DU TOUT
Sur cette décision , Dolet fut déclaré atteint et convaincu d'être athée relaps, La sentence fut exécutée le 3 août 1546 , |our de la fête de son patron Etienne. Monté sur récbafaudy il prononça^ dit-on, cette prière : « Mi Deus , quem toties offendi , propitius « esto; teque Yirginem matrem precor, dift vumque Stephanum , ut apud* Doftainum a prome peccatore intercedatis » ; puis il avertit les assistants de lire ses livres avec circonspection, protestant plus de trois fois qt^ils contenaient bien des choses qu'il n'avait Jamais entendues.
Je regrette de ne pouvoir insérer ici le cantique que Dolet composa dans sa prison, et dont mon parent M. Guillaume Debure donna communication à M. Née de la Rochelle, savant libraire de Paris , ami de mon aieul, et qui a écrit la vietrès-drconstanciée d'Élienne Dolet, Paris 1779. Je me bornerai à la Prosopopœa ad Leciorem composée par Dolet, qui dans tous ses ouvrages semble frappé de l'idée de la mort , et d'une mort prématurée :
« Salve, lector, et animam hac paulam adverte. « Qaod miaerain mortaiea ducunt , feliclsslaina dito 01 mort puto. Qaamobrem et mihl mortno mortem « gratttlai'b, et questu abstine} morte entm mortaUa « esse desiL ValcetmUil qulescentt bene precare (s), »
M. Taillandier (4) a publié toutes les pièces judiciaires concernant Dolet, qu'il a retrouvées dans les registres criminels du parlement de Paris. Mous nous bornerons à un extrait de l'arrêt de condamnation, du 2 août 1546, en la grand' chambre, où étaient MM
e Ladite cour condamne ledit Dolet , prison- Dier, à être mené et conduit par l'exéctitear de la haute justice en un tombereau, depuis lesdifes prisons de la Conciergerie do Palais, Jasques à la place Maubert, où sera dressée et plantée au lieu plus eommode et convenable une potence,
(i) ScdxpdrifiC' 'Ort nepl {Jièv to{»c Cûvtoc oûx ionv , ol 6à ànoOocvovTec oOx elviv* &0Te oQxs TKçX ak vOv 2ot(v , oO yàp TéOwjxac , oOre el rt nàOoic, laxùLi icepi ai* oO yàç oOx îaei. Plat, jixioeh., p. sm.
(a) CoUeetio JudMor, L I, p. i4, eol. a, et Ilndex qui est à la Un; et t. II, part. 1, p. i40, col. a.
(s) Pièces de vers de Dolet à la suite des Orationet dwB in ThotMom, p. aos.
(4) Procès d'Estlenoei Paris* Techner, ism.
à l'entour de laquelle sera fait ud grand feu, auquel, après avoir été soulevé en ladite potcDce, son corps sera jeté et brusié avec ses livres et son corps mué et converti en cendres, et a déclaré et déclare tous et chacun les biens duàit prisonnier acquis et confisqués au roi; que auparavant rexécution de mort dudit Dolet, il sera mis en torture et question extraordinaire pour cDsdgner ses compagnons.
« LiZET. •— DE MONTMIREL. »
m Et néanmoins est retenu in n^ente curiœ^ que ou ledit Dolet fera aucun scandale ou dira aucun blasphème, la langue lui sera coupée, et brûlé tout vif. »
La Caille met Dolet au nombre des libraires de Paris, où probablement il avait un dépdt ; toutefois, il appartient à Thistoire de Timprimené de Paris par ses deux emprisonne* ments à la Conciergerie, et sa fin déplorable à la place Maubert. C'est à ces titres que j'ai cru devoir lui consacrer ici cette notice.
1547. Henri II renouvelle l'ordonnance de François l*' datée de 152i relativement à la défense d'imprimer sans autorisation de TUniyersité et de la Faculté de Théologie, et ajoute que ra(y|m>bation des permissions données par la ^Faculté de Théologie serait imprimée au commencement des livres. Par lettres patentes (de septembre) il confirme l'exemption accordée par François T', en 1515, aux imprimeors et libraires de tout service militaire dans la ville, hors le cas de péril imminent.
1548. Guillaume Morel, né à Tilleul en Normandie, savant helléniste, est reçu imprimeur et est nommé imprimeur du roi pour le grec.
Ses éditions sont nonibretues et élégantes,
dit Mail taire, qui en a donné la liste. D'après
Pépitaphe satirique qu'Henri Estienne a faite
sur lui, il parait qu'il abjura la religion ré-
.formée.
Sa marque était la lettre fatale des Grecs, 6, entourée de deux serpents, signe de l'immortalité. Quelquefois un amour est assis sur la ligne transversale de la lettre 6, avec ce vers de Martial placé au-dessous,
Vlctoros gentam débet habere liber, et quelquefois cette maxime d'Euripide : Aeu- Tepai 9povT(2ec oo^értEpon,
Guillaume Morel , malgré ses belles éditions et tout son sayoir, mourut ruiné. La Caille dit qu'Estienne Prévosteau épousa sa fille Jeanne, et que sur les livres qu'il imprima il mit la marque de son beau-père. Sa veuve épousa l'imprimeur libraire Bienné.
Selon La Croix du Maine, le frère de Guillaume Morel, Jean, aurait été brûlé à Paris pour fait de religion; mais Peignot dit seulement que Jean Morel, accusé d'hérésie, mourut en prison ; que son corps fut déterré et brûlé le 27 février 1559.
tSM). André Wéchel succède à son père.
Secondé par François Sylbnrge, il accrut le renom de l'imprimerie paternelle.
En 1559 l'ouvrage de Pierre Ramus (ou de La Ramée), £Àber de Moribus veterum Gallorum, petit in-8**, fut imprimé en latin par Wéchel, ainsi que la traduction française de Michel de Casteinau.
En 1562 il imprima la grammaire de Pierre Ramus, où est adoptée l'orthographe simplifiée conformément à la prononciation; son titre est Gramere, En 1572 Ramus en donna une autre édition, chez Wéchel, mais il avait renoncé à son système orthographique; en voici le titre : Grammaire de Pierre de La Ramée, lecteur du roy ; à la reyne mère.
Mais bientôt, par suite de démêlés avec la Sorbonne et des dangers qu'il courut au massacre de la Saint-Barthélémy, auquel il n'échappa que par les efforts de Hubert Langlet« ministre d'Etat de Saxe, alors à Paris, il transporta son imprimerie à Francfort-surle-Main, et se mit sous la protection du comte de Hanau. Dans l'épltre dédicatoire en tète des Vandalia d'Albert Krantz, imprimé par lui à Francfort, en 1575, il témoigne à ce ministre sa reconnaissance. Il mourut à Francfort, en 1581*
1550. Ballard ( Robert P'), libraire, est nommé imprimeur royal pour la musique.
Cette imprimerie s'est continuée jusqu'à nos jours. M. Vinchon, l'un de nos meilleurs peintres, allié de d^adame veuve Ballard, lui a succédé comme imprimeur de la Ville de Paris.
1551. Estienne Charles (1), troisième fils de Henri 1"', est reçu imprimeur-libraire. Son éducation ne fut pas moins brillante que celle de ses frères. Jeune encore il fut reçu docteur en médecine à la Faculté dé Paris, et fat choisi vers 1540 par Lazarre Baïf pour être précepteur de son fils Antoine, qui acquit une certaine célébrité par ses poésies françaises. Charles fut emmené par Lazarre Baïf dans ses ambassi^des d'Allemagne et d'Italie, où il se lia avec les hommes les plus célèbres, entre autres avec Aide Manuce, qui écrit daus une de ses lettres à un de ses compatriotes qui se trouvait à Paris : « Saluta eum (Turnebum) meis verbis , cum veterrimo amico meo, spectala; virtutis et industriae viro, Carolo Stéphane. » Ép. 17, 1. 5.
Le poêle Antoine Baïf, dit en parlant du voyage de son père :
11 fat solgneox de prendre
Des malstrcs le meUlear poar dès lors m'enseigncr
Le grec et le latin sans y rien espargner,
Cbarle Estienne premier, disciple de Lascare , etc.
Mon père, qui alors
AUoit ambassadeur en Almagne
.... et menolt en voyage
(i) Je crois qne Lotttn commet une erreur en indiquant Charles BsUenjie comme reçu libraire en issa et imprimeur du roi en ma ; c'est seulement aux édt- Uons de ibbi que ce Utre apparaît pour la première fois.
' Charle BsUcnnect Ronsard, qalsortoltbors de pa'ge,
Estienne, médecin, qui bien parlant estolt, . Ronsard, de qal la fleur un beau fruit promettait.
' £o 1552 il fut nommé imprimeur du roi, et publia une nouvelle édition in«f> dviDiction^ naire Latin-Français , revue et augmentée par lui, d'après les éditions données en 1538, 1543 et 1546 par Robert Estienne. 11 aida le voyageur Pierre Bélon dans la rédaction de son ouvrage De AquaUlibuSt qu'il imprima avec soin, et dont il composa la préface.
