DÉCLARATION DU MINISTÈRE LOUBET
Gouverner pour le pays tout entier, avec le parti républicain, telle était la formule qui résumait, avec une heureuse concision^ toute la politique du nouveau Ministère. Nous nous efforcerons, disait-il encore, par un large esprit de sagesse et de tolérance, de donner chaque jour davantage le sentiment que la République est pour tous une garantie de sécurité et de liberté et il proposait cette exacte déOnition du régime démocratique : « Il a pour condition d'existence la souveraineté du suffrage universel et l'indépendance absolue de la société civile; il a pour but la répartition de plus en plus équitable des charges et des avantages communs, l'élévation progressive de tous à un degré croissant de bien-être matériel et moral. » Il n'y avait peut-être pas grand'chose de changé au système gouvernemental; il y avait certainement au Gouvernement un homme dont l'accent était plus ému que celui de son prédécesseur, qui ressentait plus vivement les souffrances matérielles et morales du plus grand nombre et qui semblait plus porté à en chercher le remède.
L'histoire du Ministère Loubet se divise en trois périodes inégales. La première s'étend jusqu'au 17 Mai, date de la reprise de la session ordinaire, la seconde jusqu'au 17 Octobre, date d'ouverture de la session extraordinaire et la troisième, la plus courte, jusqu'à la chute.
La période initiale fut remplie au Parlement par les interpellations et discussions politiques, sanis préjudice du travail législatif proprement dit, au dehors parles premières explosions de dynamite et par les troubles que provoquèrent dans les églises les incursions de certains prédicateurs sur le terrain politique et social. La discussion du 3 Mars ne fut qu'un épilogue de celle qui avait amené le renversement du quatrième Ministère de Freycinet. Après que M. Loubet eut donné lecture de la Déclaration, un député de l'Isère, M. Rivet, l'interpella sur les négociations engagées avec le Saint-
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Siège par le Cabinet précédeot, sur le danger qu'il y avait à faire intervenir une puissance étrangère dans nos afFaires intérieures. Le ministre des Affaires Étrangères, M. Ribot, répondit que TEiicyclique pontificale avait été un acte tout spontané. Le Gouvernement français n'avait négocié avec le Vatican que pour appeler respectueusement l'attention de Léon XIII sur les dangers de l'effervescence épiscopale et de l'adjonction par les prélats de chapitres purement politiques à leurs catéchismes diocésains. Comme preuve à Tappui, M. Ribot citait une circulaire adressée par lui, le 17 Décembre 1891, à M. Lefebvre de Behaine, notre ambassadeur auprès du Pape, circulaire où il était dit : ce II deviendra difficile de défendre le Concordat contre les attaques dont il est l'objet, si les évéques ne s'inspirent pas davantage de son espriL » Durant la même séance, et dans le même ordre d'idées, M. Barlhou demanda au Gouvernement ce qu'il pensait du projet de loi sur les Associations et s'il comptait le maintenir ou le retirer. Le Gouvernement, dit M. Loubet, n'a pas abandonné le projet : il se tient à la disposition de la Chambre et de la Commission pour le discuter. M. Rivet -déposa un ordre du jour ainsi conçu : La Chambre, approuvant les déclarations du Gouvernement, passe à Tordre du jour. Il fut adopté par 323 voix contre 75, après avoir été allégé d'une adjonction malheureuse, exprimant le vœu que le Gouvernement ne permit à aucun pouvoir étranger d'intervenir dans les affaires du pays. Ce simple vœu était une injure, comme le fit judicieusement observer un député, ordinairement moins raisonnable, M. de Douville-Maillefeu. Le vote émis par la Chambre le 5 Mars, sur la proposition de suppression de la censure dramatique, était un dernier écho de Tinterdiction de Thermidar, Les adversaires de la censure dramatique étaient innombrables, et M. Bourgeois lui-même, s'il n*eiit pas été ministre, eût sans doute pensé,