LIVRE TRENTE ET UNIÈME. J
dais; toutes ces tentes munies de leurs tapis et coussins. Pour mettre Ibrahim-Pacha à "même de subvenir aux frais de son voyage, le sultan lui fit don de trente-cinq mille piastres et lui en avança soixante-quinze mille autres.
«Les présents qu'il fut chargé de remettre à l'empereur, au nombre de sept fois sept, furent les plus riches et les plus magnifiques que jamais ambassadeur turc ait offerts au souverain d'un État de l'Europe. Sa suite, composée de sept cent soixantetrois hommes , de six cent quarante-cinq chevaux , cent mules et de cent quatre-vingts chameaux, reçut, dès son arrivée sur le territoire autrichien, les vivres de toute nature dont elle avait besoin ; l'ambassadeur lui-même fut gratifié journellement d'une somme de cent cinquante écus.
« A son arrivée sur les rives de la Schwechat, Ibrahim-Pacha fut complimenté par le maréchal de la cour et par un commissaire impérial, chargé de l'introduire solennellement dans la capitale, sous l'escorte de plusieurs détachements de troupes impériales et de milices, de hussards et de la garjie civique à cheval, composée des principaux négociants de la ville. En avant du cortège marchaient les tschaouschs des cérémonies du divan, le trésorier avec six chariots de bagage portant les pré-
i8S HISTOIRE DE LA TURQUIE.
sriitSy et traînés chacun par quatre chevaux; le garde des clefs avec les mules et suivi des tapis^ sicrs d(3S appartements ; les clievaui offerts en présent par le sultan ; les gardes du corps du pacha, c'csl-u-dire les courageux et les téméraires. Derr'mv eux venaient un officier portant un drapeau v(Tl; les chevaux do main do Tamhassadeur; les fiiuconniersy les grands écuyers et le grand cham- 1x^1 lan dlbrahim-Pacha ; ses deux queues de cheval flottant dans les airs^ tandis qu'une troisième, celle (lu quarticr-maitroy était portée horizontalement ; rinspecteur et le secrétaire des tschaouschs et le Iscliaouschbaschi ou maréchal de cour de Tambas* sadeur. Les sept chevaux favoris de Tambassadeur, roiivorts de housses, de peaux de tigre et de harnais vu argent, au flanc droit desquels était appendu un bouclier en argent et un sabre, étaient conduits par quatorze tschaouschs du divan, dont les turbans riaient ornés de riches panaches.
« Venait ensuite Tambassadeur, dans une voiluH' fermée par un grillage d'or, dont les parois exU'^rirures éUiient giirnies d'écarlate, et celles de rinUuieur ornées de diverses peintures. A sa droite et à sa gauche s'avançaient, à pied, le porte-earafe vi le chef des fusiliers, portant sur leurs épaules dos pt^aux de tigre, vêtus de longues robes d'écar*
late^ coifféi de ^bonnets de feutre blanc et ceints d'un sabre à poignée d'argent, dont le fourreau était en velours rouge ; douze valets de chambre, six coureurs, le grand porte-épée, le premier valet de chambre, les pages, les kiayas, le secrétaire de Tambassadeur , deux imans, deux muezzins, les porte-étendards, les porteurs d'eau, les palefreniers, les dresseurs" de tentes, la musique militaire, composée de chalumeaux, de cymbales, de trompettes, d'une multitude de petites timbales , du grand tambour. »
Pendant qn'Âchmet III déployait ce luxe asiatique en Allemagne pour éblouir l'Europe, des tremblements de terre et des incendies qui renversaient ou consumaient en une nuit vingt-deux mille maisons consternaient Constantinople. Les élé^ ments semblaient conspirer avec la fortuné contre son règne. L'indolence voluptueuse du sultan l'empêchait de s'attrister de ces revers ou de ces augures. La fierté du grand vizir n'en fut pas abaissée. En permettant au czar de Russie d'entretenir un ministre résidant à Constantinople, il refusa obsti-
nément de reconnaître au souveradiL des Moscovites le titre d'empereur.
« Mon maître ne connaît dans le monde,» dit-il, « que deux empereurs, le sultan et Tempereur ro- « main (P empereur d'Allemagne.) » Il consentit avec ces réserves à renouveler avec la Russie la paix du Pruth.
Des fêtes alternaient à Gonstantinople avec ces négociations et ces désastres. La description turque des cérémonies, des réjouissances et du luxe qui signalèrent au printemps de 1721, les circoncisions et les noces des iils et des filles d'Âchmet III, empruntée à rhistoriographe de Tempire, Baschid, retrace des mœurs trop profondément ottomanes pour ne pas les opposer aux mœurs de l'Occident.
« Le sultan Âchmet célébra en ce temps-là, i^dit Raschid, ((les noces de trois de ses fdles, de deiu de ses nièces et la circoncision de quatre de ses fils. Les fiancés étaient le capitan-paclia, Souleîman, le nischandji Musiafa, et Ali^ fils de Tancien grand vizir Kara-Mustafa. Ces trois favoris épousèrent les trois iilles du sultan régnant.
(( Othman-Pacha reçut la main de la princesse