‹ Histoire de la TurquieChapitre 48 sur 69 · II · texte numérisé non relu

II

HISTlUUE DE LA TUKUflE

La cour ottomane s'était plainte souvent de l'abandon où la France l'avait laissée au milieu des guerres suscitées par elle : ainsi avait-elle fait quand Louis XIV traita sans elle à Ryswyck, quand Louis XV lui laissa tout le fardeau de la guerre de Pologne ; mais jamais manque de foi n'avait été plus scandaleux que celui de Napoléon ! jamais aussi une politique mauvaise n'a été plus cruellement punie! car l'abandon des Turcs à Tilsit n'a pas été une des moindres causes qui ont envoyé le grand homme à Sainte- Hélène !

Le 9 juillet, le général Guilleminot partit de Tilsit pour porter le traité aux Russes et aux Turcs sur le Danube : les uns et les autres acceptèrent la médiation delà France et accédèrent au traité en ce qui les concernait , et un armistice fut signé le 24 août à Slobosie en présence du commissaire français ; mais, lorsque les discussions pour un arrangement définitif s'ouvrirent, l'on ne put s'entendre et l'on se sépara sans rien conclure. Néanmoins, les hostilités ne furent reprises que deux ans après ; mais la Valachie et la Moldavie restèrent entre les mains des Russes ; et il allait

l'Albanie, l'Épire, toule la Grèce, la Thessalie et la Macédoine ; l'Autriche aurait eu la Servie; ia Russie aurait eu la Valachie, la Moldavie, la Bulgarie et la Thrace jusqu'à la Marizza. 11 serait resté à la Turquie (eu Europe) Constantinople , avec la partie de la Thrace comprise entre Bourgas et Enos.

Ce projet de partage semble confirmé par les instructions données ù Marmont, qui devait faire connaître à Napoléon par ses officiers : 1° les renseignements géographiques et administratifs qu'il pourrait obtenir sur la Bosnie, la Macédoine, la Thrace, l'Albanie et la Grèce ; — 2° quelle population turque, quelle population grecque ; — 3° quelles ressources ce pays offrirait en habillements, vivres, argent, pour une puissance européenne qui posséderait ces pays; — enfin, quel revenu on pourrait, tirer de suite au moment de l'occupation. 11 demandait encore : « Si deux armées européennes entraient à la fois, une par Cattaro et la Dalmalie daus la Bosnie, l'autre par Corfou dans la Grèce, quelle devrait être sa force, pour. être siïre de la réussite? Quelle espèce d'arme est la plus avantageuse? Comment passerait l'artillerie? Comment pourrait-on lu remonter? Comment se recruterait-on? Quel serait le meilleur temps pour agir? »

MOUSTAPHÀ IV

s'élever à ce sujet, entre Napoléon et Alexandre, une controverse qui devait amener la rupture de leur alliance.

Cependant le cabinet de Londres, sachant le vif ressentiment de la Porte contre la France, entama secrètement des négociations avec elle pour renouer leurs relations interrompues. Sébastiani en fut averti par le premier drogman, le prince Soutzo ; il cria à la perfidie des ministres turcs, qui trahissaient les intérêts de leur maître, et demanda ses passe-ports. Le divan, effrayé, rompit les négociations , mais il se vengea en faisant décapiter le drogman Soutzo (3i octobre 1807).

Cabakchi-Oglou était l'ami de Soutzo; il essaya de lui sauver la vie en soulevant ses yamaks ; mais il échoua, en conçut une profonde haine contre le caïmacan, et s'unit avec le mufti pour le renverser. Une simple démonstration des yamaks suffit pour envoyer Moustapha-Pacha en exil. Sébastiani, voyant la puissance de Cabakchi, qui était devenu l'idole de la populace, parvint à l'attirer dans le parti de la France : grâce à ce personnage, malgré les stipulations de Tilsit , il reprit l'influence qu'il avait eue sous Sélim, et fit prévaloir ses volontés dans les conseils de la Porte. Cependant sa position à Constantinople était devenue très-embarrassante : chaque jour, on lui reprochait les promesses pompeuses qu'il avait faites aux Turcs et l'abandon dans lequel on les laissait ; il demanda et obtint son rappel. M. de Latour-Maubourg lui succéda.

§ XVÏ. — Conspiration de Baraïdar. — Déposition de

Moustapha IV.

Moustapha-Baraïctar, pacha de Routschouk, qui était tout dévoué à la personne et aux idées de Sélim, s'indignait de voir l'empire gouverné par le mufti et le chef des yamaks. Il excita la jalousie du grand vizir, qui était campé à Andrinople, et il lui offrit son concours pour renverser les usurpateurs de son autorité.

Le grand vizir accepta ces offres, se mit en rapport avec les partisans qu'il avait à Constantinople et appela à lui les troupes de Baraïctar pour contenir les janissaires. Le pacha de Routschouk, dont le but secret était le rétablissement de Sélim, se mit en marche sur Constantinople avec '16,000 hommes dévoués à sa cause et décidés à en finir avec la tyrannie des yamaks. Quelques cavaliers, qu'il envoie en avant, surprennent Cabakchi au milieu de la nuit et le mettent à mort. Les yamaks apprennent en même temps la mort de leur chef, la marche de l'armée et le firman qui nomme Baraïctar commandant des forts ; ils courent aux armes.

Cependant le grand vizir, étant arrivé à quatre lieues de Constantinople, envoya le reis-effendi annoncer au sultan qu'il venait le délivrer de la domination des yamaks et du mufti. Moustapha décrète aussitôt la suppression des yamaks , le remplacement du mufti , et il se rend lui-même au camp de ses prétendus libérateurs. Baraïctar l'accueille avec les témoignages de la plus grande soumission : le sultan rentre à Constantinople. Quelques jours après, Baraïctar enlève les sceaux au grand vizir, le fait prisonnier, puis entre dans la ville, annonçant que la paix est faite avec la Russie, et qu'il va reporter au sérail le drapeau du prophète. Le peuple, joyeux, l'accompagne jusqu'à la première porte. Les janissaires laissent passer les conjurés : mais le bostandji-bachi fait fermer l'entrée de la seconde cour et déclare qu'il n'ouvrira que sur un ordre du sultan. Baraïctar, qui se croit déjà vainqueur, fait enfoncer les portes en proclamant Sélim ; il se précipite dans l'intérieur du palais; mais, quand il pénètre dans la salle de réception, il y trouve étendu le cadavre de son maître. Moustapha venait de le faire étrangler (28 juillet 1808).

Baraïctar, stupéfait, s'agenouilla en pleurant près de ces restes inanimés, et semblait anéanti dans sa douleur. En ce moment, le kapoudan-pacha, Seyd-Ali, l'un des principaux chefs de la conjuration, lui dit : « Convient-il au pacha de Routschouk de pleurer comme une femme? C'est la vengeance et non des pleurs que le

MAHMOUD II

sultan Sélim exige de nous ; punissons ses assassins, et surtout ne permettons pas à un tyran sanguinaire de profiter de son crime et de s'affermir sur le trône par la mort de son frère, le sultan Mahmoud. »

Baraïctar, revenu à lui , donne ses ordres : Moustapha est jeté dans la prison qu'habitait Sélim; Mahmoud, son frère, âgé de vingt-trois ans, est proclamé, et, quelques jours après, il va ceindre le sabre d'Osman dans la mosquée d'Eyoub.

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