MODIFICATIONS A LA LOI DU 29 JUILLET
déclara que les idées anarchistes élaieal le fruit de Téducatien anti-chrétienne, qu'elles naissaient dans les Ecoles sans Dieu, M. Loubet répondit que la République n'avait ni persécuté rÉglise, ni fait profession d'athéisme, mais simplement pratiqué la neutralité. M. Deschanel, qui prit ensuite la parole^ signala Talliance des radicaux avec les socialistescollectivistes. Après lui, M. Clausel de Coussergue ramena la discussion sur le terrain juridique.
Le 17 Novembre M. Ernest Roche rouvrit la discussion générale, accusa le Gouvernement de manquer de franchise et de viser non pas les anarchistee mais les socialistes. M. Aynard parla également à côté de la quesiioii. Mais tous deux eurent le mérite d'inspirer à M. Loubet son meilleur discours. Le ministre défendit éloquemmeat la République du reproche de stérilité, il rappela son œuvre scolaire, son œuvre militaire, son œuvre sociale. La Chambre applaudit vigoureusement cette belle apologie et ordonna qu'elle serait afGchée dans toutes les communes ^
On attendait toujours la véritable discussion : elle ae commença que le 18 Novembre, après le vote de l'urgence, et elle fut facilitée par la faiblesse du Gouvernement, qui se rallia à un amendement de M. Gerville-Réache, entourant de certaines garanties la saisie et l'arrestation préventives. Le 19 Novembre une nouvelle faiblesse, imputable au garde des sceaux, entraîna l'adoption d'un amendement de M. Jullien, qui remplaçait l'arrestation et la saisie préventives par la faculté accordée à la Cour de prononcer l'exécution provisoire de l'arrêt^ nonobstant opposition ou pourvoi. Le projet perdait ainsi toute efficacité.
Au milieu de ces médiocres discussions, l'expédition contre le Dahomey, méthodiquement organisée par M. Bur-
(I) Appendice XIV. Discours de M. Loubet, président du Conseil, à la Chambre, le 17 Novembre 1892.
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deau, admirablement conduite par le général Dodds, aboutissait le 17 Novembre h la prise d'Abomey, la capitale de Behanzin. Wydah était dégagée et notre domination était rétablie sur un immense territoire, sans que ce succès eût coûté à la France trop de sang ni trop d*argent.
Il nous faut revenir, de ce glorieux théâtre d'une victoire savamment préparée et bravement remportée, sur un théâtre plus mesquin, où se livraient des batailles aussi ardentes mais moins honorables dans leurs causes et, par leurs résultats, aussi funestes aux vainqueurs qu'aux vaincus.
La question du Panama était posée dès 1889, voire dès le 8 Juin 1888, date de la loi autorisant un emprunt de 720 millions qui n'avait pas été couvert. Si tous les Ministères qui s'étaient succédé depuis cette époque étaient restés inactifs, c'est que le grand nom de Lesseps et sa gloire incontestable arrêtaient toutes les initiatives, c'est que son grand âge faisait escompter sa mort, c'est que l'on prenait en considération les petits porteurs de titres et que Ton espérait, en traînant les choses en longueur, sauver une partie de leur mise; c'est surtout que, par raison d'Etat, on voulait dissimuler au pays quelques défaillances particulières. Celte politique d'inertie avait tous les inconvénients et pas un avantage. Elle affligeait la masse des honnêtes gens, étonnés que l'on ne réprimât pas des crimes et des délits avérés ; elle compromettait gratuitement tout un corps, et par contrecoup, la République elle-même, au profit de quelques individualités ; enfin, elle laissait le champ libre aux journaux qui vivent de scandale. Le parquet ayant l'ordre de ne pas poursuivre, la Libre parole^ la Cocarde affolaient l'opinion publique, par un mélange de faits exacts et de calomnies, où l'on ne savait plus distinguer la vérité.
C'est le 12 Novembre que l'affaire vint devant la Chambre, par une proposition de M. Dupuy-Dutemps, qui supprimait
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scr î* r*ii:i!r:i ieTAieiiî verdir ea â:scus^:o.n !e 11*. AvauI la dÎ5-rsï5i-:a. M. Fl>i^eL Criir.; la i-re<:-ùnv*e à Tua vie$ vicepre^ij-enîs. rre-^cta u::e;u5t::::a;i 'R de sa con.îuile comme ministr? de rict-rleur. l'ersocKelIemenl, il n*avaîl rien re;n de *a ConDr \-rii;e, et nulle part oe:te accusation u avail été formclêe contre îui ; mais ses indîcatious avaietil fait allouer 3iX'*« V' francs à la presse qui soutenait sa pidilique. M. Ricard monte ensuite à la tribune et annonce que Tins- Irnction. ouverte devant la cour de Paris, vient daboulir à Tassignatif Q de quatre administrateurs de la Compagnie de Panama et dun entrepreneur de travaux publics. Il semble au garde des sceaux que dans ces conditions, la juslioe étant saisie, l'interpellation n*a plus de raison d'être. M. Barlhou obtient qu'elle ne soit ajournée qu'au surlendemain.