Ce bel ouvrage est orné de gravures en bois représentant les oiseaux. Il donna en 1555 son traité d*agriculture intitulé Prxdium Rusticum, format in-8°, qu'il traduisit luimême en français, et qui Ait publié en 1564, sous le nom d'Agriculture ou Maison Rustique, par les soins de son gendre Liébault; ouvrage qui fut successivement augmenté et amélioré d*édition en édition. Charles a aussi imprimé plusieurs petits traités pleins d'érudition, dont il est l'auteur.
En 1553 Charles Estienne fit paraître son Dictionarium Historicum etPaeticum/m-i^, ouvrage qui lui coûta de grandes recherches, et qui est l'origine et le modèle de tous les dictionnaires historiques publiés depuis.
£n 1555 il publia une édition de Cicéron, en 4 vol. in-f°, suivi d'un Thésaurus Otcero* nianus, auquel il avait donné tous ses soins et sur ie succès duquel il avait fondé un espoir qui fut déçu sous le rapport coinmerdal.
Maittaire met au premier rang les éditions de Charles Estienne, qui, dit*il, n'a été surpassé comme typographe par aucun imprimeur de la même époque , et qui comme érudit ne le cède en rien aux plus illustres membres de sa famille et aux plus savants imprimeurs de son temps. Le célèbre Buchanan en parle avec éloge dans son poème sur la goutte.
Charles mourut eu 1564, dans les prisons du Châtelet, par suite du fâcheux état de ses affaires commerciales. Sa fille Nicole épousa le médecin Liébault ; elle se distingua dans les lettres par ses compositions en prose et en .vers.
1550. Robert Estienne publie sa superbe édition du Nouveau Testament in-f', dont le texte, revu de nouveau par Robert Estienne, qui savait, dit son fils Henri Estienne, noblement dépenser l'argent lorsqu'il fallait propager l'instruction et les bonnes études , mais qui devenait prodigue dès qu'il s'agissait de propager les saintes Écritures et d'éclaircir la parole .de Dieu. Cette édition est accompagnée de variantes placées en marge. Quoique l'autorité eût déclaré le livre irréprochable, la Sorbonue Tattaqua. Les notes avaient été empruntées au docte Yatable; mais celuici, redoutant le courroux de la Sorbonne, crut devoir les désavouer. En tête du volume est
une pièce de vers grecs, composés par Henri Estienne au sujet de cette édition, et deux préfaces de Robert Estienne, une en grec, l'autre en latin.
Après une conférence avec les théologiens, dont R. Estienne rend compte dans sa |{^ns« aux Censures f et où il prouve leur peu de connaissance des manuscrits , il raconte qu'étant allé présenter au roi « cet ouvrage, selon la « coutume, en présence des cardinaux et des « princes, Castellan exposa au roi ce que la A sacrée Faculté avait ordonné d'un si saint K œuvre. On se mit à rire d'une façon étrange « et à tourner en ridicule les prétentions des « théologiens. Quand ils virent que revenu de « la cour je mis ce Nou veau Testament^n vente (c sans nulle crainte , ils s'émerveillèrent de « l'audace d'un homme privé et imprimeor « contre le décret des théologiens.
« Me voyant hors de leurs mains , afin àt « ne lesenaigrir par mépris, je m'accordai de « leur communiquer tout ce que j'imprimerois « ci-après, dont me trouvant enfilé par cette « paction ou plutût nécessité, ils commencè- « rent à n'avoir plus nulle crainte de moi ; et a de moi je n'étois en rien plus assuré d'eux , « car je sa vois bien qu'ils étoient enflammés « d'une haine irréconciliable contre moi , par « quoi j'ai été contraint de me retirer en lien « plus sûr, d'où je pusse accomplir la promesse « que j'avois faite. »
Robert Estienne expose que, « bien qu'il n'y avoit nulle cause de se défier de la protection du roi , cependant tout étoit à craindre, et de leurs calomnies, et de leur audace, qui alloit jusqu'à mépriser les commandements du roi, sans en être punis, et en outre la grande dépense qu'il lui falloit faire à suivre la cour, en abandonnant ses études et ses travaux. Voilà, lecteur chrétien , le dernier acte de ce jeu; et il serait trop long et trop difficile de raconter comment le Seigneur m'a tiré de leurs lacs. »
1550. Nivelle (Sébastien), libraire juré et imprimeur, n'épargnait aucune dépense pour la bonne exécution des livres qu'il imprimait. Parmi les Pères grecs in-f° qu'il publia est saint Jean Chrysostome, 4 vol. En 1550 11 imprima une description de la Terre-Sainte par Miré. Sa devise était : Honora patrem tuum et matrem tuam, ut sis longœvus super terrant .* il mourut à quatre-vingts ans.
1551 (27 juin). Déclaration de Henri II, datée de Chateaubriand, qui veut que « deux fois l'an les officines et boutiques des imprimeurs , libraires et vendeurs de livres, soient visitées par des députés, auxquels les imprimeurs et libraires seront tenus et contraints par toutes voies faire ouverture, pour saisir et mettre en notre main tous les livres qu'ils trouveroient suspects de vice. »
1 55 1 . Robert Estiennepublie une charmante
édition da NouTeàu Testament, 2 vol. format in- 16. La date Imprimée porte par erreur mdxli. A presque tous les exemplaires elle a été grattée.
1551. Robert Ëstienne se réfugie à Genève.
Il parait cependant qu'il conserva une partie de son imprimerie à Paris.
Un document récemment découvert, et publié dans le ifecuei/ de V École des Chartes (\), nous apprend comment R. Ëstienne parvint à faire passer sa nombreuse famille secrètement et successivement en Suisse, afin de pouvoir quitter un jour son pays sans fâcheux empêchement, et comment Charles Ëstienne , frère de Robert, obtint du roi Henri II « lettres de « rémission et de main levée en faveur des ti héritiers mineurs de Robert Ëstienne ^ « rautorisant,comme oncle et tuteur de J7e7iH> « Robert, Charles, François, Jeanne, Ca- « therine, Jean el Marie, tous enfants mi- « neurs de Robert Ëstienne , notre impri- <( meur ordinaire es lettres hébraïques, grec- « ques et latines, et de feue Perette Bade, sa « femme, etc., etc., jouir... leur faisant pleine M et entière main levée de leurs dits biens, etc. M Donné à Yillers-Cotterez , août 1552. »
Ces lettres royales, oh l'intention d'être favorable aux enfants de Robert Ëstienne est maoilèste, ainsi que le prouvent les longs détails qu'elles contiennent, préservèrent cette famille d'une ruine complète ; sans elles nous serions très^probablement privés des immenses travaux qui immortalisent Henri Ëstienne.
M Ainsi donc, dit très-justement M. A. A.
N Renouard , malgré la faiblesse de son carac- « tère , le roi Henri II, par cet acte d*une sage « clémence, jusque alors ignoré, sut préserver (t des derniers effets de la haine ecclésiastique « la famille de l'imprimeur chéri du roi son H père, et pour lequel il n'était pas lui-même « sans estime. »
Combien ne doit-on pas regretter que les passions religieuses d'une époque où des persécutions acharnées conduisaient des chrétiens à réchafaud pour quelques différences dans l'interprétation des textes sacrés nous aient enlevé Robert Ëstienne à la force de Tâge (2) !
« Doué du génie de l'investigalion et de la critique, ce qui l'entraînait vers la doctrine du libre examen , et dominé en même temps par une imagination austère el puritaine , ce qui le prédisposait à l'exaltation reUgieuse, le jeune Robert eut nécessairement un rôle marqué dans le terrible drame de la réforme.
« Sincère dans ce qu'il croyait là foi catholique , il se maintint pendant vingt-cinq ans dans celte orthodoxie un peu douteuse qui
(1) Par M. Bogène de Stadler (Juillet t840).
(3) Parmi les stataes qut orneot l'Hôlel-de-VIlle est celle de Robert Ëstienne ; il est représenté de grandeur naturelle , tenant d'une roain son Theaaurus Latinœ LingtUB ; à ses pieds est une casse d'imprimerie lui •ervant de soutien.
fut celle de tant d'hommes célèbres et modérés de celle époque, Érasme, Budé, Lambin, Turnèbe, Cujas, Guillaume Cop, de Thou, L'Hospital et beaucoup d'autres. Sans les attaques provocatrices des théologiens et les excitations fébriles de la polémique, il est probable qu'il aurait persévéré jusqu'à sa mort dans cette situation indécise et équivoque, à laquelle ne purent même pas se soustraire entièrement plusieurs hauts dignitaires du clergé catholique, les Du Bellay, le cardinal Guillaume Briçonnet, le cardinal Odet de Cb&til- Ion, Guillaume Parvi, Jean de Montluc, évêque de Valence, etc., etc. Mais, poussé à bout par des hostilités maladroites, irrité par des censures qu'il croyait entachées d'ignorance et d'injustice, emporté par l'impatience de la lutte, il franchit la distance de plus en plus faible qui le séparait du protestantisme. De tiède et douteux catholique il devint calviniste emporté (1). »
1551 ( 13 octobre). Privilège est accordé au libraire Jean Daltier, demeurant sur le pont Saint-Michel, pour l'impression des livres examinés et censurés par la Faculté de Théologie de Paris depuis 1544 jusqu'en 1551.
