LIVRE VINGT-NEUVIÈME
Enfin, cet art de la guerre, né en Europe des erres civiles de l'Italie, perfectionné en Espagne, lompli en France, importé en Allemagne, projé en Hongrie, en Pologne, en Suède, en Russie, lit formé dans MontécucuUi, dansVétérani, dans ttdé, dans Turenne, dans le duc de Lorraine,
18 rélecteur Auguste de Saxe, dans Sobieski,
19 Charles XII de Suède, dans Pierre le Grand Russie, enfin, dans le prince Eugène de Savoie,
généraux les plus consommés qui eussent jalis paru à la fois dans le même siècle sur la scène monde. Le génie conservateur de l'Europe, en faisant naître presque simultanément à l'époque la dernière invasion ottomane à Vienne, semblait >ir proportionné les défenseurs de l'Occident à
dangers. La providence de l'Allemagne venait lui susciter le plus redoutable de tous ces homîs de guerre , dans le prince Eugène de Savoie, second Sobieski de l'Occident.
Le prince Eugène de Savoie était un de ces homis prédestinés de l'histoire, à qui une vocation rincible trace de bonne heure la roule qu'ils doiat parcourir malgré la nature et la société. Petit-
fils du duc régnant de Savoie, fils du comte de Soissons , prince de cette maison nationalisée en France, la belle Olympe Mancini, nièce du cardinal Mazarin, était sa mère. La comtesse de Soissons^ impliquée par légèreté plus que par crime dans les procès pour empoisonnements qui avaient flétri la cour de Louis XIV, s'était réfugiée à Bruxelles contre les poursuites juridiques, dont son rang et sa beauté ne la garantissaient pas.
Son fils, disgracié par la nature, difibrme d'épaules, grêle de taille, maladif de tempérament, mais éblouissant de physionomie et précoce d'intelligence, était destiné à l'église comme incapable ou indigne des armes ; son caractère martial et sa passion pour la gloire protestaient contre cette vie retirée du sacerdoce. Tous ses rêves et toutes ses études tendaient à l'imitation des héros dont Plutarque lui retraçait les exploits. Quoiqu'on lui donnât déjà à la cour le titre d'abbé de Savoie , présage de sa destination ecclésiastique, il sollicita avec ardeur de Louis XIV la faveur de commander un régiment dans ses armées. Soit dédain du roi pour un extérieur qui jurait avec les armes , soit ombrage de Louvois, ministre de la guerre, contre un prince de la maison de Savoie, dangereux à trop grandir en France, le prince Eugène fut durement méconnu et repoussé