Le lendemain. :20 Novembre, se produisait un événement qui changeait entièrement Taspect de la question : un banquier, directement mêlé à raffaire, le baron Jacques de Reinach, succombait dans des circonstances mvslérieusos. A la Chambre, le 21 Novembre, un député boulangisle de Seine-et-Oise, M. Argeliès, fit un discours assez modéré. Un autre boulangiste, M. Delahaye, déclara que la loi de 1888, autorisant la Compagnie à émettre des valeurs ^ lois, avait été volée grâce aux manœuvres coupables d*un financier qui achetait, moyennant trois millions, les consciences parlementaires. Le financier visé par M. Delahaye était le baron de Reinach ou Arton, son agent auprès des Chambres. M. Delahaye concluait en demandant la nomination par la Chambre d'une Commission d'enquête. Le Gouvernenjent pouvait encore arrêter la Chambre, dans la voie où elle allait s'engager. La justice étant saisie, il pouvait demander ([u'on
Ida LE UtNISTÈRfi liOCBET
lui laissât le ^oin de faipe la lamîère^ sans mêler Taction politique à Taction judiciaire. Les dispositions -qu*il crut apercevoir dans la Chambre Tempèchèrent de prendire cette position très nette et, bden qu'un ou deux membres du Cabinet fussent visés, il ne pouvait Ti^orer, parmi les parlementatpes auxquels M. Delahaye avait fait allusion, il s'associa à la demande du député bonlangiste : elle fut votée par 310 voix contre 218.
La Commission d'enquête, nommée les ±2 et 23 Novembre, comprit 23 républicains, 9 membres de la J)roifle «et un boulangiste. £lle choisit comme président M. Henri Brisson, comme vice-présidents MM. Jolibois de la Droite et Clausel de Coussergues du Centre Gauche. Dès sa première réunion, M. Delahaye lui indiqua le baron Jacques de Reinach comme ragent principal de la corruption parlementaire, avec, pour sous-agent, un financier véreux, alors en fuite, Arton. Munie de ces renseiguements, la Commission sollicita du Gouvernement la communication du dossier j udiciaire, rexhumatioQ et Tautopsie du baron de Reinach. Après les concessions déjà faites par le Gouvernement, il lui était difficile de se refuser à en faire de nouvelles : il accorda la communication du dossier judiciaire, mais il refusa Texhumation et Tautopsie, en se retranchant derrière un scrupule de légalité.
Le 28 Novembre la question de Tautopsie fut posée devant la Chambre par M. de la Ferronays, le jour même où la Commission d'enquête avait reçu la déposition de M. Prinel, conseiller à la Cour de Paris. Ce témoin avait révélé aux commissaires enquêteurs que 500 ou 600 personnes avaient profité des largesses du Panama, que les frais des 7 émissions avaient atteint 83 millions, dont 21 absorbés par la publicité, c'est-àdire par la presse de toutes nuances et que le baron Jacques de Reinach, ayant reçu 9800000 francs, n'en avait dépensé que 3 pour frais de publicité. M. Ricard répondit à M. de la
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Perronnays que le Gouvernement n'avait pas le droit de I pratiquer l'autopsie. H. Brisson combattit victorieusen cette thèse juridique et la question fut transformée en ir pellation. M. Loubet monte èi la tribune, se plaint de la si lion intolérable qui est faite au Gouvernement et, sans pondre & l'argumentation de H. Henri Brisson, regagne banc, sous prétexte qu'on l'interrompt. Cet accès de n vaise humeur, que l'on eût attendu de H. Loubet moins de tout autre, allait lui coûter la présidence du Gon H. Leygues essaie vainement de sauver le Cabinet, en d iiant une demande d'ordre du jour pur et simple : cette ! tion est repoussée par 304 voix contre 319. On passe au sur l'ordre du jour de H. Brisson disant que la Chan s'associe au désir exprimé par sa Commission d'enquétf est adopté par 393 voix contre 3 et le Cabinet est renv» vaincu sans avoir réellement livré combat, sans s'être déf( contre l'attaque très vive, contre l'argumentation très se de H. Henri Brisson.
Telle fut la fin, après neuf mois d'existence, d'un Hinii qui avait eu des moments difficiles et des jours glorieu succomba parce que son chef, gêné par la présence de ( ques-uns de ses collaborateurs, ne sut pas prendre une i sion ferme en temps uliie, se prononcer pour la poun judiciaire publique, complète, et maintenir l'affaire en de de la politique. M. Loubet avait accepté le pouvoir dan conditions difficiles créées par le vote du 18 Févriei l'avait exercé avec une fermeté qui ne s'est démentie le dernier jour et surtout avec une honnêteté absolu faut toute la mauvaise foi de l'esprit de parti, pour l'i rendu responsable de l'impunité finale assurée aux a' nistraleurs de la Compagnie et aux parlementaires con mis, puisqu'il était président du Conseil lorsque les [ suites contre les administrateurs ont été iatentées et Edc. Zbvort. — Ti'oisième Rûpublique. iv, — I
LE MIXISTÈRB LOrUBT
^nait encore, comme miaislre de l'Intérieur, au Caui a demandé la suspension de l'inviolabilité parle* re contre cinq députés et cinq sénateurs. L'histoire aie doit retenir ses hésitations comme homme poli- LU moment de donner un poavoir exceptionnel ft une ssion d'enquAte parlementaire ; elle doit aussi le absolument hors de cause comme homme privé, citoyen intègre et comme républicain. 11 a montré, , direction des affaires publiques, des qualités qui ne is communes : du caractère, de la décision uais & une exquise, à un vif sentiment de la nécessité d'élever isivement les humbles « à un degré croissant de bîenitériel et moral n.