1551. Ballard Robert , libraire , est nommé imprimeur du roi pour la musique.
1552. Turnèbe ( Adrien ) est nommé imprimeur du roi pour le grec, en remplacement do Robert Ëstienne, réfugié à Genève. Ce fut un des plus savants hommes de son temps, professeur du roi en grec, en latin et en philosophie. Berlhius, Scaliger, Huet, Ronsard en ont fait le plus grand éloge. Montaigne dit qu'il était « le plus savant et le plus grand homme qu'il y eût depuis mille ans, n'ayant rien de pédantesque que le port de sa robe et quelque façon extérieure qui pouvoit n'être pas tout à fait civilisée , et qui sont choses de néant » (2). Le président de Thou dit que sa vue et sa conversation produisirent sur lui un tel effet, qu'elle lui revenait sans cesse à la mémoire, même en rêve, dans sa jeunesse. Le premier jour de ses noces , dit Scaliger, il étudia encore plusieurs heures. Ses éditions sont belles et estimées. 11 publia la première édition du texte grec de Philon, 1552. Dans sou recueil complet in-f°, 1580 (3), intitulé ildver^aria, divisé en trente livres, il avait réuni tout ce qu'il avait rencontré d'intéressant dans ses lectures. Ses autres ouvrages ont été imprimés à Strasbourg en 1606; ils contiennent ses Com-
(i) M. Magnin, second article sur les Ëstienne, inséré au Journal des Savants, Janvier i84i.
(s) Montaigne, Essais, 1. 1, cli. xiv ; il ajoute au 1. II, cil. TVii, qu'il savait plus et savait mieux ce qu'il savait qu'Iiomme qui fût de son siècle ni loin au delà.
(3) La première édiUon parut à Paris, t.I,ii{64, t. Il, 186», t. III, IK79. Cet ouvrage, que de Thou proclame digne de rimmortalité, fut réimprimé encore en itsas, et à fiâle en lissi , à Strasbourg en iit99 , à Orléans en 1604.
mentairessurCicérùn, Varran, Thucydide et Platon, des écrits contre Ramas, des tradactions d'Aristote, Théopbraste, Plutarque, Platon, etc., des poésies grecques et latines, et des traités particuliers. Henri Estienne , qui était intimement lié d*amitié aTec lui, a fait son éloge, où se trouve ce Ters remarquable :
Hic plaçait enacUs, qnod tibt non placolt. Ses impressions sont remarquables par leur belle exécution typographique. Il s'était adjoint Guillaume Morel pour le seconder dans les trayaox de Timprimerie royale. Son édition d'Eschyle, in-8% 1552, est surtout recberchée. Il mettait pour devise sur les livres qu'il a imprimés ce vers d'Homère, dont il taisait l'application à François 1^' : BounXeÎT* àyaO^ xpatep^ T* «Ixc^nr^ (1). Il mourut en 1565, âgé de cinquante-trois ans.
1552. Sur la réclamation d'Érasme, dont les ouvrages étaient contreMts, un privilège de deux ans après l'impression achevée, fut accordé aux auteurs pour la vente de leurs livres.
1552. Robert Estienne publie à Genève en français sa Réponse aux Censures des Théologiens de Paru, qu'il avait d'abord écrite en latin. Ce pamphlet violent, incisif, « chef- « d'œovre de polémique, digne par le nerf « de Targumentation , la grâce et la malice « des récits et des portraits, d'être regardé « comme un avant-coureur des Petites Lettres « fulminées un siècle plus tard contre cette <t même société de la Sorbonne (2) ».
Mais dans ce chef-d'œuvre de style, où jamais la langue française n'avait brillé encore avec tant d'éclat et de netteté, la passion se montre trop à découvert pour n'y pas admettre l'exagération , le caractère sévère de Robert Estienne ne permettant pas de soupçonner sa bonne foi.
Toutefois, comme le fait remarquer avec raison M. Magnin, « la mansuétude n'était pas la vertu de Robert Estienne et n'était guère non plus celle de son époque. On est frappé de stupeur quand on voit un vieillard échappé à grand'peine aux persécutions et aux bûchers de la France, applaudir, dans son asile, à d'autres persécuteurs, regarder comme un crime les dissidences religieuses, approuver les supplices et mettre ses presses au service des apologistes de la condamnation de Michel Servet. On ne sait si on veille quand on voit dans une préface, datée de 1533, Robert Estienne re-^ prêcher aux théologiens de Paris, ses persetuteurs, de n'avoir pas seulement songé à faire brûler les livres et la personne de l'athée François Rabelais (3). D'aussi tristes ïoconsé-
(1) Plosiears livres Imprimés par Robert Estienne portent aaist ce vers d'Homère.
(s) M. Magnin, même article da Journal de» Savante.
(s) Prvfat. ad Glots, novembre 19».
quences ne justifient pas, sans doute, mais expliquent et font comprendre lès excès de la Sorbonne. On sent que les violences qui ont ensanglanté ce siècle ne sont pas le propre de tels hommes ou de telle corporation, mais le résultat de l'esprit général, ou plutôt de la maladie qui afOigeait alors la société tout entière. »
1553. Parmi le grand nombre d'édits que les rois de France donnèrent en faveur de rimprimérie dès son origine, on remarque le suivant, de Henri II, en date du 23 septembre 1553 :
Henri II, etc. ; nous dufiment averti du grand profit et émoluments qu'apporte en nostre royaume et à nos si^ets Part de l'imprimerie, tant pour la grande quantité des livres qui s*impriment es villes de nostre royaume, qui se vendent et débitent aux estrangers en divers lieux, pays et provinces , dont viennent gros deniers en iceluy nostre royaume et à nos dits so^ets, qo'aussy pour le grand bien, commodité et profit que prennent de l'impression des livres tous les gens de lettres , et singulièrement les supposts et escholiers de nos Universitez; pour ces considérations, et aussi pour le grand et louable artifice qu'il y a au fait de l'imprimerie, par laquelle est conservée et perpétuée la mémoire de toutes les choses , nos prédécesseurs désirant entretenir, accroître et augmenter l'art d'ioelle imprimerie, pour le grand fruit qu'elle apporte, l'auioient non-seulement privilégiée, affranchie et exemptée de tous tributs , péages , imposition et subsides, mais aussi les escrivains, imprimeurs et toutes autres personnes nécessaires et requises pour le dit art, composition et fait de la dite imprimerie. Outre ces considérations, n'ignorant qu'en mettant sur les livres Imprimés l'imposition de la taxe foraine, resvê, domaine forain, et haut passage, ce seroit chasser et éloigner de nostre royaume l'art et négoce de l'imprimerie et l'envoyer aux estrangers, lesquels, pour l'attirer à eux et en prendre le profit et émoluments, tinrent la dite imprimerie, franche et exempte de tout subside et impositions ; en quoy faisant les imprimeurs et libraires des pays estrangers pourroient vendre les livres à beaucoup meilleur marché et à plus bas prix que les imprimeurs et libraires de nostre dit royaume, dont viendroit que les estrangers qui y négocient pour le commerce des dits livres, et en achètent de nos 8i]^ets, se poorvoiroient ailleurs, ce qui pourroit estre cause que l'art de l'imprimerie viendroit à s'anéantir et estre délaissé en plusieurs lieux et villes d'Iceluy nostre royaume, auquel seroit grosse perte pour les deniers et autres denrées quiy viennent de tous costez, & cause du dit commerce que font nos sujets des ditz livres imprim<^ , avec les estrangers... avons ordonné et ordonnons., de ne lever ni exiger aucune chose des dits droits pour raison des dits livres, en quelque temps que ce soit.
1554. Henri Estienne If , fils de Robert I , pnblie les Odes d'Anacréon sur le manuscrit qu'il avait trouvé dans son voyage eu Itaiie.
A la fin du texte d'ADacréon, imprimé a?ec les plus beaux types de Garamond, est la traduction latinelaite par Henri Estienne dans les mâoaes mètres qaeceax du poète grec. Ce char* manf petit volume porte : ApudSenrieutn Ste* phanumfCum privilegio régis; mais comme il est probable que Henri Estienne n'avait pas encore monté son imprimerie, c'est chez son onde Charles Estienne qo'll aura imprimé ce volome, en lui donnant des soins tout particuliers.
