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LIVRE TRENTE-DEUXIÈME

il n'avait jamais vu k princesse, que sa disgrâce éloignait depuis plusieurs années de la cour. Il la reconnut pour la première fois sur le trône, dans les cérémonies qui suivirent la mort d'Elisabeth. Muet d'étonnement et de terreur, son amour s^accrutde son respect; il continua à voir eu secret comme impératrice celle qu'il avait adorée comme femme. Les dangers de Catherine, ses propres dangers, s*il étfiit découvert, assuraient sa discrétion. Confident des outrages qui menaçaient l'impératrice, il avait ourdi avec elle la trame audacieuse d'une conjuration qui devait donner le trône ou la mort à Catherine. Le trésor militaire dont il disposait, la connivence de ses cinq frères, tous ofGciers ou sousofficiers déjà populaires dans les gardes, enfin les démences de l'empereur et le mécontentement des troupes lui achetaient ou lui enrôlaient d'avance des complices. L'audace de Catherine et la séduction de ses larmes devaient achever une révolution commencée par l'amour.

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tJn simple Cosaque, Rozamouski, devenu sous Elisabeth hetman de sa nation, favori de l'empereur et cher au peuple, fut sondé par Orlof, et promit de

trahir, au signal convenu, la confiance que Pierre III plaçait en lui. La jeune princesse Dachkof, femme remuante, qui avait, comme tous les Slaves, le génie des conjurations, se chargea d'entraîner les chefs du clergé et l'archevêque de Novogorod, tout-puissant sur le peuple. Le comte Panin, politique consommé dans l'intrigue, gouverneur du jeune grand-duc et épris de la princesse Dachkof après l'avoir été de sa mère, fut lié à la conspiration par l'amour.

Des rumeurs sinistres, habilement répandues sur de prétendus soulèvements dans les provinces reculées de l'empire, commencèrent à alarmer Topinion avant de l'agiter. L'inquiétude du peuple est partout le premier auxiliaire des conjurés et le plus sûr prélude des révolutions. Si le meurtre de l'empereur était nécessaire, les meurtriers mêmes étaient prêts; déjà deux officiers aux gardes, Passek et Bachekakof, avaient offert leur poignard à l'impératrice, qui avait refusé un si odieux secours. Ces deux assassins, néanmoins, avaient attendu Pierre III dans une petite île de la Newa , où il venait lesoir se promener avec sa favorite. Le comte Panin avait conduit lui-même une troupe de conjurés dans les appartements de l'empereur, pendant son absence, pour leur faire reconnaître les issues, la chambre, le lit où ils devaient chercher leur victime. L'heure pressait ^

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