SUISSE
- 11 y avait à peine huit ans que la découverte de l'imprimerie était divulguée, lorsqu'elle pénétra en Suisse, à Béroipûnster ( Munster in Ergau), dans le cahton de Lucerne, où Hélias Hélie établit une imprimerie en 1470 et publia la même année le Mammetractus de Marchesini, Hélias avait deux associés , Jean Dorfling de Winterthur et Ulrich Géring , qui cette même année fut appelé à Paris. On connaît encore deux éditions du Spéculum Vitas Humanœ, imprimées à Munster, avec la date de 1472.
Zurich, — Gesner Salomon, à la fois poète, dessinateur, graveur et libraire en 1760, doit figurer parmi les illustrations qui se rattachent à la typographie.
Aujourd'hui de charmantes éditions grecques remarquables par la pureté des textes revus par MM. les professeurs Orelli et Baïter sont imprimés par MM. Orell, Fuessli.
jBâle, — On attribue à Bernart Ricliel la Bible dite de quarante-huit lignes , sans date , sans nom de lieu ni d'imprimeur, et quelques autres ouvrages également sans date : son premier livre porte celle de 1475.
Dans le siècle dernier c'est à M. Haas y imprimeur distingué de cette ville, que sont dus les premiers essais des cartes exécutées par la typographie.
Les Amerbach.
Jean Amerbach , maître ès-arts de l'université de Paris, imprima à Bâie, en 1492, les œuvres de saint Âmbroise. Le docteur Jean Lapierre, à qui l'imprimerie de Paris doit sa fondation, atteste, dans une lettre imprimée en tête de cet ouvracre, l'exacte correction des li-
▼res de cet imprimenr (1), auquel la piété et la religion firent entreprendre Pédition des Œuvres de saint Augwtin, qu'il acheva en 1 506. Amerbacb désirait surtout donner une édition de saint Jérâme, mais, convaincu que pour 8*en charger il fallait connaître le grec et l'hébreu, il fit apprendre ces langues à ses trois fils, afin de les mettre en état de donner une bonne et savante édition de ce Père de l'Église. A son lit de mort, il leur fit promettre d'en entreprendre rimpression , et le vœu paternel fut exécuté (2); elle parut en 1516. Érasme, qui travailla aussi à cette édition , donne les plus grands éloges aux Amerbachs : il loue le père d'avoir pris un tel soin de ses enfants ; il loue les enfants de s'être rendus aussi habiles dans les trois langues, et de loi avoir prêté leur secours, surtout pour Thébreu.
Cette édition de Saint Jérâme est un des plus anciens ouvrages où le teste latin soit imprimé en regard du texte grec, et sur la même page , ce que le savant Gesner imita pour ses éditions (3), où il recommande aux imprimeurs d'ajouter toujours aux interprétations latines les textes grecs , et aux auteurs de donner à côté des textes grecs des traductions latines. Il expose tous les avantages résultant de ces éditions à deux colonnes, qui obligent les auteurs à rendre leurs versions plus exactes en les rapprochant davantage du texte, auquel elles doivent être le plus parallèle qu'il est possible, et qui permettent la comparaison de l'original avec la version, sans peine et presque d'un même coup d'œil , tandis qu'il faut perdre l)eancoup de temps si on la met sur l'autre page, comme a fait Aide, ou au bas des pages, comme on le fait ordinairement. Pour oser se placer en regard du texte, toujours présent pour accuser le traducteur, aucune inexactitude n'est permise. C'est de plus un moyen sûr et' infaillible d'éviter et de corriger les fautes d'impression, les erreurs et les omissions (4).
(t) U s'exprime ainsi : Istud non ego favoris, sed veritatis gratta, ausim dicere, quod non legerim U' bros hac arte ef/lctos , quos tnis emendatiores exactioriqpe stylo comummatos probaverim.
(ft) Per quos non minore stualo quam flde peractum est quod optlmos pater Yolult.