Dans Pépltre en grec de six pages, adressée par H. Estienne à Odet de Selve, qui se trouve en tète du charmant petit volume Dionysii ffalicamassei Responsio ad Cn. Pompeii epistolam, etc., imprimé et publié par Henri Estienne chez son oncle Charles, en 1554, il s*excase de ne pouvoir lui ofTrir un ouvrage plus considérable, vu le fâcheux état de sa situation (0; et dans son épltre latine, adressée à Pierre l^ctorius , il donne un précieux détail sur les deux manuscrits d'Anacréon, dont l'un avait été découvert par lui en Italie, l'autre lui avait été donné par un étudiant anglais, John Clément, attaché à sir Thomas More. « L'un des deux, dit-il, est écrit sur parchemin, l'autre sur écorce d'arbre, le premier est mal écrit et souvent peu correct ; le second est si vieux qu'à chaque mot quelque lettre échappe à la vue. »
« Il eût été bien désirable, dit M. de la Mon- « naye, écrivant à Bayle, que ces deux manus- « crits eussent pu être retrouvés ; mais malhen* « reusement à la fin de sa carrière la raison de « Henri Estienne s'étant égarée, il les laissa « périr ainsi que beaucoup d'autres^ qu'il ne « communiquait à personne, pas même à son « gendre Casaubon (2). »
1556. Harsy ( Olivier) e$i reçu imprimeurlibraire. Sa devise était une herse avec cette devise : evertit et xquat,
ï\ imprima en 1576 le Droit Civil, avec les commentaires d'Accurse, 5 gros volumes in-f<* ; ouvrage à cinq et à six colonnes, imprimé en ronge et en noir et d'une superbe exécution.
C'est un vrai chef-d'œuvre.
1556. Henri II exige qu'un exemplaire, imprimé sur vélin , de tout livre dont l'impression est autorisée soit remis à la Bibliothèque Royale, et que cet exemplaire soit superbement relié. Cest, dit-on, à Diane de Poitiers, qui aimait beaucoup les livres, et dont tant de beaux exemplaires portent les armes, qu*on doit cette ordonnance.
(i)'AvTt icoXXûv x%\ \uy6iX(ù^f Ûv aoi {me-
(TxotJiTiv, ôXÎYaTtvàxal{j,ixpà7cé(iic(i> aoi. O05è
-jfàp iyù) aUioc, &XX' ifj Tûv è\uù)t iTpaY(iàTa>v
icovTipà yuLxéaxaax^. *Evt\^ 8è xà irpàYiiaTa où
yt^verou (Sk pouXôfieOa, <Sk Y^Y^^^ pouX(û|A£6a. Voy. jt View ofthe early Parisiançreèk press, Oxford, it8S,fty E. Greswel; tome II, p. les.
^s) Kai 9tXo|JM6e(aç xai iToXvi(JiaOeCotç prope incredibUta monumenta. Ep. im à bav. Hœsrbel.
1557. Robert Estienne publie à Genève sa Grammaire Française ^ 1 vol. in-8^
1557. Morel ( Frédéric P' ), né en Champagne , gendre et héritier de Michel Vascosan, est libraire et imprimeur. Aussi docte en grec qu'en latin, il était interprète du roi es langues, et lut nommé imprimeur du roi le 4 mars 1571, en remplacement de son oncle Robert Estienne. Les principaux ouvrages imprimés par lui sont Quintilien, 1563, et V Architecture de Philibert de Lorme. La marque de Morel était un mûrier, avec cette devise :
IlSv 8év8pov &Y>^^ xotpRoOc xocXoOc icoitt.
Il obtint en 1581 de transmettre à son fils Frédéric son titre d'imprimeur du roi.
1558. Henri Estienne publie en un vol. in-r* : Impp. Justiniani, Justini, Leonis Novellœ Constitutiones;Jtutiniani Edieta, ex bibliotheca illnstris viri Huldrici Foggeri, domini in Kirchperg, et Weyssenhom, publicœ commoditati dicantur. Justiniani opus antea editnm, ex vetnstis exemplaribns studio et diligentia Henrid Scrimgeri (1) , Scoti , resti* tutum et emendatum , etc.
Au bas do titre Henri Estienne met pour la première fois : « Excudebat Benricus Ste* phanns, Holdrid Fuggeri typographus. »
Ce riche banquier d'Augsliourg, d'abord camérier du pape Paul III , puis protestant , secourait générensement Henri Estienne. 11 était le protecteur des lettres; mais sa famille le fit déclarer incapable de gérer ses biens, et Henri fut privé de ce puissant appui (2). Hulrich Fugger, retiré à Heidelberg, légua sa superbe bibliothèque au Palatinat.
1558. Buon {€rabriel) est libraire juré et im* primeur ; il a donné l'édit. de Ronsard de 1 587, réimprimée par son fils Nicolas Buon en 1633, in-P>, avec les commentaires de Riclielet.
1559. Parait chez Vincent Sertenas la première édition de la traduction de Longus par Amyot, petit in*8°. Cette édition, fort recherchée, porte à la fin la marque du libraire, qui est composée avec goût. Au-dessous de son monograpbe, où se retrouvent toutes les lettres
(i) Barbe, fiUe de Glande de Ville, seigneur de Villele-Pradhom et de FéUx , était parente de cet Henri Scrimger, noble écouals et l'un des jurisconsultes les plus célèbres de ce temps. Henri Pépousaen secondes noces, en im6. Dans sa préface d'Aulu Celle , tMa, adressée à PanI, son fils, on volt combien elle lui était cbère et combien étalent grandes ses qualités. Paul, son fils aloé, fut le seul de ses enfants quelle put aUatter. Henri, dans la lettre A JeanGaton de Vienne, i«r aoAt iKSi, lui écrit : Plurihu» aolito dittriiUus eram eurii et negotiit, proptet mortmn eh^iriss^ma eonJugUt quam meeum tota propemodum urbt lucet, quod in ea rariuimum exsHteHi exemplum magnœ nobiUtatis, nobilitari tamen matfiM morum prœstantia et virtuUbut eupientis,
(s) Dans les lettres de Henri Estienne publiées en 1830 par M. Passow II réclame de cette famille des payements arriérés; mais, malgré des engagements écrits, il est probable qu'il ne reçut Jamais les cinq cents florins pour lesquete U offrait de transiger.
de son nom » que dominent les emblèmes d'Apollon, est placée cette, légende : Vincenti non vicio gîoria datur,
1559. Mort de Robert Estlenne à Genève, le 7 septembre (1). « Forisgloriadives, etdomi liberis, gui manehant relicta opulenta suppellecHle, » dit de Thou, qui en a fait ainsi réloge :
« Robert Estienne laisse loin derrière lui les Aide Manuceet Froben pour la rectitude et la netteté du jugement, pour l'application au trayail et pour la perfection de l'art même. Ce sont là pour lui des titres à la reconnaissance de la France et du monde entier, titres plus solides que n'ont jamais été pour les plus fameux capitaines leurs plus brillantes conquêtes. Ces travaux seuls ont plus fait pour l'honneur et la gloire immortelle de la France que tous nos exploits militaires et que tous les arts de la paix (2). »
Et voici ce qu'en pensait son noble rival Aldus Plus, ainsi que nous t'apprenons de son fils Paul Manuce. « J'ai entendu dire à mon père que nul n'avait égalé Robert Estienne par le soin et le zèle qu'il apportait à la correction et à la publication des anciens auteurs (3). »
On a vu combien la vie de Robert Estienne, dévouée à l'étude scrupuleuse des textes de la Bible et à sou interprétation selon ses convictions et sa profonde science, fut entourée de périls ; celle de son fils, non moins dévouée à l'amour de l'étude , à ses convictions poli* tiques et religieuses et au devoir de soutenir la gloire paternelle (4), ne fut pas moins orageuse. Même foi pour la religion; même dévouement , on peut dire héroïque, pour la science; même enthousiasme pour leur art; même tendresse éclairée pour leurs enfants et leur famille, animaient l'un et l'autre.
Mais si le caractère da père nous semble plus austère, tandis que celui du fils, tantôt mélancolique et solitaire, tantôt emporté par la passion des voyages et le charme de la société des savauts , des grands, des princes et même des rois (5), se montre plus inquiet, tous deux
(1) Lottln commet une grave erreur dans son Catalogue en faisant figurer Perette Bade, veuve de Hobert l" Estienne à la date du 7 septembre ib<s9. Cette savante fille de JosseBade, que Robert EsUenne avait époust^e vers luae, était morte depuis longtemps, puisque le 14 décembre iwto Robert Estienne s'était marié en seconde» noces avec Marguerite Deschamps, dite Duchemin,
(t) Histoire de Jacques-Auguste de Thou , I. XVI, ad annum itus.
(3) A la mort d'Aide Manuce, Henri Estienne composa en son honneur uneépltapbe en vers grecs et latins où 11 signale les services dont le monde et les écrits des anciens sont redevables à Aide , « la gloire et le soutien de l'art typographique ».
