‹ Histoire de la TurquieChapitre 154 sur 360 · LIVRE TRENTE-DEUXIÉME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-DEUXIÉME

tant de confidents pouvaient ébruiter le coup avant qu'il fût porté. Une indiscrétion de Passek, qui laissa éclater son impatience de haine devant un soldat, instruisit Pierre de la conspiration. Il était alors à douze lieues de Pétersbourg, dans une de ses maisons de plaisance; Timpératrice, pour mieux déguiser sa complicité, était elle-même à six lieues de la ville, retirée presque seule dans une autre maison impériale.

L'arrestation de Passek, connue à l'instant de la princesse Dachkof, la fait voler à Pétersbourg, déguisée en homme, pour prévenir par une explosion soudaine le retour de l'empereur et le supplice des conjurés. Elle presse Panin, elle harangue dans une chambre de caserne les principaux conjurés, elle fait partir pour la résidence de l'impératrice un frère d'Orlof surnommé le Balafré, avec un billet qui ne contenait que ces mots : « Venez, madame, ou tout est perdu ! »

Orlof le Balafré arrive par les jardins sans être aperçu du pavillon isolé habité par l'impératrice, la réveille, lui dit un seul mot et repart au galop pour la ville. Catherine s'élance dans une voiture de paysan que la princesse Dachkof lui faisait tenir toute attelée depuis quelques jours dans une chaumière voisine du château, soit pour fuir, soit pour

régner, selon le sort, Leschevaux emportent rimpératrice, suivie d'une seule femme de service, vers Pétersbourg. Sa voilure traverse au galop la ville avant le réveil des habitants. Elle en descend sur une place d'armes qui règne devant les casernes ; les soldats^ étonnés et à peine vêtus, se groupent autour d'elle; elle se nomme; ils tombent à ses pieds; elle les harangue; ils jurent de mourir pour elle; elle est rejointe par le perfide hetman Rozamouski, qui entraîne ses Cosaques, par Volkonski , par Scbouvalof , par Bruce, par Strc^nof, tous initiés au complot et n'ayant plus à espérer de salut que dans son explosion» Os veulent proclamer Catherine régente :

a Non 1 non ! » s'écrie Orlof , dont nul ne floup« connaît encore l'intrigue intime avec sa souveraine; a gardons-nous de faire les choses à demi et de ris* a quer le dernier supplice pour avoir à recommencer « un jour. Je poignarderai de ma main le premi^ a qui parlera de régence I »

Les hourras pour l'impératrice éclatent à œi mots dans les rangs des soldats; ils prennent ks armes, et marchant à sa suite de caserne en caserne, ils entraînent, avant le lever du soleil, toutes les troupes et tout le peuple dans le courant unanime de la révolution. Catherine, escortée de son

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