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LIVRE TRENTE-QUATRIÈME

liens les armes, Tordre et la subordination sans lesquelles toute armée n'est qu'une horde.

Sélim m les mécontenta à son premier acte en déposant le grand vizir Yousouf, vainqueur de Joseph II en Hongrie, et en remettant le sceau de l'Empire au pacha deWiddin, guerrier renommé sur le Danube. Yousouf, disgracié, ne perdit du moins ni la vie ni la fortune. Il emporta dans son honorable exil les bienfaits de son maître et sa popularité dans l'armée.

Le pacha rebelle de Scutari, Mahmoud, éprouva un généreux remords de sa révolte impunie au moment où l'empire était appelé aux armes par un jeune prince innocent des griefs que ce pacha arguait contre Mustapha. Mahmoud envoya sa soumission à Sélim avec les têtes des négociateurs autrichiens, qui étaient venus l'encourager dans sa révolte à Scutari ; il obtint son pardon au prix des dix mille Albanais, soldats aguerris dont il couvrit l'Empire contre l'Autriche.

Hassan-Pacha, que son désastre naval dans le Dniester n'avait pu dépopulariser dans Constantinople, reçut du grand vizir le titre de serasker etlecom-

mandement de Tavant-garde opposée aux Russes. Jaloux de poursuivre contre les Autrichiens les succès de son prédécesseur Yousouf, le grand vizir donna ordre à Hassan d'attaquer les Russes sur sa droite, pendant qu'il marcherait lui-même avec cent mille hommes contre le prince de Cobourg pour l'écraser avant sa jonction avec Souv\raroff.

Informé de ce plan habilement conçu du grand vizir, le prince de Cobourg écrivit au général russe d'accourir au secours des Autrichiens dont les avantpostes se repliaient déjà devant le nombre. Souwaroff était l'éclair des mouvements militaires ; ravir le temps à l'ennemi était pour lui ravir la victoire.

(( Je pars, » écrivit-il pour toute réponse au prince de Cobourg. Une heure après, son armée, négligeant pour quelques jours Hassan-Pacha, marchait ou plutôt courait pour rejoindre l'armée aiH trichienne sur les bords de la petite rivière deRimnik. Le grand vizir, campé avec ses cent mille combattants sur la pente de ce ruisseau, croyait envelopper, le lendemain, les Autrichiens. L'attaque inattendue et impétueuse des Russes, avant le lever du soleil, le détrompa à peine de son illusion ; il ignorait la onction des deux armées.

Un officier russe d'élat-major surpris par les

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arant-pôstes turcs ayant été amené dans sa tente^ le pacha demanda au Russe qnel était le général qui commandait devant lui.

« C'est Souwaroff, » répondit le prisonnier.

« Soiiwaroff est mort de ses blessures à Oczakof, » répondit avec incrédulité le grand rizir.

Souwaroff au même moment débouchait avec trente-deux bataillons carrés dans la plaine au delà du Rimnik , rompait sur ses baionnettes croisées Timpétuosité des quinze mille spahis du grand vizir, emportait la position avancée^et fortifiée des Turcs au village de Rokse, coupait dans leur centre et dans leur retraite vingt-cinq mille janissaires concentrés dans cette position et livrant l'infanterie des volontaires turcs aux Autrichiens encouragés par son audace, enlevait, en combinant son attaque avec leurs charges, le camp même du grand vizir.

Trois heures après le lever du soleil, il ne restait des cent vingt mille Turcs du pacha de Widdin que vingt-sept mille blessés, dix mille prisonniers et soixante mille fugitifs abandonnant les tentes, les canons, les bagages et entraînant le grand vizir lui-même dans leur course vers le Danube.

Souwaroff, à qui le prince de Cobourg ne disputa

ni rhonneur du commandement, ni la victoire, reçut de Timpératrice le surnom de Rimniski^ du ruisseau comblé de cadavres, témoin de sa victoire. De ce jour la Russie, qui ne croyait avoir dans Souwaroff qu'un héros, comprit qu'elle avait le premier général de l'Europe.

Ce général, dont le nom et les exploits ont rempli, depuis la bataille de Rimnik, dix-huit années de siècle, se révélait comme un météore, sans avoir été prédit aux armées russes autrement que par ses propres pressentiments et par son invincible instinct de la guerre.

Né en Livonie, pépinière des hommes d'État et des hommes de guerre de la vieille Russie, son père, noble, employé dans la diplomatie, le destinait à la même carrière. Sa nature se refusait à ces études ; il n'aimait de l'histoire que le sang dont elle écrit sur des champs de bataille la gloire do quelques héros. L'obstination d'Annibal et la témérité de Charles XII étaient les deux types de son émulation. Il rêvait pour les armées russes une tactique appropriée à la sauvage énergie d'un peuple jusque-là barbare, qui devait étonner l'Europe

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