(s) Latinis interpretationlbus grœca esse conjungendœ, ad interprètes librorum grœcorum et typographos Admonitio. Gesner y donne cet avertissement : «( Moneo ut qulcnnque postbac aliquid interpretandum susceperint , vel sus interprétation! et apographo arcbetypum grxcnm adjnngant; si ille modo et emditis bominibus graUficari Tolnit et sus auctorltati fideique consulere. Porro typograpbos quoquc moneo, etc. » Voyez aussi la préface de son édition de Stobée.
(4) Ainsi le théologien qui lirait dans l'édition originale des Conciles généraux en grec et en lattjf . Rome, I6IS, la première épltre canonique de saint Basile, p. S89, y trouvera : Omni ratione forma teneatur, ut eos qui ad Ulorum ( EncratUatum) baptismum accessissê pr<Aantur, a/ldelibus procul dubio primitus Jungantur, et ita demum sanctis myS'
FroPen.
Froben, né en 1460, à Hammelburg, fui d'abord correcteur dans l'imprimerie de Jean Amerbacb et de Jean P. de Languedorf . Ses éditions sont fort estimées et fort correctes. Il employait les n^eilleurs artistes pour les encadrements , les initiales et les vignettes dont il ornait ses impressions. On prétend même que Jean Holbein voulut bien lui prêter son aide. La maison de Froben était le rendez- vous de tous les hommes instruits. Érasme logeait chez Froben , dont il fut l'ami constant , et composa en son honneur une épitaphe en vers latins (1).
teriis digni tfjlciantur ; frappé du sens insolite de cette phrase , s'il recoort an ^ecU découvre par le mot YpieaOat que le mot inungantmr s'est transtormienjunganturt qui offre un sens absurde. Dans l'édlUon û'Êlien, Basle, iih», la version latine dit que les Grecs sont de grands menteurs, p. 431 : Omnium Cracorum elariuimi , prœstantissimiQue viri per totam vitam in extrema mendacitate verioti tunt. Un savant, se rappelant en effet que saint Paul a dit Cretenses mendaest, fit à la marge de son édition d'Blien une longue note à ce sujet, dont ii se serait abstenu s'U eût recouru au grec, où le mot Tcevta l'eût averU que mendaeUate devait être remplacé par mendtcMoCe. Dans plusieurs éditions d'Arlstote, même celle de Ouval, p. iiea de la dernière édition, laaa, on fait dire au philosophe qu'on Juge de la physionomie des enfants par les mœurs de leurs parents. Tandis qu'U dit seulement qu'on Juge de la physionomie par les mœurs apparentes d'un chacun : en effet, au lien de ex moribus apparentUnu in\ tûv éiriçaivo(Jiév{i}V f)Oâv, la traducUon latine porte ex moritus a parentibut. Celui qui ne lirait qu'eo latin la version de Platon par J. Cornarus se douterait dllflcitement , en voyant dans cette phrase du dialogue d'Ion « Musa minime affiatos ipsa fœit : Per hot minime affiatos alii affiantur. Boni pœtœ non ex arte, sed minime qfflati pulehra poemata dicunt », que ce mot minime, est mis trois' fois au lieu de numine , ëvOeoç. La version de Saint Épiphane Imprimée à Basle par Robert Winter, ims, et réimprimée dans la même ville par Oporin en laec , pois A Paris par Sébastien Cramoisy, isis, porte dans tontes ces éditions : « Sancta Ecclesia et virginitatem gloriflcat, et solitudinem, et eastitatem ; et virginitatem lauttat et nuptias honesUu honorât, » Cette double virginité et ces noces pudiques s'éclairciront dès qu'on verra dans le texte grec que le mot virginitatem employé en dernier doit être remplacé par viduitatem, XYipoaûvYiv. La version latine de la quatorzième Homélie de saint Jean Chrysostome offre un sens encore plus bizarre; dans l'édition de Froben, isso, t. V, p. ei , et dans celle de Paris, donnée par Chevalon, on lit avec étonnement que c'est la femme qui est la tète, le cbef de l'bomme : Manifestas quod unum sunt vir et mulier, sicut Paulus inquit : caput viri mutier. Tandis que tout au contraire le texte grec dit xr^oikfi xfi^ yyjwcuxà^ à àvV}p. Caput mulieris vir.
