LE CABINET DU 6 AVRIL
le Parlement voulait imprimer à Faction gouvernementale. Après une entrevue avec les présidents des Commissions de finances des deux Chambres, MM. Peytral et Boulanger, il fit appel à Tun des membres les plus influents de la Gauche modérée, M. Méline, lequel n'était pas plus désigné que ne Teût été l'un des membres de la Gauche radicale. Avec une bonne volonté méritoire M. Méline essaya de réunir les éléments de sa combinaison : il y renonça, dès que M. Poincaré eut refusé de se charger du portefeuille des Finances et M. Carnot dut se tourner d'un autre côté. M. Charles Dupuy tenait depuis quelques mois, avec une incontestable compétence, le portefeuille de Tlnstruction Publique ; il plaisait au Président de la République par les qualités qui avaient déjà séduit la Chambre, sa rondeur^ sa fine bonhomie, sa souplesse alliée, sous une apparence un peu lourde, à une force réelle. Il montra la décision que Ton attendait de lui en constituant très rapidement la nouvelle administration. Prenant pour lui rintérieur avec la présidence du Conseil, il laissa Tlnstruction Publique, les Beaux-Arts etles Cultes à M. Poincaré, dont le nom n'avait encore été prononcé que pour les Finances. Celles-ci échurent, en l'absence de M. Félix Faure, alors au Havre, à M. Peytral, les AiTaires Étrangères à M. Develle, la Justice et les sceaux à M. Guérin, sénateur de Vaucluse, sur le refus de M. Milliard, sénateur de l'Eure. Les portefeuilles moins importants du Commerce et de Tlndustrie, de l'Agriculture et des Travaux Publics furent donnés à MM. Terrier, Viger et Viette ; les portefeuilles spéciaux de la Guerre et de la Marine au général Loizillon et au vice-amiral Rieunier. Il y eut un sous-secrétariat des Colonies qui fut confié à un jeune député de TAriège, M. Delcassé. En somme, la nouvelle combinaison, avec quatre ministres radicaux, était un retour à la politique dite de concentration ou d'union des républicains, en vue des élections générales.
tiV.
Son chef avait un grand mérite : nî de près ni de loin il n'avait été mêlé anx tristes affaires qni avaient si profondément troublé le monde politicpie et dont le contre-coop aurait pu se faire sentir aux scrutins du 20 Août et du 3 Septembre. « Je suis un paysan, mais qui sait ce qu'il veut, » disait de lui-même M. Ch. Dupuy : ces mots le peignent bien. D'origine modeste, arrivé seul à force de travail et d'intelligence, il eut, à défaut d'une certaine délicatesse de doigté, la poigne vigoureuse. 11 ne cherchait pas à tourner ou à éviter les difficultés : il marchait droit sur elles et le plus souvent il en venait à bout. De son administration de huit mois, il est resté le souvenir de quelqne chose d'un peu fruste, mais d'assez puissant. Sa première manière ministérielle fut imparfaite, mais elle ne le disqualifia pas. Il resta un président du Conseil possible et une ressource de Tavenir.
La Déclaration ministérielle fut lue le 6 Avril, par le ministre de l'Intérieur à la Chambre, par le garde de sceaux au ^; Sénat. On y remarqua surtout une allusion aux douloureux
- ■ incidents qui n*avaient atteint ni la République dans sa
^/^ croissance vigoureuse, ni la Patrie dans sa renommée
&5 traditionnelle de probité et d'honneur. Comme projets de loi
à plus ou moins longue échéance, le Gouvernement signalait le projet sur les Sociétés coopératives de production et le projet sur le crédit agricole et populaire ; il engageait la Chambre à en finir aviec le budget de 1893 et à épuiser son droit en votant celui de 1894 avant sa séparation. Courte et d'allures effacées, la Déclaration fut bien accueillie à la Chambre ; plus froidement au Sénat. La Haute Assemblée, reprochait sans doute au Cabinet de ne s'être annexé qu'un seul sénateur. Peut-être aussi trouvait-elle que la nouvelle combinaison ne répondait pas exactement à la situation parlementaire.
Ni au Sénat ni à la Chambre le Cabinet du 6 Avril ne fut