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SUR

l'histoibe de l'imprimerie a paris.

TEMPS ANTÉRIEURS A l'iMPRIMERIE.

« Auparavant que l'art de rimprimerie « eust été inventé il y avoit grand nombre « d'escrivains qui étoient censés et réputés « du corps de l'Université de Paris ; et de- « puis que ledit art d'imprimerie a été mis (I en lumière , les imprimeurs ont succédé « au lieu des escrivains, et ont tousjours esté « autant ou plus qualifiez que lesdits escri- R vains. » ( Éâit de Henri III, 30 avril 1583.)

Les anciens statuts de 1275, 1323, 1342, 1351 (2) prouvent qu'avant l'invention de rimprimerie le libraire n'était qu'un simple agent par l'entremise duquel les manuscrits se vendaient au public avec une commission modique fixée par l'Université , et réduite d'un tiers pour tout livre acheté par un professeur ou écolier de l'Université.

Les choses ont bien changé depuis , et quoique les imprimeurs soient toujours au lieu et place des écrivains, ce n'est plus par l'entremise des libraires et en leur accor-

(1) Publié pour la première fois par les soins de M. Taillandier, dans le BulleUnduBMiophile de I849 ; Tediner. p. sm*

(s) Actes concernant le pouvoir et la direcUon de l'université de Paris sur tes écrivains des livres, et les imprimeurs qui leur ont succédé; comme aussi sur les libraires, relieurs et les enlumineurs; Paris, lesa, petlt-in-4».

dant une modique commission quMls font vendre leurs produits; mais ce sont aujourd'hui les libraires qui font exécuter au plus bas prix par l'imprimeur les livrm qu'ils vendent le prix qu'ils veulent (1).

Avant l'invention de l'imprimerie les livres étaient si précieux, que la vente s'en faisait souvent pardevant notaire. Dans un acte passé en 1332,Geoffroi de Saint-Léger, l'un des clercs libraires, déclare avoir vendu et transporté, sous l'hypothèque de tous ses biens et garantie de son corps même, un livre intitulé : Speeulum Mstoriale in Con»

suetudines ParisMnses, divisé et relié en quatre tomes couverts de cuir rouge, à noble homme messire Montagu, la somme de quarante livres parisis, dont ledit libraire 86 tient pour content et bien payé.

Le luxe des livres magnifiques était porté à un point inconnu de nos jours. On peut s'en fau'e une idée par le grand nombre de superbes manuscrits de chevalerie, d'histoire, de poésie , de liturgie, auxquels les artistes

(I) « Il est arrivé de ce grand art, dit CheviUier {*\ « comme de plusieurs autres, où il faut beaucoup de « travail et dlndostrie, que ce ne sont point ceux qui « en ont le secret et toule la peine qui en remportent « le gain. Ce n'est point l'Imprimeur que l'art enri- « cbit; c'est quelquefois celui qui ne sait pas seole- « ment assembler un mot, ni dresser une ligne d'im- « primerle : c'est ordinairement le marchand qui tire « toyC le profit. SI diligent qne soit riroprimeur, et si « éclairés et si Uborieus que soient ses ouvriers , ils M ne gagnent à peine que de quoi vivre. SI i'Univer* <c site étoit rétablie dans ses anciens droits, elle émit pécheroit bien ce désordre : c'est une sage mère, « qui obUgeroit bien ses enfants à vivre les uns avec <( les autres dans les régies de l'éqittlé. »

A ce sujet 11 cite de Jolis vers , composés par Cor neille KÙlao, l'iiabile prote et correcteur de Plantln.

Typographus aureenanm.

Ait« mes vaiiu axcudo TypognpluM arte*.

An tamen bac ttfnaes Artifici addit opes.

Rite characteres ad Jutam dirigo normaio,

Constet at ex aiquif pagina versicull*.

Incisas nigra fuligine tingo figuras :

Callosa prelotn volvo trahoqoe manu.

Ecce iterum besternns mibi adest labor actus in orbem :

Quas struxi formas destruo, et inde strno :

Diruo et asdifico : vigilatas translgo noctea,

SoUieitom cnieiat cura, premitque labor.

Verum quid prosnnt cnra durlque labores.

Corn misero pataat samita nalia iacri?

Noster alit audor nummatot et locupletes.

Qui naîtras redimunt, qniqna locaot opéras :

Noster alit sudor te, bibiiopoia, tuique

Consimiles, quibus est vile laborls opus.

Mais 4e leur côté les libraires, alléguant l'ezem- Ble de Sweynheim et Pannartz, qui dés l'origine de l'imprimerie se minèrent par leur trop de zèle à entasser ouvrages sur ouvrages , peuvent présenter le triste nécrologe de tous ceux de leurs oonfirtees qui ont échoué dans une carrière aussi aventureuse , et où, sur un grand nombre de concurrents égaux en zèle, en intelligence, en ébergie, en probité, dix succombent pour un, qui ne doit souvent son succès qu'aux hasards de la fortune, aveugle en tous temps.

(*) Chevillier, Origine de (^Imprimerie de Parité 1C94,' Paris, in-*», p. 177. •

TYPOGEAPHIK

les plus habiles, venus souvent de Tltalie, semblent avoir consacré plus détalent qu'aux tableaux qu'ils peignaient à la même époque. Le concours des calllgraphes*»

des peintres en figures et en ornements, des doreurs et rubricateurs , des relieurs , des paroheminiers produisait des chefsd'œuvre, qui attestent le goût d'alors pour les beUes-kttres et les beaux*art8. Rien ne semblait assez beau pour embellir les chefsd'œuvre de l'esprit humain et les saintes Écritures. Le grand nombre de superbes missels qui nous ont été conservés prouve que chacun consacrait une partie de sa fortune k un luxe inconnu de nos jours.

La Bibliothèque Nationale possède deux Bibles manuscrites (1) dont l'une ne contient pas moins de 5,122 tableaux avec deux versets pour chaque tableau, alternativement en latin et en français; tous deux sont décorés d'une capitale et d'une finale en or et en outremer. En estimant chaque tableau avec les deux versets 16 francs, ce serait une somme de plus de 82,000 fr.

qu'aurait coûté ce livre , non compris les frais d'écriture et de parchemin. « Le second manuscrit a un peu plus de la moitié de ce nombre de tableaux, et le prix dépasserait aujourd'hui 50,000 fr. Où trouverait-on un pareil luxe aujourd'hui pouc les livres (2) ? »

M. Daunou croit pouvoir établir, d'après diverses données recueillies dans l'histoire littéraire et d'après l'estimation de quelques bibliothèques du temps, que le prix moyen des manuscrits était de quatre à cinq cents francs (3).

Le livre Rectoral nous donne le prix taxé

(I) Voyez le eompte rendu par M. Cimas au t vx des NoHcêi et BxiraUt.

(a) H paraît qu'à Rome les profits qne faisaient les Soste et antres libraires étalent considérables. Tryphon par exemple, l'éditeur de Martial et de QninUlien, retirait cent pour cent de b vente de ses liTres , d en )oger par cette éplgramaoe de Martial :

Omnifl In boe fraeill Xaaionui tarba Ub«l1o ConsUblt nammls qaatbior «npta tiM.

Qaattnor Mt nlmism : poMiit oomura daobu ,

Et faelat Ucrnm bibliopola Trypboa. (MartUI, XU, 3. )

Jla'agittel du tretelèmellTTe de Martial, intltoléXento, qol se eonpoae de «4 vers : on volt que ebaqne exeosplalre reresaU an lUiralre à aMtot de deu aestereea ( aolt 4» eent. ); Il te vendait quatre sesterces (M cent.). Le premier Ut re des épigrammea de Martial, qnl se coaspoae de plu de foo ters, se vendait avec Ions set omemeDia daq denlen, soit 4 f. en cent

Da prtaM dabit, altarora aida Raaam ponloe, pvrpuraqaa cnltam Deoarlls tibi qnlnqne Martialeno. (I, ii8.)

Gerand, Suai sur tel Livres dont VJtUiquité, p. lao. (s) Diaprés l'estimation faite de la bibliothèque de Ratisbonne en iwi, te prix moyen de voo volâmes, dont elle se eoniposalt , était de «oo fr.

par l'Université en 1303 pour la vente des livres de classe aux écoliers (1).

Ouvraget de Jndre de Zenon,

BrMio fo MaUuBom. «r pages, i s.

idem lo Mareom. lo » 17 den.

Ouwraget du fr^e Richard.

ItemUi primo Sententiaram. w pages, sa den.

Item In secundo Sententiaram. ai % 4 a.

Item In terUo Sententiaram. vr » s s. 10 den. Item quodlibet magnl Oodofredi. 91 • as.

Ouvrages en droit canonique.

Item\a teitn Decrctt. 104 pages. 7 s.

•» In apparatn DecretU lao » 7 s.

— In somma de caslbns Remondl. «7 • 4 s.

Ouvrages de phiiosofihie.

Sanetos Thomas, super Meta-

phyaicam. as pages, s s.

Summa Thome super Fhy-

sleam. 4o v wden.

Item, De Coelo et Mnodo. is • is den.

Item , De Anima. la » ta den.

Les écrivains (2), stationarii; les vendeurs de livres, lihrarH; les relieurs, enlumineurs, et parcheminiers dépendaient derUniversité, dont ils faisaient partie. La surveillance de l'Université ne se bornait pas à fixer la taxe à chaque exemplaire que le scribe ou staHonarka voulait faire vendre par le libraire, mais encore à examiner le contenu du livre pour corriger les inexactitudes et punir même les coupables. Les statuts de l'Université pour la librairie datés de 1323 prouvent qu'il existait une censure préalable.

Les libraires jurés de l'Université qui transcrivaient ou faisaient transcrire les manuscrits les apportaient aux députés des diverses facultés de l'Université , selon le genre de science dont ces livres traitaient, afin que la vente en fût autorisée ou défendue après examen.

A en juger par quelques plaintes sur la moralité des livres qui circulaient alors, il semblerait que cette surveillance n'était pas d'abord très-sévère; Gerson fit un traité contre le Roman de la Rose» attribué à Jeau de Mung, qui vivait en 1300 ; et dans un sermon qu'à prononça le quatrième dimanche de l'Avent contre ce livre, il dit que s'il en possédait le dernier exemplaire, il préférerait le brûler, lui en donnÀt-on même mille

(I) Tabnte origtnaUum, et preUum quod debcnt babere Ubraril pro exemplari concesso scholariboa. Anno Domlnl isoi die martis, in fcsto B. Math, apostoli, tazata foerant ezempterla que soqaontar per Magistroa Uiilverdtatls de hoo deputatos, videlleet M. Henrieom AmandI, et M. Andream de Monte S. Eih gli, maglairos lo theotogla, M. GnlltelnMias do Cooradt regentem In medleloa, M. GalU. Brilonem, ean Proenratoflbna.

(a) Ils étaient aussi vendeurs de papier, de plnaMa, d'encre et d^objets semblables. En Angleterre te nons de sUUionarii s'est conservé ponr désigner les vendeurs d*ob]ets concernant l'écriture.

TYPOGRAPhiKi

francs. « S*il savait, ajoute-t-il, que l'auteur n'eût point fait péniteùce du péché qu'il avait commis en le composant, il ne voudrait pas plus prier pour loi que pour Judas, v Selon lui la peine de l'auteur, qu'il soit dans l'enfer ou le purgatoire, doit s'augmenter à mesure que se multiplient les p^hés de ceux que perd la lecture de ce livre (1).

Voici concernant la librairie antérieurement à l'invention de l'imprimerie ce que j'ai pu recueillir des statuts de l'Université à partir de 1275.

Les libraires étaient officiers et suppôts, de l'Université; ils jouissaient des mêmes privilèges, franchises et exemptions que les maîtres et écoliers.

JrUcle 2. Quibos sic actis, dos omnes et singalos Jaratos nostros bénigne admislmus ad officia prœdicta exerceoda, volentes ipsos et eorum qaemlibet tanqaam fidèles nostros, nostris gaadere privllegiis, llbertatibas et immunitatibus, sic et proat decet; ipsos in faturam sab protectione nostra per prssentes reponendo. In cajns rei testimoniam his prsseDtibas literis sigillam Universitatis est appensum. Datum ano. Domlnl 1342, die 6 octobris. {Statuts de l'Uni" venité, 1342.)

Poneotes eosdem {librarios) tempore prœsentiom In protectione ejasdem Unlversitatis ; volentes eosdem tanquam Juratos nostros gaudeie prlTilegiis, libertatibns, franchlsiis, qnlbns àiii librarii et stationaril prœdictnm officiam Parisias exercentes gaadere hactenos coDsueveraot. ( Lettre de libraire donnée par le rvcieurles Juin 136 1.)

Us prêtaient serment de fidélité et loyauté à l'Université, et le renouvelaient quand elle le jugeait à propos, même tous les ans si elle l'ordonnait.

jirL 3. Hinc est quod nos saper prsdictis salubre lemediam adbibere cupientes, prœdictos librarios et stationarios ad nostram oongrega- Uonem generalem , celebratam more solito apud S. Hatharinam, anno Domioi 1343, die e octobris fecimas oonvocari, et cailibet ipsoram, proat suoincambit offido, tactis sacrosanctis Evangeliis, fecimas Jararejaramenta qaœ seqaantar. {Stat, de VDniv. pour les librairee, 6 octobre 1342. )

Stataimas ordinando at stationaril, qai.volgo librarii appellantur, annis singolis, vel de biennlo in bienniam, aut alias qaando ab Universitate faerint reqaisiti , corporale prœbeant Juramentum, qaod libros recipiendo vénales, castodieDdo^expoDendo, vendendo, et allas saom ministerium clrca stadium exhibendo fideliter et légitime se habebunt {Stat, de PVniv.^ 6 déœmbee 1276. )

(I) Si esset mlhi liber romancleri de Rota, qui esset noicas, et valeret mille peennlamm llbras, comburerem pottas qoam Tenderein, et si scirem Ipsum (Joan. Meldan. ) non egisse pœnttentlam , non potins rogarem pro eo qnam pro Jnda. Et augmentant hi qui lu maio eum legunt poenam snam, si est damnatus yel In purgatorto.

Elle faisait les règlements et statuts auxquels les libraires étaient tenus de se conformer. La surveillance était exercée par les quatre libraires principaux, qui étaient élus par l'Université.

Item quatuor erant depntatl per Universita tem annaatim ad taxandam libros. ( Stat, de rVnivernté, 1825. )

Art 6. Et etlam Istl quatuor depntatl (prtncipaléi librarii) inqairant si aliqnisnonjunh tdb otator offido librarii, vel stationaril, et babeant potettatem oapiendi pignora non Juratorom utentiam offieiis prsdictis, et ea prssentare In prima congre^^tione generall coram Unlversitfite , etc., etc. (Stat. de VVniv,y 6 octobre 1342. )

Et pro isto anno prasenti eligimus in qaatuor principales librarioB^taxatores Ubrorom : Joanneni de Fonte, Ivonem dictom Gréai, Joann.

Yachet, et Alannm Britonem, lia qnod istis dantaxat libros taxare liceat {Stat, de F Univ. ^ 1342.)

Et non liceat allis Ubrarils non principalibus taxare libros quoquO modo , nobis potestatem reservantes de aliis quatuor pro anno futaro eligendis, si nobis placnerit. {Stat. de l'Univ., 1342).

Ils n'étaient reçus qu'après avoir donné caution et fourni des répondants. La cautioa était de cent francs pour les petits libraires et de deux cents francs pour les grands libraires.

Item nullas admittatur ad officlnm librarii nisl hablto testimonio deputatorum saœ fidelitatis et data cantione centnmiibrarnm paris, de respoodendo fideliter de 8ibicommissi8,etc.. {StaU de Vannée 1323.)

Deinde comparaerant quatuor majores librarii, et eisdem ipjanctam at, secundam ordinationem et secretam Unlversitatis, dent fid^ossorem 200 librarum Paris. (Conclnsion de l'assemblée du 3! mai 1569. )

Exposait rector cansam congregationis his verblB : Scitis statntom fuisse superioribus oomitiisutrenovarentur Jaramenta librarioram et darent fidejussores. (Assemblée du 31 mal 1659.)

Ils devaient jouir d'une bonne réputation, être suffisamment lettrés, et connaître la valeur des livres.

Us ne pouvaient entrer en exercice qu'a« près examen devant les jurés et rapport fait à l'Université.

Ut nullas ad prœfata officia Parisiis exercenda admittatur nisi vir borne famée, suffidentis literatarsB, quod iibroram notitiam in valore, etc. ( Actes de rUniv,, 1323. )

6 bis. L'acte de 1367 porte qu'Etienne Fontaine n'avait été reçu qu'après examen « prins ad hoc suffidens et idonens repertns ex reiatione Jaratomm in tali offido. »

De même en 1878 : « Nos l)ona fama, l)onaqoe vita et conversatione, ac sutfidentl litteratura ipsins primitùs, ut decet, Informati ; « etc.

Ils pouvaient être privés de leurs brevets.

s'ils désobéissaient et manquaient à leur serment.

Si forte librarii prœmissa Tel aliqaa de pramissis Jarare voluerint, aat circa prœdicta, postquam Joraverint fraudem coHiHiiseriDt, aut ipsa omnia et singula-diligenter oon observaTerint, oon solam Universitatis gratia et favore sint penitas alieni, sed et officiam qaod prias ratione studii exercebant, exercendi iiberam oon habeant de cœtero facaltatem. ( AcL de VUniv,, 6 décembre 1275. )

Si yero statlonarii contra prœnomiDatos articQlos, yel aliquem eorum , aliqaid attentare prssampserint, sea contravenerint , a sno offîcio sit ille qui hoc fecerit aliénas penitas, et privatos usque ad satisfoctionem oondignam et revocationem UniTersitatis. {Stat. de rUniv,^ â octobre 1342. )

On en voit d'autres exemples en 1370, 23 no< vembre; en 1466,- 19 Juin, etc.

Ils étaient tenus de comparaître devant

rassemblée de l'Université, pour répondre

des infractions qu'ils auraient commises aux

statuts.

ArL 9. Unlversis présentes litteras inspectaris Universitas magistrorum et scholariom Parisias studentium, salatem In Domino. Gravi quœrimonla aures nostras sspius propulsante super ^ quod per fraudem et dolom staUonariorum et librariorum, quamvis contra eorum joramenta, contingebat magistros et scbolares qoam plurimum defraudari , prœfatos librarios et stationarios, prout ad nos pertJnety coram deputatis a Dobis fecimus convocari , ut , Juxta verbum Salvatons, sic dicentis, a Descendam et videbo utrum clamorem qui venit ad me opère compleverint » , vidèrent si prsedicta veritate niterentur. Ck)ram quibus deputatis com parentes, et eis diligenter expositis articulis eorum ofticia tangentibus, super quibus aliàs prœsUterant juramenta, reperti fuerunt quidam eorum errasse, et peccasse tam ex Statutorum ignorantia, ut dicebant, quam interpretatione quorumdam Statutorum per eos facta contra menteift et conscientiam statuentis. Et quia anno quolibet, vel quotles nobisplacuerit, tenentur, ut ipsis recens slt merooria, revoeare Juramenta. . . . (Préambule du Stat. fait par l'Univ, pour les libraires, du 6 octobre 1342.)

Les maîtres jurés s'étanl relâchés sur la capacité des libraires qu'ils avaient présentés, intervint un arrêt du 24 janvier 1465, qui oblige les libraires à comparaître à la première assemblée.

Veulent in prima congregatione prœsUtom juramenta, et qui non fuerint capaces privabuntur.

Le nombre des libraires jurés était de vingt-huit, parmi lesquels TUniversité nommait quatre libraires principaux.

Art, 9 bis. = ( Act. de VVniv,^ 6 octobre 1342).

Nomina vero iibrariorum et stationariorum qjoii juraverunt sunt hsc : Thomas de Senonis , Nicolaus de BranctiUs, Joannes Vachet, Joannes Parvi Anglicus, Guillelmusde Aurelianis, Rober-

tus Scoti , Joannes dictus prestre Jean, Joannes Poniton, Nicolaus Tuel, Gauffridus le Cauchois, Henricus de Cornubia , Henricus de Nenanne , Joannes Magni, Conrardus Alemannus, Gilbertus de Hollandla, Joannes de Fonte, Thomas AngUcus, Bicardus de Montbaston, Ebertns dictus du Martray, Ivo Greal , Guillelmus dictus le Bourguignon, Mattbseus le Yavassor, Guillelmus de Caprosia, Ivo dictus le Breton, Simon dictas VEsckolier, Joannes dictas le JSormant, Mifihael de Yaqoeria et Goillelmos Herbert!. - Et pro isto anno praesenti eligimus In quatuor principales librarios taxatores librorum : Joan. de Fonte, Ivonem diclum Greal, Joan. Vachel et Alanum Britonem (l).

Ce nombre fut réduit plus tard à vingtquatre, ainsi qu'on Je voit par l'acte de 1448, qui commence ainsi : « Jean Pocquet Tainé, libraire juré en l'Université, au nombre de vingt-quatre. »

Les lettres patentes de Charles VIII données à Chinon en mars I4SS déclarent être au nombre des officiers et serviteurs de l'Université, pour Jouir de tous les privilèges, etc., comme vrais escboliers d'icelle, premièrement vingt-quatre libraires (2), deux enlumineurs , deux relieurs, deux écrivains de livres , etc.

Nul ne pouvait acheter ou vendre des livres sans la permission de l'Université. « Que nul n'achète de livres ou n'en prenne en gage que par une permission spéciale du recteur, » portent les statuts de l'Université pour la librairie datés de 1275.

10 et n. Les lettres patentes de Charles VI , 20 Juin 141 i enjoignent aux Justiciers et oftiders et députés de ne laisser vendre aucun livre que par « ceux qui ont de notre fûleil'Dnwersite ) lettres de congé et licence.- Se aulcuns sont

0) Volcl les noms des libraires Jurés en isss : Thomas de Malbodia ; Jean Briton dit aussi de Salnt-Panl t Thomas Normand ; Godefrot Briton, notaire public; Godefrol de Salnt-Leode^ar; Guillaume le Grand, rue des Noyers, jinglais : Etienne dit Sauvage ; Godefrol Lotbarlngo, Lorrain ; Pierre dit Bon Enfant ; Tbo* mas de Senones; Nicolas dit Petit Clerc; Jean dit Guyvendale, jinglais, l'un des servants de runiversité; Jean de MelUac; Pierre de Péroné, sa femme; Nicolas d'Ecosse ; Badulphe de Varcdis ; Guillaume dit an Bâton (ciim Bacuto); Pontlus Gilbose de Noblans ; Jean Poucher ; Gilles de Vivars ; Jean Briton le Jeune ; Jean de Remis ; Nicolas dit ChaUamarac, Nicolas de Ybuna ; Godefroy dit le Noymant ; Marguerite , femme d'un certain Jacques de Troancio ; Mathieu d'Arras (de Mrebate), et Thomas de Wymondlkoid. Anglais, Parmi lesquels furent élus quatre grands libraires Jurés : Jean de Guyvendale ; Jean de Saint - Paul ; Jean Briton le Jeune , et Pierre dit de Perone.

11 est assez remarquable que de i39s à 154911 ne reste qu'un seul libraire dont le nom se retrouve parmi les vingt-quatre Jurés ; si Thomas V Anglais était le même que Thomas Wymondlhold . Anglais» on retrouverait alors deux libraires exerçant leur profes* slon à dix-neuf ans d'Intervalle.

Dans cette liste on voit flgurcr trois libraires qui y sont désignés comme Anglais et un Écossais,

(s) C'était aux quatre grands libraires, magni libro' rii , que l'officium magni librariatus était conféré et Vofflcium parvt librariatus, aux vlngl-qualrc libraires appelés parvi librarii.

trouvés laisaot le contraire, corrigez-les et punissez' selon Texigenoe du cas , si et par telle manière que ce soit exemple à tous autres ».

Cette ordçnnance est motivée « sur cequ*on yendoit clandestinement et en tapinaige, sans s'informer de quels lieux ils viendroient, ne s'ils seroient bien ou mal pris, des livres latins et françojs qui avoient été emblés ou induement pris ». Cette ordonnance enjoint donc « que nul ne soU si osé ni si hardi de vendre ni acheter pour revendre livres aulcuns qu'ils n'ayent été et soient dufiment examinez et approuvez par notre dite fille ( V Université) ».

Le prix de vente des livres ne pouvait être fixé que par l'Université et par les quatre grands libraires choisis par elle.

Qualuorque principales librarios per nos eligi det)ent, vel alias electi confirmari ad taxandum libres; ita qnod nulli alii llceat libros taxare Parisius , nisi talibns quatuor duntaxat, secnndum quod hoc in Stalutis aliàs per nos super hoc factis latins oontinetur.... ( Stat» faits par VUniv, pour les libraires, 6 octobre 1342.)

