LIVRE TRENTE ET UNIÈME. i
Le sultan prit ensuite la parole, et dit : « Au a temps de la guerre de Russie, on avait aussi fait « des recherches, et elles n'eurent aucun résultat.
« — Voyez-vous, » dit le grand vizir en se tournant du côté de Mirza-Effendi, « comme l'ennemi a ment en nous accusant d'avoir violé la paix.
« — Sans doute,» répliqua Mirzazadé; « nous « savons fort bien que nous n'avons pas violé la € paix; mais celle-ci se trouve-t-elle donc rompue c< par le fait même de la fausse accusation de l'ena nemi? »
Le grand vizir l'interrompit avec véhémence , et s'écria : « A vous entendre parler, l'ennemi ne se « rendrait coupable de trahison qu'en s'emparant « de Belgrade; mais alors il serait trop tard pour se « défendre.
« — Je ne dis pas, » continua le grand juge, « qu'il « faille attendre qu'il nous ait donné celte preuve a de son manque de foi ; mais je prétends que tant « qu'il n'aura pas franchi les frontières, cette lettre c< ne nous donne pas le droit de lui déclarer la « guerre. »
Le grand vizir, qui aperçut en ce moment un livre entre les mains du scheïk d'Aya-Sofia, le lui demanda pour savoir si l'on pourrait le consulter avec fruit. Le scheïk se leva, mais le sultan
lui fit signe de s'asseoir et do lire; il ouvrit donc l'ouvrage de Serkliasi et en lut deux pages, qui se trouvèrent favorables à ropinion du grand juge.
Le grand vizir dit que ces décisions étaient sensées i^t ne pouvaient être réfutées, mais qu'elles irétaient pas applicables au cas dont il s'agissait. Cédant ensuite à demi , il ajouta : c Nous ne vou- « Ions pas la guerre sans cause et sans violation fla- (( grante de nos frontières ; seulement, nous voulons <( marcher sur Belgrade, tout prêts à combattre s'il (( y a lieu. Nous avons même défendu très-sévèro- (( ment aux commandants des frontières de faire le (( moindre tort à l'ennemi par leurs incursions, et a nous nous sommes bornés à les engager à se tenir a sur leurs gardes. Hier au soir encore, nous avons (( reçu une lettre du pacha de Témeswar. )> Et il dit au reïs-elfendi d'en faire la lecture. Cette lettre annonçait que les Impériaux ne laissaient pas passer les pontons qui arrivaient de Bosnie sur la Save.
Après plusieurs paroles échangées de part et d'autre, le grand vizir se tourna du côté des vizirs et des émirs, des ayans (premiers du pays), des khodjafjjans (seigneurs du divan) et des généraux de l'armée, et leur demanda une seconde fois de quel cùlé, lui et hi beglerbeg de Diarbekir devaient se <liriger dans la double guerre qu'on allait avoir à