(4) Ot paternam in paterna dillgentla gloriam xmularetur. (Préface d^jéulu-Celle , p. 6. )
(5) Tantôt 11 vivait renfermé dans son cabinet, tantôt 11 vivait à la cour, à demi courtisan (semiaulicuSj Préfatte d'Aulu-Gelle, p. sa). Quelquefois une humeur
par leurs travaux , leur probité et 4eur zèle surhumain pour la science, ont élevé la typographie à la dignité d'un sacerdoce. Enfin, c'est par leur amour du beau dans les lettres et les arts, par leur esprit de nationalité et la conviction qu'ils avaient dans la préceUence du langage français, qualités sympathiques à la branche des Valois, que tous deux, quoique voués au protestantisme, furent également chers à François 1*', à Henri II et à Henri III, qui les estimèrent, les protégèrent et les honorèrent de leur familiarité (1). s
Prlnclplbus placulsse vlrls non ultlma laus est. C'est avec un vif intérêt que l'on suit le roi François V et sa sœur, l'aimable et savante Marguerite, reine de Navarre, dans les visites qu'ils daignaient faire, dans la rue Saint-Jean de Bauvais, au modeste atelier de Robert Estienne, pour y suivre les progrès dont la typographie, encore naissante, était redevable à ce docte et habile imprimeur. Je crois même qu'à ces marques de bienveillance se rattachait une pens^ généreuse, et que François V, qui avait honoré Robert Estienne du titre d'imprimeur du roi et l'avait préservé de l'animosité du clergé, voulait ainsi , dans ces temps calamiteux, lui donner une preuve manifeste et salutaire de l'intérêt tout particulier qu'il portait à sa personne.
1559. Henri Estienne II réunit l'Imprimerie de son père à la sienne.
1560. Lettres patentes de Charles IX (mars) portant confirmation et continuation aux imprimeurs de toutes les grâces, faveurs, droits, privilèges, libertés, franchises, exemptions, etc., octroyées et concédées par les rois ses prédécesseurs.
1560. Le 15 juillet le libraire Martin Lhomme (2) est pendu, d'après un arrêt du parlement de Paris, en date du 13 juillet.
noire, qu'il décrit dans sa préface an président Heort de Mesmes, lui faisait prendre ses livres en dégoùu Presque toujours en voyage, 11 composait h cheval des vers, tout len recherchant les manuscrits en Angleterre, en Hollande, en Suisse, en Aliemagoe, dans les Pays-Bas, en Hongrie, et en Italie, où 11 se rendit souvent, et chargé quelquefois par le roi de missions délicates et périlleuses.
(1) On sait que François 1"' surprenant un jour Robert Estienne absorbé dans son imprimerie par le soin extrême qu'il apportait k la lecture d'une épreuve, exigea qu'il achevât son travail, dont il voulut bien attendre la fin. Ce fait est rapporté par Helnslus, presque contemporain, dans une épitrc en tête d'un curieux ouvrage, intitulé : Dissertatio épistolica an vira Uterato dueenda sit uxor et qualis ; Lugduni Batav., leie, p. m.
Foy. à ce sujet, et sur l'histoire de Robert et de Henri Estienne, trois articles aussi Intéressants qu'instructifs , par M. Magnln , conservateur de la Bibliothèque nationale, membre de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres , insérés au Journal des Savants, années i840 et is4i.
Le nom de M. Magnln se rattache à rimprlmerie de Paris par les Saugrain, dont U descend, et par 1^. GuiU. Debure, dont 11 est le neveu.
(9) U ne flgure au Catalogue de Lottln que comme
Ce mailre imprimeur demeuraot à Paris, rue da Mûrier, près la rue Saint-Victor, aux Trois-Marches du Degré, natif de Rouen, fut accusé d'avoir débité un écrit intitulé le Tigre royale qui était une satire dirigée contre les Guises (1), et condamné, dit l'arrêt (2), a à estre pendu et estranglé à une potence mise à la place Maubert , lieu commode et convenable (3) , et déclare tout et chascun des biens du dict prisonnier acquis et confisquez au roy, et oultre ordonne la court que les dicts cartelz, epistres, livres diffamatoires mentionnés au dict procès seront arseS et bruslez en la présence du dict prisonnier auparavant la dicte exécution à mort ».
De Thou parle de la mort de ce malheureux, qu'il appelle pauperculus lihrarius, Régnier de la Planche , Castelnau , Brantôme, Bayle, etc., l'ont également mentionnée. Mais ce qui est encore plus déplorable, c'est la triste destinée d'un marchand de Rouen , nommé Robert Dehors , qui se trouvait par hasard à Paris lorsqu'on conduisait ce libraire au supplice : « Or, dit Régnier de la Planche, ne savoit-il pourquoy on le faisoit mourir, et descendoit de cheval à une hostellerie prochaine; voyant le peuple fort animé contre ce malheureux, s'écria : « Et quoy , mes amis!
dit-il, ne suffit*il pas qu'il meure? Laissez faire le bourreau. Le voulez-vous tourmenter davantage que sa sentence ne porte? »
Ces paroles d'humanité le firent arrêter, et promptement juger, puisque l'arrêt est daté du t9 juillet, il fut condamné à être pendu et étranglé en place Maubert, « pour raison de la sédition et émotion populaire faicte par le dict prisonnier lors de l'exécution de mort de Martin Lhomme, par le moyen des propos scandaleux et blasphèmes dicts et proférés par le dict Dehors, prisonnier, contre l'honneur de Dieu et de la glorieuse Vierge Marie, induisant par le dict prisonnier le peuple à sédition et scandale public. »
1561. Ordonnance de ChaHes IX ( 17 jan-
llbraire en ikm, et exerçant sa profession en ik»9. Régnier de la Planche et Castelnau disent qu'il était Imprimeur.
(1) On ne connaît qu'un seul exemplaire de cet ouvrage. Intitulé : ÉpUre envoyée au Tigre de la France; notre célèbre bibliographe M. Drunet en est l'heureux possesseur; Il n'a que sept feuillets. Le style en est •' trte-remarquable, surtout à une époque antérieure de rinfglanê aux Essais de Montaigne. m.Hoiier en cite les phrases suivantes : « Tu fis tant par tes impostures que sous Tamltlé fardée d'un pape dissimulateur, ton frère atné fut fait chef de toute l'armée du roi. — Je connois ta vieillesse, si en vieillie en son obstination, et tes mœurs si dépravées, que le récit de tes crimes ne te sauroit émouvoir, etc. »
(s) Arrêt du i» Juillet iwo, retrouvé par M. Taillandier dans les registres criminels du Parlement, et Inséré au bulleUn du Bibliophile de Techner avec des détails très- intéressants sur cette affUre. Année i84s,
(s) C'était aussi à la place Maubert que quatorze aos auparavant Dolet avait été pendu et. brAiA viX.
vier ), ordonnance confirmée le 10 septembre 1563 :
• Art. 13. Voulons que tous imprimeurs , semeurs et vendeurs de placards et libelles diffamatoires soient punis pour la première fois du fouet, et pour la seconde fois de la vie. •
1 561. BobertEstienne 11, fils du précédent, est nommé garde des caractères et poinçons du roi, qui lo protégea, attendu qu'il avait été déshérité par Robert Estienne , son père, pour n'avoir pas voulu embrasser la religion protestante.
1 561 . Galliot II Dupré, second fils de Galliot r% est reçu libraire.
1562. Henri Estienne II publie la traduction latine de Sextus Empiricus. Dans sa dédicace au président de Mesme, il raconte comment cette occupation parvint à le guérir d'une maladie, qui semble avoir été le spleen.
1562. Estiennfi (François II), fils de François Estienne P', est imprimeur et libraire.
1562. Henri Estienne publie quatre ouvrages in-fol. commencés du vivant de son père, qui mourut avant leur achèvement. Ce sont des commentaires rédigés par Martorat, Vatable, Luther et Calvin, !<" sur la Genèse; 2° sur les Psaumes de David; 3° Catena recentiorum Theologorum Proteslantium in Psalmos et Cantica; V* N. T. Catholica Expositio, ecclesiastica, ex variis probatis Theologis excerpta ab Augustino Martorato ... in unum corpus singufari artificio conflatx : quâs instar Bibliothecx multis expositionibus r^fertx esse possint.
C'est à ce dernier ouvrage, réimprimé trois fois par Henri Estienne, et qui l'a été souvent à Genève et ailleurs, que se trouve la préface où H. Estienne déplore la mort de son père, si fatale à sa famille, aux lettres et à VexiS" tence de la typographie.
Cette même année, le 30 octobre, Tinfortuné et savant Augustin Martorat fut pendu à Rouen, par ordre do connétable Anne de Montmorency et de François duc de Guise.
1563. Lettres patentes de Charles IX ( Mantes, 10 septembre ), par lesquelles il est défendu aux imprimeurs d'imprimer sans permission, sous peine d^estre pendus et estranglez. Elles furent lues, publiées et enregistrées par le parlement sans opposition.
1563. Jean Estienne, troisième fils de Robert P*^, est reçu libraire.
1565. Michel Sonnius, libraire juré , fui le chef d'une famille d'imprimeurs-libraires qui s'est éteinte en 1650, et qui fut à la tète du commerce de la librairie par l'importance de ses publications. Sa marque était la vipère attachée au doigt de saint Paul, à Malte, sans lui nuire ; avec ces mots : Si Deus pro nobis, auid contra nos?
1565. Mort d'Adrien Tarnèbe. Voici l'épilaphe que lui composa Henri Estienne :
Cur plaçait cnnctls Tamebiu ? Car tôt amtci
IIU, Ylx bostes anoB et alter erant?
