LIVRE TRENTE-DEUXIÈME
a le droit de visiter. Les eunuques se retirent aussitôt, tandis que le fiancé se rend seul dans Fappartement où la princesse, assise sur le sofa, occupe la place d'honneur. Il se jette à ses pieds, et reste agenouillé devant elle, les mains croisées sur la poitrine, en attendant dans le plus grand silence qu'un mot de la farouche beauté vienne le tirer de cette position. Enfin elle lui dit : Apporte-moi de l'eau I Il lui présente alors l'aiguière à genoux, en lui demandant en grâce de vouloir bien lever son voile ; ce voile est brodé de fleurs et étincelant de pierreries. Les cheveux de la fiancée, qui forment sept tresses, sont enlacés d'or et de perles. A peine la sultane a-t-elle goûté à Teau , que les esclaves apportent deux plats, dont l'un contient deux pigeons rôtis, l'autre du sucre candi, et les déposent sur des tables peu élovéns, drossées au milieu do l'appartement. Le fiancé supplie sa fiancée, dans les termes les plus tendres, de daigner y goûter ; mais celle-ci répond avec une hauteur et une fierté pudiques : « Je ne le veux pas. »
« Le nouveau marié, réduit au désespoir, a donc recours à d'autres moyens pour fléchir l'implacable beauté. Il appelle les eunuques, qui déposent à ses pieds de riches présents. Adoucie par la vue de ces magnificences, l'auguste fiancée permet à son époux
310 HISTOIRE l)K LA TURQUIE,
(le 1.1 prendre sous le bras, et de la conduire à table, d'après Tétiijuette de cour. Le fiancé lui présente un morceau de pigeon rôti, tandis que sa fiancée hii met dans la bouche un niorct»au de sucre candi. Immédiatement après, on enlève la table ; la sultane reprend son siège sur le sofa ; les eunuques se ielirent, et les fiancés restent seuls i>endanl une heure, durant laquelle l'étiquette ne leur permet que Tentretien le jdus cérémonieux. A ce moment, le sultan sort du harem et se rend à la salle d'audience, où il reçoit les félicitations des vizirs et des autres grands dignitaires de la cour et de l'État; de retour dans le harem, il est aussi félicité par les sultanes. Pendant toute la nuit, la musique, la danse vt une exhibition d'ombres chinoises alternent pour égayer les hôtes. »
Raghib , exclusivement attentif à l'administration de toutes les parties de l'empire qui prospérait sous s«»s lois, présentait sur chacpie affaire au sultan une exposition ou une proposition écrite avec la précision de rhomme d'État. Dans h»s oa*asions solennelles, le grand vizir, se souvenant de son talent de poëtc et d'écrivain, adressait à son maître, en style