‹ Histoire de la TurquieChapitre 87 sur 360 · LIVRE TRENTE ET UNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE ET UNIÈME

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L'année passa le fleuve sous les murs de Belgrade, pour marcher à travers les prairies sur Pe** terwardeln. Elle rencontra sous les murs le prince Eugèpe, à la tête de soixante et dix bataillons et de cinquante escadrons assouplis de sa main et aguer^ ris par leurs longues campagnes sous ce Coudé des Allemands.

La bataille commença au lever du soleil. L'impétuosité aveugle des janissaires enfonça l'infanterie allemande et la poursuivit plus loin que la prudence ne le permettait devant un général si habile k profiter des fautes môme de courage. Le prince Eugène, sans s'inquiéter de la charge des janissaires sur sa gauche, profite du vide qu'ils ont laissé dans la ligne des Ottomans, et se précipite au galop avec ses cent cinquante escadrons. Tout cède au poids et à l'élan de cette charge. Le grand vizir, qui voit ses spahis et ses silihdars écrasés ou dispersés, saisit l'étendard du Prophète dans sa main gauche, et sabre de la droite ses soldats épouvantés, pour les ramener sur le champ de bataille. Désespéré de son impuissance à rétablir le combat , il monte à cheval et s'élance, avec un groupe de pachas et de

pages, au-devant de la mort, pour ne pas survivre à la honte de son petiple. Une balle au front le renverse mort sous les pieds des chevaux.

Les Autrichiens, un moment rompus par le groupe intrépide qui l'environne, laissent à ses serviteurs le temps de relever son corps de la poussière, de le (•oucher en travers sur son cheval et de le rapporter à Belgrade.

L'armée, en déroute, y avait déjà précédé le corps {\(\ son général. Le Danube et la Save couvraient seuls les débris de ces cent cinquante mille Ottomans, contre les cent mille hommes victorieux du prince Eugène. Dix mille cadavres, cent vingt pièces de canon, cent quarante drapeaux, la tente du vizir, cinq queues de cheval restèrent , pour la seconde fois, comme dépouilles, au prince Eugène. Les papiers secrets trouvés dans la tente du vizir fournirent à la cour de Vienne la preuve des intelligences des Polonais avec la Porte. Le corps du grand vizir fut enseveli avec une triste pompe dans la mosquée du sultan Soliman, à Belgrade. Exhumé et transporté comme une sacrilège dépouille, soixante et dix ans après, par les Autrichiens vainqueurs à Belgrade, le corps du grand vizir Ali repose aujourd'hui près du tombeau du maréchal Loudon , non loin de Vienne, dans la forêt d'Hadersdorf.

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