Item quod nuUus intromittet sedetaxatione librornm quoquo modo, nisi vocatus per aliquem de principalibus juratis. ( StaL de VUniv.^ 1342. )

Ita quod istis quatuor duntaxat (principalibus librariis ) llceat libros taxare, vel saltem duobus ipsornm prasentibus, et taxantibus, etc. {Stat» de eOniv.j 1342. )

Les livres non taxés par TUniversité devront être vendus à juste prix par les libraires.

Item quod pro exemplaribus ab Universitate non taxatis ultra justum et moderatum salariam non exigent. ( Stat. de VUniv., 1342. )

Les libraires ne pouvaient vendre au-dessus du prix taxé. Les livres non taxés devaient être offerts à rUniversité avant d'être communiqués à d'autres.

Qnod pro exemplaribus aliquid ultra moderatum salarium vel mercedem, seu ultra id quod ab Universitate vel deputatis ab ea taxatum fuerit, non exigent a quocumque. {Stat, de VVniv., 1275).

Item si habeantaliqua exemplaria non taxata, ea non communicabunt, donec dictœ Universitati oblata fuerint, seu taxata. iStai, de VUniv., 1342. )

Item quod si contingat quod habeant exemplaria nova, ea non communicabunt nec pro seipsis, nec pro aliis, donec fuerint approbata per Universitatem, correcta et taxata. {Stat. de VUniv^^ 1342. )

Les livres devaient être corrects et vendus de bonne foi. Le libraire était tenu d'affirmer par serment que les livres vendus par lui sont corrects.

Quoniam ex corruptis exemplaribus et mendosls dispendia multa proveoiunt, statuimus quod dicti librarii jurent se praestaturos curam et operam efficacem cum omni diligentia et lahore, quod exempliu>ia vera habeant et

correcta; et quod pro exemplaribus aliquid ultra justum et modteratum salarium vel mercedem, seu ultra id quod ab Universitate vel deputatis ad ea taxatum fuerit non exigent a quocumque. ( Act, de l'Vniv.^ 6 décembre 1275.)

Item quod de pretio pro libro vel libris oblato puram et simplicem sine fraude etmendacio dicent veritatem. {Stat» de VUniv,^ 6 oct. 1342. )

Item de stationariis quod exemplaria quae habent sunt vera et correcta pro posse. {Stat. de PUniv.y 6 octobre 1342. )

GhacuD devait signaler le libraire qui vendait des livres lucorrects ( corrupta) , afin qu'il fût mandé devant le recteur et l'assemblée, forcé de faire les corrections nécessaires , et qu'il fût puni.

Item ordinavit Uni versitas quod quilibet rector faciet proclamari per scholas, si quis inveniat exemplaria corrupta, illa offerat publiée coram rectore et procuratoribus, ut exemplaria corriganturet stationarii qui talia locant judicioUniversitatis puniantur et scholaribus emendare cogantur. < Stat. de Vannée 1323. )

Les libraires ne devaient tenir aucun livre caché , mais le représenter en temps et lieu, et dès qu'ils en étaient requis.

Art, 13 bis, Quod ildeliter et légitime habebunt libros vénales , redpiendo, custodiendo, exponendo et vendendo eosdem. — Item quod libros vénales non suppriment neque caelabunt, sed ipsos semper loco et tempore exponent quando petentur. (Stat de VUniv,^ 1342. )

Aucun scribe ( statiimarius ) ne pouvait donner au libraire aucun manuscrit à vendre à un prix plus élevé que celui qui avait été taxé par l'Université.

Item nullus stationarius alicui carius locet exemplaria quam taxata fuerint per Universitatem, nec conditionibus gravioribus quam per Universitatem fuerit ordinatum. ( Stat. de l'Univ., 1323. ) .

Item nullns stationarius exemplar locet antequam corrigalur et taxetur per Universitatem. {Stat. deVCJniv.y 1323. )

Aucun libraire stationnaire ne pouvait refuser de laisser prendre copie d'un livre et de le louer du moment où celui qui voulait s'en procurer un double avait donné caution suffisante et rempli les conditions fixées par l'Université.

Item nullus stationarius denegabit exemplaria alicui etiam volenti per illud aliud exemplar facere, dum tamen pro eo pignus sufficiens exponat, et satisfaciat secnndum ordinationem Universitatis. ( Stat. de Vann, 1323. )

Les libraires devaient prêter leurs bons offices pour procurer au plus vite et aux meilleures conditions les livres qui dans les diverses facultés étaient nécessaires aux étudiants et aux scribes (stationarii).

Item quod ipsi librornm utilium pro studio cujusctiiique Cacultatis exemplaria, prout me*

lius et dttiM poterant, proeorabant ad oommodam stadeDtiam et stattonariomm atilitatem.

(Siat, de rUnlt;., 8 octobre 1843. )

Aucun libraire De pouvait acheter de livres aux écoliers qa'av«o permission du recteur.

Item qood nollai Ubrarios librom venalem expositum ab alio Ubrario, magUtro, vel scbo- ]ari parisiensi emat, niil primitos faerit portatas publiée per quatuor dies in sermonibua apud fratres (pnedicatores), et yenditloni expositus, et osteoBUS petentibos, omoi fraude amota; ita tamen quod si scbolaris vel magister compnlsus neoessitate propter reoessum, vel aliàs non posseot taotum exspectare, de cooseosu rectoris Universitatis , qui pro tempore erit, magister vel scbolaris poteruot vendere libros, facta fide de cooseosu rectorisper signetum, libraril poterunt emere libres sine boc quod in sermonibus asportentur. [Jet, de l'Vniv., 1343. )

Les lettres de Charles VI du 20 juin 1411 portent :

Iceulx livres vendent clandestinement , sans les porter ne mettre en vente es dits sermons, ne es autres places et lieux publics ordonnez , en nostre dite ville de Paris.

Ces mêmes lettres disent : « Les libraires Jurés, examinés et approuvés , et non aultres , sont tenus de mettre les livres qu'ils veulent vendre en avant, et porter par trois Jours de fête en trois sermons publics de nostre dite fille (rUniverslté), afin que chacun les puisse voir, » etc.

Le libraire dépositaire d'un livre devait en déclarer loyalement la valeur au propriétaire ou scribe, s'il en était requis, et avant de le livrer en totalité à l'acheteur, il devait prévenir le vendeur.

Et si requisiti fuerint a venditoribus, estimabunt et dicent bona fide quantum credent in veritate libres ad vendendum oblatos Justo et legitimo pretio posse vend!. Libri enim venalis pretium et nomen illius cqjus liber est ponent in aliqua parte. {Act, de PVniv,, 6 décembre 1275.)

Item quod si a venditoribus vel venditore super venditione libri vel librorum vocati fuerint, vel requisiti, œstimabunt et dicent bona fide, mediante salario, quantum credunt llbrum vel libros ad vendendum obiatum vel oblatos Justo et légitime prelio posse vendi , ut pro eis emere vellent, si facultas se offerret {Stat, de VUniv,, 1342.)

Item quod cum Ubros vendiderint, eos non assignabunt ex toto, nec transfèrent in emptores, nec pretium récipient pro eisdem, donec denandaverint venditori, vel mandate sue quod pretium venlat recepturus si velit, et ejus copia commode pessit haberi. {Act, de VUniv., 1342. )

Le gain du libraire ne devait être que de quatre deniers par livre lorsqu'il vendait aux professeurs et écoliers , et de six deniers lorsqu'il vendait au public.

tem quod ratione libri vel Ubrerum a ven.

ditorc magistro vel scholari nihil exigent, nec

ab emptore actn stodente Parisiis , ultra qua tnor denarios de libra, et ab extraneis sex denariOB. (Stat, de l'Univ., e octobre 1343. )

Item quod pro exemplaribus ultra Id quod ab Universltate taxatum est non exigent a magistris velscholarlbus. [Stat, de VUniv,, 1342.)

Us ne devaient prendre aucun pot de vin, ni faire aucun contrat simulé de vente ou achat de livres.

Item quod nullum pactum facient, per se vel perallum, directe vel indirecte de vino redpiendo, ultra illud quod ab Universltate est taxatum, nec occastone majoris vd minoris pretii pro eerum librorum vino venditio differatur queque modo. {Stat, de VUniv., 6 octobre 1343.)

Aucun libraire ne devait se défaire de son fonds de livres ni l'aliéner sans le consentement de l'Université.

Item quod non vendent seu alienabunt exemplaria sua stoe consensu Universitatis. {Stat. de VUniv., 6 octobre 1343.)

Chaque libraire devait afficher dans sa boutique le catalogue de ses livres avec le prix taxé.

Item quod quiUbet babeat tabulam de pergameno, soriptam in bona Utera et patente posita ad fenestram, in qua scripta sint omnia exemplaria quibus utitur et qo» ipse habet cum pretio texationis eorum. {StaL de VUniv.^ 6 octobre 1342 ).

Item> quod pretium libri venalis, et nomen ilUus cujus est liber, in aliqua parte libri patente intuenti ponent, si veUt venditor.

Ceux qui n'avaient pas prêté serment ne pouvaient vendre de livres d'un prix excédant dix sols, et devaient donner des gages à l'Université pour répondre des infractions qu'ils pourraient commettre. Ils devaient avoir leur étalage en plein air.

Item nullus non Juratus babeat aliqnem llbrum venalem ultra valorem decem solidorum; nec sub tecto sedeat {Stat, de Vann, 1333. )

Les libraires juraient entre les mains du recteur, et en présence de l'Université, d'agir à l'égard des suppôts de l'Université avec justice et loyauté quant à la taxe et prix des livres , sans fraude ni dol , et conformément à la t'eneur des privilèges de l'Université. (Statutde fUniversitéûe l'an 127ô.)

Item quod non attentabnnt aliquid doli vel fraudis circa offidum suum, unde possit studentlbus allqaod detrimenium evenire. {Stat.

de VUniv., 6 octobre 1342. )

Les libraires de Paris avaient le droit de vendre dans tout le royaume.

Quibus factis et Juratis nos, quantum in ûobis est, eisdem (librarlis) concessimus, damos et dedimus licentiam emendi et vendendi Ubros Parisius et alibi, secundufp oïdipationes c| piodificationes Universitatis , matris nostrs, sgepe

dicUe. (Bfwet de Ubrain donné par le recteur le 8 juin I36I. )

Les livres donnés à un libraire pour être vendus devaient être exposés à la vue du public.

Nec ipsos Ilbios suppriment am celabont ut postmodum sibi emant sive retineant, sed bona fide, statim libris reoeptis, yel alias quocumque looo et tempoie opportono Ipsos ad ▼endendum exponent {jtct. de VUniv», 6 décembre 1276 ).

La commission perçue par le libraire pour la vente d'un livre devait être payée par l'acheteur , et non prélevée sur le prix de la vente faite pour le compte du vendeor.

Statulmus ut statlonarii Jurent qnod ultra quatuor denorios de Ubra et de minori quantitate pro rata de salarie pro libris venditis non exigent, et illos non a venditore exigent, sed emptore. {Act, de l'Oniv., e décembre IS75. )

Le libraire et le stattonnaire devaient dénoncer à l'Université quiconque parmi ses confrères violerait les règlements ou celui dont les affaires seraient en fâcheux état.

Item qaillbet Ubrarius ant statlonarius si sciverit atiquem de dictis officiis dict» Universitatls ordinationi oontravenire, vel allquem ad inopiam vergere, iilud revelabit vel revelari faciet Universitati. {Jet. de l'Vhiv.^ août 1323. )

1467. L'ordonnance de Louis XI de juin 1407 porte : « Qu'il sera fait une levée de quatre sols parisis, contre et par-dessus les douze deniers parisis , sur ceux qui seront dorénavant créés libraires , écrivains enlumineurs, relieurs de livres et parcbeminiers ; sur les nouveaux apprentis huit sols parisis, et sur chaque homme et ouvrier des dits états, douze deniers par semaine ; pour les dites sommes être employées au service de la dite conirairie, et aux dépenses et affaires d*iceux confrères. »

Droits sur le parchemin.

On voit par le Recueil des Privilèges de l'Université de Paris (1), et par d'autres anciens actes» qu'au nombre des droits de TUniversité celui qu'elle avait sur le parchemin remontait très-loin. L'arrêt enregistré le 2 août 1548, où est inaéré le plaidoyer de Riant, avocat de l'Université, porte : « Riant prouve que par l'institution de l'Université de Paris le premier roi fondateur d'icelle , qui fut Charlemagne, enérigeant la dignité rectorale, voulut la douer fascihus et sHpen» dits : Fasdbus, en ce qu'il voulut et ordonna que le recteur de l'Université aurait la juridiction sur tout le parchemin apporté nonseulement en celte ville de Paris, mais en la banlieue ; stipendOs, en ce qu'il voulut et

(I) Parti, icri, fiM*. VeoTR Thibonst.

ordonna que sur chaque botte de parchemin, que le dit recteur ferait visiter par les quatre jurés parcheminiers de l'Université , il auroit seize deniers parisis. »

On sait que Charlemagne prit soin de rempUr la bibliothèque de son palais de tout ce qu'il put réunir partout de bons livres pour le service public et celui de l'Église.

Afin d'en multiplier les exemplaires, il ins* titua des écrivains et des enlumineurs, qui enrichissaient les manuscrits de miniatures; Lupus Ferrariensis, dans une lettre à Éginhart, ancien secrétaire de Chariemagne, parle d'un nomméBerteaudus, très-habile pour l'écriture des manuscrits en lettres unciales(l).

La célébrité dont l'Université de Paris a joui dès son origine, et l'affluence des écoliers qui s'y rendaient des pays les plus éloignés accrut considérablement le nombre de gens occupés à transcrire, relier, vendre et débiter les livres. En sorte que le parchemin et le papier nécessaire à tant de besoins dût être, dès les temps les plus anciens, soumis à des règlements universitaires.

Nous voyons par les lettres patentes de Charles V, adressées au prévôt de Paris le ô novembre 1368, pour l'exemption du guet et garde des portes en faveur des libraires, écrivains, relieurs et parcheminiers, qu'il y avait alors dix-huit parcheminiers jurés.

Leurs noms y sont consignés, ainsi que ceux des libraires au nombre de quatorze, des écrivains au nombre de onze, des relieurs au nombre de six ; mais en 1488, les parcheminiers furent réduits à quatre , les écrivains Jurés à deux, les papetiers jurés à douze, savoir quatre pour Paris, quatre pour Troyes et quatre pour Essonnes (2).

La charge des parcheminiers et papetiers était de visiter, approuver ou rebuter, et apprêter tout le parchemin et papier qui arrivait à Paris , afin que les écrivains ne copiassent les ouvrages des auteurs que sur de bonne matière. Leur surveillance s'étendait

<i) « Soriptor réglas Berteaudos, dlcltur aliquanim llUeraram, dantaxat earum qnn maximae et anciales, a qaibntdam vocarl extsUmantar, babere mensaram descriptam. »

Le moine de Salnt-Gall dit que Cbarlemagne prit poar sa cbapelle on des paarres écoliers , parce quil savait bien «Ucter et bien éerire, optimum dictatorem et seriptwem ; et Alcnln , son préceptear, dans l'on de ses poSmes , loue le sèle des écrivains de Uvres d'églises

Eft opiu egraflum Mcroa Jam fcrlb«re librof « Ifec mercede taa teriptor «t fpM oarec.

(1) Il paraît qne les pins anciennes papeteries furent établies à Essonnes et à Troyes. Une déclaration de Henri 11 donnée à Anet, «7 mars iwi, s'oppose ft ce qne la ?llle de Troyes lève on Impôt snr le ptpler. qui eit leur principale tnarekandiie.

aux foires du Lendit et de Saint-Lazare, surtout pour le parchemin.

Le statut sur le parchemin et les parcheminiers fait par TUniversité en Tan 1291 porte que « bien que pour obvier aux fraudes commises parles parcheminiers on eût exigé d'eux le serment d*agir sans fraude ni malice f cependant comme ils persistent à frustrer IIJniTersité de ses droits (1) , nous les avons astreints à jurer publiquement en latin et en français le serment suivant :

Serment des Parcheminiers.

« Vousjarez que durant toute votre vie, dans quelque état que vous soyez, vous porterez honneur, respect et obéissance à TUnlverslté de Paris et à son recteur.

Que vous ne ferez aucune coospiration ou monopole au préjudice des maîtres et écoliers , ni des autres parcheminiers.

Vous agirez avec bonne foi et égalité avec les autres parcliemlniers, en achetant et leur laissant leur part de parchemin, pourvu qu'ils soient présents lors de la vente.

Vous vendrez le parchemin auxdits maitres et écoliers légalement sans fraude, et ne leur cèlerez point le bon parchemin.

Vous nMrez point au-devant des marchands, hors des foires, pour acheter le parcliemin , ni par vous ni par autrui, et vous n'achèterez point le parchemin à peaux à votre plaisance pour les années suivantes , et vous n'en achèterez ni eo secret ni à la chandelle.

Vous ne ferez aucun pacte ni condition avec les marchands forains an temps des foires , ni en d'autres temps , en fixant avec eux le prix auquel le parchemin serait vendu.

Vous n'achèterez de parchemin qu'à la saile Saint-Mathurin ou aux lieux publics des foires. ' Si vous achetez du parchemin à Paris, en présence d'aucun des maîtres on écoliers, ils en auront leur part au pdx auquel il aura été acheté en vous payant pour votre peine et industrie six deniers pour livre, pourvu qu'ils soient présents en personne lors de la vente.

Le premier jour des foires du Lendit et de Saint-Ladre (S. Lazare) vous n'achèterez point de parchemin avant que les marchands du roi, les maitres et écoliers en aient acheté.

A. l'instant même où vous saurez que du parchemin sera arrivé, et que quelque marchand forain en aura apporté , et que quelque parchemimer en. aora acheté on recelé sans l'avoir fait porter à la salle Saint-Mathurin ou en avoir prévenu le recteur, et aora agi en fraude et contrairement auxdits serments , vous le revé^rez au recteur en charge.

Vous ne ferez rien qui soit contraire et préjudiciable au droit qn*a ledit recteur de prendre sur chaque botte de parchemin apporté à Paris seize deniers parisis, et d'appliquer à son profit, par confiscation, le parchemin qui serait recelé. »

(t) Videlicet quod ipsi pergamenarii roultas fraudes et quain plarimas maliclas in cmendo et vendendo perf{amenam coromittaat in UiiiversUatis et relpablica; prspjudicium.et gravamcn.

Ces statuts et privilèges pour le droit rectoral sur le parchemin furent confirmés par les lettres patentes de Henri II de septembre 1547 ; d'autres lettres patentes, du 2 août 1548, font défense de vendre parchemins ou papiers qui ne soient de longueur et .Margeur compétentes, selon les ordonnances faites sur le parchemin et papier. Louis XIV, par ses lettres patentes du 28 avril 1 673, confirme les droits du recteur sur le parchemin.

Plusieurs procès eurent lieu entre l'Université et les parcheminiers ou marchands de Paris : Tun d'eux, qui avait reçu en payement des bottes de parchemin venant de Bretagne, fut condamné , par arrêt du parlement ( 16 mars 1481), aux dépens, et son parchemin confisqué au profit du recteur. Dans son plaidoyer l'avocat de l'Université s'exprime ainsi :

L'Université de Parts a été et est la plus célèbre de toutes les universités de FEorope , et à présent est en telle splendeur qu'elle surmonte les trois pins célèbres de l'antiquité ; car en Grèce les stoïciens et académiques fkisoient profession de toutes lettres et disciplines, mais en leur langue grecque seulement : à Marseille, où fat la seconde université fameuse, qu'on appeloit magisira studiorum, se faisoient profession des lettres et enseignolent les professeurs es langues grecque, latine et française : et à Rome , lorsque les Romains furent si excellents en science, en la pure diction latine, avec laquelle, sur la fin de leur république, ils firent conjonction de ia langue grecque. Mais en l'Université de Paris, on ne fait pas seulement profession de toutes lettres et sciences, mais aussi de toutes langues estrangères et nécessaires. Et pour cette occasion, toutes nations étrangères y abordent et viennent (i). En considération de qooy, les roys de France ont çy-devant octroyé plusieurs beanlx privilèges à cette Université, et entre autres un qui porte que tout marchand qui amènera parchemin en la ville et banlieue dti Paris, sera tenu de les faire porter en la halle des Mathurins, pour être rectorié , visité par les quatre matlres parcheminiers Juiès, ap-

(1) Dant letf lettres patentes de Henri III Juin lat*, conCrmant les privilèges de l'Université^ on lit au préambule : « Nos prédécesseurs, curieux de tirer et recueillir les bonnes lettres en ce royaume, y établirent l'Université; et pour faire que tous les doctes, grands et savants personnages de toutes les parts et nattons de la terre s'y rettrassent plus volontiers, la qualifièrent du titre de leur fille aînée, etc. , et même notre très-taonoré prédécesseur le roy Pbilippes de Valois, par son édit de l'an iS4tt, publié en son parlement, créa et établit le prévost de Paria conservateur des privilèges de ladite Université , lui donnant par délibération de son conseil toute Juridiction, etc. En vertu duquel privilège et autres qui par succession de temps auroient esté accordez a la dite Université, elle aurolt esté tellement accriie et augmentée, qu'elle aurolt acquis la réputation d'estre la première et la plus florissante de tout le monde, y affluant une Infiolté de personnes docte* et d'escbolicrs estudiants , qui la rendoient comm« une pépinière de tous arts et sciences. »

précié et marqué ; et poar ce être payé au recteur seize sois parisis pour chaque botte de parchemin, etc. »

C'était surtout à la foire du Lendit (1) que les msdtres et écoliers faisaient leur provisioD de parchemiD. Le recteur, les maîtres et les écoliers , s'y rendaient en procession. Pasquier, dans ses Recherches sur la France (1. IX ), prétend que cette foire du Lendit « ne s'ouvre qu'après avoir été bénie par le recteur, le lendemain de la fête de saint Barnabe , ouvrage vraiment d'un évéque , auquel lieu il s'achemine en parade^ suivy des quatre procureurs et d'une infinité de maistres-ès-arts , tous à cheval. » Mais ce droit de bénédiction est contesté (2).

Cependant dès 1464 des contestations surgirent entre l'abbé de Saint-Denis et le recteur de l'Université. L'abbé n'empêchait pas l'Université de prendre et de choisir le parchemin le premier jour, mais non pas les autres jours. Déjà en 1451, par sentence de l'Université, un parcheminier nommé Théodet fut privé de son office (3) ; la même sentence porte que le recteur devra convoquer les conseillers de l'Université devant le parlement et devant la cour du Chàtelet pour procéder contre l'abbé et le couvent de Saint-Denis, qui, contre tout droit et usage, ont fait examen du parchemin par un religieux de l'ordre.

Les années suivantes de nouveaux démêlés eurent lieu entre les moines et le recteur à ce même sujet ; enfin après bien des procédures , un arrêt du parlement, du 27 mai 1469, donna gain de cause au recteur.

Les troubles occasionnés souvent par la turbulence des écoliers pendant les fêtes du Lendit les firent enfin défendre , et au commencement du dix-septième siècle elles tombèrent en désuétude (4). «

(I) Le champ daheaûlt (campus indicti).

(s) « L'histoire nousappreud, dit Seryin, dans son plaidoyer pour Hamiltoo , co iBse, qae le Lendit est une foire qui se fait entre Paris et Saint-Denys, instituée par Charles le Chauve, fils de Charlemagne et second fondateur des Escholes, en révérence des cloua et couronne de Notre-Selgneur, qu'à tel Jour apporta d'Aii-la-Chapelle, où ils avoient été mis par Charlemagne, et les remit en l'abbaye de Saint- Dcnys, etc. » 11 reconnaît au recteur son droit de visite sur le parchemin, mais non pas de donner sa bénédiction.

(s) « Suo officio in perpetuum libertatis rectorla et Ipsloa Universitatis eum sine ulla spe mlsericordise prlvavit. »

(4) L'invention du papier fait avec les chiffons et son emploi de plus en plus fréquent dut contribuer surtout ft l'abandon de cette fête , dont le but principal pour les maîtres et les écoliers était d'y faire leur approvisionnement de parchemin. Il paraît que ce fat ft la Mecque vers la fin du huitième siècle que fut inventé le papier de coton« eharta 6om6|fcina.

Le papier est franc de tout droit.

Le papier fut toujours exempt de tous droits ; c'est ce que constate la déclaration de Henri II du 17 mars 1552, datée d'A net, s'opposant à l'imposition dont la ville de Troyes avait frappé les papetiers afin de les faire contribuer aux réparations des fortifications de la ville ; elle porte :

« A cause que par les privilèges de l'Université octroyez par aucuns de dos prédécesseurs roys, et successivement par les autres, et par nous confirmez, lamarchandise de papier a toujours esté exempte de tous péages et subside, pour le grand besoin qu'elle fait à la chose publique, en plusieurs et maintes manières, comme cha^mn sait, et entre autres à imprimer les livres, pour l'entretenement et accroissance des bonnes estudes et sciences, et principalement de celles qui appartiennent à notre sainte foi catholique, oe voulons et ne nous plaist que la marchandise de papier soit aucunement chargée de ladite iîbposition , ni autres quelconques, ores que ce fust pour réparations et fortifications des villes. »

Charles IX, par son édit d'Arles de novembre 1554, établit un impôt sur le papier, mais l'Université et les vin^t-quatre libraires jurés demandèrent à être ouïs par leur avocat (1).

