LIVRE TRENTIÈME. J4i
« Quoiqu'il y ait une distance d'environ cent cinquante lieues entre la villede Moscou, où leczarfaisait alors sa résidence, et le château de Rennebourg, où Mentschikoffétaitprisonnier,sesennen)islecroyaient encore trop près du czar pour n'avoir plus rien à appréhender de ses intrigues. C'est pourquoi ils résolurent de l'envoyer à plus de quinze cents lieues, dans undésert nommé Iakoutsk, à l'extrémitéde la Sibérie. « Il y fut transféré avec sa femme et ses enfants, et huit domestiques qu'on leur laissa pour les servir dans l'exil.
« La princesse Mentschikoif, dans le plus grand éclat de sa jeunesse et de sa fortune, s'était toujours rendue recommandable par ses vertus, sa douceiïr, sa piété et les charités immenses qu'elle avait faites aux pauvres. Elle mourut sur le chemin, entre Rennebourg et Kazan, où elle fut enterrée. Son mari lui tint lieu de prêtre dans son agonie, et témoigna plus de sensibilité à cette perte qu'il n'avait fait à celle de sa liberté et à la privation de tous ses biens et honneurs. Il ne se laissa pourtant pas abattre, et continua sa route par eau, de Kazan jusqu'à Tobolsk, capitale de la Sibérie, où tout le peuple, prévenu de son arrivée, attendait avec impatience cet homme qui, naguère encore, faisait trembler tout l'empire de Russie.
iAt HISTOIKK DE LA TURQUIE.
« Au moment où il dcliarf[u:nt sur la rive, deux seigneurs, qu'il avait, au temps de sa puissance, relègues à Tobolsk, Tn bordèrent et raccableroûl d'injures; Mentschikuff les reconnut , et, tout efi continuant son chemin^ il dit à \\m dVux ;
« Puisque tu li'as [las d'autre vengeance à tircf « d'un ennemi que d^ ie cli a rger de paroles outrâ- « géantes, donne-toi relie satisfaction; pour moî, «je t'écouterai sans liainc comme sans ressenli- « ment. Si je t'ai sacrKié à ma politique, c'est que « je le savais beaucoup de mérite et de iierté* J*ài a vu en toi un obstacle h mes desseins, et je t'ai « brisé. Tu en aurais fait autant à ma place. Ce « sont là les nécessités de la politique. »
« Puis, se tournant vers l'autre seigneur :
et Quant à toi, f> dit-il, a j'ignorais même que « tu fusses proscrit, n'ayant aucun motif personnel « de t'en vouloir. Si lu as été exilé, c'est par suite a de quelque machination secrète^ où l'on a abusé « de mon nom. Comme je ne le voyais plus, je sup- « posais que tu étais mort ou en voyage; voilà la <c vérité. Mais si les outrages que lu me prodigues « sont un adoucissement à tes maux, continue; je « suis loin de m'y opposer. »
« Il arriva qu'un troisième exile, animé du menu* esprit d'hostilité, perça la foule et ramassa de
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»oue qu'il jei dti jeune prince Meùtschi-
:offct de ses OUes. Aussitôt Menlschikoffrapostrorha en ces termes :
« Ton action est infâme et stupîda Si tu as ( quelque vengeance à exercer, exerce-là coiitrp t moi, et nôil contre ces malheureux eflfaîitâ. Leuf i père a bieu pu être coupable ; mais eux, ils sont : innoceiits. d
d Dans le court séjour qu^on lui laissa fâîlti â 'obolsk, il se préoccupa activement de porfrvoil' ttt moyens d'adoucir la misère à laquelle sa famille liait être exposée dans l'affreux désert où Van deait là conduire. Le vice-roi de Sibérie Itli atait nvoyé dans sa prisoû une somme de cinq ceilts 3ubles, que le czar avait ordonné qu'on lui payât our sa subsistance et celle des siens. Meîitschikoff t observer que cette libéralité lui devenait assez lutile dans un pays où il lui serait impossible d'en ire usage, et demanda qu'on lui permît de l'emloyer, à Tobolsk, en acquisitions nécessaires. Sa îquôte lui ayant été accordée, il acheta une haché : d'autres instruments propres à abattre le bois et travailler la terre; il fit provision de toutes sortes ; graines pour semer, de filets pour pocher, et ifin d'une grande quantité de viandes et de pois- •ns salés pour sa subsistance. Ce qui lui resta d'ar-
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€ Dbt ctiÈt cafîule de k SiUrie il fat transK JB$«fi'Â ht«Tt4i , lai ci ses enfants^ sur un pe ckuwt èèoM^^rU tniaè Untôi par on seul chei et taaift par dies cUck. Ob loi a^ait été, aTant s départ de Rennehoiiig, ses habits wdiiiaires, à pbee deafa^ oa loi donna des Tèlements paysan. Sesenlanis forent traités de la même faço ik étaient cooTerts de pelisses et de bonnets peaox de mooton. arec des balnts et robes de bu sons leors pelisses. Le loyage dora cinq mens, pe dant lesquels ils forent oontinoeUement exposé tontes les injures de Tair et à tontes les rigueurs climat.
« Un jour, pendant une halte dans la caba d'un pauvre Sibérien, un officier, qui revenait Kamtschatka, entra, lui aussi, par hasard, A celte même cabane. Il avait été envoyé, sous règne de Pierre I^, pour exécuter une conumss qui concernait Tentreprise du capitaine Behriof les découvertes que ce navigateur était chaigé faire du côlé de la mer du Nord.
« Cet officier, qui avait été antérieurement a de camp du prince MentschikofT, ignorait compU ment la disgrâce de son ancien général.