Cur plaçait canctis? Tôt liaguis liogaa dlserta
Totoe ilU poiuit conciliare yiros?
Cur placûlt conctfs? An quod certare Tldebant
Judlcii dotes dotlbusingenll?
Cur plaçait conctls? ennctas placultne qaod artcs
Excolait Gralas, ezcolalt Latias?
Car plaçait canette? an qaod totoaqne lepores
Spiraret, totos qaod lepldoaqae saies? [causa : Causas eqaidem sunt bae : sed et bsc est maxinia
Hic plaçait cuncUs quod slbi non plaçait.
1565. Ze Discours merveilleux de la vie, actions et déportements de Catherine de Médicis, royne mère^ auquel sont recitez les moyens qu'elle a tenus pour usurper le gouvernement du royaume de France, et ruiner VÉtat dHceluy, publié cette année sans nom de lieu ni dMmprimeur, passe pour être FœuTre de Henri Estienne^ quoique d'autres l'attribuent à son ami Théodore de Bèze; peut-être est-ce l'œuvre dé tous deux. La traduction latine qui parut la même année fut faite, à ce qu'on assure, par Henri Estienne, et imprimée probablement par lui.
« L'histoire a confirmé, sinon approuvé, presque toutes les rudes et souvent brutales accusations de cet outrageux pamphlet. Un des plus sûrs garants de la véracité de ce libelle pourrait être Catherine elle-même, qui, suivant ce qu'assurent plusieurs écrits contemporains, dit, après s'être fait lire l'ouvrage, que si l'auteur l'avait consultée, il aurait pu en raconter bien d'autres (i). »
1566. Henri Estienne publie le Traité de la conformité du làngage/rançois avec le grec.
Il est sans date, mais il porte cette indication : Duquel traité l'auteur et imprimeur est Henri Estienne, fils de feu Robert Estienne.
Estimant que la langue grecque est la plus parfaite que les hommes aient jamais parlée, c'est sur ce système que Henri Estienne appuie tout le raisonnement de son livre, en sorte que de tous les idiomes modernes celui qui se rapprochera le plus du grec sera le plus parfait , d'où il conclut que la langue française , par son rapport avec la langue grecque, « tient le second lieu entre tous les langages qui ont jamais esté, et le premier entre ceux qui sont aujourd'hui ».
1566. Henri Estienne publie sa magnifique ' édition des Pœtâe Grœci principes. Dans ce véritable chef-d'œuvre typographique, Henri Estienne a cherché des difficulté d'exécution que je n'ai remarquées dans aucun autre de ses ouvrages.
Afin de distinguer les noms propres, ceux des villes ou des peuples, ceux des montagnes, ceux des fleuves, Henri Estienne a ajusté au-
(0 A. A. Reoouard, Annales de l'Imprimerie des Estienne f p. i4s.
t dessus de ces mots quelques signes particuliers -. .1^ pour désigner chacun d'eux.
Cette difficulté typographique, qui s'augmente en raison des esprits on accents desmota grecs, n'avait pas encore été signalée. Elle est partout heureusement vaincue, et même sans laisser deviner par quel moyen. Le titre porte : Sxcudebat Henricus Stephanus , ilkutris viri HtUderichi Fuggeri typographus.
, Il publia aussi cette année la traduction latine d'Hérodote par Laurent Yalia, après l'avoir retouchée. C'est dans la préface que Henri Estienne fit l'apologie d'Hérodote. Au verso du titre sont deux pièces de vers dirigés contre ceux qui accusent cet historien ^'avoir composé une histoire fabuleuse (I). Le temps n'a fieiit que confirmer l'opinion d'Henri Estienne, en prouvant la réalité d'un grand nombre de faits regardés à tort cooune SahU' leux.
Les attaques injustes dont Hérodote avait été l'objet et l'ardeur que mit Henri Estienne à le défendre l'engagèrent, sous prétexte qu'on voulait faire une traduction française de l'apologie qui accompagne son édition, à publier la même année r/n^ro£iItic^» au Traité de la conformité des merveilles anciennes avec les modernes, ou Traitépréparatif àV Apologie pour Hérodote^ qu'il composa à la h&te. Dans cet écrit satirique Henri Estienne, prenant pour prétexte d'excuser les choses qui paraissent absurdes et révoltantes dans Hérodote par d'autres qui ne lui semblaient pas moins étranges à des époques récentes, accumule une foule d'anecdotes, de traits satiriques, de petits contes plus ou moins inconvenants que sa vaste mémoire avait recueillis dans ses voyages, ses conversations et ses lectures. Mais cet ouvrage origmal est plutôt d'un pamphlétaire que d'un érudit, et d'après le titre on s'attendait à autre chose.
Il en résulta pour Henri Estienne plus de désagrément à Genève de la part des protestants qu'à Paris de la part des catholiques.
Mandé au conseil de Genève, le 11 septembre 1578, et réprimandé, Henri Estienne crut prudent de venir se réfugier à Paris, et ce ne fut que le 12 août 1580, par l'intervention de Henri III et par l'entremise de M. de Sancy, son ambassadeur, qu'il obtint la permission de rentrer à Grcnève. Mais les remontrances qui lui furent faites l'ayant irrité, il répliqua avec emportement, et fut arrêté et emprisonné.
L'ambassadeur de France dut donc intervenir de nouveau pour obtenir sa grâce. Henri £s-
(0 Ces vers latins ont été ainsi traduits par Henri Estienne dans son Apologie pour Hérodote :
Tant d'actes merveilleux en cet osavre lirea Que de nul autre après, émerveillé seres.
Et pourres, vous savants, du plaisir ici prendre, Vous, non aav^ts, pourres en riant y apprendre.
tieooe, ayant recomiiu sa faute, fut mis en liberté. Cependaot le 1" septembre 1581 il fut de nouveau réprimandé, et condamné à l'amendé pour avoir imprimé un livre sans permission.
L'apologie pour Hérodote fut réimprimée douze ou treize fois du vivant de Henri Estienne.
1566. Henri Estienne publie le Nouveau Testament en grec, format in- 16, avec des additions en marge expliquant les mots et les locutions difficiles et une savante préface de trente-six pages, que le P. Niceron s'étonne de n'avoir point vu réimprimer en tête des bonnes éditions du Nouveau Testament en grec
1566 ( 21 mai). L'histoire, qui a enregistré dans les annales de la typographie le jour de la visite que fit Jeanne d' Albret, mère de Henri IV, à l'imprimerie de Robert Estienne III» nous a conservé aussi le quatrain qu'elle y improvisa :
Art singulier, d'ici au derniers ans Représentes aux enfants de ma race Que J'ai soivt des craignant-Dieu la trace Afin qu'ils soient les mêmes pas sulTants.
Et voici la réponse que lui fit immédiatement Robert Estienne :
jiu nom i» ^Imprimerie.
Princesse qoe le ciel de grâces favorise, A qui les cralgnantpDieu souhaitent tout bonbenr, A qui les grands esprits ont donné tout honneur, Foor «Toir doctement U science conquise,
S'U est Trai que du temps la plus brave entregrise, Aii*deTant des vertus abaisse sa grandeur.
S'il est vrai que les ans n*offasquent la splendeur Qui fait luire partout les enfants de TÉglise,
Le ciel, les craignant-Dieu, et les hommes savants Me feront raconter aux peuples survivants Vos grâces, votre cœur et louange notoire.
Bt puisque vos vertus ne peuvent prendre fin, Par vous Je demenrrai vivante â cette fin.
Qu'aux peuples à venir J'en garde la mémoire.
1566. Jean Bien-Né (^«nena^t») succéda comme imprimeur à Guillaume Morel. U était fort instruit ; et il imprima de concert avec Prévosteau un Novum Testamentwnen syriaque et en grec, avec leur version latine interlinéaire, 1584, in^®. Son chef-d'œuvre est l'édition grecque de Démosthène, avec les Scholies d^Ulpien^ iu-f, dont l'impression avait été commencée par GuUi. Morel douze ans auparavant (1).
D'après une épigramme de Scœvola Sainte- Marthe, il parait que Bien*Né mourut assassiné. Sa fille, fort instruite en grec et en hébreu, fut capable de continuer la surveillance de l'imprimerie de son père. La veuve de Bien-Né, /iremière femme de Guillaume Morel, lui succéda comme imprimeur et comme libraire le 15 février 1588.
1566. Les députés de l'assemblée des libraires se réunirent pour recevoir des libraires
(i) Reiske déclare que la partie Imprimée et revue par Guillaume Morel . et qui s'arrête à VOratio de fais» leçatiane, est de beaucoup supérieure sous tous les rapports â la suite, dont Bien-Né confia la révision à Lambinus.
leur engagement et serment d'assister aux pro« cessions.
« Congregati foerunt D. D. deputati Unlversitatis ad reciplendnm Joramenta a librariis de adeundls prooessionibus. Idem comparaerunt Blichael Yascosan, Joannes de Rogny; Goill.