MoNTBOLON pour le recteur de rcoiversité a exposé.

Il fait réloge des lettres, de leurs avantages, eo remoDlaot aux Ptolémées, rois d'Egypte, et de la proteclion dont elles ont Joui en tout temps , sous les empereurs , les papes , etc. « Si Ton veut discourir des exemples domestiques, les rois de France successivement se sont efforcés d'ajouter et d'augmenter ces privilèges , et ont soigneusement remarqué, que Tune des choses en laquelle ils surpassent les nations et pays étrangers est TUniversité et exercice des bonnes lettres. Le roi Philippe, en 1340, voulut et ordonna par ses édits que TOniversité et suppôts d'icelle fussent exempts de toutes impositions ; en q,uoi il a compris et les vivres et les choses indispensables aux études comme le papier et livre. Le roy Jean en 1360 les confirma. Charles Y y ajouta, et interdit à tous péagers de

euttunea ou damascena .- l'usage s'en répandit proroptement en Orient et en Egypte. Au douiiéme siècle, Enatattae, dans son Commentaire sur l'Odyssée, dit que l'art de faire du papyruA n'était plus pratiqué. En France, Pierre le Vénérable, évéque deCluny, dit dans son traité contre les Suisses en iiaa : « Les livres que nous lisons tous les Jours sont faits de peau de mouton, de bouc ou de veau, de papyrus ou de papier de cblffon, ex rasuris veterum pannorum{BU>Koth» Cluniœ, col. isto. a ). En ii89 Raymond Guillaume, évéque de Lodève, donne à Raymond de Popian plein pouvoir de construire sur. l'Hérault un ou plusieurs moulins à papier. Dès la fin du douzième siècle le papier de chiffon devint de plus en plus commun. (1) Extrait des registres du Parlement (i7 Janvier 1564).

lever aaeaoe imposition sur cet objets soit par eau soit par terre. Et même en I4I8 (ce qui est mémorable et digne de remarque) lorsque, pressé par la guerre des Anglois, qui oocupoient une grande.partie du royaume, une dace et imposition fut mise pour la nécesidté publique, rUniversitéfit ottre ù*y contribuer; mais ce roi ne le voulut accepter, pour la conséquence, et d'abondant fit dSdaration d'exemption générale pour tontes choses estant à Tusage des escholiers et estudiants. Depuis, François I, qui a remporté cet heur et grand los d'avoir esté nommé père des lettres. Tan I6I0, parvenu à la couronne, Reprenant les ordonnances de Louis XII , son prédécesseur, par son édit déclara que par l'imposition de la traite foraine et haut passage Il n'a entendu les livres et choses semblables y estre comprises. Les rois successeurs Jusqu'à ce Jour n'ont pas moins fait , etc.

« La chose la plus nécessaire aux estudiants est le papier, qu'on peut dire nous avoir été transmis par un don spécial de Dieu; et la preuve en est aisée, en remémorant la difficulté, voire la chereté , qui estoit de recouvrer livres auparavant et lorsque l'escriture se mettoit in ïabulis cera delibuiis. En cette considération il y a en spédal privilège au papier. Et a esté fiiitpar l'Université recherche dea^extraits de la chambre des comptes, pour l'imposition, tant foraine qu'autres qui ont Jamais eu cours en ce royaume, et ne s'est trouvé que le papier ait oncques été sufcject à aucune dace et imposition. ( Ici citation de l'arrêt signé en I50a à Anet par Henri II.) Il y a en infinis arrests quand le cas s'est offert, par lesquels on a sup* primé daces et impôts...» Le pauvre escholier a un double ou un liard pour avoir une feuille; que si elle passe de plus haut prix , il sera contraint de laisser l'estude. Et en qnoy tout Testât public a intérest, estant le séminaire de vertu parce moyen suffoqué etétehit.... Pour ces raisons s'oppose à la vérification de l'édit »

De Tnou, pour les vingt-quatre libraires jurez et Batiçes libraires et Imprimeurs, escrivains et papetiers Jurez et non Jurez de llJniTersité de Paris, opposants à la publication de l'édit et irapost que l'on veut mettre survie papier blanc, dit :

« Qu'en considération de la commodité, utilité et nécessité de llmprimerie, par le moyen de laquelle la mémoire de toutes choses est gardée et conservée, et sont toutes sciences aliment apprises, ont les rois de France par lettres patentes, publiées et vérifiées en la cour, voulu le papier, sans lequel llmprimerie ne se peut exercer, estre franc et exempt de toutes aides, subsides et impositions quelconques mises et à mettre, et pour quelque cause et occasion que ce soit, voire pour réparation de villes, réfections de ponts et portes. Et ont de tous temps les papetiers Jony de cette exemption, et quand iljpi ont été troublez et empêchez en leurs franchises et libériez, par les mêmes péagiers et fermiers des aides^ par arrests, les empêchements qui leur ont esté faits , ont esté levez et ôtez à leur profit, avec condamnation de dépens, dommages et intérests. Est la papeterie une manufacture qui ne s'est pas cy devant faite qu'en I^rance, et se sont les estrangers, mesme ceux d'Espagne, toiijours fournis en France, et c'est

f par le moyen de la papeterie, plus que par autre trafic et marchandise qui se fassejen France, tiré l'or estranger. Il n'y a en France' mine d'or ny d'argent, et n'avons moyen de trafiquer avec l'estfanger et d'avoir leur or et leur arg^t, que paiMe moyen de la manufacture de la papeterie. Si l'aide que l'on vent de nouvel lever sur le papier a lieu, et est une fois levé, l'on ban. nit une infinité de pauvres gens du royaume de France, lesquels apprendront aux estrangers, qui cy-devant se ^t fournis en France, leur art et leur manufacture, et seront les François pour l'avenir contraints, au lien que les estrangers se foumissoient en France de papier, d'en aller querfr aux pays estrangers. »

Suivent des considérations sur les nouveaux impôts toujours payés au décuple par le consommateur, car, ajoute avec grande raison De Thon,

c Le marchand n'y vent rien perdre; et il a raison, attendu sa pane qull a et l'avance qu'il fait des frais; et l'on a accoutumé pour un denier avancé enchérir de douze. Les études sont pour le Jour assez chères. SI par le moyen de l'aide que l'on veut mettre sur ce papier, l'Imprimé est renchéri, c'est détourner ceux qui ne sont aisez de faire étudier leurs enfants, etc. »

Vebsoris, pour les malstres gardes de la marchandise a remontré :

« Que combien qu'en telles matières llnterest du phblic soit tov^jours plus à considérer que non l'utilité privée, il ne veut pas tant Insister sur llnterest de ses parties , qbe sur oeluy dn

public Toutefois , il ne peut s'abstenir de

dire que tant s'en faut qu'en mettant cette imposition l'on tienne la voye que dit Cicéron estre ' à tenir en telles matières , ex pluribus scUieet malis minus eligendum; qu'au contraire il peut asseurer la cour que cette imposition que l'on vent mettre^sur le papier est l'une des plus pemidenses que l'on puisse

Inventer Car personne n'ignore que chose

plus abjecte , vile et contemptible, ne peut estre que la matière dont se fait le papier. Tellement qu'à dire le vray, il n'y a rien que la manufacture de l'ouvrier, laquelle est d'autant plus louable et recommandante, comme c'est une industrie très-grande, et d'une si vile et contemptible matière, et quasi ex nihilo, faire une chose si utile, si nécessaire, et si commode pour tous. U se souvient avoir veu en une histoire des Gaules , que Tune des plus grandes louanges que l'on donne aux François, c^est qoe de tontes choses ils savent faire profit : Adeo, dit le texte (I), industriée et quastus solUcita gens est. At tfi tpecie prœsenti inçeniasum plane tnventum fuit ex vilissimis et abjeeOs pannis rem tam utilem tamque neeessariam facere, v

Sait on savant historique du papier dans l'antiquité, ses diverses espèces, usages, etc.

« T^nt y a qu'estant pour le Jour d'huy nostre papier propre à tous ces usages, et fait néantmoins d'une si vile matière , et tant par une in*

(0 II serait Intéressant de savoir quelle est cette I histoire des Gaules et sa date.

dostrietue manafoctare, miteram sane, que sur loelle U faille mettre one telle imposition. Maxime vero^ poar la lever sur si pauvres et misérables persoQDes comme sont celles sur lesquelles on la veut lever. Car faut noter que les plus pauvres qui sont au royaume soot ceux qui font le papier, voire c'est la retraite de tous ceux qui seroient contraints faire mille maux, ut neceêsitas cogit ad impia, ou bien de mourir de faim malheureusement, sans cette vacation, en laquelle ils vivent et se contentent de si peu, qu'aux environs de Troyes» où cette manufacture est fréquente, combien que le temps soit cher, il y a des pauvres ouvriers de cette manufacture qui se contentent d\m sol carolus de récompense par Jour. Et pour le fah» court, les pauvres ouvriers et papetiers se contentent de si peu, que nous pouvons dire que de toutes les marchandises qui sont en nostre Gonmieroe, nous n'en avons point veu que depuis Yingt on trente ans n'ait doublé , et quasi triplé et quadruplé du prix ancien,. fors cette marchandise. Et semble quasi que l'on ait envie de ce grand bien, y voulant mettre une dace et imposition insupportalile. Partant void la OQur, que l'on veut mettre cette imposition sur la plus vile matière, la plus louable manufacture, et sur les plus pauvres ouvriers de tout le royaume.

« Quant à la forme de lever l'imposition , elle est encore pire. On veut qu'elle soit payée par avance , avance que le maistre papetier fera , et dont il Tondra estre payé et remboursé quand il vendra son papier à l'imprimeur ou autre qui rachëtera'en gros ; or, l'imprimeur est aucune fob trente ans avant d'avoir débité son papier, et de fait, en matière d'imprimerie , on est aucune fois quatre et cinq ans avant qu'un livre soit parachevé d'imprimer. Il y a apjour* dliui tel livre commencé d'imprimer à Paris depuis deux ans et demi qui ne sauroit estre parac^vé de quatre ans, lequel ne sauroit estre débite de quarante ans. Cependant ayant avancé son argent pour payer Timposition mise sur le papier, et lui estant demeuré inutile , vous Jugerez s*il ne faudroit pas que le pauvre escholier le supporte , avec le profit que le marchand eust pu faire ailleurs de son argent, ou bien que l'imprimeur perde en sa marchandise. »

Sait une série de raisonnements fort justes sur l'effet qui en résultera sur l'imprimerie et sur les études.

« Que si l'imprimeur délaisse son art et les marchands d'acheter, il faudra bien que les maistres papetiers délaissent leurs manufactures; ne trouvant à qui vendre leur marchandise quand elle sera faite, il faudra que les serviteurs papeUers soient et demeurent inutiles, recherchant les pays estrangers pour estre employés. Les Espagnol, qui avaient coutume de venir acheter et se fournir de papier en France, ont commencé depuis six ans à construire des moulins à papier, où ils retirent des ouvriers de France le plus qui leur est possible. Et à leur exemple la roine d'Angleterre en fait coDstruire, et a fait défense de plus venir acheter papier en France (l). Si l'imposition a lieu,

(1) La aonscrlpUon qui «e trouve au ll?rc intitalé :

on verra en bref les ouvriers passés aux pays estrangers, et cette manufacture teiiement délaissée en ce royaume, qu'an lieu que par cydevant on avoit en France le papier à vil prix , et que l'on en vendoit grande quanttte aux estrangers, dont on en tirolt grand argent, on sera dorénavant contraint d'en acheter bien chèrement d'eux, et ce dont la France abondoit y defaudroit à l'aidvenir. Ceux qui ont fréquente la vitte de Lyon et les villes de France esquelles il y a Universite ont pu remarquer quel trafic se fait de l'imprimerie, etcomme'îes Allemands, Italiens, Espagnols et Angtois laissent par chacun an au royaume un denier inestimable pour livres imprimés qu'ils en tirent Sur quoysi le papier se fait dorénavant ailleurs, il n'y a doute que plutost on n'imprime es estranges pays qu'en France, conséquemment cessera cette négociation, qui est une des plus grandes du royaume. •

Suivent des considérations, un peu déclamatoires, sur l'importance de récriture pour l'amélioration des mœurs, etc., et sur les inconvenances d*étre obligé de recourir aux toiles , canevas et autres espèces de produite manufacturés pour séparer et envelopper les marchandises « que l'on souloit envelopper de papier ».

Enfin il remontre très-humblement que :

« L'on a veu autrefois le royaume en plus grande pénurie et nécessite d'argent, Jusques là que, comme les histoires françoises en témoignent, on estoit contraint de mettre imposition Jusques sur une poignée d'herbes que l'on vendoit aux marchés, dont depuis advindrent plusieurs maux et inconvénients au royaume, spécialement en cette ville de Paris. Et neantmoins il ne se trouve point que Jamais on ait mis voire un seul denier d'imposition sur le papier. De sorte que par extraite de la chambre des comptes il appert que passant à Meulan et autres lieux un grenier de papier on un grenier de drapeaux à faire papier, ou bien de la maUère propre pour faire colle à coUer, on n'en a rien payé; et de plus un marchand demeurant près la ville de Troyes, y faisant mener une pièce de bois propre pour faire une pile à faire papier

De PrùjnrietatUnu Rerum , imprimé a Londres, par Wynkyn de Worde , tans date f I est vrai , mais que l'on croit être de I4m, annonce que le papier en fnt fabriqué tout récemment par John TcUe le feune. Mais 11 parait qae cette Indastrle ne flt aacon progrès alors en An^terre. Le pea de papier qui s'y fabriquait était de si manvalse qnalite qu'on contlnoa à s'approTlstonner de papier en France et en Hollande. Anderson, dans son BUtoire du Commerce, dit qu'on ne commença qu'en leso S fabriquer du papier pouvant servir a llmpresslon et à l'écriture, ot que jusqu'à cette époque l'Angleterre en achetait à la France pour cent mille livres sterling chaque année. C'est seulement vers 1770 que Whatmann , après avoir voyagé sur le continent , où 11 apprit comme ouvrier la fabricaUon du papier dans les meilleares manufactures, établit quelques cuves à Maidstone. Je visitai en flsi4 sa fabrique, si renommée, et J'ai été heureux de pouvoir proposer en issi à la grande EzposiUon de Londres une médaille de première classe pour récompenser les beaux papiers que fabriquent encore à la cuve les honorables héritiers de ce nom.

fast déclaré exempt de l'Imposition ordinaire, qai se lève ordinairement sur tel merrain. »

Suit l'historique des exemptions et privilèges accordés de tout temps.

■ Et supplie la cour très-humblement de faire entendre au roy ces motifs , alin que si la calamité du temps ne se peut passer sans mettre imposition, que ce soit sur un autre endroit, dont le roy puisse tirer plus de profit et ses humbles sij^ets moins d^oppression. •

La cour ordonne que le recteur et suppôts de l'université , les vingt-quatre libraires jurez et les maistres gardes de la marchandise bailleront leurs remontrances par escri pt, dedans trois jours, pour icelles estre veûes avec les conclusions du procureur général.

Ce qui fut fait.

£t le 14 août 1565 le roi,'par ses lettres patentes dudit jour, fit défense aux fermiers de lever ledit impost, sous peine du quadruple et d'emprisonnement.

Les lettres patentes de Henri III du 16 novembre 1 582 portent les mêmes exemptions.

La déclaration de Henri IV du 20 février 1595 et ses lettres patentes du 15 novembre même année les confirment.

En 1635 on s'avisa de comprendre le papier, avec le poisson de mer, pied fourché , les cuirs et les bières. Un bail fut passé le 26 avril avec maître Antoine Landrin ; mais Sa Majesté eut tant de considération pour l'Université, q(|e, sans aucune remontrance ni sollicitations, il l'exempta de l'impôt, en obligeant le fermier de lui payer et à l'Imprimerie royale dix mille livres chaque an, conformément à l'arrêt du conseil du 20 septembre 1635 , et au bail qui en fut fait à M. Louis Aubert, pour commencer à en jouir au f janvier 1654, moyennant le prix de trois cent deux mille livres, il est dit, que outre et par dessus le dit prix, et sans diminution d'iceluy, le dit Aubert payera dix mil kvres par chacun an pour Vindemnité de V Imprimerie royale et Université de Paris.

Cependant dix-neuf ans après, un arrêt du 4 juillet 1654 (1) concéda au même fermier Aubert un droit sur le papier, mais avec les restrictions suivantes : « Et faisant droit sur l'opposition formée par l'Université de Paris, ordonne que le papier servant à l'Imprimerie royale sera exempt desdits droits , jusqu'à la quantité de trente mille rames de papier, de toutes qualités et fabriques, pour estre ladite quantité distribuée par le recteur d'ic^lle , à qui et ainsi qu'il avisera bon

(i) Extrait des registres de la Cour des Aides, du « ]aUiet I6M.

estre. Ce faisant demeurera ledit Aubert déchargé des dix mille livres mentionnées audit bail. Ordonne néantmoins ladite cour que très-humbles remontrances seront faites au roy de révoquer les droits sur le papier en faveur des lettres (1).

Cet arrêt fait défense à Aubert , à ses commis ou autres de faire imprimer ledit bail ailleurs que par l'un des imprimeurs du roy, et non autres , conformément aux Privilèges desdits imprimeurs, vérifiés en ladite cour, à peine de dix mille livres d'amende.

IMPBIMEBIE A PABIS.

La découverte de l'imprimerie , cette utile annexe de TUniversité, fut accueillie par les rois de France comme un nouveau moyen d'accroUre la gloire des lettres, dont ils ont toujours été les protecteurs. Depuis Louis XI, ce prince si défiant et si profond politique, qui donna des lettres de naturalilé à Ulrich Gering et à ses associés , et qui exempta du droit d'aubaine les livres appartenant à Pierre SchœfTer, par considération pour cet art et industrie de Vimpression, et pour le pr ouffit et utilité qui en vient et peut venir à toute la chose publique , tant pour Faugmentation de la science que autrement , jusqu'au roi Louis XVI , si généreux, et si bienveillant envers l'imprimerie, qui pour subvenir à la gène des libraires de Paris leur accorda six millions sur sa cassette particulière, on a toujours vu les rois de France, tout en cherchant , selon les mœurs du temps , à réprimer les abus de Fimprimerie , encourager ses progrès et protéger les grandes entreprises littéraires qui ont fait honneur à la France.

Dans les divers pays où l'imprimerie est introduite , on peut juger dès son origine de rétat de la civilisation de chacun d'eux par la nature des ouvrages qu'elle publie, et l'histoire de l'esprit humain est inscrite tout entière dans la bibliographie. C'est ainsi que dès son apparition on voit en Allemagne les premiers livres imprimés consacrés entièrement à la théologie et à la schotastique, tandis qu*à Paris la littérature ancienne occupe non moins de presses que la théologie, et qu'à Rome, où le souvenir des lettres latines était encore vivant, les anciens monuments littéraires sont reproduits de préférence par les évéques d*Aleria et de Teramo. Mais bientôt en France, sous l'influence des lois chevaleresques du règne de François I^', la presque totalité des livres sont des romans de chevalerie ; et c'est sous cette

(1} Une des clauses du bail porte: « Le droit ne scr.i levé que sur le papier et non sar les moulins , sans OuMIs pnl<iRrnt (^tre taxés, et en cas de fraadc seront les coupables Punis scion l'exigence des cas.

TYPOGRAPHIK

influence qoe l'imprimerie fut introduite en Angleterre par Caxton. Sur soixante-deux ou- Trages qu'il imprima, la théologie n'en compte pas dix; tout le reste est consacré à la chevalerie, à l'histoire plus ou. moins romanesque, h la littérature et aux mœurs du temps.

Sans nous étendre sur ce sujet, nous nous bornerons à remarquer qu'en Allemagne au quinzième siècle on imprimait un nombre infini de bibles en latin et même en allemand, tandis qu'en Angleterre il ne s*en est pas imprimé une seule dans tout ce siècle. La première Bible qui parut en Angleterre fut brûlée; mais de 1526 à 1600 trois cent trente-six éditions de la Bible y furent imprimées soit en totalité ou en partie, et c'est maintenant par millions d'exemplaires qu'on les y imprime chaque année.

Le prieur de la Sorbonne, l'Allemand de La Pierre (1), l'un des hommes les plus savants de son temps, et le docteur en théologie Guillaume Fichet,amidu cardinal Bessarion (2), invitèrent, en 1470, Ulrich Gering, de Constance, Michel Friburger, de Colmar, et Martin Crantz à venir établir une imprimerie à la Sorbonne même.

Le premier livre qu'ils y imprimèrent , les épttres de Gasparin de Bergame (3), portent ces vers à la fin :

ut sol iamen, sic doctrinam fundis in orbem,

Musanrm natrlx regia Parisius.

Hiac prope dlvlnam tu, qaam Germanla novit,

Artem scribendi, soscipe promerlta.

Primos ecce llbros quos hsc indastrla flaxit

FraDcorum iq terris, aedtbus atque tais.

Micbael, Udalricus, Martlnosque magistri

Hos iropresserniit, ac faclent alios.

Ce livre est sans date ; mais il est certain qu'il parut en 1470. C'est avec les mêmes caractères , et dans les bâtiments de la Sorbonne, que fut imprimée par les trois associés l'édition princeps de Sallttste , qui parut, sans date aussi, à l'époque où Louis XI fit la guerre à Charles de Bourgogne ( 3 décembre 1470 ), comme l'indiquent les vers placés à la fin.

Puis parurent le Florus, vers 1470 ou 1471 ; la Rhétoriqite de Fichet de 1471, ainsi que l'indique la lettre de Fichet à l'archevêque de Lyon ; le Traité de V Orthographe^ de Gasparin de Bergame; les ÉpUres de Phalaris, sans date (4) ; \q Spéculum Humanœ Vitœ, par Bodrigue, évéquedeZamora,in-rol.; Bessarionis cardinalis Epistola ad Guilielmum Fichetum; — ejusdem Altéra Epistola ad Italix

(I) Appelé en latin de Lapide on Lapidtums. Son nom allemand est Jean Stelnlin.

(«} 11 le cbargea , en raison de son éloquence , de haranguer Louis XI sur la concorde des princes fran- ' çaia et sur la guerre contre les Turcs.

(fij Tritbëme dit de lui : Latini sermonis eleganticun semimortuam a6 ittferit restucitavit.

(4) Le caractère est le même que celui qui a servi aux Épttres de Brutut et de Cratèt le Cynique.

ËMCYGL. MOD. — T. XXVI.

I Principes; — ejusdem Tertia Olynthiaca (1); — Guillelmi Ficheii Epistolx ad cardinalem Bessarionem; — Ad Sixtum IV; — Ad Joannem Rolinum, cardinalem; — Ad Guilielmum f Quadrigarium parisiens.

Episcopum ; — Prindpi Carolo Aquitano dùci; — Prindpi Francisco duci Britanniâs; — Prindpi Carolo Cenomaniœ comiti ; — Laurentii Vallès Elegantiarum Lingux Latinœ; Libri sex; etc., etc. (2).

La forme des caractères employés par Ulrich et ses associés se rapproche de celle des inscriptions romaines du siècle d'Auguste. Quelques lettres sont défectueuses , et parfois lar fin des mots est laissée en blanc pour être remplie à la plume. Les abréviations y sont nombreuses. Les capitales manquent, et sont laissées en blanc pour être peintes par le rubricateur. Le papier, sans être très-blanc, est fort et bien collé; dans plusieurs ouvrages, particulièrement dans le Psautier et le Missel»

Gering employa l'encre rouge et l'encre noire pour distinguer les rubriques ; Tune et l'autre sont fort belles. Quelquefois le livre commence au verso. On n'y voit ni titres , ni numéros, ni pagination, ni signature. Ulrich Gering, qui avait commencé ses impressions en caractères romains, employa ensuite, à l'exemple des autres imprimeurs, les caractères de forme gothique.

En 1473 l'imprimerie des trois associés fut transférée dans la rue Saint-Jacques, à l'enseigne du Soleil-d'Or, à cdté de l'église Saint- Benoit qui est devenue le petit théâtre du Panthéon; le premier livre qu'ils y imprimèrent est le Manuale cor^essorum de Jean Nider, in-fol. 1473. On remarque que dès lors les caractères sont différents de ceux dont ils avaient fait usage lorsqu'ils demeuraient à la Sorbonne.

