LIVRE VINGT-NEUVIÈME
La France venait de sauver la Turquie en pesant à propos du poids de quatre cent mille hommes sur le Rhin contre la maison d'Autriche. Mais en la sauvant, elle ne l'avait pas régénérée encore.
Avant d'entrer dans le récit de ces règnes courts et précipités de décadence, qui firent reculer les Turcs de toute la distance qui sépare Vienne d'An-* drinople, et le fond du golfe Adriatique de l'embouchure des Dardanelles , l'esprit de l'historien cherche involontairement à se rendre compte des causes de cette infériorité militaire subite qui
Vll. I
étonne, et qui déconcerte tout à coup les OlU
Un coup d'œil suffit à les lui révéler, un mo
à les indiquer au philosophe politique : Par
taire s'était perfectionné en Europe, il étai
stationnaire en Orient. Les puissances occid^
avaient des armées régulières et disciplinées
lesquelles cent mille bras étaient mus par uni
âme avec la rapidité, l'uniformité et l'in
d'action de la tête sur les membres ; la T
n'avait que des hordes héroïques, mais incoh^
et insubordonnées, qui formaient des maî
jamais un ensemble. L'Europe, de plus, avj
généraux élevés, dès leur enfance, dans le i
et dans l'art de la guerre, connus de leurs tr(
responsables de la victoire ou des revers <
leur gouvernement ou leur nation ; les Tun
valent que des grands vizirs choisis , souvc
hasard, par le caprice d'un sultan ou par la
d'une sultane, inconnus la veille de l'empire
soldats, croyant recevoir avec le sceau de l'I
génie inné des batailles, et sentant derrièn
pour toute responsabilité, le cordon, s'ils ^
malheureux ; le paradis, s'ils mouraient bravi
dans la mêlée. Un despote, épié par un boni
tel était le grand vizir, général absolu des
mans. k.