‹ Histoire de la TurquieChapitre 86 sur 360 · LIVRE TRENTE ET UNIÉJIE · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE ET UNIÉJIE

La trahison du prince Cantimir, l'hospodar de Moldavie, qui, d'ans la dernière campagne contre les Russes, avait conspiré avec les ennemis de l'empire contre Achmet, et qui s'était réfugié en Russie après la retraite du czar, inspirait de sinistres soupçons au sultan sur la fidélité de Rrancovan. Ces injustes soupçons étaient son seul crime. Le prince des Valaques avait gouverné pendant vingt-six ans la Valachie, en père pour son peuple, en vassal irréprochable pour les Turcs. Malgré son innocence et ses vertus , Rrancovan était traîné, chargé de fers, à Constantinople, pour y recevoir la punition d'une perfidie que sa conduite avait désavouée.

A peine le malheureux Rrancovan fut-il arrivé aux Sept-Tours, que ses quatre fils et sa femme accoururent pour le défendre ou pour partager son sort. Mais il était condamné d'avance ; son véritable crime était de posséder, du moins dans l'opinion, d'immenses richesses ; et l'avidité de tous ceux qui espéraient profiter de ses dépouilles, ne voulait pas être trompée. Rrancovan, sa femme et ses quatre fils furent destinés à mourir. Le muphti avait obtenu qu'on leur laisserait la vie s'ils embrassaient la religion musulmane. Le tableau du supplice du grand duc Notaras et de sa famille, après la prise de Constantinople, reparut avec toutes ses circon-

stonccs les plus touchantes. Les six victimes s'offriront à la mort : trois des enfants périrent sous les yeux de leurs parents* sans avoir donné le plus léger signe de faiblesse; mais le dernier, couvert du sang de ses frères, promit d'abjurer sa religion <i on voulait lui laisser la vie. Cette pusillanimité iM' le suiva p;)s : le sultan* consulté, méprisa une rouvei^ion qu*il n'attribua qu'à la crainte de la mort j et le jeune prince fut décapité. Brancovan mourut ensuite, montrant jusqu'au dernier mo* ment la plus vive douleur, non pas de sa déplo* rable destinée . mais de la lâcheté de son plus jeune fils. Li princesse, son épouse, fut la dernière victime, et péril étranglée.

Telle fut la scène terrible dont le château des Sept-Tours fut le théâtre en 1714. Ce lieu de sang en devint plus fameux ; le supplice du prince Kmrovan et de sa famille a laissé, chez les Ottomans (^ux-mémes, un tel souvenir d'horreur et de compassion, qu'ils semblent avoir oublié que leur snl« tan Othman II y fut mis a mort, et qu'ils parlent encore du prince grec quand ils montrent les murs extérieurs des Sept-Tours aux étrangers.

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