En 1475 ils imprimèrent la Légende dorée de Jacques de Yoragine, in-fol., caractères gothiques, et en 1476 , une Bible latine en 2 vol. in-fol., qui se termine par ces vers :

Jam tribus undeclmus iustris Francos Ludovlcus Rexerat; Ulricus, Martlnus, itemque Michael, Orti Teutonla, banc mibl coroposuere figuram Parisiis, arte sua. Me correctam vigilanter Venaiem in vico Jacobl Sol aureus offert.

En 1477 les trois associés firent paraître lo Sophologiumf de frère Jacques le Grand, ex antiquorum pqetarum, oraiorum atque

(1) C'est la première olyntblenne de Démostbéne , que Bessarion a traduite en latin en l'accompagnant de petites notes pour exciter les princes chrétiens à prendre les armes contre les Turcs.

Elle est sans date; mats l'exemplaire qui est à notre BIbliotbèque Nationale contient de plus que lets autres une épltre de Fichet à Louis XI et aux grands du royaume qui porte : a Nonis sextllibns anno uno et septnagesimo quadrlngentesimoque supra mllleslmum. Parisi, scriptum sedibus Sorbonse. m

(s) Petit in-fol., 1471 ; i'Éptlre de Steinlin de Lapide ( La Pierre ), qui est à la fin , porte la date de irt.

philosopkorum gravilms sententiis colléetum; in-fol., caractère gothique.

Cet ouvrage se termine par dix vers , dont nous citons les deux derniers :

Qoidqold enim vcteruin tettgit prcceptio dlgna Mille Tolumlnibus, dauditiir hoc opère.

A la fin de 1478 Michel Friburger et Martin Krantz retournèrent probablement en Allemagne, car on voit le nom de Gering paraître seul sur les publications postérieures au mois d'octobre de cette année. Ainsi cette année le beau Virgile format 10-4'*, très-rare , porte le nom seul de Ulrich Gering; il en est de même en 1479, pour le Breviariwn eeclesim pariensi accommodatum, 2 vol. petit in-4*, qui est la plus ancienne édition du Bréviaire de Paris. La bibliothèque de Sainte-Geneviève en possède un exemplaire imprimé sur vélin.

L'imprimerie (ut alors transférée dans une maison dépendant de la Sorbonne, où fut rétablie l'enseigne du Soleil d'Or.

En 1494 Gering s'associa avec Bertrand de Rembolt, originaire de. Strasbourg.* Ils impri* mèrent ensemble en 1498 le Virgile avec des commentaires, in-fol. : opus quant tersissime impressum (1) ; et en effet cette édition, dont le caractère romain est fort beau, se fait remarquer par sa belle exécution et sa correction. Elle est même sans faute, si on en croit une épigramme de huit vers de Jean Aubert , ami de Paul Maillet, régent et professeur de l'Université de Paris , qui en soigna le texte :

Qaodquesab Inoameris erroribos ante latebat Ingeaiam prlira fonte refolgct opus;

Hoc eme,qaisqul& amas tersum fine kbe volumen, Nolla equldem toto corpore menda-latet (a).

En 1494 Ulrich Gering et Rembolt avaient imprimé le Psalterium ad usum Parisiensem, cuminvitatoriis AntiphoniSf etc., in-4*,

2 vol., en rouge et noir, et noté en plainchant. Ulrich Gering en fit tirer un exemplaire sur vélin , qu'il donna à la Sorbonne pour le service de l'église (3). En 1496 ils imprimèrent le Diurnale Bcclesix. Des divers ouvrages qu'ils imprimèrent le plus important est le Cwpus Juris canonici, cum glossis,

3 vol. infol. 1500, 1501, 1504. C'est en effet un monument typographique très-remarquable ; il est imprimé à cinq colonnes, en divers caractères rouges et noirs. On y lit ce distique :

Ne fugite ob pretlam : dives, paoperqae, venlte. Hoo opus excellcns vendilur ère brerl.

(fl) Cette édition, très-rare, contient une épttre de Pldl. Beroalde à Jean Francus , suivie de la F'ie de f^irgile, M. Van Praet a remarqué que cette édition est la première où se trouve le dlx^niUène vers de la première églogae : Sœpe tinittra eava..., Ulrich Gering réimprima le Virgile en 1489, in-f », et avec A. Rembolt en i-ne, InM».

(8) Maillet en avait précédemment fait paraître une édition, mais remplie de fautes, et qu'il crut devoir désavouer.

(s)Cbevlller dilquMI en existait deux exemplaires •ur vélia à la bibliothèque de la Sorbonne.

A l'exemple de Gering , les premiers imprimeurs de Paris montrèrent un grand désintéressement, et fixèrent à leurs livres un prix qui les rendait accessibles aux étudiants : Berthold Remboldt mettait à son édition de^ain^ Bruno sur les Psaumes, in-r*, 1509 :

Istas Bertholdus merces non claodit avanis :

Exiguls nummis has , studio^c , gères.

et à son Corpus Juris canonici, \n-V\ im

primé en rouge et en noir, 1515 :

Hoc tibi pracclarum modico patct zre volumrn Abstersom mendls, non sine marte, suis.

Le livre des écrivains ecclésiastiques <Ie l'abbé Trithème, qu'il imprima en sociélé avec Jean Petit , porte ce distique :

Hoc Igltur modico. sed Justo, qoaere voiuincn Mre, dabit gratis cetera calcographus.

Thielman Kerver, Jean Petit et autres imprimeurs agissaient de même, et un docteur de l'Université, dans sa préface en tête des Opuscules du docteur Almain, s'adressant an lecteur, dit qu'on doit rendre des actions de grflces à Gilles Gourmont et à Claude Chevalon , qui ont imprimé cet ouvrage en beaux caractères et le vendent à bas prix (1).

Reconnaissant de la bienveillante protection et des bons conseils de MM. les docteurs de la Sorbonne et de l'hospitalité qu'il y avait reçue (2), Ulrich Gering, qui n'était pas marié, leur légua une grande partie de sa fortune ; pour fonder des bourses et entretenir deux docteurs chargés de lire chaque jour , l'un le matin l'Ancien Testament , l'autre le soir le Nouveau Testament. D'autres sommes qu'il donna au collège de Montagu permirent d'en accroître les bâtiments et d'acquérir la terre d'Anet-sur-Marne. 11 fit aussi du reste de sa fortune des legs considérables aux pauvres écoliers de ce collège. Gering mourut le 23 août 1510; il avait obtenu de Louis XJ, ainsi que ses deux associés, des lettres de naturalité (3).

(I) Qui pulchrls typls et characteribus Impressum opus hoc vlli dant pretlo. F^oy, W.Parson GresweU, Annalt ofParitian Typography ; Londres, laïa.

(s) On possède cet aete par lequel il lui est concédé sa vie durant, et moyennant cent livres tournois qu'4 a données au collège de la Sorbonne,, un vaste local dans ledit eoUége de Sorbonne, consistant en un bù* cher, deux étages, le second et le troisième, avec le grenier, le droit de prendre set repas i la table des docteurs, et de loger dans son appartement nn écolier et deux domestiques , même en son absence . fl Lesquelles ratifications, confirmations, approba^ « tiens, consentement, baU, don et toutes et chacnne « des antres ehoses des susdites, etc., lesdits prienrs» ■ compagnons et boursiers dessus nommex promirent « et jurèrent par la fol et serment de leurs, la mai - « mise au pix , en paroles de prêtres, avoir agréables, « tenir fermes et stables à toujors, etc. Le mercredi « SI mai MM. »

(s) (Archives dn royaume, section historique, K* 71.) Ces lettres ont été publiées pour la première fols par M. Crapelet , Étude* pratiques et littéraires tur la Typographie, p. u ; cet ouvrage, que tout imprimeur doit étudier, fut malheureusement Interrompu par la mort de Taoteur, typographe insbtiit et passionné pour son art, dont il maintint la dignité.

Il était représenté en pied dans une peinture placée dans la chapelle haute du collège Montagu, d*après laquelle Boudan en exécuta la gravure, devenue très*rare, et qui est jointe quelquefois k l'Histoire de l'Imprimerie de Lacaille (1).

Trois ans avant la mort de Géring, Bertrand Rembolt, qui avait épousé Charlotte Guillard, transporta Timprimerie rue SaintJacques , vis-à-vis la rue-Fromentel, dans une maison qu*il loua à la Sorbonne (2). Il y continua, tous son nom Seul, la publication de grands •uvrages jusqu'en 1521. Le dernier Hvre imprimé avec les noms d'Ulrich Géring et maître Berthold Rembolt porte la date du 8 mars 1598, et le premier livre qui parut avec le nom de Rembolt seul , ;$. Bruno in Epistolas Pauli, porte celle de 1509. Le dernier livre qu'il imprima, Decretales cum glossis, in- fol., parut en 1519; commencé par lui, il fut achevé par sa veuve Charlotte Guillard.

Une imprimerie rivale, à l'enseigne du Cpgne et du Soldatf fut élevée à Paris en 1473, par Pierre Kaiser, en latin Cœsaris(Gls de César), maître es arts, et par Jean Stolf. Dès que Géring imprimait un livre , l'année suivante le même livre paraissait chez Caesaris, qui s'établit également rue de la Sorbonne. Leurs livres portent quelquefois pour enseigne atf Soufflet vert (Sub signo foUis viridis).

Le nombre des imprimeurs à Paris s'accrut rapidement ; l'un des plus célèbres et des plus considérables est Antoiicb YéRARn , qui dès 1485 a publié an grand nombre d^ouvrages, la plupart en français, dont les caractères gothiques sont très-beaux. Ses livres sur ta chevalerie errante sont surtout remarquables , et de plus en plus recherchés. Notre Bibliothèque Nationale les possède pour la plupart, imprimés sur vélin et décorés de belles miniatures. Vers la fin de 1499, époque à laquelle s'écroula le pont Notre-Dame, sur lequel il demeurait, il vint s'établir près le carrefour SaintSéverin ; ensuite, en septembre 1500, il demeura rue Saint-Jacques, près le Petit-Pont; puis devant la rue Neuve-Notre-Dame , où il resta jusqu'à sa mort, en conservant son enseigne à Saint- Jean VÉvangéliste. Le premier ouvrage imprimé par lui est la traduction du Décaméron de Boecace par Laurens du Premier Fait, infol. , achevé le 6 novembre 1485. Il le réimprima peu de temps après, avec gravures en bois, mais sans indication de date ni d'adresse. Cette édition est plus belle que la précédente.

(i)M. Taillandier en donne une Uthograpbie dam son intéressant Rétumé historique de t'introduetion de Vlmprimerie d Paris. Elle se trouve aussi en tête des AnnaUt de la Typographie parisienne , par P. Greswell.

(•) Le bail, fait en i807, pour sa vie et celle de sa rcnnmc, est à la charge de payer par an douze livres et d'j construire un bàiimcnt de six cents livres.

I M. Brunet dit que plus de deux cents éditions d'ouvrages français sur toutes matières furent imprimés par lui ou pour son compte par les imprimeurs Pierre le Caron, Pierre le Rouge, etc.

fin 1494 il publia le roman de Lancelot du Lac, 3 vol. in-fol. à deux colonnes, caractères gothiques ; et ce qui est remarquable, c'est qua la même année il en donna deux autres éditions, également en 3 vol. in-fol., que l'on dislin gue par la grosseur des caractères et le nombre des lignes ; en 1498, les Prophéties de Merlin , 3 vol. petit in-fol. gothique, à deux colonnes. Un des livres les plus curieux imprimés pat Antoine Yérard est le livre gothique (sans dat4 il est vrai, mais qui parut vers 1503) intitulé: Les Loupsravissants. Au dernier folio on lit : « Cy fini ce présent livre des Loups ravissants, fait et composé par maître Robert Gobin, prêtre et maître es art, licencié en décret , doyen de chrestienté de Laigny «sur-Marne , imprimé par Anthoine Vérard, etc. » Daus cet ouvrage de morale, mais écrit avec une grande licence, on lit plusieurs fables très-bien narrées, entre autres celle du Meunier, son Fils et l'Ane, dont la Fontaine se croyait redevable à Malherbe.

Il imprima aussi un grand nombre de chroniques et de mys^ére^; ses livres d'heures sont d'une exécution moins belle que celle de Simon Yostre et même que celles de Kerver. On connaît de lui plusieurs éditions du Roman de la Rose, mais sans date, et deux éditions sans date des Chroniques de Mosutrelet, 3 vol.

petit in-fol. Il mourut vers 1513. A Antoine Vérard succéda Barthélémy Yérard, qui publia le Triomphe de Pétrarque le 23 mai 1514.

En 1518, un second AntÂne Yérard, qu'il ne faut pas confondre avec le premier, donna avec d'autres libraires associés les Grandes Chroniques de France.

JossE BAnE d'Asch, près Bruxelles (1), professeur de belles-lettres dans l'Université de Paris , et ensuite à Lyon , s'employa dans cette ville comme correcteur d'épreuves chez Jean Trechsel, dont il devint le gendre. A l'édition à'Holcotsur les sentences, in-fol., 1497 , imprimée chez Treschsel , où s'étaient glissées quelques fautes, il mit ce joli quatrain, adressé au père Marc de Bénéveot, auquel le livre est dédié:

jam portuin optataro per inhosplta saxa sccuti Prendiraus, ex alto prospiciente dco.

Si qua tamen lacera portent inculta carinsc , Humane igrnosces, Marce diserte. Vale.

11 était aussi habile à corriger les manuscrits que les imprimés ;' et le savant Gaguin r dans sa lettre à Durand Geriier, dit qu'il était librorum imprimendorum diligentissimus admodum castigator. Après la mort de son

(1) II avait appris l'art de l'imprimerie à Bruxelles^ chez les Frôrcs de la Vie Commune.

' beau*père il vint à Paris, eo 1495, où il imprima un grand nombre d'auteurs grecs et latins, enrichis souvent de ses notes. Josse Bade fut Tun des libraires jurés de l*Uniyersité.

Un de ses ouvrages les plus recherchés est celui qui a pour titre : Provinciales, seu ConstitiUiones Angliœ , cum annotaiionibus Gulielmi Lindeuvod , ouvrage fort utile pour rintelligence des vieux mots de notre langue en usage au temps de Guillaume le Conquérant. En 1512 il imprima V Éloge de la Folie, par Érasme, livre qui excita tant de troubles , qu'Érasme crut devoir s'en rapporter au jugement du pape Léon X ; mais ce protecteur des lettres , ayant lu l'ouvrage, dit en riant : « L'auteur de cette folie n'en est pas plus exempt que les autres. »

Dans l'édition d'Ange Poliiien, que Josse Bade donna en 1519, il assure avoir attentivement veillé à ce qu'elle ne différât en rien du manuscrit, et qu'il avait cherché à imiter l'admirable Aide Manuce en Imprimant aussi correctement que lui : Curavimus ut quam

minimum e^us scripta quasi dégénèrent ab origine, imitantes sane non tacendi, imo semper laudandi hominis Aldi M. R. diligentiam. 11 fut ami d'Érasme, qui préférait son style à celui d'Apulée (1), et qui a dit de lui, dans une lettre à Brixius (2) : « £go Ulum habui semper in eorum numéro quorum nec eruditionem , nec ingenium^ neceloquentiam possis coniemnere (3). »

Maittaire dit que Josse Bade imprima près de quatre cents ouvrages , la plupart in-folio.

A sa mort son gendre Jean de Roigny continua pendant vmgt-cinq ans l'imprimerie de son beau-père, dont il mit la marque Prelum ascensianum aux livres sortant de ses presses.

Josse Bade eut un fils, imprimeur très-instruit , qui s'établit à Genève, et trois gendres imprimeurs à Paris, de Roigny , Michel Vascosan, et le célèbre Robert Ëstienne.

1475. Pasquier Bonhomme. C'est le premier imprimeur dont le nom soit français.

Avant 1475 tous les imprimeurs à Paris sont allemands. Pasquier Bonhomme fut pourvu de l'office de l'un des quatre grands jurés libraires. 11 imprima le 16 janvier 1476 les chroniques de France appelées Chroniques de Saint-DenySf en 3 vol. in-fol. ; c'est le premier Uvre français imprimé à Paris avec date. Au bas du titre on lit : « En V Hôtel de Pas' quier Bonhomme , l'un des quatre princi-

(I) rov. Son dialogae Intitulé Cieeronianut.

(s) Il n'avait encore que trente-denx ans lorsque Trlthème, dant son traité De Scripioribu» EeelesUuticit, le Jugeait ainsi : rir in teeularibut Utteris eruditittimug , et divinarutn Scripturarum non ignartu, pMlotophus, rhetor, et poeta elaristimuit ingénie exeeîlens etditertut eloquio.

paux libraires de TUniversité, où pend pour enseigne l'image de saint Christophe. »

1483. Marchand (Guy), imprimeur-libraire. Il avait pour emblème deux mains jointes ensemble , avec cette devise : Sola fides suffit, tirée de l'hymne Pange Ungua, et l'hidiquait sur ses livres par ce rébus :

Le livre de Consolation contre toute tribulation , imprimé par maître Guy Marchand pour Jean Petit, l'an 1499, petit in-8% caractère gothique , porte à la fin cette souscription : « Priez pour celui qui a translaté ce présent traictiéde latin en françois et l'a fait mettre en molle pour le salut de son âme. »

Dans le Mémorial de Jean Robert, abbé de Saint-Aubert de Cambray, depuis 1432 jusqu'en 1469, il dit avoir payé 20 sols touniois un Doctrinal je/^^ en molle (1).

1484. Denis Janot imprima cette année les Amadis de Gaule-t in-fol. : on en connaît un exemplaire sur vélin. Autour de sa marque était cette devise : Amor Dei omiiia vincit , — amour partout — tout par amour — par tout amour — en tout bien.

La terrible et merveilleuse Vie de Robert le Diable, imprimée par lui, mais sans date, est supposée de lôlO.

1485. La déclaration du roi Charles YIII (avril) porte que les vingt-quatre libraires de l'Université, ne trouvant pas d'ouvrouer à vendre livres, cumulaient avec leur commerce les fonctions de praticiens, notaires et autres, sans pour cela rien perdre de leurs droits et privilèges comme suppôts de l'Université.

1487. L'imprimeur Jean Carcain on Carchagny indique assez plaisamment son enseigne et sa demeure par ces vers en tète de la Dia lectique de Buridan, publiée par lui cette année :

« Parisll Sahctx Poirs est Michakt.is In orbe ,

Alultae Ullc aedes; notlor una tamen.

Hanc «ano quse sacri BA.PTi8TiB frunte notata est :

Hic respondebit BibUopola tibi.

vis Impressorls nomen quoque nosse : JOAiofis

CA.ECA1M nomen el est. Ne pete plura. Vale (s). »

1489. L'imprimeur Philippe Pigouchet se distingue par les soins qu'il apporte à l'impression de ses livres, et particulièrement des livres d'Heures ornés d'encadrements gravés

(1) C'est-à-dIre en lettres mouUet ; eipression qui s'est conservée de nos Jours.

(s) A la seconde édition de cet ouvrage est un- distique faisant allusion à l'étroit passage réservé sur le pont Saint-Michel, entre les malsons dont 11 était chargé de chaque côté , et ft f étroitesse des rues qal Tiennent y aboutir.

El* Qge, et ezif uls eme docta ▼olamina natniair. Atque cupiu brevi culmiiui cille pete.

sur bois, qu'il exécutait pour Simon Yostre.

Pigouchet mettait ordinairement au bas de ses livres : Impressum autemfuit optu praefatum ParisiiSf charaetere nititUssimo et ju' cundisskno,

1489. Michel Lenoir, dont les impressions sont en grande estime auprès des bibliophiles ainsi que celles de son fils Philippe» qui lui succéda en 1514, avait pour devise deux Maures bUn noirs. Son fils la conserva.

1490. Cette année parait la plus ancienne édition de Patkelin le Grand et le Petit, par Blanchet. Le verso du dernier feuillet porte : « Explicit maistre Pierre Pathelin, imprimé à Paris, au Saumon, devant le palais, par Ger* main Beneault, imprimeur, le xx™" jour de décembre l'an mille iiii c xx et dix. »

Il existe une édition de Maistre Pathelin imprimé à Paris par Jehan Trepperel (l), à Vescû de France^ format in-8®, 44 feuillets , y compris le titre et la figure , gravée en bois à la fin , représentant Temblème de Guillaume Nyverd.

1491. Simon Fos^re, qui figure parmi les libraires de Paris en 1491, et comme imprimeur en 1500, publia le poème allégorique sur les diverses tribulations de la vie, et particulièrement sur celle du mariage ; c'est le plus ancien et le meilleur ouvrage de Pierre Gringore, intitulé : le Chdteau du Labeur , achevé C6 dernier jour de décembre 1499 par Simon Yostre, libraire demeurant à Paris, en la rue Neuve Notre-Dame, à l'enseigne Saint' Jean VÉvangéliste, L'auteur se nomme à la fin par un acrostiche commençant par

Grâce rendez au haait Créateur.

Et le livre est terminé par le quatrain qui oous donne la date de Técroulement du pont Notre-Dame.

Le vendredi de devant la Toussaint Vingt et cinquième octobre da matin Mil CCCC nonante-neuf, rien moins , Le noble pont Nostre-Dame print fin.

1492. On lit dans les Recherches de Pasquier sur Vhistoire de France qu'en 1492 la Chambre des Comptes de Paris, en choisissant son relieur, lui fit prêter serment qu'il ue savait ni lire ni écrire, afin qu'il ne pût divulguer (es états de compte et les sommes diverses qui y figuraient.

1498. Jean Petit (Jobannes Parvus) , imprimeur et libraire renommé , s'associa à Josse Bade, et fit imprimer plusieurs ouvrages anciens et nouveaux de 1501 à 1536. Il mettait sur ses livres cette devise : Petit à petit. Les caractères qu'il employa furent de forme gothique; sa librairie occupait quinze presses.

(I) J. Tréperel est indiqué par Panzer comme imprimeur en 1498 et sa veuve en i49s. C'est probablement le même que Jean Tréperel inséré par Lottin dans sa liste à la date de hm.

En 1498 Jean Petit publia un livre Intitulé : Modus legendi abbreviaturas in utrogue jure , in • 8**. L'abus des abréviations était devenu tel, même dans les imprimés, qu'il rendait ce traité indispensable. On en peut voir un exemple dans la Xo^içtie d'Ockam, imprimée à Paris en 1488 , in- fol., au Clos- Bruneau; verso du fol. 121 :

Sic hic efal sm qd ad simplr a e pducibile a Deo g a et silr hicaneg a n e pduaibile a Do, pour :

Sicut hic est fallacia secundùm quid ad simpliciter. A est producibile à Deo. Ergè Â est. Et similiter hic. Â non est Ergô Â non est producibile à Deo (1).

Il apportait Iteaucoup de soin à la correction de ses livres. On lit sur le titre de l'un d'eux « Grapaldus de partibus a^dium, in-4% 1517, ea fide eaque diligentia excusum, ut vix erratum offendas. »

1502. En 1502 Benri Bstienne, premier du nom , dérogeant à ses titres de noblesse et bravant l'exhérédation paternelle (2) pour se dévouera la typographie, qui devait Tillustrer par une noblesse plus réelle et plus personnelle, devint le dief de cette illustre famille d'imprimeurs qui portent son nom. Venu de Provence à Paris vers l'année 1500, les premiers livres qu'il y imprima prouvent qu'il

(i) A la Bibliothèque Nationale un manuscrit connn sous le nom de nrgile d'Asper est ainsi écrit :

Tityre t. p. r. s. t. f. pour

Tltyre,tu patuUe recnbansiub tegmlne f agi, etc.

(s) Le tableau généalogique de la famille des Ustienne, que Je possède et qui fut donné à mon père en 1816, par an descendant desEstienne, Antoine cinquième de ce nom , colonel en retraite aui Invalidoi en 1881, ancien inspecteur de la librairie, mort à Paris le 11 décembre laae, nlndlque pas l'année de la naissance de Henri Bstienne \^' du nom. Il y est dit qu'en 1464 il fut déshérité par son père, et qu'il commença son établissement d'imprimeur à Paris avant luoo.

