LIVRE TRENTE-TROISIÈME. Mt
tinés à la mer, nommés la Victoire et la Conquête j noms fortunés ; le trésor rempli par Raghib fournit et versa des millions de ducats d'or pour les besoins de la campagne ; des lettres furent rédigées aut confédérés Polonais, pour leur annoncer que l'empire se levait à leur appel, des assurances de paix données à toutes les autres puissances.
L'ambassadeur de France, M. de Saint-Prîest, envoya le baron de Toit en Crimée, pour dirige!*, par les mains de cet aventurier qu'on pouvait avouer ou désavouer selon les circonstances, les préparatifs du khan des Tartares Krim-Gheral. Les offres obliques de médiation de la Prusse et de l'Angleterre furent poliment déclinées par le grand vizir. Enfin, le 27 janvier 1769, les queues de cheval furent arborées au sérail, et l'étendard sacré déployé le 20 mars, pour porter la victoire avec son ombre à l'armée. Le fanatisme de la patrie et de la foi, allumé par l'outrage des Russes à Balta, et par l'agi** tation sacrée que le grand vizir avait surexcitée dans les musulmans, bouillonna jusqu'à la fureur dans la populace à l'aspect de l'étendard vort du Prophète.
L'ambassadeur d'Autriche (intemonce), M. de Brognard, curieux d'assister au cortège du î^angiakschérif, s'était rendu la veille avecles officiers de son
ambassade , sa femme, ses filles et quelques Européennes dans une maison voisine de la porte des Canons^ par où devait défiler le cortège. L'iman du quartier, informé que des giaours infidèles venaient souiller de leurs regards la relique sacrée, voulut expulser de la maison Tambassadeur et sa suite. La populace, attroupée sur ses pas à la porte, couvrit d'injures et d'outrages la famille de Tenvoyé chrétien ; la soldatesque, mêlée à la populace, menaça de SCS armes les hommes et les femmes, et les força de se jeter, pour échapper à la mort, dans la demeure d'un Arménien, voisine du cimetière.
L'ambassadeur et sa famille y passèrent la nuit, mais obstinés malgré le danger à contempler cette pompe religieuse et nationale, ils entrèrent avant le jour dans la boutique d*un barbier et se crurent à l'abri des regards du peuple derrière le grillage d'une fenêtre basse. L'ombrageuse populace, ameutée par le clergé, les entrevit et les assaillit de huées et d'imprécations. Un émir fanatique à turban vert, prétendu descendant de Mahomet, ajouta à la fureur de la multitude en s'arrêtant avec des signes d'horreur devant la boutique en s'écriant que des giaours profanaient, par leurs regards, le drapeau du Prophète, et en appelant sur eux la vengennco des bons musulmans.