LIVRE TRENTE-DEUXIÈME
répondirent à ces espérances. Tous les actes du sultan furent des bienfaits envers ses peuples, des avances de paix aux puissances étrangères. Raghib- Pacha flattait habilement sa prétention de gouverner par lui-même en s'eflaçant avec scrupule et en monti*ant toujours le sultan devant lui. Lepadischah, tantôt déguisé sous d'humbles costumes, tantôt t cheval dans tout l'éclat du trône, parcourait jour et nuit les quartiers de la capitale pour surveiller l'exécution des mesures d'ordre et de religion et de police émanées de son divan.
Le sultan, voulant distinguer son ministre entre tous, donna pour épouse au grand vizir Raghib une de ses sœurs, la sultane Salilia.
Le récit de ces noces retrace trop vivement les mœurs ottomanes pour être étranger à l'histoire. Le livre des noces, ouvert au savant orientaliste Hammer, décrit en ces termes celles de Raghib;
« Les fiançailles eurent lieu devant le muphti, dans le palais de la sultane, situé près du faubourg d'Aïoub. La sultane y fut représentée par le kislaraga du sérail, et Raghib par le ministre de l'intérieur. Le lendemain, le grand vizir envoya à la fiancée le
kapidjilerbouloiikbaschi, ou chef des gardiens de la porte du serai I, pour demander des nouvelles de sa sanlr, et lui renieltro, de sa part, six pkls d'argent av(Hî l(3iirs ccuiverdes, une table du même mêlai, une tass(î remplie de sucreries, trente autres rcm- |)rK's d(^ lait et cinquante de fruits. Quinze jours après, la sultane se rendit en voiture, sans pompe ni musique (car elle était veuve), au palais du grand vizir, accompagnée de ses eunuques coiffés de leurs turbans ordinaires. Arrivée sous le portail du harem, Raf^bib-Paclia complimenta son auguste fiancée, et retourna innuédiatement dans la salle d'audience .
« A])rès le coucher du soleil , le kislar-aga vint , conformément à un ancien usage, pour conduire la sultane «lans les bras de sou époux. L'étiquette de la cour veut que la princt^sse rei;oive son fiancé avec uu(^ lierté et un dédain simulés, et refuse même dtî h regarder. Loi^([ue celte scène muette a duré quel(|ue temps, elle se lève tout à coup en feignant un ^rand mécontentement, et se retire au fond de ses appartements. Les eunuques saisissent cette occasion pour ùter au iiancé ses pantoufles, qu'ils laissent sur le seuil de la porte.
« Cet te cérémonie est considérée comme de la plus haute importance, parce qu'elle indique que le fiancé a pris possession du harem que l'époux seul