Cette généalogie prouve que « les Estienne descendaient d'une très-nobie famille de Provence, remontant en droite ligne à Pierre Estienne, scignenr de Lambecs en Provence, qui vivait en laoo, armé chevalijcr par Raymond de Porcelets, attendu qu'il tirait son origine d'anciens chevaliers, et qui fut confirmé dans tous ses droits et privilèges de vieille noblesse militaire par Charles d'Anjou, roi de Naples et comte de Provence, l'an i&or, ainsi qu'on le voit dans un titre déposé aux archives du roi, à Aix, livre B, folio in-40, cité en l'état de la noblesse de Provence, etc. »

Godefroi , père de Henri 1^^ du nom , avait épouse Laure de Montolivet. Je pense donc que c'est en souvenir de ce nom et de l'olivier, blason des armea de la famille de sa mère, que Henri adopta l'olivier comme emblème placé sur les livres qu'il imprimait , faisant revivre ainsi les armes de la famille de sa mère, puis* que son père l'avait privé des siennes. Le vers d'Horace : Inutileique fcUce ramos amputansy felicioret inserit , mis par mon père (*) au fleuron représentant l'olivier des Etienne , pour remplacer la modeste devise de Robert Estienne : Nolialtum sapêre, me parait indiquer heureusement que le nouveau chef de cette illustre famille, retranchant de son arbre généalogique ( l'olivier maternel) les branches inutilet , y greffa des rejetons préférables,

(*) Note bibliographique et typographique placée à la In de sa traduction en vers des Bucoliques de Virgile, 1809.

i'était associé avec Hopil Wolfgang, et Ton Toit far ses publications qu'il affectionnait la phi* losophie et les sciences naturelles. Les Éthiques d'Aristote, publiées en 1502, portent vette indication : Absoluta in aima Parisich lum Academia,per WolfganguràBopilium et Henrieum Stephanum, in formularia literarum arte socios ; et invenitur venalis in qfficina CoNicuLoncii , juxia scholas deerëtorum, die septima maii 1502; in-f* (1).

Ce livre fut suivi d'autres traités soit d' Aristote, soit sur sa philosophie. Son plus beau livre est le Quintuplex Psalterium , contenant cinq versions latines des Psaumes : Gallicum, Romanum, Hebraicum Vêtus, Coneiliatum; in-f, 1508. Il est imprimé en^rouge et noir et en caractères romains. 11 contient quelques caractères grecs. Le papier est excellent. Les trois premières versions sont imprimées à trois colonnes ; les deux dernières, en plus petits caractères, sont à deux colonnes, placées à la fin de l'ouvrage. Henri Estienne annonce sur le titre que cette édition fut donnée par les moines de Tabbay e de Saint-Germain ; ce qui ne Tempécha pas d'être mise à l'Index des livres prohibés, parce que les versets du texte sacré y étaient pour la première fois distingués par des chiffres arabes.

En 1503 Henri Estienne publia VA8tron<hmicon de J. Fabri d'Etaples, in-f°, en société avec Volfgang Hopilius, et la même année il publia seul le Manipulus Curatorum. Les armes de l'Université sont gravées au premier feuillet et entourées d'anges et de festons. Tous les livres qu'il publia postérieurement sont aussi à son seul nom, avec l'indication deru6 du clos Bruneau , quartier des Écoles de Droit, ou rue du Collège de Beauvais, en face des Écoles de Droit.

En 1509 il imprima un ouvrage curieux intitulé : « Ricoldi ordinis prsedicatorum contra sectam Mahometicam, non indignus scitu libellus : cujusdam diu captivi Turcorum provinciae Septemcastrensis de vita et moribus eorundem » ; il le réimprima en 1511 (2).

Parmi les ouvrages imprimés par lui , plusieurs Pétaient pour le compte ou par association avec d'autres libraires, tels que Jean Petit, Gôdefroy de Marnef, etc. En 1512 on voit qu'il imprima en participation avec Josse Bade la Chronique d'Eusèbe , comme l'indique la souscription : « Absolutum est in

rO Une première édition de cet ouvrage fat imprimée à Paris en I498 , sans nom d'imprimeur. La Logique d'Aristote , imprimée en ibos par Henri Estienne et 'Wolfgang Hopil, porte in arte excusoria etchalcotypa socioi.

(8) Cet écrit , que nicold avait écrit en latin, fut traduit plus tard en grec par Démétrius Cydonius. C'est sur cette traduction grecque que Bartli. Plcenus traduisit ce même écrit en latin ». et le fit imprimer k Rome en ihm, in-40. La tradusUon grecque fut Imprimée en is46dans le recueil de T. Bibllander

aima Parisioram Academia , per Henrieum Stephanum et formularia literarum arte opificem (1), illius maxima cura et diligentia, uec non ejusdem et Jodod Badii , in tioc opère sociorum , non parvis expensis. »

Quoique Henri Estienne mourût jeune, en 1520, ayant exercé dix-huit ans l'état d'imprimeur, il laissa cent vingt et un ouvrages, la plupart in-f° et tous d'une exécutioD soignée. Les symboles qu'il imprimait en téta varient; quelques fois ce sont les armes de l'UnîTersilé surmontées d'une main fermée sortant d'uo nuage et tenant un livre avee ces mo olei quam tHni (2). D'autres fois c sont accompagnées de l'écu de Fran les œuvres de saint Denys l'Aréopagi au-dessous du titre entouré d'eoiblèn écu vide. Son premier ouvrage impri ciété avec Wolfgang est indiqué comn de leur officine, près de l'École de l'enseigne des Lapins, oà il est mis i Dès 150S il adopta cette devise, qu.

une allusion qui lui soit personnelle :i opes auferre, non aninuifit potesi.

La veuve de Henri Estienne se r Simon de Colines, habile imprimeui veur en lettres, qui parait avoir et de Henri Estienne, ou du moins intér son établissement, et l'avait enrichi pes , notamment de ses beaux italiqi

1507. Gilles Gourmont imprima première fois à Paris en grec et en hé tête de son premier livre grec, BCêX* {jiaYuptxi^, 1507, est une préface de Tissard d'Amboise (3), où ce savan seur, voulant exciter l'amour-propr niversité de France, qui n'avait pas ( cours de grec , dit aux écoliers : « liens nous appellent des barbares, et tent de ce que nous voulons imposeï à l'Italie et subjuguer une nation s^ ^..^ et si versée dans les belles-lettres. »

En 1508 sortit de ses presses le premier livre hébreu imprimé en. France, Francisci fissardi Grammatica Hebraica etGrœca, in*4°.

Gourmont imprima aussi le dictionnaire grec latin d'Aléander. Ce savant, qui fut bibliothécaire du pape et devint cardinal , avait été membre de l'académie fondée par Aide. En 1508 le roi de France, Louis XII, avait appelé en France Aléander pour enseigner soir e matin à l'Université de Paris les lettres grec ques et latines. Sa science et son éloquence la attiraient une foule d'auditeurs (4).

(1) Quelquefois U ajoute les quallflcaUciM de iedu lum , ou peritutn ou induttrium,

(8) Je crois que cette sage devise de Henri Estlenn fait allusion à celle où Martin d'Alost se montre si dévoué an culte de'Bacchus.

(S) Il acheva ses études en Italie , où U avait acquis la connaissance des langues grecque et hébraïque.

(4) Voici ce que dit Josse Bade, dans son épttre dé-

Ik

.V ff-

Dans la préface de ce dictionnaire, qni parut en 1512, Aléander se plaint amèrement de la pénurie des caractères grecs à Paris, ce qui interrompait sans cesse le travail, et souvent pendant plusieurs jours. Il nous apprend que les accents fondus d'abord séparément des lettres furent gravés ensuite sur un seul poinçon avec la lettre à laquelle ils appartiennent.

En 1516 il imprima Theocriti Idyllia grxcOf in-4».

Il était urgent que Timprimerie de Paris exécutât aussi des éditions grecques, dont le prix, modéré en Italie, devenait exorbitant lorsque par les voies commerciales elles parvenaient en France (1).

Plusieurs ouvrages imprimés par Gourmont

portent à la fin : « Operoso huic opusculo ex-

tremam imposuit mauum iEcinius Gourmomt,

integerrimus ac fidelissimus primus duce

Francisco Tissereo Ambacœo graecarum litte-

rarum Parisiis impressor. » Quelquefois il

mettait ce distique :

Tost ou tard , près oa loin , A du fort le foibJe besoin.

Le prince de Valois (depuis François I*') et Parchevéque de Toulouse ( ensuite cardinal de Longueville) encouragèrent ces essais.

1510. Yidouve ( Pierre), libraire juré, et imprimeur en 1528, était instruit et habile dans son art. Il prenait le titre de artiummagister^ dans le livre en langue hébraïque sorti de ses presses: Linguarum duodectm carac»

tenints dif/erentium Alphabetum, auctore Gnill. Postell., in-4°, 1538. Mais le caractère hébreu est bien inférieur à celui qu'employa Robert Estienne quelques années plus tard.

Yidouve avait pour marque la Fortune avec ces mots : « Par sit forturia làbori » ; et audessus de la figure : « Audentes juvo ».

1512. Gallioi I Dupré est reçu libraire juré. Parmi le grand nombre d'ouvrages imprimés par lui, l'nn des plus curieux est le Grand Coustumier de France, in-P; Paris, 1514. Galliot a composé quelques écrits et un grand nombre de préfaces, avis et épttres dédicatoires en tète des livres quMl imprima. Son emblème était une galiote, au haut de laquelle on lit : « Yogve la gallée. » *

1512. Tory (Geoffroy), imprimeur et libraire juré, poète, critique, traducteur et éditeur, a composé le Champ Fleury, contenant Vart et science de la proportion des lettres

dlcatoire en tète de la tradaction de Plutarque qa'il publia en itti« : « Ta niagnl nomiois et magnae dlgnationls, et cnjns libet professionis vlros innamero no« mero ad snbseiUa tna , Orpheia qoadain et Ampbionica felicitate et glorla , devocasti ; totamque fere , qoaniYls popalosisslmam , parlsinam academlam ex tao narrantis ore saspensam detlnaLsti. »

(I) Hactenas magna foerit penuria, et grande pretiom grsecomm Ubrorum, quos e Venetia stadiosi coemere volebant ( Maittatre , Annal, Typogr., t. Il ,

p.9tt.)

attiques ou antiques appelées romaines. Il traduisit du grec en français un grand nombre d'ouvrages, et il est l'auteur d'un livre sur l'architecture. Il avait été régent au collège de Bourgogne. François P' lui accorda un privilège ponr l'impression des Heures, en considération des ornements et vignettes qu'il employait. Dans son épitaphe latine on dit qu'il est le premier qui ait écrit sur son art. C'est lui qui instruisit Garamond.

11 prétend que toutes les lettres de l'alphabet dérivent du nom de la déesse 10 , et sont formées de VI et de l'O , c'est-à-dire de la ligne droite et de la ligne courbe.

1513. Claude Chevalon succéda à Rembolt, à la grande satisfaction de la Sorbonne et des jurisconsultes, dont il imprima un grand nombre d'ouvrages (1).

Dans sa belle édition de Sexti Decretatum, 1520 , qui est chargée de caractères gros et petits, rouges et noirs , Chevalon apporta un tel soin qu'il dit qu'il ne craindrait pas d'avoir son ennemi pour juge, vel inimicojudice. On y lit ce distique sur la beauté des deux encres quMl emploie :

Certante mlnlo parpnrae rubedine, Superantc corvos nlgrlores sepla.

A l'exemple de Froben, qui imprimait à Dftie les œuvres des saints Pères, Chevalon publia les œuvres de saint Ambroise, de saint Je' r&me , 5 vol. in-f", de saint Jean Chrysos' tome, S vol. inf^, de saint Augustin, 8 vol.

iu-P, et de saint Grégoire; ce dernier est le seul où il ait fait usage du caractère gothique.

En succédant à Rembolt, Chevalon avait épousé sa veuve, Charlotte Guillard.

1513. Louis XII, dans son privilège donné à Blois le 9 avril 1513, accorda en quelque sorte des lettres de noblesse à l'imprimerie de Paris en Pexemplant d'un impôt considérable et de tout droit de péage sur les livres; vu que « les imprimeurs- libraires, vrais suppôts et officiers de l'Université, doivent être entretenus en leurs privilèges, libertés, franchises , exemptions et immunités , attendu la considération du grand bien qui en est advenu en nostre royaume au moyen de l'art et science d'impression , IMnvention de laquelle semble être plus divine qu'humaine, laquelle, grâce à Dieu, a été inventée et trouvée de nostre temps par le moyen et industrie desdits libraires , par laquelle nostre saincte foi catholique a esté grandement augmentée et

(i) Un des professeurs de la Faculté de Droit, Jao> que Fontaine, s'exprime ainsi dans l'avis an lecteur: « Mortuas est Berttioldns magno coni luctn Scholae Parlsiensis, et ingenti Jactura rei litterariae ; sed publlcam calaroitatem nlterlus non ferons, Chrlstus Dens Opt. Max. surrogavtt Bertholdo suo Claodlnm Chevaloninm, virum qui diligenUa sua rei labentl succnrreret, qni nihil tam magis curât, quara ut Istos ^ur|8 Lit)ros anqlos el castigatos reddat, o

TYPOGRAPHIK

corroborée , U justice mieux entendue et adnûnifltrée , et le divin service plus honorablement et plus curieusement faict» dit et célébré; et au moyen de quoi tant de bonnes et salutaires doctrines ont été manifestées, communiquées et publiées à tout chaqu'un : au moyen de quoy nostre royaume précède tous autres, etc., etc. »

D'autres droits furent concédés aux imprimeurs par François l*^

« Déclarons qu'iceox libraires, relieurs, enlumineurs et écrivains jurés de ladite Université, lesquels, comme dit est, ne sont en nombre que trente, soient et demeurent francs et quittes de la contribution dudit octroi et impôt de trente mille livres. »

Ce même nombre de vingt quatre libraires est rappelé dans les ordonnances du 20 octobre 1516, du 5 juin 154S, du 17 janvier 1564, du mois de mai 1571, du 30 janvier 1610. Un arrêt de la cour des aides du 14 juillet 1620 donne les noms des vingt-quatre libraires et de deux relieurs. En 1649 les libraires dressèi'ent un règlement en trente-six articles, pour lesquels le roi donna ses lettres en décembre. Les libraires jurés étaient supprimés; mais l'Université s'opposa à Penregistrement. Les guerres civiles, la mort de M. Doujet, conseiller de la cour, chargé du rapport de cette affaire, empêchèrent l'Université de poursuivre; et tout resta indécis.

1515. Lettres patentes de François f (avril) par lesquelles les imprimeurs-libraires sont exemptés de tout service militaire dans Paris, hors le cas de péril imminent; confirmées le 20 octobre 1516 et le 5 juin 1543.

c Dans la crainte, portent les lettres patentes, que pour remplir lesdits offices, ne se trouvera pas quasi qui les veuille prendre, qui est entièrement contre le singulier désir et affection que nous avons à l'accroissement d*icelle, en toutes bonnes lettres et estudes. »

1516. Nyverd (Guillaume l'**), libraire. Il mettait pour devise à la fin ou au commencement de ses livres ces vers remarquables :

Tont ainsi qae descend en la flear la rosée, La face aa mtroiler, et au cœur la pensée, Le soleli en Toirièrc sans estre entamée, La voix en ia maison sans estre offensée , Entra le fils de Diea en la Vierge adorée.

Deux éditions gothiques de la farce de Maître Patelin portent sa marque, mais ne sont point datées. Son fils Guillaume II fut imprimeur ordinaire du roi en 1561.

1518. François V, dans sa lettre de cachet du 4 avril, datée d^Amboise, adressée au parlement de Paris , déclare abusive, et comme telle devant être punie, la déclaration par laquelle le recteur et les députés de l'Université interdisaient, même au moyen d'affiches et écriteaux placardés sur les murs de Paris, dMm-

primer le concordat fait entre Léon X et le roi. « Et au premier jour, dit la lettre, baillez ledit concordat à quelques bons et diligents imprimeurs pour icelui imprimer le plus tôt que faire se pourra. »

1520. Simon de Colines, typographe accompli et digne d'être l'allié de la famille des £stienne, se distinguait par son instruction autant que par sa connaissance pratique de toutes les parties de son art. Ses éditions grecques et la* tines, dont les beaux caractères ont été gravés par lui , sont recherchées. Une épigramme en l'honneur de Sébastien Gryphe constate qu0 Simon de Colines gravait lui-même ses types :

Inter tôt nômnt Ubros qui cudcrCf très sont Insignes ; langnet cœtera turba famé.

CasUgat Slepbanus, sculpit Golinaetn : ntniinquc Qrypblus edoeta mente manaque fadt

Avant d'épouser la veuve d'Henri Estiennel", dont il continua l'établissement , il avait imprimé Aristotelis Logica, cum eommentariis /. Fabri, Stapulensis, qui porte cette souscription: Parisiis, ex qfficina Henriei Stephani et successoris ^us Simonis Colinxi; 1520, in-P. C'est une réimpression du même livre, imprimé en 1503 par Henri Estienne.

Cest sans doute pour conserver le souvenir de la première marque de l'imprimerie de Henri Estienne que Colines mit pour emblème à la plupart des livres qu'il imprima deux lapins, qui rappelaient Porigine de leur typographie (1).

L'ouvrage intitulé Les quatre Évangélis* tes, avec une épttre exhortatoire, porte : fmprimé en la maison de Simon de Colines, Ùbraire juré de l'Université de Paris , dfimeurant en la rue Saint-Jean de Beauvais, Fan de grâce 1524, /e 12 du mois d'avril.

Dans d'autres ouvrages on lit : « Pressit suis typis nitidissimis Simon Colinaens, in offidna suasuh Aureo Sole insignita, e regione Collegii Bellovacensis. » Ce qui prouve que son imprimerie était établie auprès de celle de Henri Estienne, si même elle ne se trouvait pas dans la même maison. Toutefois on pense qu'il conserva à son beau-fils Robert Estienne l'imprimerie paternelle, située près des Écoles de Droit , et que les deux ouvrages publiés sans date, mais avec le nom de Robert Estienne, Pun, Apulei liber de Deo Socraiis, in- 12, et l'autre, M, T, Ciceronis EpistoUe ad FamUiares, in-S**, y furent imprimés en

Ce fut à l'école de son beau-père, et d'après ses avis, que Robert Estienne se forma le goût et s'instruisit des procédés divers de la typographie.

(0 Imitant cet exemple , Régna nd Cbaudfcn, qui épousa la fille unique de Simon de Colines, pritTcra» blëme du Temps avec sa faux, que son beau^përe plaçait souvent sur ses livres avec cette inscription : yirtut sola hane aciem retundit.

Les éditions des auteurs latins, parfaitement imprimées y par Simon de Colines sont presque toutes de format petit in-8°. A limitation d'Aide, il fit grand usage du caractère penché ou italique , mais d'un œil un peu plus gros. Son plus beau liTre est la MétriyuB de Terentianus Maurus, in'4'', 1531. Le CfQUveau Testament en grec, petit in-8®, est regardé aussi comme un chef-d'œuvre typographique. On compte près de cinq cents auvrages imprimés par Simon de Colines ; pluûeurs sont ornés de gravures en bois. Le derjier livre sorti de ses presses est l'ouvrage sur l'anatomie de Charles Estienne ; il est orné, ainsi que l'édition latine publiée l'année précédente, de figures gravées sur bois. Il imprima plusieurs ouvrages d'Ërasme, bien qu'ils eussent une tendance aux doctrines de Luther, alors rigoureusement réprimées. Ce fut dans l'année même où l'ami d^Érasme Louis Berquin , quoique bienvenu du roi, qui l'appelait son conseiller, fut brûlé en place de Grève, eu avril 1529 (1), pour s'être obstiné à ne pas vouloir rétracter ses erreurs, que Simon de Colines imprima à vingt-quatre mille exemplaires, nombre prodigieux alors, les Colloqtiia Erasmi, livre qui fut censuré par la Faculté de Théologie, où elle signala les eri' droits gui contenaient du venin et du potion. L'Université défendit ensuite de le lire et de l'enseigner dans les collèges.

Vers 1520, Claude Garamond, renonçant aux caractères gothiques et semi-gothiques, grava, d'après les belles formes des types vénitiens de Nicolas Jenson et d'Alde>Manuce , les caractères romains et italiques , qui furent généralement adoptés; ses élèves Guillaume le fié et Jacques Sanlecque suivirent son exemple. Les caractères de Garamond se propagèrent dans les pays étrangers, soit parles fontes qu'il y envoyait , soit par les matrices qu'il y vendait, soit par Timitation qu'on en fit. £n Angleterre et en Allemagne un de ses petits caractères fut tellement goûté, que le nom de Garamond est resté aux types dont la grosseur répond à notre corps de huit points. Les Ëlzéviers n'employèrent pas d'autres caractères que ceux de Garamond et de Sanlecque.

152 1. La Faculté de Théologie publia le 14 avril, en assemblée générale, la censure des hérésies de Luther; l'impression en fut confiée à Josse Bade. On y lit cette déclaration du recteur:

n Nous Jean Lecointe, recteur de l'Univer-

(I) Le saTant Gulllaome Badé, run<de ses Juges, fit tout ce quii pat pendant trois Jours pour lut persuader de saaver sa vie par la rétractation de ses erreurs; mais il ne put vaincre son obstination. Érasme l*avait fortement engagé à renoncer à son protêt aadaeteux d'en appeler de la censure de la Faculté de Théologie, qui l'obligeait à une abjuration publique et à l'interdiction de composer désormais aucun livre, et l'avait pressé vainement de quitter b France.

« site de Paris, ordonnons à Josse Baded'Asch, et notre libraire juré, en vertu de la foi qu'il «nous a jurée, d'imprimer soigneusement « cette censure, et défendons aux autres li- « braires jurés ou non jurés , sous peine de « perdre leur charge s'ils l'ont obtenue, ou de « ne l'obtenir jamais s^ls ne sont pas encore « nommés par nous , et d'encourir la haute « indignation de l'Université, d'imprimer d'ici « à deux ans sans notre permission, ou de <t vendre ailleurs, et pour garantie nous avons « apposé notre nom, pour tenir lieu de scel. » 1521. CùmilUau (Jean), en latin Corni" cularius, était un imprimeur fort instruit en grec et en latin. Ses éditions sont soignées, et il les terminait par ces mots , un, peu ambi> tieux : « Impressorise artis diligentissimus optimmque op\feûè, » On lui doit la première édition des Conciles généraux qui ail été imprimée à Paris : Concilia generalia, ex editione Jacobi Merlini, 2 vol. in-P.

1521. François l*' rend une ordonnance, communiquée à l'Université le 13 juin, par laquelle il est défeniu aux libraires d'imprimer, vendre et débiter aucun livre qui n'ait été auparavant examiné et approuvé par l'Université et la Faculté de théologie (1). Les livres devaient de plus être soumis à l'approbation du prévôt de Paris.

Void le nom des vingt-quatre imprimeurs alors à Paris : Augereau , Josse Bade , Blaublom (ou Cyaneus), Bonnemère , Guillaume, Guillaume Bossozel , Prigeul Calvarin , Chevalon, Simon de Colines, Nicolas Couteau, Robert Estienne, Gromors, François Gryphe, Uigman, Denis Janot, Kerbriant, Yolande Bonhomme veuve de Thielman Kerver, Philippe Lenoir,Nyverd,Regnault,Roigny, Pierre Sergent, Yascosan, Yidouë, Chrestien Wéchel.

1522. Chrestien Wéchel, C'est à cette époque que l'on fait remonter les premières impressions de ce chef d'une famille d'imprimeurs célèbres. Ses armes furent d'abord VÉCU de Bdle, Peut-être était-il né dans cette ville. Il prit ensuite la devise suh Pegaso, Sur quelques-unes de ses anciennes impressions on voit un arbre avec deux écureuils et cette devise : <t Unicum arbustum non alit duos erithacos », adage qu'explique Érasme, dont Wéchel fut l'ami. Un petit écrit in-4'' de 37 pages, intitulé : Exactissima infantium in limbo clausorum querela adversus divinum judicium, etc., apud Christianum Wechelum, in via Jacobxd, sub scutoBasiliensi. Janv. 1631 , fit un grand éclat , dit de Bure, et fut si bien supprimé, comme conte* nant des principes impies, qu'on n'en connaît que peu d'exemplaires. On prétendit même

(I) iJistnr. rniversit. ParU.tt VI, p. isa.

que ce livre porta malhear au riche el célèbre imprimeur Wécbel » et ftat cause de sa ruine. De Bure dit seulement : « Ce fut dans le temps de l'impression de ce Tolume qu'arriva Pépoque des premiers maltieurs de cet artiste ( f ). » La publication du traité d'Érasme De Usu Carnium , qui fut censuré par les docteurs de Paris, lui causa aussi force ennuis.

Les livres qu'il imprima (tarent principalement en grec. Son Végèce latin ( t532 ) et son Végèce français (1536), ornés de figures en boiSy sont de très-beaux livres. En 1546 il imprima la troisième partie du livre de Rabelais, sous ce titre : « Le tiers livre des faictz et dictz héroïques du noble Pantagruel, composé par M. François Rabelais, docteur en médecine et calloier des Iles d'Hières. » Parié, Chrestien Wëchel, à Vescu de Basle, 1546, petit in-8°, en lettres italiques. Il continua à imprimer jusqu'en 1554, année où son fils André lut succéda.