Tons ces 'exemples sont extraits de l'ouvrage de CbeviUier sur l'imprimerie.
Les savants éditeurs qui concourent à la publication de notre grande Bibliothèque grecque, dont les textes sont revus sur les manuscrits et où pour la première fois les traductions latines, accolées au texte grec, sont revues avec un soin extrême et souvent refaites en entier, ont eu fréquemment occasion de découvrir et de rectifier de pareilles erreurs.
(1) Dans ia dispute sur les cicéroniens, où Scaliger combatUt Érasme, qui s'était déclaré antl-dcéronleo, il apostrophe ainsi Érasme : « N'as-tu pas gagné de l'argenC cbet l'imprimeur Aide en corrigeant lea
TYPOGRAPfllE
Le che^d'œu Yre de Froben est son édition de Sain t Augustin^ donnée par Érasme, en 1 vol. in-fol . , Bâie, 1 529. Sept presses étaient occupées à la fois sur cet ouvrage. Froben ne faisait d'aalre vœa que de vivre assez pour l'achever; mais il ne vit que les deux premiers volumes imprimés (1).
Un important ouvrage imprimé par Froben, 15 16, à Bâle, est le Saint Jérâmef dont les œuvres complètes forment 9 vol. in -P. Cette édition donnée par Érasme est complétée par Tindex rédigé par J. Œcolampade, 1 vol. inf^.
Froben en imprimant, en 1496, une Concordame de la Bible, qu'il réimprima en 1525 , avait reconnu quels soins minutieux et péni* blés exige la correction d'un ouvrage de chiffres. L'attention qu'il apporta à cette édition fut (elle, qu'on n'y remarque aucune faute; elle est précédée d'un Dialogue latin , que j'ai traduit ainsi :
Dialogue entre un acheteur et Jean Froben.
L*ACHBTEijR. Eh bien, Froben ! quel livre nous donnes-ta?
FROBEN. Un livre qu'il est de ton intérêt et du mien de vendre et d'acheter.
l'acheteur. Cest doncqnelque livre nouveau?
FROBEN. Ni vieux ni nouveau; il est à la fois l'on et l'autre.
l'acheteur. Explique ces énigmes.
FROBEN. Cest VIndex des livres sacrés, qu'on appelle Concordance de la Bible.
l'acheteur. Cet ouvrage a d^à paru bien des fois.
FROBEN. S'il reparaît , c'est pour le bien de tous. Le soleil ne paralt-il pas chaque Jour, bien qu*ii soit toujours le même? Mais cet ouvrage, en reparaissant, vaut mieux que le précédent.
l'acheteur. J'avoue, Froben , qu'il y a du mérite à se surpasser ainsi soi-même.
FBOBEN. Aussi J'espére que dans celte œuvre dernière mes efforts me mériteront une double couronne.
l'acheteur. Toujours les grands artistes se figèrent que leur dernière œuvre, objet de leurs plus grands efforts, est le comble de leur art
FROBEN. n est vrai ; cependant Apelle laissa son Anadyomène inachevée. Moi , J'ai achevé mon œuvre.
l'acheteur. Tu la trouves donc parfaite?
FROBEN. Tu sais que dans*un tel ouvrage il est presque impossible que quelque erreur ne se glisse au milieu de tant de chiffres. Mais par les soins que j'ai pris cette difficulté sans pareille est surmontée (2). De plus, il y a des addi-
épreoveK, et les errears qa'on j reconnut oe provenaient-elles pas pins du vin que de l'eau que tu y avais boe. » Longtemps Érasme corrigea des épreuves chez Froben ; mais rien ne prouve qu'il recevait des honoraires pour ce travail.
(I) K'asme, dans sa lettre à Bmstedlus, en parlant de Froben , disait : Jnter familiares Frobenius dieere solitus stt s» non optare longius csvi spatium, gtutm quod absolvendo tuffie^^^ AugusUno.
(9) C'est aux soins extrêmes et k la fatigue qu'éprouva mon père k lire avec une attention scrupuleuse la première édition des Tables to^aritAmigues de Caliet, où une faute de chiffre est d'une telle gra-
Encycl. MOD.