Merlin ; Hieronymusde Marnef; JohannesFoucher; Sebast Nivelle; Guill. Cavellat; DionysiosPauger ; iEgidius Gourbin ; Thomas Bremon; Stephanus Petit ; Guill. Guillart ; Petrus Drouart; GuilL Merlin Junior; Michael Sonnins ; Galliotns Du Pré ; Gabriel Buon ; Joannes Rlcouart, Ubrarii juratà^ et Joannes Canivel, religator presdicim Vnivenitaiis, qui juramentum pnestiterunt. »
1567 (janvier 12). L'Université condamne ceux des libraires qui se sont abstenus d'assis* ter à la procession du recteur, lllos et alin O/fidarios mulctandos, qui non aâfwTuv\ publicis supplicationibus (1).
1567. Ordre aux libraires de tenir affiché dans leur boutique le prix de chaque ouvrage, conformément aux anciens usages.
1567. Henri Ostienne publie en un seul volume in-f* un Corpus MedÀcorum^ composé de onze auteurs, sous le titre de Medica Artis Principes post Hippocratem et Galienum,
Dans la préface il s'applaudit d'avoir eu l'i* dée de réunif en un seul volume un grand nombre d'ouvrages épars, dont chacun séparément formait souvent plusieurs volumes.
Il dit que la pratique lui ayant démontré dans le cours de ses études l'inconvénient qui résultait de cette dispersion des auteurs en tant de volumes divers^ il a cru, après mûre réflexion, rendre un grand service aux amis des lettres en réunissant sous un même toit les auteurs qui ont écrit sur un même sujet ou dans un genre analogue, afin qu'on pût les consulter simultanément (2).
Cette pensée de Henri Estienne^ qui m'avait toujours frappé, se trouve exécutée dans la Bibliothèque des auteurs grecs, où les ouvrages traitant de sujets analogues sont réunis en peu de volumes, ou même en un seul, lorsqu'il y a possibilité. Ainsi tous les poètes didactiques et bucoliques (3) sont renfermés
(I) P« 31 du Recueil d'actes.
(s) Quum suis studils ntilisslmum semper Judicarit elusdem argumenti scriptores»8l non uno volumine, al certe qnam paucissimls fleri posset. Incluses habere(adeo utetlam multos, qui seorsum compactl erant, recomplngendos, ut allis sociarl possent, eu* rarit) venit bic allquando Inmentem, éesuo sensu judlcanUy gratlsslmam se omnibus literamm stndiosls rem facturam si ^usdem generls scrlptores eodem veiut tecto redperet, Ita ut una eademque opéra uni* versi consull a quolibet possent... •
(s) C'est aussi ce qu*avalt fait Artémidore, comme on le volt dans son distique.
Btt>xoXixat MoTaai cmoodfis; icoxà vvv $* &\m icà- 'Evri {J.I&C i&db/dpoç, evTi |j.iâc àyikoLç. [aat
Vos muses, qui loin du hameau Erraient chacune en sa prairie.
Bergers, ne font plus qu'un troupeau Et n'ont plus qu'une bergerie.
(Traduction de M, Firmin DidoL)
AnacreontU ollm Atodos dedi Jocosos t Aaacreontlcam nunc, Sed nlhll ADacreooUs Dabo lyram sonantem.
Sic œmulabor hastam
eu un seul Tolume ; il en est de même de tous les poètes épiques , Homère excepté, et des poètes cycliques , qui réunis forment à eux seuls un autre Tolome, etc.
1068. Jean Ricouart est accusé de désho- Dorer sa profession de libraire en exerçant le métier de charbonnier. Cité le 17 septembre pour comparaître en Sorbonne dans rassemblée du recteur et des députés de runiversité, il lui est intimé Tordre de quitter l'exercice de charbonnier sous peine de perdre son office de libraire.
1 à6&,Psalmi Davidis aliquot, métro anacreontico et sapphico. Autore Henrico Stephano , cujus etiam in offictna prodeunt ejusdem Henrici Stephani Odarion de Psalmis aliquot Davidicis a se àvaxpeov- Teio(ieXo7cot7iO£t(rt .
En tète se trouvent ces jolis vers latins de H. Estienne :
Qas Tulnus Inferebat, Addebat et medelam.
Quos saueiaTlt oUm NervU chelys profanis , Saoabit llla nervis Aptata chrisUanls.
1569. Henri Estienne publia cette année deux ouvrages qui intéressent la typographie; Tun est son poème intitulé : Artis typograpnic£ QuBRiMONiA de illiteratis quibusdam TypographiSf propter qtu)s in contemptum venit (i) , l'autre est sa lettre adressée à ses amis sur Tétat de son imprimerie. Dans le premier il déplore l'ignorance et la négligence de quelques imprimeurs et correcteurs, dans Tautre il rend plus particulièrement compte des travaux qu^il exécute pour son édition du Thésaurus Grxcx Linguœ.
1570. Chaudière ( Guillaume) est reçu imprimeur-libraire. II était ainsi que Jean Bien-Né imprimeur de la Sainte -Ligue. Tous deux publièrent en 1594 les Sermons de la simulée conversion du roi Henri IV, prêches par Jean Boucher, curé de Saint-Benoit, in-8<*.
(1) Dans sa préface on Ut ce passage : Bcquid, obsecro, dicturumputamus Aldum, si nune revivUceiu tideat auccessisse sibi typographos quorum non minima pars vix pêne cuiud in Ubris quam quomodo alba pagina discernenda sit a nigra, intel- Ugit? {IVam qui tantum profecerunt ut graca Uterorum elementapossint a Latinis, HebraicaaCrœcii Siscernere, atrocem sibi fteri injuriam existiment $i in numéro indociorum habeantur. ) Quid vero dicturos M, Ulum Musurum et lanum Lascarin putamuSt inïquibus primis Grœcia reviviicere cœpit, et qui principes in pandendo nobis ad lingua Grœcœ adyta itinere fuerunt? Quid , inquam, dicturos remur, si quum ipsi tantum honoris arti typographicœ detulerint , ut non indignam existimarint cui suam operam navarent, fungentes munere eorrectorum ( liceat enim de rébus typographicis typographicê loqui), eo rem devenisse videant. ut si qtUs tria Latinœ Unguœ verba, totidemque Grœcœ norit» typographicœ iUius correctioni nobiiissimi quique utriusque ItngtUB scriptores committanturf Quid enim, obsecro, cUiud est hanc in illos scriptores potesttUem ejusmodi hominibus permit • tere quam gladios furiosis in manus tradere?
1571. La Sorbonne censure et défend la vente du quatrième livre du Pantagruel de Rabelais. Mais l'année suivante, par la volonté du roi Henri II et grêce aux sollicitations du cardinal de Châtillon, cette défense est levée.
1571. Edict du roy Charles IX sur la réformation de l'imprimerie, (Gaillon, mois de mai, enregistré le 7 septembre) (1) :
« Nos prédécesseurs loys , entre tous les arts quHls ont estimé dignes d'être conserves, mainternis etadvancez, ont principalement eu en grande réputation et estime l'art de l'imprimerie, comme celui qui cultive, polit, entretient et eslève les bons esprits ; et pour la manutention et conservation du dit art , fait plusieurs statuts et ordonnances; et mesmemeat feu notre très-honoré sieur et ayeul es années 1541 et 1542, ait favorisé les imprimeurs et libraires* comme instruments nécessaires à la conservation des lettres et sciences , sans lesquelles la société humaine ne peut estre entretenue, — Outre lesquelles considérations est le dit art recommandable pour la commodité de deniers que rimprimerie, vente et distribution des livres , qui se fait principalement en nos villes de Paris et Lyon, apporte et tire des pays estrangers. — Or, combien que chascun se doyve estudier à la conservation du dit art, et d^oster et réséquer tous obstacles qui luy peuvent nuire, toutesfois nous avons esté advertis que la cherté du papier, et la difficulté quMi y a aux compagnons imprimeurs, et à leur satisfaire de vivres, gages et salaires, et les tenir en devoir, apportent telle incommodité , que partie des libraires qui souloient faire leur imprimerie eo nostre viUe de Lyon sont contraints faire imprimer hors nostre royaume la meilleure partie de leurs livres, puis soubs une première feuille qu'ils font Jaire avec leurs nom et marque, les vendent et à meilleur marché que s'ils estoient imprimez en notre royaume ; transporlans par conséquent le gain que nos subjects devoyent recevoir, à estrangers. — Et outre ce , les dits compagnons usent de divers monopoles et complots, quHIs font ensemblement, par le moyen desquels et mauvaise intelligence qui se servent el pratiquent entre eux , il est impossible aux no tables marchands qui voudroient entreprendre, conduire et mettre à tin quelque bon et laborieux ouvrage d'imprimerie, de s'asseurer que ce qui auroit esté commencé par tels imprimeurs mal obéyssants à nos édicts et ordonnances soit parachevé : et les œuvres demeurans imparfaites , les frais qu'ils auroient avancez seroient perdus. Et sur ceste défiance sont les dits notables marchands , et qui ont des moyens et facultez d'entreprendre les plus longs etlai)orieux ouvrages, tellement refroidis, qu'ils n'osent commettre leur travail, deniers et avances à gens si peu dociles et susceptibles de raison , et tenans si peu de compte de l'observation de nos édicts. Ce que par traict et succession de temps pourroit apporter cessation ou grande et notable diminution de la dite imprimerie. Pour ausquels abus obvier, et contenir les dits compagnons imprimeurs en devoir, ont été dressez
(1) FontanoD. Edits et ordonnances des rois de France, t. IV^p. 47r,, Parts, leti.
certains articles; l'entretenement desquels a esté requis par Dostre procureur eo nostre séneschaucée de Lyon , et depuis par les conseillers et eschevains de la dite ville. Et ayans été veuz par les recteurs, régents et principaux supposts de notre Université de Pari^, et par eux tr&uvez utiles et nécessaires.