1522. Robert £8tienne,qni dès l'âge de dixhuit ans secondait son beau-père , Simon de Golines, dans la direction de son imprimerie, où il faisait son noviciat, ainsi que François, son frère atné , y publie une charmante et savante édition, format in-16, du Nouveau Testament en latin. Le texte fut revu par lui avec le plus grand soin. La Sorhonne ne vit pas avec plaisir cette publication d'un format qui popularisait les saintes Écritures ; elle attaqua le texte de

-Robert Ëstienne, mais sans vouloir, nous apprend Robert Ëstienne , engager de discussion et de controverse sur ce point. Vers 1524, Robert Ëstienne, alors âgé de vingt et un ans, rentra dans la propriété de Timprimerie paternelle. Les ouvrages qu'il publia indiquent qu'il habitait le quartier des Écoles de Droit, e regione Scholas Decretorum, du moins jusqu'en 1538. Sauvai parlant de la rue Saint- Jean de Beaù?ais, dans ses Antiquités de Paris (1650), dit qu'on y voyait encore Y Olivier que Robert Ëstienne avait pris pour enseigne.

En 1527 il épousa Perette Bade , fille de Josse Bade. Aussi instruite que distinguée par son amabilité et sa modestie , elle fut digne d*ètre l'épouse de Robert et la mère de HenrL

Le poète d'Aitrat nous dépeint ainsi Tintérieur de cette maison savante , où les correcteurs venus de divers pays et les domestiques même parlaient latin :

iDtaminata quaro latini puritaa

Sermonis et castns décor !

Nempe uior, anclll», clientes, llberi,

Noa segnls ezaden domus , Quo Ptaotus ore, qno Terentius, soient

Quotidiane colioqai.

1523. Grandjon, libraire, habile graveur et fondeur en caractères.

1525. Pierre Hautin grava les premiers

(f) Voy. Bayle, à l'article Wkchkl.

poinçons pour imprimer la musiqtie. Les notes et les lignes étaient d'une seule pièce.

1528. François Gryphe, frère de Sébastien, Il imprimait à Paris et Sébastien à Lyon. Tous deux, Allemands d'origine, étaient graveurs-fondeurs en caractères , et de plus im* primeurs très-instruits.

1528. Robert Ëstienne publia sa Bible in*P, superbe livre, dont le texte fut collationné par ses soins aux meilleures sources sur les manuscrits et sur la Polyc|lotte d'Alcala ( eomplutensis ). V Index nominum, rédigé par R. Ëstienne , a été réimprinné souvent; cette édition est précédée du privilège du roi François !•'.

1529. Josse Bade publie les Commentaires sur la langue grecque de Guillaume Budé, dont l'exécution typographique est très-belle.

1530. Kerver ( Thielman ). Cet imprimeur** libraire publia un grand nombre d'ouvrages, et fut le premier à qui les papes Pie Y et Grégoire XIII accordèrent un privilège, confirmé par Charles IX, le 13 avril 1572, pour l'impression des Usages réformés selon le décret du concile de Trente , privilège qui revint ensuite à une société dite des Usages. Ses livres d'Heures, ornés de gravures en bois, rivalisent pour leur belle exécution avec ceux de Pigoucbet.

1530. Micfiêl Vascosan, gendre de Josse Bade d'Asch et beau-frère de Robert Ëstienne, est reçu imprimeur. En 1530 il est nommé libraire juré, et en 1566 imprimeur du roi. 11 publie en 1542 une remarquable édition de Quintilien , et fait paraître la même année le Plntarque d'Amyot, 13 vol. in-8° , édition fort re* cherchée. Jusqu'en 1539 il mettait à la tête de ses livres, pour enseigne, la Presse cucencienne, avec ces mots : In «dibus Aseensior nis. Sa devise était une fontaine, avec ces mots : 'Ev pi6Xiot(n ^é£t V) Zoçia; rniyi^. Quelquesunes de ses impressions portent la date de 1 576. Toutes sont fort soignées et les types sont fort beaux. — Le volume Budxus, De Asse et ejus partibus, in-fol., ne contient que trois fautes d'Impression. La souscription est ainsi conçue : c Imprimebat Michael Vascosanus sibi, Ro^ berto Stephano et Joanni de Roigny , afflnibus suis, 1542. — Son gendre Fnédéric Morel 1*' le seconda dans ses travaux. Un des plus beaux livres imprimés par Vascosan est : P. Bembi Rei'um Venetarum Historix, 1551 , in-4''.

1530. Pierre Atteignant, libraire, demeurant rue de la Harpe, près l'église Saint-Côme , im> prima un ouvrage intitulé : Dix livres de Chansons Musicales à quatrepar lies f recueil fort rare, dans lequel, dit M. Brunet, la note de la musique est imprimée en caractères métalliques mobiles, et le texte des chanson^ en caractères gothiques. Pierre Atteignant avait déjà

publié en 1527 des Chansons nouvelles en Musique à quatre parties : c'est le plus ancien chansonnier iibprimé en France en caractères de musique mobiles; mais ce procédé était en usage k Venise et à Augsbourg dès la fin du quinzième siècle.

t530. Un imprimeur peu connu, Gérard Morrhius , ami d'Érasme, et dont les éditions grecques sont datées de la Sorbonne, mérite d*être cité. Son premier ouTrage est un in-fol. intitulé: « Lexicon GrxcO'Latinum^cuxprœ' ter omneis omnium addiHones hactenus, sive in Italia^sive in Gallia, sive in Ger»

mania impressas, ingens vocabulorum numerus accessit » Ce livre est fort bien imprimé, à deux colonnes et sur bon papier. Les caractères grecs, quoique petits, sont fort nets. Les capitales de chaque alphabet sont grasses et fleuronnées par ce typographe. Plusieurs traités de grammaire sont placés à la fin de ce beau volume. — Xa même année 1530 Morrhius imprima les Scholies de Didyme sur i'Odys* sée, en grec. Les caractères sont plus gros que ceux de son dictionnaire, dont il utilisa les capitales fleuronnées. Ces deux ouvrages furent suivis de onze autres en grec, qui parurent la même année. Par la préface du dictionnaire on peut juger de son savoir et de sa libéralité. Il nous apprend qu'il s'est fait seconder par d'habiles correcteurs, pour que son imprimerie remportât sur celle de ses prédécesseurs, en correction et en mérite littéraire. Dans la préface en grec, en tête des Scholies de Didyme, W déclare que c'est par passion pour la philologie qu'il risque ainsi sa fortune dans l'intérêt public. A la fin de son dictionnaire il signe Gérard Morrhius Germanus.

Une de ses lettres à Érasme a été conservée.

Elle est très-intéressante. Il avait pour devise : Miqt' è[Aol (jiÉXi , (iiQTe {jLéXitra , qui accompagne une sirène ou mélusine.

1531. L'Université réitère l'injonction aux quatre grands libraires de se transporter chez les libraires pour y examiner les livres qui seraient suspects d'hérésie et en faire leur rapport à l'Université.

1532. Naissance de Henri Estienne II du nom, fils de Robert Estienne.

1532. Le Dictionarium, sive Latinx Lingux Thésaurus, rédigé par Robert Estienne, parut en 1 vol. in-f*. Quoique le titre porte 1531, cependant la souscription qui est à la fin dit : Exeudébat Hobertus Stephànus in sua officina ann. 1532, 4 caL octobris. Robert Estienne en donna une seconde édition, très-augznentée, en 1538, divisée en deux tomes in-f; mais la dernière qu'il fit paraître , en 1543, en trois volumes in*f**, diffère tellementde la première édition , par les nombreuses additions ajoutées à celle de 153», que Robert Estienne donne à cette troisième édition s^ulemeul le

nom de Editio secunda. On est étonné de l'immense labeur que R. Estienne avait assumé sur lui, et sous lequel il aurait succombé s'il n'avait pas été secondé par Jean Thierry de BeauvaiSy qui voulut bien revoir son travail et relire le tout. Robert Estienne nous apprend qu'ayant dû revoir et corriger le Dictionnaire de Calepinus, il fut tellement frappé de son imperfectioD, qu'il engagea ses amis à entreprendre on nouveau dictionnaire. Son dessein fut fort approuvé; mais quand il fallut l'exécuter, tous y renoncèrent. Sans se décourager, Robert Estienne entreprit seul cet immense travail , et seul il l'exéicuta ; mais il y compromit sa santé, s'en occupant nuit et jour, et négligeant, comme il le dit, jusqu'au soin de son corps.

Il est désirable que la France reproduise ce grand monument littéraire, qu'on voit réimprimé à Venise par Mizzolius,en 1551; •— à Lyon, en 1573, par Philippe TInghy ; — k Londres, en 1734, avec les additions de Johnson , Hutchinson , Taylor et Law» 4 vol. in-f^ ; — -àB&le, en 1740» par Birrius; -— à Leipsick, avec de considérables additions, par Gesner.

Le système adopté par Rol>erl Estienne, qui range sous chaque mot les exemples par ordre alphabétique» m'a toujours semblé une des plus heureuses dispositions qu'on pût adopter pour faciliter les recherches (1).

Dans la préface de l'édition du Calepin il signale llmprobité des libraires, qui, n'osant pas réimprimer son dictionnaire, à cause du privilège, pillent, l'un les définitions, l'autre des articles entiers, d'autres, dix lignes, l'autre vingt, quelquefois une colonne entière, qu'ils cousent à leurs réimpressions de Calepin, Henri Estienne, dans son épttre sur la situation de son imprimerie, raconte que son père, se trouvant à Venise, vit qu'on ajoutait à la réimpression de son dictionnaire des mots qu'il avait supprimés à dessein , et qui ne se trouvaient pas sur la copie; ce qui l'irrita tellement, qu'il traita les éditeurs d'asinos arcadicos,

1532. Une nouvelle édition in-folio de la Bible latine, avec des annotations extraites des plus savants interprètes et des commentaires des Hébreux, est publiée avec privilège du roi par Robert Estienne , qui collationna les antiques manuscrits de Saint-Germain-des-Prés et de l'abbaye de Saint-Denis, sans négliger de consulter les docteurs en théologie les plus savants. Malgré toutes ces précautions, attestées par le privilège même du roi, il ne put être à l'abri du courroux de la Sorbonne, et dut s'bu-

(i) Telle est aussi l'opinion de M. Vlllemaln, Juge si éclairé en pareille maUére; aussi lorsqu'il fut ministre de l'Instruction publique, ayant approuTé l'essai que lui soumit M. Ambrolse Firmln Didot d'une nouvelle édition , il désira que notre maison se chargeAt de cette grande et honorable entreprise llltératre, et il l'encouragea d'une souscription pour les bibliotbèqucs publiques.

inilier par des Boamissions, en s'engageant à lie rien imprimer désormais nisi cum bona eorum gratia(i).

Dans sa Réponse aux Censures des Théologiens y Robert Estlenne s'exprime ainsi à ce sujet :

« Qa*aTois-je fait, quelle étoit mon iniquité et mon offense pour me persécuter jusqu'au feu, quand les grandes flammes furent par eux allumées, tellement que tout étoit embrasé en notre Tille Tan 1532«; sinon parce que j'afois osé imprimer la Bible en grand volume, en laquelle tous gens de bien et de lettres connois* sent ma fidélité et diligence? Ut ce avois-je fait par la permission et conseil des plus anciens de leur Collège, dont le privilège du roi rendoit bon témoignage, lequel je n'eusse jamais impétré si je n'eusse fait apparoir qu'il plaisoit ainsi à messieurs nos maîtres. Eux, toutefois, ayant l'occasion , me demandoient pour me faire exécuter à mort , criant sans fin et sans mesure, à leur façon accoutumée, que j'avois corrompu la Bible, G'étoit fait de moi, si le Seigneur ne m'eût a^'dé pour montrer que j'avois ce fait par leur autorité. Je me tais de ce qu'ils a voient tenté en 1522, quand le Nouveau Testament fut imprimé en petite forme par mon beau-père Simon de GoUnes , qui le rendit bien clair et correct et en belle lettre (c'était alors une chose bien nouvelle que de trouver des livres de la Sainte Écriture corrects), et d'autant que j*avols la charge de l'imprimerie ; quelles tragédies n'emurent-ils contre moi? Ils crioient dès lors qu'il falloit m'envoyer au feu , parce que jlmprimois des livres si corrompus : car ils appeloient corruption tout ce qui étoit purifié de cette bourbe commune, à laquelle ils étoient accoutumés.

Or, combien qu'en leurs leçons publiques ils reprissent magistralement et aigrement le jeune homme duquel telle correction étoit procédée, toutefois étant eux-mêmes bons témoins de leur propre ignorance, ne l'osèrent jamais assaillir ouvertement... En ce temps^là (je puis dire ceci à la vérité), comme je leur demandois en quel endroit du Nouveau Testament étoit écrite quelque chose , me répondoient qu'ils l'avoieot lu en saint Jérôme ou es Décrets; mais ils ne savoient que c^étoit du Nouveau Testament , ne sachant pas qu'on. eût accoutumé de l'imprimer après le Vieux. Ce sera chose quasi prodigieuse, et toutefois il n'y a rien de plus vrai, qu'il n'y a pas longtemps qu'un de leur collège disoit journellement :

« Je suis ébahi de ce que ces jeunes gens nous allèguent le Nouveau Testament. Per Diem !

i'avois plus de cinquante ans que je ne savois ce que c'étoit du Nouveau Testament. »

(I) Le prix de cette Bible étatt primitivement de cinq livres, et Cheviliier dit que de son temps (1694) elle se vendait plus de dix érus.

1693. La Sorbonne, qui avait tant favorisé l'imprimerie à ses débuts, effrayée de voir la doctrine de Luther se propager rapidement, par les nombreux ouvrages qui s'imprimaient alors, présenta, le 7 juin 1533, à François l*'', qui se trouvait alors à Lyon, une requête pressante au sujet des livres hérétiques, en exposant fortement au roi que s'il voulait sauver la religion, attaquée et ébranlée de tous côtés, il était d'une indispensable nécessité d'abolir pour toujours en France, par un édit sévère, l'art de l'imprimerie, qui enfantait journellement tant de livres pernicieux. « Le projet de «i la Sorbonne, dit M. de la Bouderie, fut sur le « point d'être réalisé; mais Jean du Bellay, ft évêque de Paris, et Guillaume Budé paré- « rent heureusement le coup ; ils firent enten- * dre au zélé monarque qu'en conservant im « art si précieux , il pourrait efficacement :^ « médier aux abus dont on se plaignait si « fortement (1). »

1 534. Chrétien Wéchel est censuré et menacé d'amende pour avoir vendu le livre d'Érasme De Interdicto Esu Carnium,

1534 (13 janvier). Lettres patentes de François 1**^ qui frappent dlnterdiction toute imprimerie, et porte peine dehart contre les imprimeurs. Elles ne furent pas enregistrées par le parlement, qui fit des remontrances au roi sur ces rigueurs.

1534 (24 février). L'avocat du roi Jacques Cappel communique au parlement de nouvelles lettres patentes du 23 février, datées de Saint-Germain en Laye, par lesquelles François V consentait à ce que les premières fussent en suspens et surséance, mais eu ordonnant que le parlement élirait vingt-quatre personnages bien qualifiés et cautionnés, sur lesquels le roi en choisirait douze y qui seuls y et non autres , pourraient imprimer à Paris , et non ailleurs, livres approuvés et nécessaires pour le bien de la chose publique, sans imprimer aucune composition nouvelle, sous peine d'être punis comme transgresseurs des ordonnances, par peines arbitraires.

En voici le texte (2) :

« Combien que dès le treizième jour de janvier I534f par nos autres lettres patentes et pour les causes et raisons contenues ensemble , nous eussions prohibé et défendu que nul n'eût dès lors en avant à imprimer ou faire imprimer aucun livre en notre royaume, sur peine de la hartf toutefois, pour aucunes causes, raisons et occasions qui à ce nous ont depuis mu et men* vent , nous avons voulu et ordonné , voulons et ordonnons et nous plaît que l'accomplissement

(1) Notice tur la vie et let écrits du P. Colonia, p. XVII. F'oy. aussi Taillandier, Jl^fum^ historique dé l'introduction de l'Imprimerie à Paris.

(9) Extrait des registres du Parlement de Paris, registre LXXVI, f« lis, collatlonné et extrait par M. Taillandier, f oy. IntrodacUon à riœprlmerte de Parts, Mémoires de la Société des jénUtuairet, t XIII.

d'icelles nosdistes lettres, prohibitions et défenses soit et demeure en suspens et surséance Jusqu'à ce que par nous autrement y ait été pourvu ; et ce* pendant noos mandons et ordonnons à vous, gens de notredite cour du parlement de Paris , que incontinent vous ayiez à élire vingt-quatre personnages bien quaUiiés et cautionnés, desquels nous choisirons et prendrons douze, qui seuls , et non autres, imprimeront dedans notre ville de Paris, et non ailleurs, livres approuvés et nécessaires pour le bien de la chose publique , sans imprimer aucune composition nouvelle, sur peine d'être punis comme transgresseurs de nos ordonnances, par peines arbitraires. Les noms desquels vingt-quatre personnages nous seront par vous envoyés par écrit, ensemble votre avis sur la forme et manière qu'il vous semblera que lesdits douze personnages , ainsi choisis et élus desdits vingt-quatre, auront à tenir au fait desdites impressions pour en ordonner ainsi que verrons et connaîtrons être à faire. £t Jusqu'à ce qu'il nous ait été satisfait à ce que dessus , et que lesdits noms et avis nous aient été envoyés pour faire notre déclaration, de notre vouloir et plaisir, nous avons de ce chef prohibé et défendu, prohiiwns et défendons à tous imprimeurs généralement, de quelque qualité ou condition qu'ils soient, qu'ils n'aient à imprimer aucune chose, sur peine de la hart, le tout par manière de provision et Jusqu'à ce que nous ayions plus amplement été informé sur les remontrances qui nous ont été faites quant au fait ^ desdites impressions et que nous ayions arrêté ' si nous voudrons faire corriger lesdites lettres d'oidonnanoe , prohibition et défense par nous, ooEoroe dit est , sur ce décernées , ou non. »

1536. Corrozet (Gilles), poète, historien et tradocteur. Les livres de ce libraire, très-instruit» sont recherchés. Parmi ceux qu'il a composés lui-mêoie on distingue La Fleur des An' tiquités et singularités de Paris, 1533 ; imprimé chez Bossozel et réimprimé plusieurs ibis. L'édition de 1543 indique pour chaque rue leurs tenants et aboutissants, ce qui donne des renseignements curieux sur la position des anciennes rues. Son Catalogue des Villes et Cités de France, 1538, imprimé chez Janot, offre aussi de rintérêt, ainsi que Les divers et mémorables Propos des nobles hommes de la Chrétienté, ouvrage rare, quoiqu'il ait eu cinq éditions. Son Conte du Rossignol en vers français , Paris, Gilles Corrozet, porte la date d'avril 1536.

Si Ton en croit le privilège fait en son nom , Corrozet serait aussi l'auteur d'une pièce de vers intitulée : Triste Élégie sur la mort de François de Valois, fils aine du roi François P'; se vend en la grand salle du Palais, et boutiques de Jean André et Gilles Corrozet; (et à la fin) imprimé à Paris, le 6® jour d'octobre 1 à36. C'est donc par erreur que Lotlin , dans son Catalogue , ne le |K>rte comme libraire qu'à la date de 1541.

Corrozet fut reçu imprimeur en 1555, et monrut en 1566. Sa devise était : In corde

prudentis revirescit sapientia; et quelquefois une rose dans un cœur (l).

1537. François P' (Estienne) , deuxième fils de Henri 1^, libraire juré. Quoiqu'il figure au nombre des imprimeurs, il parait que le peu de livres qui portent son nom fut imprimé chez son beau-père Simon de Colines.

Il avait reçu une éducation très-soignée, ainsi qu'on le voit par le testament de son père.

1538. Martin Guillaume, hbrsAre iuré et imprimeur, s'associe avec Sébastien Nivelle.

Us publièrent de grands ouvrages, tels que le Digestum vêtus et novum, seu Pandectas Juris dvilis, 1559, 5 vol. in-fol. ; — Corpus Juris dvilis, 5 toI. in-fol., 1567, en rouge et noir. La devise de Martin Guillaume était : Ve^ niet tempus messionis, — Non oderis laboriosa opéra. — Homo nascitur ad laborem.

— Vade, piger, ad/ormicam.

1538 (17 janvier). Lettres patentes de François I*' adressées à la république ( des lettres françaises), qui confèrent à Conrad Néobar le titre d'Imprimeur royal pour le Grec (2) :

« Voulant que tous et chacun soient convaincus que rien ne nous est plus à cœur que d'assurer aux belles lettres notre bienveillance spéciale et toute notre protection aux études de la Jeunesse^ afin que le royaume de France ne manque point d'hommes qui pour enseigner la religion, rendre la Justice et gouverner l'État, illustrent notre règneen préférant le bien publicà leurs intérêts per* sonnels, nous avons naguère libéralement assigné des traitements à des savants distingués (3) pour enseigner à la jeunesse les langues et les sciences, et les former à la pratique, non moins précieuse, des bonnes mœurs. Mais nous avons considéré que pour hâter les progrès de la littérature, une chose, non moins nécessaire que l'enseignement public, manquait encore, c'est à savoir une personne capable, spécialement chargée de la typo graphie grecque, sous nos auspices et avec nos encouragements, pour imprimer correctement des auteurs grecs ài'usage delà jeunesse de notre royaume.

(1) Ces sortes de rébas qu'adoptèrent plasteurs Imprimeurs de Paris furent également employés à Londres. Pour n'en citer qu'un eiempte, llmprimeur Grafton, dont les éditions sont nombreuses et estimées, mettait sur ses livres une tonne d'où sortait un arbre gr^é, couvert de fruits, avec cette devise : Cest à Uurt fruits qu'on let reconnaît. Ce Grafton était imprimeur de la reine Marte, qui lut retira ce titre pour le donner à un autre Imprimeur, John Cawod, qui fut aussi Imprimeur de la reine Elisabeth ; il fut le président et le bienfaiteur delà compagnie des libraires de Londres, dont il avait été le fondateur.

(9) FRAirc. Dei gratta rex Franeorum, Gallieœ retpubUeœ» félicitas. Cette pièce remarquable a été in> dtquée par M. A. A. Renouard, dans le Catalogue de la Bibliothèque d'un Amateur, 1. 1, p. 4a». Un eiem-' plaire imprimé par Néobar lui-même se trouve à la Bibliothèque Mazarine (n» leow). M. Crapelet l'a reproduite dans l'opuscule dédié aux amis des bonnes lettres et de la typographie, intitulé : Des progris de V Imprimerie au seizième siècle, p. as.

(s) Bn itfso François !•' avait nommé des professeurs auCollége Royal,'au]ourd'hui Collège de France. Les plans des bStlments , arrêtés en in», ne purent être exécutés alors, faute de fonds.

« Ed effet, des liommes distingués dans les lettres noas ont xeprésenté qoe les arts, Thistoire, la morale, la philosophie et presque toutes les autres connaissances, découlent des écrivains grecs , comme les ruisseaux de leurs sources. Nous savons également que le grec étant plus difficile à imprimer que le français •t le latin, il est indispensable, pour diriger avec succès un établissement typographique de ce genre, qu'on soit versé dans la langue grecque, extrêmement soigneux, et pourvu d'une grande aisance; qu'il n'existe peut-être pas une seule personne parmi les typographes de notre royaume , qui réunisse tous ces avantages : nous Toulons dire la connaissance de la langue grecque, une soigneuse activité et de grandes ressources (i); mais que chez ceux-ci c'est la fortune qui manque, chez ceux-là le savoir, ou telle autre condition chez d'autres encore : car les hommes qui possèdent à la fois instruction et fortune aiment mieux poursuivre toute antre carrière que de s'adonner à la typographie, qui exige la vie la plus laUmeuêe.

