LA GRÈVE DE CARMAUX
maintien de M. Humblot, direcfleur des travaux, qui, lui aussi, avait dû démissionner et que la Compagnie se refusait à sacrifier.
La Compagnie, après l'engagement pris par M. Reille, ne pouvait repousser la sentence : elle l'accepta. Les grévistes de leur côté ne se considéraient pas comme engagés par les instances que M. Clemenceau avait faites auprès de M. Loubel, pour le décider à arbitrer, et, après avoir reçu les conseils de MM. Clemenceau, Pelletan et Millerand, ils volèrent à l'unanimité la continuation de la grève, à cause de l'exclusion de ceux de leurs camarades qui avaient été condamnés correclionnellement. Il appartenait à la Chambre de lever ce dernier obstacle à l'apaisement. Le 29 Octobre, M. Terrier déposa une proposition d'amnistie pour faits de grève. La proposition fut repoussée par 323 voix contre 197, à la suite d'un discours de M. Viette. Le ministre des Travaux Publics s'élait engagé, si le travail reprenait, à remplacer l'amnistie par des grâces individuelles. MM. Clemenceau, Millerand et Pelletan se rendirent à Garmaux ; ils furent écoutés et le travail reprit le 3 Novembre, après une interruption de près de trois mois.
L'élévation de M. Etienne à la vice-présidence de la Chambre, en remplacement de M. Burdeau, l'interpellation de M. Hubbard sur les égouts de Paris, la discussion sur les microbes pathogènes et saprogènes, suivie de l'invitation adressée au Gouvernement par la Chambre d'assurer la prompte exécution du plan d'assainissement de la Seine et de Paris, et le commencement de la discussion d'une proposition interdisant le travail aux accouchées sont de la fin d'Octobre.
Au début de Novembre, la discussion et le vote, par la Chambre, d'un projet sur les Syndicats professionnels, la promulgation de la loi sur le travail dans les manufactures,
f88 LE MTNISTÈRE LOUBET
le vole du projet d'armée coloniale par le Sénat, la discussion et le vote par la Ghambre d'un projet de règlements d'ateliers, et le commencement de la discussion du projet sur la réforme des boissons, qui se prolongera du 5 au 27 Novembre, précèdent l'explosion de la rue des Bons- Ënfents. Le 8 Novembre au matin, une boîte en forme de marmite était déposée dans une maison de l'Avenue de l'Opéra, à Pari», devant les bureaux de la Compagnie des houillères de Carmaux. Portée par un garçon de bureau, au commissariat de police de la rue des Bons-Enfants, la boîte faisait explosion, tuait cinq hommes et produisait de graves dégâts matériels. Le jour même, à la Chambre, une question de M. Joseph Reinach, transformée en interpellation par M. Delafosse, amenait non pas les explications du Gouvernement, mais le simple récit de l'événement par M. Loubet, et se terminait par un ordre du jour ainsi conçu : La Chambre, indignée des actes odieux qui viennent de se produire et confiante dans la vigilance et dans la fermeté du Gouvernement pour en empocher le retour, passe à l'ordre du jour. L'ordre du jour Emmanuel Arène fut adopté par 344 voix contre 95.
La discussion des 16, 17, 18 et 19 Novembre à la Chambre fut comme une suite de l'interpellation Delafosse. Un projet de loi, réformant la loi du 29 Juillet 1881 sur la presse, avait été déposé dès le mois de Mai 1892. L'explosion du 8 Novembre lui rendant toute son actualité, le ministre en demanda la discussion aussi prompte que possible. Elle s'ouvrit le 16 Novembre. Le projet nouveau admettait l'arrestation immédiate, en cas de provocation directe à commettre certains crimes ou le délit de vol, même si cette provocation n'avait pas été suivie d'effet. La provocation à la désobéissafice des militaires était punie de peines plus graves. Le jour* de l'ouverture de la discussion, M. de Mun