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LIVRE TRENTE-QUATRIÈME

au lieu de l'imiter. Cette pensée de génie fit l'originalité et la fortune du jeune SouwarofT.

Son caractère et son extérieur même se prêtaient à cette fascination de Souwaroffsur les soldats russes, et des soldats russes sur les autres armées de l'Europe. Des traits kalmouks, un œil de faucon, un geste étrange, une taille grêle, une voix stridente, un langage à la fois laconique et figuré, un fanatisme religieux , vrai ou simulé , qui couvrait ses habits de reliques, et qui le précipitait à genoux devant ses troupes pour chercher en haut l'inspiration et le sort des batailles; enfin une impétuosité calculée dans l'attaque, qui semblait, à l'exemple des Turcs, demander le martyre plus que la victoire, avaient fait en peu d'années de SouwarofT un scheik tartare, un delhi russe, une dérision des généraux, une idole des soldats. Une certaine démence, réelle ou jouée, qui se confond souvent avec le génie et qui achève la popularité dans la soldales(|ue, complétait l'homme. Sorte de Brutus moscovite, simulant l'idiotisme, pour masquer la gloire de sa patrie et sa propre gloire, il a\ ait juré de ne ressembler qu'à lui-même pour que personne ne put s'assimiler à lui dans son pays.

Catherine et ses favoris avaient respecté promplement en lui le caprice des soldats. Souple à la

main de Timpératrice, . il flattait en grondant la cour ; il professait non pas le respect, mais la religion du trône. L'ancien esclave se retrouvait sous le héros; c'était le lion enchaîné de Catherine^ cares* sant pour sa maîtresse, terrible à ses ennemis.

Soldat, caporal, sous-ofûcier, ofiicier tour à tour et lieutenant ; colonel , sous Soltikof , dans les guerres d'Elisabeth contre le grand Frédéric ; commandant, plus tard, d'une horde de Cosaques disciplinée ; général en Pologne, opposé à Dumouriez, à qui les confédérés polonais avaient confié le commandement de leur armée, sous Landskroun, vainqueur de ce général, qui devait plus tard vaincre la coalition contre la France^ appelé par Potemkin, en Crimée, commandant l'armée russe du Eouban; lieutenant de RomanzoQ'et de Repnin, en Moldavie, contre les Turcs; blessé presque mortellement à l'assaut d'Oczakof ; rentré à Pétensbourg pour se remettre de ses blessures; récompensé par Catherine et renvoyé par elle avec un commandement en chef d'armée en Bessarabie; salut des Autrichiens, envié des généraux russes, terreur incarnée des Turcs, seul rival d'Hassan-Pacha, le SouwarofT des Ottomans sur les mers, tel était le vainqueur de Rimnik.

Son apparition sur la scène du Dniester et du

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