« En conséquence, nous avons chargé plusieurs savants que nous admettons à notre table ou à notre familiarité de nous désigner un homme plein de zèle pour la typographie, d'une érudition et d'une diligence éprouvées , qui , soutenu de notre libéralité, serait chargé d'imprimer le grec

■ Et nous avons double motif de servir ainsi les études. D'abord , comme nous tenons de Dieu tout-puissant ce royaume, qui est abondamment pourvu de richesses et de toutes commodités de la vie, nous voulons qu'il ne Te cède à aucun autre en solidité des études , en faveur accordée aux gens de lettres et en variété et étendue de rinstruction ; et que la Jeunesse studieuse, connaissant notre bienveillance pour elle et l'honneur que nous nous plaisons à rendre au savoir, se livre avec plus d'ardeur à l'étude des lettres et des sciences; enfin que les hommes de mérite, excités par notre exemple, redoublent de zèle et de soins pour former la Jeunesse à de bonnes et solides études. Et, comme nous cherchions à quelle personne nous pourrions confier en toute sûreté cette fonction, Conrad Néobàr s'est présenté fort à propos. Désirant beaucoup obtenir un emploi public qui le plaçât sous notre protection , et qui pût lui procurer des avantages personnels proportionnés à l'importance de son service, d'après les témoignages qui nous ont été rendus de son savoir et de son habileté par des hommes de lettres nos familiers, il nous a plu de lui confier la typographie grecque pour imprimer correctement dans notre royaume, soutenu de notre munificence, les manuscrits grecs, sources de toute instruction.

n Mais, voulant prévenir toute fraude au préjudice de notre typographe Néobar, nous l'établissons dans son office , aux conditions suivantes :

< I* Il déférera à l'approbation de l'Univer-

(1) « Ac neminem fere Inter nostri regni typographes esse qui bsec omnla praestare possit, dico graeci sermonls cognitionem, sedalam dUlgeoUam , et facultatum coplam ; sed In bis opes , In illis eruditionem , in alils aliud deslderarl : nam qui literis parlter ac facultatibus instracti suiit, hos quidvls vitae institutum pereequl malle quani rem typographlcam, oocapalissimam Ulam vlvcodi rationem, susclpere. »

stté etde la Sorbonne les ouvrages qu'il imprimera;

■ 2" Il déposera à la Bibliothèque du roi un exemplaire de toutes les premières éditions grecques qu'il publiera , afin que sll survenait quelque événement calamiteux aux lettres, la postérité conserve ce moyen de réparer la perte des livres;

« 3* Les livres que Néobar imprimera porteront la mention expresse qu'il est notre imprimeur pour le grec , et que c'est sous , nos auspices qu'il est spécialement chargé de la typographie grecque, afin que non-seulement le siècle présent , mais la postérité apprenne de quel zèle et de quelle bienveillance nous sommes animé pour les lettres; et qu'instruite par notre exemple elle se montre disposée, comme nous, à consolider les études et à contribuer à leur progrès.

« Du reste, comme cet office est plus que tout autre utile à l'État, et qu'il exige de Phonune qui veut l'exercer avec zèle des soins assidus, en sorte qu'il ne peut lui rester un seul moment pour des travaux qui pourraient le conduire aux honneurs ou à la fortune, nous avons voulu pourvoir de trois manières aux intérêts et à l'entretien de notre typographe Néobar :

« i'*\\ lui est accordé un traitement de cent écus d'or, dits au soleil , à titre d'encouragement et pour l'indemniser en partie de ses dépenses ;

• V Exemption d'impôts et Jouissance des privilèges accordés au Clergé et à l'Académie de Paris;

« 3** Privilège pour cinq ans pour les livres que Néobar aura imprimés le premier, et de deux ans pour les livres qu'il aura réimprimés plus correctement sur d'anciens manuscrits, soit par ses soins, soit par ceux d'autres savants. »

Cet édit, aussi honorable pour François 1^' que pour les lettres et pour la typographie française, est terminé par rinjonction au pré* vôt de la ville d'infliger une peine sévère à quiconque porterait trouble ou empêchement à Néobar dans l'exercice de son emploi ; « car nous entendons qu'il soit à l'abri des atteintes des méchants (1) et de la malveillance des envieux, afin que le calme et la sécurité d'une vie paisible lui permettent de se livrer avec plus d*ardeur à ses graves occupations ».

1538. Maillard ( Olivier )j libraire, est nommé imprimeur du roi.

1538. Un procès éclate entre les papetiers et l'Université; les imprimeurs interviennent. Le plaidoyer eu faveur de Godard et Guillaume Merlin prouve que ces imprimeurs avaient ordinairement quatorze presses en ac-

(0 La protection da roi pour imprimer, même en grec, était déjà nécessaire. Les théologiens étalent généralement hosUles à ce genre d'étude. Conrad d'Heresbacb dit avoir entendu, quarante ans plus tard, un moine prononcer en pleine cbatrc : « On a decouvert une nouveUe langue, qu'on appelle grecque, 11 faut s'en garantir avec soin ; car cette langue enfante toutes les hérésies ; quant à la langue hébraïque, quiconque l'apprend devient Juif aosaitùt. (Gaillard, Uistoir» tU François /", t. IV, p. in.)

tivilé, qu'ils occupaient deux cent cinquante ouvriers et consommaient par semaine deux cents rames de papier. « Je ne crois pas, écri- « yait Crémier en 1766, qu'il y ait actuellement à Paris aucune imprimerie de cette force. »

1539 ( août). Ordonnance datée de Villers* Cotterets qui supprime l'usage du latin dans les tribunaux et dans les actes publics, et lui substitue la langue française.

1539 (24 juin ). Robert JSstienne est nommé par François l" imprimeur pour l'bébreu et le latin.. Le titre d'Imprimeur pour le grec avait été conféré a Néobar.

1Ô39-1544. Robert Ëstieune donne en 4 yolûmes in-4° la Bilbe en hébreu , « publiée pour la première fois, dit-il, sous les auspices et avec l'appui de François 1'', qui, pour encourager l'étude des langues et la jeunesse studieuse, accorde de larges rémunérations aux œuvres et aux travaux des professeurs ».

De 1544 à 1546, Robert Estienne en imprima uneautre, en 8 volumes (1).

1539. Dupuis (Mathurin P') est reçu libraire juré. Cette famille de libraires exerçait encore leur profession en 1788.

1539. Lebé {Guillaume !•'), graveur et fondeur en caractères, est reçu libraire. Il avait été chargé par François I*' de graver les caractères en langue orientale dont se servait Robert Estiemie. Philippe II le choisit aussi pour graver les caractères de la Bible imprimée à Anvers chez Plantin.

1539. Déclaration du roi François i" du 31 août, portant

Art. 6 : ft Les dits compagoons continuerout l'œuvre commencée, et ne lallaisseront qu'elle ne soit parachevée, et ne feront aucun trie, qui est mot pour lequel ils laissent Tœuvre , et s'ils font perdre forme ou journée aux maîtres par leur faute ou ooulpe , seront tenus de satisfaire lesdits maîtres. •

Art . 17. « Si les maîtres imprimeurs de livres en latin ne sont savants et suffisants pour corriger les livres qu'ils imprimeront, seront tenus avoir correcteurs suffisants, sous peine d'amende arbitraire ; et seront tenus les dits correcteurs bien et soigneusement de corriger les livres, rendre leurs corrections aux heures accoustumées d'ancienneté, et en tout faire leurs devoirs ; autrement seront tienus aux Intérests et dommages qui seroient encourus par leur faute et coulpe.»

1589 (28 décembre). François I*'^ rend obligatoire pour Lyon le règlement de 1539 relatif aux différends entre'les maftresimprimeurs et leurs compagnons et apprentis.

1 540. Néobar meurt d'excès de travail et de fatigue» et Robert Ëstienue le remplace

TYPOORM^hlE 7G6

comme imprimeur du roi pour le grec, et les caractères que Garamond avait commencé à graver lui sont confiés (1).

1540. Les caractères grecs gravés par Garamond d'après Tordre de François I*% et connus sous le nom de typi regii^ furent confiés par ce prince et par les rois ses successeurs à ceux des imprimeurs qui se distio..

guaient le plus par leur savoir et leur habileté. François I^**, qui honorait ces imprimeurs du nom de typographi régit f n'eut jamais l'idée de cr'éer une imprimerie royale travaillant pour le compte de l'État.

C'est eu 1540 que parut le premier ouvrage imprimé avec les grecs du roi ; il est intitulé Aristot. et PhiL de Mundo.

Pour les caractères romains, Garamond suivit les beaux modèles donnés par Jenson.

Pour quelques caractères grecs, il suivit les dessins que lui donna Henri Estienne, qui s'était appliqué à la calligraphie en prenant pour son maître le Grec Ange Vergèce, dont la Bi« bliothèque Nationale possède quelques manuscrits , d'une élégante écriture.

1540. Robert Estienne publie la Bible in-f en latin, avec les noms des hommes, des femmes, des peuples, des idoles, des villes, des Qenves, des montagnes et des divers lieux indiqués dans la Bible en hébreu, chaldéen, grec et latin, le tout traduit en latin, et avec la description des lieux d'après les cosmographes.

Dix-huit grandes gravures en bois, représentant le tabernacle de Moïse, le temple de Salomon, etc.,d'après les dessins de François Vatable, accompagnent le texte. Voici ce que dit le père Le Long , dans sa Bibliotheca Sacra, sur cette Bible, oh Robert Estienne prouve sa profonde connaissance des langues hébraïque, chaldéenne, grecque et latine: «Haec editio omnium Roberti Stepliani praestantissima est et optima... opus sane in arte typographica, si unquam fuit, perfectum. » Cette superbe édition, qui contient le résultat des nouveaux travaux de Robert Estienne sur le texte sacré, est de beaucoup supérieure, sous tous les rapports, à celles qu'il avait données en 1528, 1582, et 1534.

Quoique les docteurs en théologie ne pussent prouver qu'elle fût entachée d'hérésie, cette Bible suscita de nouvelles persécutions à Robert Estienne, qui dans sa Réponse à la Censure, s'exprime ainsi : « Et lors de rechef furent allumées nouvelles flammes : car ces prud'hommes de censeurs se dégorgèrent à outrance contre tout le livre, auquel ils ne

(I) a J'estime que Robert Bstteiuie a donné, soit en hébrea, soit en grec , soit en latin, soit en -français , onze éditions complètes de la Bible, et autant d'éditidos du NouTeau Testament. » Observatioiu sur Robert 9t Henri Estimne, par Flrmln Didot, p. boi.

(0 II n'est fait emploi des caractères de Garamond dans aucun des ouvrages grecs imprimés par Néobar ou par sa veuve; ceux qu'il employa étaient plus gros. Ce qui me fait croire que les caractères gravés par Garamond appartenaient an roi, c'est que les Morel et les Turnèbe et autres étaient autorisés à s'en servir.

trouTolent la moindre chose qui fût à reprendre, ni qu'ils pussent eux-mêmes redarguer, sinon aux sommaires, disant en leur censure qu'ils sentoient l'hérésie. «

1540. [Le premier jubilé de Timprimerie est célébré à Wittcmberg, par Hans Lufft, qui, adoptant la date de 1440 fixée par Ulrich Zell pour rin?ention de Timprimerie , réunit les imprimeurs de la ville, a?ec tous les ouvriers imprimeurs et les habitants de la ville , pour inaugurer cette fête solennelle.]

1541. Loys ou Louis ( Jean ), dit Tiletain ou Tiletan (1), imprime une édition de Quintilien in-r*, très-estimée. Il était savant dans les lettres grecques et latines. Henri Estienne a fait en son honneur deux épitaphes, l'une en latin et l'autre en grec.

Le savant Guillaume Morel fut quelques années correcteur dans son imprimerie.

1542. Déclaration est faite par l'Université aux libraires de la défense a d'exposer aucun livre en vente avant d'avoir été examiné et visité. Dès qu'un ballot de livres leur parvient, ils sont tenus d'appeler quatre libraires, pour assister à l'ouverture, lesquels, d'après la nature des livres, feront leur rapport au recteur et doyens des trois hautes facultés, qui enverront chacun deux délégués, lesquels, après avoir examiné les livres, y apposeront leur pa* raphe, s'il y a lieu d'en approuver la vente. »

1542. Arnould et Charles Angelier firent imprimer un grand nombre d'ouvrages. Leur librairie était la plus considérable de l'époque. Us avaient pour devise deux anges \\é& avec cette devise : « D'un amour vertueux, l'alliance immortelle, les Anges liez. »

1542. Arrêt du parlement ordonnant que les imprimeries et librairies seraient visitées pour y saisir les livres favorisant les nouvelles opinions.

Peu de mois après, le l*"^ juillet, deux libraires jurés, Jacques Nyverd et Jean André (2), se présentèrent chez François Estienne, frère de Robert Estienne 1^' du nom , pour y faire visite. Il s'y refusa : de là plainte des libraires jurés au parlement, qui par arrêt du 30 octobre ordonna à François « de représenter, exhiber et mettre entre les mains desdils demandeurs tous et chacun des livres qui seront par eux demandés, pour être visités suivant Mdite ordonnance , et cela sous peine de prison » (3).

(I) Il était de Tlelt, dans la Gueldre.

(a) C'est à M. A. A. Renoaard que nous devons connaissance de ces faits, qui sont consignés dans une copie des trente-sept pièces historiques sur l'imprimerie et ta librairie de Paris rassemblées par G. Glande Saugraln, auteur de Code de la Librairie» et qui furent acquises apMrès sa mort , en nn, par la chambre syndicale de Paris.

(s) Ce Jean André, l'un des plus acharnés ennemis des Estienne, était, ainsi que Jacques Njrverd, un des Umiers du président Lyset, qui les employait à iur*

1542. Charloilê Guillard, veuve de Rembold , qui l'avait instruite dans Part typographique, devint veuve de recbef en 1542, par la mort de l'imprimeur Chevalon, qui l'avait épousée en secondes noces. Les travaux de l'imprimerie furent continués par elle avec autant de savoir que de courage. Elle publia d'importants ouvrages » parmi lesquels sont deux éditions du Corpus Jwis civilis. Beaucoup d'éditions très-correctes données par elle furent longtemps prisées. En 1552, dans la préface du Lexkon Thusani, elle déclare « que depuis cinquante ans elle dirige son imprimerie, et lui consacre tous ses soins sans relâche et sans cesser de supporter ce poids, si lourd en soucis, peines, et dépenses. « Frédéric Morel fut quelque temps correcteur dans son imprimerie. L'évêque de Bergame, le savant Louis Lippomanus, qui avait fait imprimer chez elle en 1546 sa CatenaS, S. Patrum in Crcnesim, fut si satisfait de son exécution, qu'en se rendant au concile de Trente il vint tout exprès à Paris pour l'engager à en entreprendre le second volume, Catena in ExoduTUf qui parut en 1555, et qui est très* bien exécuté.

1543. François I*', par lettres patentes du 12 avril, confie le litre d'imprimeur royal pour la langue française à Denis Janot.

« Nous, par la grâce de Dieu, etc., ayant été

bien et dûment advertis de la grande dextérité

et expérience que notre cher et bien-aimé Deui&

Janot a en l'art d'imprimerie et es choses qui

en dépendent, dont il a ordinairement fait grande

profession, et mesmement en la langue fran-

çoise; et considérant que nous avons Ja retenu

; et fait deux nos Imprimeurs, l'un en langue

! grecque et l'autre en la latine, Conrad Néobar

^ pour le grec, Robert Estienne pour le latin, ne

voulant moins faire d'honneur à la notre qu'ans-

dictes deux aultres langues, etc.-; etc. •

1543. François I®' exempte les imprimeurs du service des gardes bourgeoises.

1543. Robert Estienne publie sa seconde édition de son Thésaurus Latinœ Linguœ,2 volumes pouvant se relier en un. On y lit ce distique :

Immensum modico vennmdatur serc voluinca, Uberior fructus. Consule quaequc boni.

1544. Robert Estienne publie la première édition de la Préparation Évangéliqueeiàe la Démonstration d'Eusèbe, 2 vol. in f*, imprimés avec les beaux caractères grecs gravés par Garamond, et dont la garde fut confiée à Robert Estienne ; on en connaît trois de grosseur

veiller et dénoncer ceux qu'ils soupçonnaient cou» pables d'hérésie. Jean André excitait surtout les sorbonnistes pour qu'ils ne laissassent pas Robert EsUenne s'enfuir de France. « Dcfunctus Joanncs Andréas, qui sperabat maritare filias suas de bonis Ipsius ( Robert! ), ut erat zelotissimus catholicae fidcl, bcnc ctlam claroabat sempcr quod fugcret ». Epistola obseurorum Virwrum»

7Gy

difféienle : celui qui a servi à l'impression de VEusèbe; un autre, plus petit, que R. Estiennc a employé pour son NouTeau-Testament in- 1 6, édition connue sous le nom de 6 mirificam ( 1 ) ; enfin le plus grand caractère, qui servit à Finipression du Nouveau Testament grec in-f^ de 1550, imprimé aussi par R. Ëstienne. Ces types avaient été dessinés par le Cretois Ange Vergèce , que François 1*' pensionna parmi les professeurs royaux ( du Collège de France ), sous le titre de nostre écrivain fin grec,

L'épUre dédicatoire de Robert Ëstienne au roi François T'en tête de V Histoire Ecclésiastique d'Eusèbe est écrite en grec : en voici la traduction ; elle fait autant d'honneur au roi qu'à rimprimeur :

« Robert Ëstienne, imprimeur du Roi , à tous ceux qui liront ce livre, salut

« Si |e divin Platon a eu raison de dire que le genre humain serait heureux quand les philosophes régneraient, ou quand les rois devien» draient philosophes, il faut s'empresser de proclamer la France réellement heureuse sous on roi tel que François V. N'est-ce pas, en effet, une 'merveille que ses entretiens avec les hommes les plus instruits, dans lesquels, presque tous les Jours, après avoir réglé les affaires de rÉtat, il traite, au grand étonnement de ceux qui l'écoutent , toutes sortes de-questions littéraires et scientiiiques. Pi'est-il pas admirable de voir un roi, forcé de s'occuper des plus graves intérêts, traiter tous les sujets avec une éloquence et une Justesse que peuvent à peine égaler les hommes qui ont consacré toute leur vie à rétude; de l'entendre proférer cette maxime, digoe d'un philosophe accompli, que la règle qu'il doit appliquer à Vexercioe de son pouvoir, c'est de faire à la société tout le bien que lui permettent les circonstances ?

n Aussi son premier soin a-t-il été de choisir, avec une scrupuleuse attention , les maîtres les plus habiles dans les plus belles sciences, et de leur donner des chaires dans cette école si fameuse où l'amour de l'étude attire de toutes parts d'innombrables élèves. Les hommes qu'il a trouvés suffisamment. instruits, et d^à habitués au maniement des affaires , il les a élevés aux honneurs. D'autres encore ont reçu des présents véritablement dignes de la magnificence royale ; et quant à ceux qui ont voulu rester étrangers à toute instruction, il s'est montré si sévère à leur égard , que ceux surtout qui avaient de la naissance et de la noblesse, et qui regardaient l'étude comme incompatible avec leur condition , s'efforcent maintenant de Joindre la culture des lettres à la science des armes. « Enfin il a formé à grands frais une vaste bibliothèque, où il a rassemblé des livres de tout genre , et il ne se passe pas de Jour qu'il n'eu ajoute de nouveaux. Il a fait venir à grands frais de la Grèce et d'Italie les ouvrages des poètes et des historiens les plus célèbres de l'antiquité, et il a pris tous les moyens de faire

(I) C'est en effet par ce mot que R. Esticnne loue la mirifique géDérosttë du rot , qui flt grayer ces petits caratitires, aussi élégants que les premiers.

EnCYGL. MOD. — T. XXVI.

Jouir de ses richesses quiconque le désire. C'est dans ce but qu'il a ordonné aux ouvriers les plus habiles d'exécuter des caractères de forme moderne et élégante. Avec ces caractères, les plus beaux ouvrages, imprimés avec soin , et multipliés à l'infini, se répandront dans toutes les mains, et déjà nous en livrons au public un spécimen en langue grecque.

■ Pour parvenir plus sûrement à nous acquitter, comme nous le devons, de l'office que le roi nous a confié, nous avons pris soin de collationner et comparer les textes de plusieurs anciens manuscrits; nous avons appelé à notre aide les soins et les lumières des hommes les plus consommés dans ce genre de travail , et particulièrement attachés à notre maison.

Jouissez pleinement , lecteurs, du fruit de nos labeurs, et rendez de Justes actions de grâce au meilleur comme au plus libéral des princes, qui vous prodigue ces dons avec tant de solli> citude et de munificence.

« Paris, la veille des calendes de Juillet 1644, •

1545. Dans la Bible que Robert Ëstienne publia cette année en 2 volumes in-8°, il mit à c6Xé de la Vulgate une nouvelle traduction du texte liébreu , plus fidèle que celle de saint Jérôme , qui lui-même avoue qu'il avait plus songé à exprimer le sens que la valeur des mots. R. Ëstienne ajouta aux marges et au bas des pages toutes les variantes confrontées avec la traduction de Sanctès Pagnin, des notes et des explications.

Cette édition excita de nouveau l'animosilé de la Sorbonne ; Robert Ëstienne dut céder à l'orage et chercher un refuge auprès du roi, ainsi qu'on le voit dans sa Réponse aux Censures des Théologiens de Paris (l) :

a Sept ans passés, l*an 1540 j'imprimai de rechef la Bible en laquelle je restituai beaucoup de passages sur Toriginal d'une copie ancienne , notant en la marge la vraie lecture convenant avec les livres des Hébreux, ajoutant aussi le nom du manuscrit.

« Et lors de rechef furent alumées non* velles flammes.

a Qui est-ce qui ne connott les fâcheries qui m'ont été faites pour cela? Combien de temps m'a-t-il fallu m'absenter de ma maison ? Combien de temps ai-je suivi la cour du roi, duquel à la fin j'obtins lettres pour réprimer leur forcénerie.

(( Cependant pour ce que je leur étols suspect d'hérésie , comme ils disent, combien de

(i) Les Cemuret det Théologient de Partit «^^m avec la Réponse d'icelui Robert Ëstienne; im», Imprimé avec l'oUvler de Robert Ëstienne (à Genève). M. À. A. RcDouard a reproduit cette Réponse dans ses AnnaUs des Estiennes, p. ms, 9« édition.

Dans la conférence qui eut Heu A Fontainebleau en novembre im7 , cinq ou six articles encoururent le bl&me des théologiens. Mais, comme le fait observer M. Firmin Dldot , ces articles ne purent être condamnés qu'en Tertn des décisions du concile de Trente tenu en iMe; or, c'est en iMtf que A. Ëstienne avait oublié sa Bible. P. 199.

fois ma maison a-t»elleëté foaillée par les juges à leur ÎDStigatlon, pour voir si on y trouverait quelques livres suspects 1 En 1541 j'imprimai le Nouveau Testamentavec brièves annotations. 11 s'éleva ub murmure dont saillirent tout soudain leurs crieries accoutumées , tellement que pour la troisième fois je fus contraint à me cacher.

« Je laisse une chose qui est surtout digne de mémoire, que cela même que ces bons censeurs avaient condamné en moi fut alors imprimé de leur commandement par Jean André , lequel n'est pas moins ignorant que méchant et infidèle : c'est leur suppôt en toutes leurs trahisons, et fort bon soufllet pour inciter à dresser calomnies, et le plus âpre bourreau en cruauté qui fut oncques : aussi ils n'ont pas eu de honte de l'admettre en leur secret conseil.

« Cependant le roi François va de vie à trépas, et son fils Henri, le 16 août 1547, le premier an de son règne envoya aux docteurs de Sorbonne lettres patentes contenant ce qui s'ensuit :

« Comme ainsi soit que les maîtres, doyens et docteurs de la Faculté de Théologie en notre Université de Paris,' n'auroient pas tenu grand compte de ce que notre feu seigneur et père leur auroit mandé touchant les Bibles de notre imprimeur Robert Estienne, et encore moins en auroient tenu compte depuis le trépas de notre dit feu seigneur et père ; pour ce est-il que nous te mandons, haissier, que tu fasses très-exprès commandement de par nous ans dits maîtres, doyens et docteurs de livrer incontinent leurs critiques et observations, qu'ils les baillent à notre dit imprimeur, pour qu'il les imprime en leur nom , et les mette au-devant ou der* rière les dites Bibles ; et en cas de refus ou délai, comparottre à jour fixé par-devant le roi en son privé conseil. »

« Quatre jours après, ayant répondu qu'ils bailleroient à la Toussaint leurs censures, ils se moquent du roi, comme ils avoient de coutume, et se rient auprès de leurs brocs et flacons sans se soucier de rien.

« Je retourne à la cour, je demande qu'eux présents disent ce qu'ils ont à l'encontre de moi et qu'ils produisent leurs articles. Étant contraints, ils viennent dix (suivent les noms) ; ils entrent au conseil privé , plus nombreux que de coutume ; tous les cardinaux et évêques suivant la cour y étaient , le connétable, second après le roi , et le chancelier.

« Ayant débattu beaucoup de choses, avec grandes risées de toute Tassistance , à cause de leurs noises tumultueuses, pour ce qu'ils discordoient ensemble , il me fut commandé de répondre sur-le-champ, et parler pour moi. Je crois qu'en ma défense l'objurgation dont

j'usai sembla bien dure à ces dix ambassadeurs. Toutefois, la vérité de la chose contraignit aucun d'entre eux de témoigner que mes annotations étoient fort utiles.

« Après que nous eûmes été oiûs de part et d'autre, on nous fit retirer dans une garde robe prochaine. Il leur est prohibé et défendu expressément de n'usurper plus en la matière de foi le droit de censurer, appartenant aux évoques, etc.

« Cependant la Faculté sollicite le bon prud'homme Guiancourt, qui pour lors étoit confesseur du roi, afin qu'il s'employât vaillamment et âprement k me combattre.

