenu que le portefeuille des Travaux Publics dans le Cabinet Tirard, en 1888, et occupé que la présidence de la Commission des Finances du Sénat, depuis 1891, en fait de hautes charges, on peut dire que le Ministère Loubet, à ne considérer que les apparences, avait un peu moins de prestige que le Ministère de Freycinet. Il faut immédiatement ajouter que M. Loubet avait plus d'autorité personnelle que l'ancien président du Conseil et que, moins mêlé aux luttes des partis, il était peut-être plus capable de devenir entre eux un arbitre autorisé.

Homme d'affaires plutôt qu'homme politique, ayant passé, dans son département, par toutes les fonctions électives et.

au Parlement, par toutes les Commissions où Ton travaille, ayant montré, dans son pays natal et à Paris, un sens éclairé joint à une réelle finesse, parlant avec une précision un peu sèche et disant nettement ce qu'il avait à dire, sans ambages et sans circonlocutions, M. Loubet avait, à défaut de très brillantes qualités, les vertus d'un laborieux et d'un intègre. Son affabilité lui avait fait de nombreux amis dans la Gauche modérée et il ne rencontrait d'ennemis irréconciliables ni dans l'Extrême Gauche, ni dans la Droite.

La Déclaration, qui fut lue le 3 Mars au Sénat par M. Ricard et à la Chambre par le président du Conseil, parut plus nette et plus ferme de style que ne le sont d'ordinaire ces documents. Après avoir affirmé que le Cabinet prendrait en main la défense de toutes les lois républicaines et en particulier celle de la loi militaire et de la loi scolaire, après avoir déclaré que les fonctionnaires devaient être des serviteurs sincères de l'État républicain, M. Loubet se prononçait avec une égale franchise sur la question du Concordat. Nous ne croyons pas, disait-il, avoir mandat de préparer la séparation des Églises et de l'État; mais en même temps il rappelait que ce Contrat, que l'État était décidé h respecter, imposait aux ministres du culte des obligations rigoureuses.

Quant aux lois à voter, le Cabinet du 27 Février leur assignait cet ordre d'urgence : 1** Le règlement du travail des enfants, des filles mineures et des femmes dans les établissements industriels; i"^ le droit à indemnité aux ouvriers victimes d'accident; 3*^ l'arbitrage dans les différends entre ouvriers et patrons; ¥ l'hygiène et la sécurité des ateliers; 5'' les caisses d'épargne ; 6** la caisse nationale des retraites ouvrières; 7° la réforme du régime des boissons. Toutes ces lois auraient pu figurer au programme de n'importe quel Cabinet républicain et elles y figureront, en effet, car une seule, la première, fut votée et promulguée sous ce Ministère.

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