‹ Histoire de la TurquieChapitre 162 sur 360 · LIVRE TRENTE-TROISIÈME. ÎW · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-TROISIÈME. ÎW

 ces mots^ la foule forçant les ported de la maison comme pour punir un sacrilège, se préci* pite sur les chrétiens réfugiés dans les plus secrets asiles, les en arrache, déchire leurs vêtements, traîne par les cheveux les filles et la femme enceinte de l'ambassadeur, qui mourut peu de jours après de son saisissement ; les boutiques sont pillées; plus de cent femmes chrétiennes outragées ou égorgées jonchaient de leurs cadavres les environs de la Porte des Canons. Les janissaires arrivent trop tard pour enlever aux fanatiques émirs leurs nombreuses victimes et pour sauver d'un massacre populaire les Grecs consternés. La rage des émirs ivres de superstitioi^ fut telle, dit Tannaliste ottoman luimême , que plusieurs de ces forcenés mordaient avec les dents les barreaux de fer des grillages qui leur disputaient d'autres victimes, tant le fanatisme assoupi est dangereux à surexciter et tant ses explosions sont terribles quand le patriotisme s'y mêle.

L'envoyé autrichien, témoin des efforts du grand vizir et du sultan pour refouler la populace et la soldatesque, n'accusa pas le gouvernement d'un désastre dont le fanatisme seul était coupable, et reporta bientôt après, à Vienne, avec les regrets de Mohammed-Émin , l'assurance d'une paix perpé-

â5a HISTOIRE DE LÀ TURQUIE;.

tuelle. Le baron de Thugut, destiné à jouer un rôle si ambigu et quelquefois si double dans les négocia^ tions de la cour de Vienne avec la Port^ fut envoyé à Constantinople par le prince de Kaunits pour y remplacer le ministre outragé.

Pendant ce soulèvement général de la Turquie d'Europe et d'Asie contre les Russes et en faveur des confédérés de Pologne, le khan de Crimée, Krim-Gheraï, partait à Balta avec cent mille Tais tares, et, remontant les rives du Dnieper, inondait la nouvelle Servie. Les provinces méridionales de la Russie étaient en feu sur ses pas. Le baron de Tott, militaire éclairé et écrivain pittoresque, retracô dans ses mémoires les mœurs de ces hordes Balai de Feu^ des descendants de Timour et de Gengis« Khan :

« La nourriture, » dit-il, « se composait de viande mortifiée sous la selle comme celle des Tartares et du khan, d'une boisson fermentée faite de lait de jument, principaux aliments des Tartares, dejam«» bons de cheval fumés, de kaviar, de boutarga, etc. Cependant, en sa qualité d'hôte, Gheraï buvait Pop liquide du Tokay dans des tasses de ce métal pré-

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