« Avisez, lui écrivoit-on, que Robert Estienne ft soit condamné comme hérétique. Comment!

« qu'il soit dit qu'on homme mécanique ait « vaincu le collège des théologiens 1 » Et à la fin des lettres (je les ai vues et lues) il y avoit de rechef écrit. « Surtout voyez que Robert Es- « tienne ne vainque! » (1).

c Et m'étant retiré à Lyon, par devers trèsillustre prince cardinal de Guise, il m'avertît en grande compagnie de gentils-hommes du changement qui était advenu ; et quand je lui demandai s^il n'y avait nul remède, il me repondit : Nul. Je fus bien triste, et lui dis adieu et au pays.

« Je m'en allai vers Castellan ( Pierre du Châtel, depuis cardinal), lui raconter ces choses, et lui dis le dernier adieu, voyant qu'il me falloit quitter le pays, et le priai bien fort qu'il lui plût savoir du roi que cela vouloit dire. — Castellan déclare au roi par assez long propos comment j'étois contraint d'abandonner le pays; que la nature des théologiens étoit telle de poursuivre jusqu'à la mort ceux auxquels ils se sont attachés.

Lors le roi répondit que pour cela il ne me falloit pas laisser le pays; seulement que je me donnasse garde à l'avenir, ajoutant que j'eusse bon courage et que je poursuivisse comme de

(I) Richard Simon, dans son Histoire eriUquê du Vieux Testament, dit : « On pourrait mettre an nombre des Interprètes de l'Écritare Robert Bstienne, s'il n'avait témoigné lui-même dans tontes les préfaces de ses Bibles, qull n'était point l'autenr des nonvelies traductions qu'il donnait au public... 11 est certain qae Robert Estienne n'a pas agi avec assez de sincérité dans la plupart des éditions de la Bible qull a données , et qull a Imposé en cela aux théologiens de Paris; principalement dans l'édition de ims. D'antre part, il sembie que les mêmes théologiens auraient dû traiter avec plus de donceor et de charité Robert Estienne h l'occasion des nonvelles traductions de la Bible qu'il Ht Imprimer avec des notes fort atiles, bien qu'il y en eût en effet qnelqnes-nnes qui méritaient d'être condamnées. Pierre Castellan, grand aumônier de France, qui rapporta an conseil du roi l'affaire qui était alors entre les théologiens de la Faculté de Paris et Robert Estienne, n'a pu s'empêcher de condamner en quelouc chose l'excès de ces théologiens, lesquels trouvèrent des hérésies où 11 n'y en avait point ; et cela venait, comme Tassore Castellan. de ce qu'Us Ignoraient dans ce temps-U les langues grecque et tiébralquc. »

coutume à faire moL ievoir à orner et embellir son imprimerie. »

Mais les persécutions continuèrent, malgré le bon vouloir du roi, qui voulut même, pour indemniser Robert Estienne des dommages qu'il avoit éprouvés, lui faire donner une forte somme d'argent (2,500 écus), lui promettant en outre d'être plus libéral une autre fois.

Mais, ajoute R. Estienne, les docteurs, « par leurs clameurs et remontrances, obtinrent ce que je désirais, c'était qu'on ne me baillât pas d'argent ( car je puis dire en vérité que mon esprit a toujours été libre ; je n'ai jamais servi à l'argent; le Seigneur m'a accoutumé au travail, comme Toiseau au vol ). »

Il raconte les difficultés qu'il éprouva pour obtenir des lettres du bon vouloir du roi à son égard : « après avoir été cinq fois corrigées, à la fin elles furent scellées par le commandement du roi, très-clément prince.

« Je garde ces lettres par devers moi , et ne les divulgue point. Incontinent j'entends que dans trois jours je dois être mis en prison si je ne me garde. Alors je produis les lettres du roi. Us devinrent plus muets que poisson , sinon qu'ils murmuraient entre eux sans dire mot.»

Dans les lettres de maître Passavant au président Lyset , si connu par son animosité contre ceux qui étoient soupçonnés d'hérésie , setiouve ce passage : « Et vos nescitis, ego vidi illum maledictum liereticum Robertum, gai nobis est tam benè elapsus. Per Diem (ut dicit David ), vos bene dicebatis. « Gavete bene , ipse vobis evadet. » Epist. obscuromm Virorum,

1545. Benoit Pr^&d^mprima quelques ouvrages grecs , et en 1555 un ouvrage de Belon, V Histoire de la nature des Oiseaux , en un volume in-f^, orné de belles gravures en bois.

1545. Charles Estienne, frère de Robert r% publie son petit traité (fe /Se Hortensi, en tête duquel est une préface adressée à son neveu Henri, fils de Robert F', où il signale le mérite et les heureuses dispositions de ce jeune homme et son bonheur d'avoir Tusan pour précepteur. On sait qu'auparavant c'était Pierre Danès, ami de Robert, qui avait voulu cultiver cette belle intelligence et lui continuer ses leçons, malgré ses nouveaux devoirs de précepteur de Henri II ( 1). Voici cette préface adressée

(i) Ea Tain les personaes les pins distinguées de la cour et de la ville sollicitërent de Danës la même faveur pour leurs enfants. «Non, leur disait- 11, Je ne le puis ; les soins de ma charge auprès du dauphin, et mes fûnctiona épiscopales , me forcent de renvoyer souvent trois fois de suite mon jeune Henri ; 11 s'en va tristement , mais il ne se lasse pas de revenir : d'ailleurs , )ê suis l'ami de son père , qui est un frère pour mot. »

Observations littéraires et tffpographiqties sur Robert et Henri Estienne, par FIrmin Dldot, à la suite de sa traduction dos Chants de Tyrtée\ Paris, in-iS| f 896.

Henriculosfitû, « Video in te, nepotule, quod jampridem summo desiderio cupiebam , atque id quantum gaudeam satis exprimere non posBum. Magnum enim est, adoleseentem paternîs, non solum moribus , sed etiam ingenioadsequendo ita studere, ut jamineunte œtate felicem omnibus ingenii sni exspectationem relinquat. Sed nesdo an omnium maximum esse dici debeat, prœceptorem nactum fuisse, qui bene natum ingenium excolat, patri similem efficiat, omnium bonarum litterarum ornamentis illustrem atque insignem reddat : Qualem fœlicissime te adsecutum fuisse audio JacobumTusanum, virum et in docendo et in dicendo ac scribendo tantœ apud eruditos onmes autoritatis, ut nunquam Giceroni magis commendatus Chrysippus. »

Henri Estienne suivit ensuite les cours d'Adrien Tumèbe.

1546. Pour la première fois l'usage des guillemets est introduit dans l'imprimerie.

1 546 (3 août). ETIENNE DoLET, Agé de trentesept ans, célèbre imprimeur de Lyon, est brûlé vif à la place Maubert, après dix-huit mois de prison à la Conciergerie de Paris. Il semble que toute l'existence de Dolet ait été sous l'influence de la fatalité antique. Ron père de famille, savant érudit, poète aussi bien en latin qu'en français, philosophe et chrétien, dévoué à l'ancienne foi de ses pères (1), sa vie aurait dû s'écouler paisiblement dans le commerce des muses, les travaux de son imprimerie, les soins de la famille, et le commerce de ses doctes amis Guillaume Budé, Pierre Danès, Tusan, Marot, Rabelais, Macrin, Bourl)on, Voulté, Dampierre, dont il cite les noms parmi les convives du festin qu'il donna, lorsqu'en 1537, par la protection de François V^, il crut pouvoir retourner sans crainte à Lyon, où il s'était vu contraint de tuer un ennemi qui voulait l'assassiner (2). Mais toujours un fatal génie semble conspirer sa ruine.

(I) Voici ce qu'il répondit aux Toulousains, qui l'Avalent accusé d'être luthérien : « Je vous prie donc « et vons conjure d'être bien persuadés que, loin de R suivre en quoi que ce soit cette 'inique et impie « obstinatton des hérétiques, il n'y a rien de pire et « qui soit plus haïssable et plus condamnable à mes a yeux que ce désir des novateurs à la règle; la seule R religion qui me plaise est celle qui nous a été ap- « portée et transmise depuis tant de siècles par ces « saints et pieux héros de notre croyance. Je ne sauce rais donc approuver en rien ces nonvelles opinions «< qui ne sont nullement nécessaires ; Je n'observe et que celle dont nos pères ont Jusqu'à ce Jour pratt- * que les rites, m OraiUmes in TTMosam, p. as.

kt il finit ainsi son dialogue contre Érasme : De Imitatione deeroniana .- « La méprisable curiosité a des luthériens a porté une cruelle atteinte k la dt- « gnité de la religion : ces hérétiques ont fourni le « prétexte de mépriser les choses les plus connues ; « en place des divines insUtutions qu'ils ont renver- « sées, il« en ont introduit de purement humaines ; M ils ont algolsé l'esprit des ignorants et des brutes. *»

(4) C'était un peintre, nommé Gompaing ; mais Dolet

Pourrait-on croire que sa passion pour le beau style de Cicéron fùten grande partie la cause de ses malheurs! La république des lettres était alors divisée par la querelle des Cicéroniens. Longueuil et autres gens de lettres en France, Bembo et Sadolet en Italie, partisans outrés et passionnés de Cicéron , étaient possédés plus que les autres de cette sorte d'égarement de l'esprit humain* Érasme, pour les guérir, les attaqua dans son Ciceronianus, et malmena surtout Longueuil, qu'il regardait comme le chef de cette secte. Parmi les défenseurs de Longueuil, Scaliger occupe le premier rang, et il répondit à Érasme par un violent discours. Trois ans après, Dolet prit aussi la défense de Longueuil, et Bayle nous apprend que ce fut cette conformité d'opinion entre Scaliger et Dolet qui devint la cause d'une rivalité et d'une animosité telle, que Scaliger eut recours aux calomnies contre Dolet. Un certain Joannes Angélus Odonus , qui se jeta aussi dans la querelle, déclare tous les singes de Cicéron méchants et emportés (l).

£n 1535 Dolet , ayant obtenu avec peine le privilège pour imprimer ses célèbres Comr mentaires sur la langue latine , revint à Lyon pour confier à Sébastien Gryphe, dont jj vante le savoir littéraire et typographique et la probité délicate , cet immense labeur, auquel il ivait consacré dès l'&ge de seize ans son repos, la jeunesse , ses plaisirs et sa santé. Ce livre fut l'objet de nouvelles attaques, et l'on voit ivec peine figurer Charles Estienne parmi les adversaires.

En 1537 Dolet avait obtenu de François V^ 4iouorable privilége,que je crois unique, « pour

proaTa qae c'était à son corps défendant, et il obtint la grAce de François \^'.

Après aTOir fait ses études d'abord à Paris, puis ^ Padone, où il resta trois ans , Dolet fut attaclié comme secrétaire à Jean de Lauzeac, ambassadeur lu roi de France à Venise. Il vint ensuite faire ses études de droit à la Faculté de Toulouse, où 11 voulut soutenir le parti français contre d'autres partis formés dans les écoles, et il blâma farrét du Parlement de Toulouse contre les sociétés d'étudiants. Tout ce que la Jalousie peut inventer pour perdre un concurrent redoutable par son savoir fut employé contre' Dolet : Jeté en prison le as mars issa, il n'en sortit que par l'intercession de Jean Pinus, évoque de Rieuz. Mais ses ennemis attentèrent à ses Jours en soudoyant des assassins , le poursuivirent de libelles outrageants, et firent promener sur un cbar dans les rues de Toulouse un cochon chargé d'un ëcriteau portant le nom de Dolet. Il lui fut défendu par un décret du Parlement de rentrer à Toulouse.

« Il était imprimeur, poète, orateur, humaniste et outré en tout; comblant les uns de louanges, déchirant les autres sans mesur« ; toujours attaquant,' toujours attaqué ; extrêmement aimé des uns, bat des autres Jusqu'à la fureur; savant au delà de son âge , s'appliquant sans relâche au travail ; d'ailleurs orgueilleux , méprisant , vindicatif et inquiet. » Voy. Nlceron , le Père Colonia , Chaudon , Née de la Rochelle, etc.

(I) La lettre est conservée par le père Nicéron. Voy. MAm. pour s^trvir à t'hitt. des Hommts Illustres, t. XXI, p. 114 et sulv.

pendant dix ans pouvoir imprimer et faire imprimer tous les livres par lui composés et traduits , et autres œuvres des auteurs modernes ou antiques qui par lui seraient dûment revus, amendés, illustrés ou annotés soit par forme d'interprétation, scholie ou autre déclaration tant en lettre latine ^ grecque , italienne f\\ï^ française, ^y»

Prêt à rentrer à Lyon, Dolet nous dit que sur le bord de la Saône les Muses rexhortèrent ainsi :

Dctrcctatorum lingna petnica

Non te frangat : agc, acterno fac nominc seda Postera testcntur gallum vixissc Doletum, Vixisse ardentcm pulchro vlrlntis a more.

Cette espérance de Pimmortalité qui inspirait à Dolet l'amour du beau et du vrai lui devait faire payer bien cher sa célébrité.

Malgré la protection de François l***, Dolet dès son arrivée à Lyon fut mis en prison, d'où il ne sortit qu'après avoir adressé plusieurs requêtes en vers et en prose au cardinal de Tournon, nommé régent du royaume par François r*^ pendant son expédition en Italie.

Il ne put donc faire usage du beau privilège que lui avait accordé le roi, qu'après sa sortie de prison. 11 s'en montra digne. « J'augct menterai, dit-il (1), de toutes mes forces les K richesses littéraires, et j'ai résolu dem'atta- R cher les mânes sacrés des anciens par l'im- « pression scrupuleuse de leurs œuvres, et de « prêter mon travail et mon industrie aux tt écrits contemporains; mais autant j'accueil- « lerai les chefs-d'œuvre, autant je dédaigne- « rai les mauvais écrits de quelques vils écri- <i vailleurs qui sont la honte de leur siècle. »

Il fut fidèle à sa promesse. En 1539 il commença à imprimer, et en 1540 il publia la Chirurgie de Paul d*Égine , et quelques opuscules de Galien; en 1541, le Novum Testamentum, \es Élégances de la Latinité, par Laurent Valla, etc.; en 1542, Les Grandes Annales ou Chroniques très-véritables des Gestes merveilleux du grand Gargantua et Pantagruel , son fils ; édition qui fut Tune des causes de ses malheurs ; en 1 543, les Commentaires de César, les œuvres de Clément Marot , etc.

Ses livres portent pour enseigne une hache ou doloire tenue par une main dans les nuages, menaçant une tige d'arbre noueux , avec cette épigraphe pour les livres français : Préservez-moi, Seigneur, des calomnies des fiommes; et pour les livres latins : Duriorest spectatœ viriutis quamincognitxconditio.

Cette noble devise l'entraîna peut-être à' sa perte par l'idée de devoir qu'elle lui imposait. Quelquefois aussi il mettait cette devise :

(I) f^oy. sa lettre en tôte de l'ouvrage de Claude r.ottereau. De Jure MilUiœ ; Lyon, apud Doletum, i»w,in-ro

f;càbra et impolita adamussim doîo atque perpolio.

La naissance d'un fils fat l'occasion pour Dolet de composer et d'imprimer un poème composé de sentences morales; j'en citerai quelques vers ( le commencement et la fin ) comme preuve de ses sentiments religieux.

Dans tous ses écrits Dolet s'est toujours montré contraire à la doctrine de Calvin et de Luther.

vive Deo lldens : stabllis fldacia dtTÛm, TrisUtia Yit» immonem te reddet ab omnl.

BelUgionfai amor vera fert commoda tantai

Invidiam sola supera Tlrtute : crepabunt Hostes dlsrnptl, tantis si vlribos obsles.

De reltquo : cam Mors pallens, setate peractâ , iDsUbit, noD Kgro anlmo communia perfer Fata : nibll nobis damnl Mors inTebit atrox, Sed mata cancta anfert rolscrls, et sidéra pandit.

Tu ne crede anlmos una cum corpore lucis PriTari usora. In nobis cslestls origo Est qiaedam, post cassa manens, post cassa saperstes Cor(>ora, et stemo se commotura vlgore.

ScUlcet a summo rerum genltore creati Sic snransyUt rapida corpusque animusque necentur Morte, nec In cœluro pateant ex orbe receptus? Non ita snqt nobis reditus ad régna paterna , Régna Del, genus unde animi duxere pcrennes.

Chef de famille, Dolet s'occupait des soins de son imprimerie, lorsqu'en 1539 se réveilla plus ardente que jamais la querelle des Cicéroniens. Sabinus accumula dans un écrit tant d'injures contre Dolet , qu'on voit l'intention de le rendre odieux. Dolet y répondit en 1540 par son traité De Jmitatione Ciceroniana, où il repousse avec aigreur toutes les calomnies et les horreurs dont Sabinus l'avait chargé; il le poursuit de ses épigrammes, et se permet d'attaquer à son tour le style, les mœurs et la vie d'Érasme, w, Mais un orage plus terrible s'amoncelait sur la tête de Dolet. Ses ennemis TsAtaquent dans l'ombre, et sous le vague prétexte, toujours si perfide, dMmprimer des livres entachés d'hérésie, ils le firent emprisonner en 1542 à la Conciergerie de Paris, d'où il ne sortit qu'âpre quinze mois de détention , et grâce à l'intercession de Pierre Duchàtel, alors évèque de Tulle. Ce vertueux prélat dût même lutter contre un puissant cardinal , qui lui reprocha d'avoir employé la protection du roi pour sauver Dolet, infatué , disait-il, de l'hérésie de Luther et coupable d'impiété. « Je n'ai point, « lui répondit Pierre Duchàtel, protégé auprès « du roi les crimes et les fraudes de Dolet ; « mais j'ai réclamé les bontés du monarque « pour un homme qui promettait de repren- « dre des mœurs et une vie dignes d'un dire- (c tien. J'ai cru que l'Église devait ouvrir son « sein à celui qui, étant tombé par impru- « dence dans l'erreur, semblait disposé au re- « pentir; car Jésus-Christ ordonne de rame- « ner au bercail la brebis égarée. » '^

Toutefois, triste présage du sort qui lui était réservé! treize ouvrages imprimés par

Dolet, et dont plusieurs étaient composés par lui, furent k condamnés à être brûlés , mis et « convertis ensemble en cendres comme con- « tenant damnable , pernicieuse et hérétique « doctrine », par arrêt du parlement de Paris, en date du 14 février 1543. Dolet, averti de cette sourde haine , devait , ou se taire complètement, on, comme avaient fait Robert Ëstienne et Marot, quitter la France. Mais, fort de sa conscience et bravant les périls, il revint à Lyon. Dans son Second Enfer, publié dans ce monde le \" jour de mai 1544, il informa ses meilleurs et principaux amis, à qui est dédié ce recueil de poésie, qu'il avait composé un Premier Enfer sur son emprisonnement en 1542 , et qu'il comptait le publier ; ' c'est alors qu'il fut arrêté de nouveau à Lyon, au commencement de janvier 1544. Ce Premier Enfer ne vit donc pas le jour, et c'est dans le second qu'il nous apprend, dans un i^it en vers dignes de Marot par la naïveté du style , comment il put tromper la vigilance de son geôlier et s'enfuir en Piémont, d'où il écrivjf au roi François 1*' comment ses ennemis, non contents

« De l'avoir Jù tourmenté quinze mois, u Se sont rerais à leurs premiers abois, « Pour le remettre en la peine première.

imaginèrent de composer deux ballots de livres, l'un rempli de ceux qu'il avait imprimés , l'autre de livres venus de Genève, tous hérétiques ou suspects d'hérésie, et marquèrent ces deux ballots du nom de Dolet ; puis les envoyèrent à Paris, où ils les firent saisir afin d'obtenir du parlement un ordre de le faire emprisonner comme ayant des liaisons criminelles, et propageant des livres dangereux et prohibés par la loi. Dans toutes ses épi Ires Dolet proteste de son innocence, et en donne les preuves, ainsi que le prouve cette adresse au cardinal de Tournon, où il fait cette profes sion :

.... J'ai vécu Jusque ici et vivrai

Comme chrétien catholique et fidèle

Fauteur ne suis d'hérésie ou d'erreur; Livres mauvais J'ai en haine et horreur.

Et ne voudrais en vendre ou imprimer Un seul feuillet pour la Foi déprimer Antique et bonne ; ou pour être inventeur De sens pervers et contre Dieu menteur.

Confiant dans le succès de ses épttres, adressées à la Souveraine et vénérable Cour du parlement de Paris (1), à la reine de Na-

(t) On trouve dans tontes ces épttres, dont l'ensem. ble compose le Second Enfers les plus nobles senti, ments, une hante philosophie, un amour dévoué c t désintéressé du beau, du bien et de la patrie. Nous nous bornerons à en citer quelques vers :

Vivre Je realx, pour l'honneur de la Fbawcb,

Que je prétends ( si ma mort on n'avance }

Tant cAlAbrer, tant orner par escripts.

Que Testrangier n'aura plus à mépris

Le nom françois et. bien moins notre langue

Laquelle on tient pauvre en toute haraofue.^...

varre, seule Minerve de la France, etc.» et devançant l'assurance de son pardon il revint à Lyon secrètement pour imprimer ces épttres ainsi que la ^adnction française quMl avait faite de deux dialogues de Platon.

Mais la haine qu^il s'était attirée par les railleries, que» dit-on, il s'était permises, dans son édition de Rabelais (1), ne s'était pas endormie ; tontes ses actions étaient épiées , ses écrits examinés avec perfidie, et dans sa traduction du Dialogue de Platon ^ VAxiockas, ou dénonça le passage où, croyant mieux rendre la pensée de Platon, Dolet lui donne une extension que le sens semblait demander, mais qui lui fut fotale. Voici ce passage ainsi que le texte de Platon :

« SocRATES. Pour ce qu'il est certain que la mort n'est point aux vivants, et quant aux defuncts, ilz ne sont plus : doncques la mort les attoucbe encore moins. Pourquoy elle ne pealt rien sur toy, car tu n'es pas encore ci prest à décéder; et quand tu seras décédé.

Il n'est plus temps, ores que ta f endormes Roy non pareil, des vertneax le père :

Bntends-tn point en vray, qnel Titopère Ces ennemys do Tertn te ponrchaasent.

Quand lessçaTants de ton royaume Ils ehassent.

On les cbasser à tont le moins prétendent

Car vivre aillenrs qa^en France Je n'espère, Et la reqnlers ponr mon dernier repaire.

( Épttrt mu rojr FraufoU I**, )

Raison ne venlt ni aossi équité Que Je demeure en cette adversité, Errant ci, là, sans oser séjourner Dedans Lyon : oà je veux retourner.

Et consommer le reste de ma vie , IMalf ré ancnns et leur meaebante envie.

Si à ce bien pois an coup parvenir.

Ne craignes pas que voyies advenir Que de ma vie nn senl Livre J'imprime De l'Escriptnre, oa anitre telle estime.

J'en suis trop saoul, et trop saoul dolbs eatre, Vu qu'U m'en vient à destre et à senestre Malheur, esmoi, tout encombre et dommaige.

Et qne J'en suis si souvent mis en caige

Et moi cbétIC, qui Jour et nnict me tue De travailler, et qui tant m'évertne IVMir composer quelque ouvrage excellent Qui paisse aller la gloire révélant Du nom firançois en tout quartier et place.

On ne me falct seulement unt de grâce, Qn'en bien versant, en repos paisse vivre, Et mon estude en liberté poursuivre.

D'oà vient cela? C'est un cas bien estrangf, Où l'on ne peut acquérir grand louange.

Quand on m'aura on braslé oa pendu.

Mis snr la roue et en quartiers fendu, Qu'en sera-t-il? Ce sera un corps mort.

Las I toutes fols n'aurait-on nul remord De faire ainsi mourir crurllement Un qui en rlea n'a ftnikict nnllement.

Un bommo est-il de valeur si petite ?

Es^ce une mouche? ou nn vcrms, qui mérite Sans nul égard si tost être destruict?

Un home est-il si tost falct et instmict.

Si tost muni de science et vertn.

Pour estre ainsi qu'une paille, un fétu Annihilé? faict-on si peu de compte D'un noble esprit qui maint anitre surmonte?

( Êpttre à la souveraine et vénérable Court du Parlement de Paris. )

(I) Voy. Dueatiana, 1. 1, p. itb

elle n'y pourra rien aussi, attendu qne tu ne seras plus rien du tout (1).

Le 4 novembre 1544, la Faculté de Théologie de Paris s'étant assemblée, ce passage traduit de latin en français, dit d'Argeutré» « après la mort tu ne seras rien du tout^ fut • jugé hérétique et conforme à l'esprit des « Saducéens et des Épicuriens (2). H fut « déféré k la censure, qui le déclara mal trac duit et contre Tintention de Platon , auquel « n'y a en grec ni en latin ces mots ribn

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