‹ Histoire de la TurquieChapitre 228 sur 360 · LIVRE TRENTE^INQUIfiME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE^INQUIfiME

a VOUS êtes tous sortis de nos rangs, que tous êtes « les frères et les fils des janissaires, une élite de <x ce corps sacré! Ouvrez vos portes! jetez-vous dans « nos bras! C'est au nom de Hadji-Begtasch, votre « patron et le nôtre, que je vous conjure de courir a au secours de nos saintes lois 1 Le Prophète vous « regarde ! S vous n'ouvrez pas vos portes à son « peuple, il vous chargera de ses malédÎGtions , €( et vous fermera à jamais celles du paradis des a croyants! »

Ces paroles, appuyées des gestes, répétées par les voix des deux mille insurgés et du peuple qui grossissait le cortège, l'absence d'ordre, l'immobilité de la rive opposée du port que l'on voyait des fenêtres de la caserne, les insinuations de quelques meneurs vendus au caïmakam, l'indécision qui saisit les troupes sans direction devant un mouvement qui soulève et qui entraîne tout sur son passage, ébranlèrent les artilleurs. Les portes , longtemps assiégées et défendues tour à tour en dedans, s'ouvrirent. Cabatchi-Oghli fut porté dans la cour par le flot du peuple avec une présence d'esprit rapide. Le plus vieux des sous-officiers des artilleurs, sesyamaks,

suivirent son exemple et embrassèrent chacun un des topdjis. L'émotion fit couler des larmes. On eût dit que la religion et l'honneur «e reconnaissaient et s'embrassaient sur le cœur de ces soldats séparés un moment par l'astuce des giaours. Les nizams seuls , fermes dans leurs casernes isolées, se préparaient à combattre et comptaient sur la résistance et sur les secours des canonniers. En apprenant la défection des marins et des artilleurs, ils se barricadèrent derrière leurs murailles et attendirent l'assaut et la mort que tout présageait autour d'eux.

Cabatchi-Oghli, sûr désormais de la ville et de l'esprit du peuple, ne perdit pas le temps à l'attaque d'ennemis impuissants. Laisser refroidir la sédi* lion, c'est lui enlever la victoire. L'audace et la surprise sont la tactique des révolutions. Cet homme inculte en avait le génie.

Il marcha hardiment à travers les rues les plus populeuses de Stamboul et sous les murs mêmes du sérail, à la place de rEtmeïdan, au cœur de la vijle. Là, voyant le sultan immobile dans l'enceinte fermée du sérail, et tous ses ordres désormais sans

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