(c Sçavoir faisons, etc. :
« Art. 3. Que les dits maistres /ac^n/ et puissent Jaire et prendre autant dCapprentifs que bon leur semblera, El où ils en auront plus d'un, seront contraints en prendre l'un du nombre des enfans qui sont nourris et entretenus en riiospital de la Trinité de nostre ville de Paris. Et que les dits compagnons ne puissent battre ne menasser les dits apprentils , ains les laisser besongner à volonté et discrétion de leurs màistres.
« Art. 6. Les dits compagnons et apprentifs ne feront aucuns banquets , qu'ils appellent proflciat, soit pour entrée, issue d'apprentissage, n'autrement, pour raison du dit estât.
« Art. 10. Les dits màistres fourniront aus dits compagnons les gages et salaires pour chacun mois ou sepmaine respectivement, comme ils accorderont ensemblement.
« Abt. II. Pour obvier aux plaintes qu'ont cy-devant faites les dits compagnons pour leurs vivres, tant de vin, pain que pitance, dont, s'ensuyvoient plusieurs et diverses débauches et querelles : les dits compagnons se nourriront d'oresenavant eux-mêmes^ ainsi quHls font aux Allemagne^ Flandre , Italie et ailleurs ^ soit en leurs maisons ou autrement en pension , comme bon leur semblera, sans que les dits màistres soient tenus de les nourrir, sauf à leur augmenter leurs gages, coomie il appartiendra ainsi qu*il sera advisé par les libraires Jurez de la dite Université, màistres imprimeurs et notables bourgeois non suspects aux parties.
« Art. 1*2. Les dits gages des dits compagnons commenceront quand la presse commencera à besongner, et finiront quand la dite presse cessera. £i demeureront les copies sur lesquelles les impressions auront été Jaictes entre les fnains des màistres imprimeurs, pour y avoir recours qiMnâ besoin sera,
■ Art. 13. Les màistres imprimeurs esllront, par chacun an, deux d'entre eux, avec deux des vingt-quatre màistres libraires Jurez de la dite année; l'office desquels sera de garder qu'il ne s'imprime aucun livre ou libelle diffamatoire ou hérétique, et que les impressions qui se feront en chacune ville soient bien et convenablement faites, c'est à savoir correctement et en bon papier et bons caractères, qui ne seront pas trop usez. Et où les dits Jurez trouveront quelque faute qui mérite répréhension, soit en la dite impression , ou que les présents articles ne soient observez , ils en feront leur rapport, pour y estre pourveu par le juge ordinaire, civil ou criminel, selon l'exigence du cas.
< Art. 20. Aucun ne pourra dresser imprimerie nouvelle, ne faire estât de maistre imprimeur, sinon qu'il ait fait son apprentissage en la forme voulue, ou qu'il ne soit certifié capable de bien faire le dit estrt, et par la certification de deux libraires Jurez, et de bonne réputation.
« Art. 21. Les màistres imprimeurs bailleront
ËNCYCL. liOD. — T. XXYI.
aux bons ouvriers tels salaires grands ûu petits qu'ils adviseront convenables , eu égard à la dextérité et diligence, et à Vouvrage qu'ils pourront rendre par chacun jour, sans que ceux qui pour leur paresse ou moindre dextérité ne pourront rendre tant de besongne s*en puisse plaindre.
< Art. 24. Ne pourront les dits libraires vendre la feuille des livres de classe en latin de grosses lettres, sans commentaires ni grec, plus de trois deniers (1) tournois, le grec plus de six , et autres livres de menue lettre, ou de plus grand papier que celui de classe, au prorata. En sorte que advenant que les dits libraires ayent meilleur marché des Journées ,et salaires des compagnons , seront tenus de diminuer le prix de leurs livres , selon i'advis des recteurs, doyens, màistres et vingt-quatre Jurez de la dite Université. »
Par cet édit Charles IX avait réglé les différends des apprentis imprimeurs avec leurs maîtres, mais son exécution excita quelques troubles y et le procureur général demanda que les imprimeurs-libraires fissent élection d'un procureur syndic qui veillât à l'exécution de l'ordonnance du roi et informât contre ceux qui refuseraient d'obéir. L'arrêt est du 1®^ octobre 1571. Ce syndic n'était qu'un rapporteur 8008 les quatre grands libraires JQrés; car on ne voit pas qu'il soit fait mention de iui dans aucun arrêt. Ce fut en 1610 qu'il acquit quelque pouvoir et qu'on tenta d'ôter le nom de jurés aux quatre grands libraires pour le remplacer par celui de gardes. On les Yoit ainsi désignés dans le règlement de 1618 : « // sera défendu aus dicts syndic et gardes de vostre Université de ne plus recevoir qu'un /tbraire, »
i 572. C'est dans cette année fatale (celle de la Saint- Barthélémy) que Henri Estienne fit paraître les quatre volumes in-f ( le cinquième parut Tannée suivante) contenant le Thésaurus Grœcœ Linguœ, monument d'une prodigieuse érudition, conçu par son père et rédigé après onze ans de longs travaux par Henri Estienne, qui l'imprima au milieu des circonstances les plus difficiles.
Il parut sous les auspices de l'empereur d'Autriche Maximilien H, de Charles IX, roi de France (2), d'Elisabeth , reine d'Angleterre, et des illustrissimes princes et seigneurs Frédéric comte palatin, du Rhin, Auguste duc de Saxe, Jean-Georges marquis de Brandebourg et de leurs illustres académies d'Heidelberg , de Leipsick et de Wittenberg, enfin de Francfort ad Viardum.
De tout ce qu'offre d'intéressant sa longue
(1) Équivalant à un sou valeur actuelle.
(s) Le privilège est daté de iMi.Ce qui donne lieu de croire que l'impression en fut alors commencée, en sorte que les quatre Tolomcs auraient été onze années sous presse. En isstt nous avons commencé Timpressiort de la nouvelle édition, que nous espérons achever en istfs.
et iDStrucUve préface je me bornerai à signaler Tenthoasiasme dont il dit s'être senti enflammé pour entreprendre cet immense tram\f sans être découragé par les difficultés ^c^ant le long cours de son exécution.
« Ce fut pour moi , dit-il , une véritable lâche herculéenne à remplir pendant tout le temps que je dus rouler ce rocher de Sisyphe sur un terrain hérissé d'obstacles. Mais de même que Virgile a dit d'Énée Vicit amor patriœ, je puis dire aussi Vidt amor lingtue, »
Puis, rappelant ces vers d'un ancien poëte qui célèbre la patience avec laquelle un amoureux endure la rigueur d'une nuit orageuse et le soldat les rigueurs du climat en hiver : « Je puis me comparera eux : Pervigilanl ambo, dit le poëte ; combien n'ai-je pas veillé aussi ! Mes amis, mes domestiques , savent si je surpassais et le soldat et l'amant en abstinence; et de mênoe qu'on poëte a dit au sujet de sa maltresse ;
Qulneliam sedes Jobrat si Tenderc avitat, Itc sub Imperlum su]) Ululamque lares ;
chacun sait que moi aussi pour ma maltresse , la langue grecque, et pour le passionné désir de créer mon Trésor, j'ai successivement dépensé tout mon avoir, et épuisé mon propre trésor, heureux si je puis dire avec le poëte :
Cet immense travail, qui ruina sa fortune, le fit vieillir avant le temps. « Mais la perte de mes biens, dit-il aux lecteurs , la perte de ma jeunesse me touchent peu, si mon travail obtient ton estime ; « sentiment généreux, digne du fils de Robert Estienne (1).
Pour concevoir corn ment Henri Estienne put amasser et coordonner une telle masse de matériaux à une époque o(i les recherches étaient si pénibles, puisque les textes publiés alors n'étaient accompagnés d'aucune table, ni divisés par chapitres et paragraphes , il faut croire qu'indépendamment de ses autres lectures, il dut prendre soin, à mesure qu'il imprimait tant de textes grecs enrichis de ses notes ou de ses traductions , de faire le dépouillement de ce que sur chaque mot chacun d'eux offrait de remarquable et d'utile (2). Cette science, cette persévérance, ce travail surhumain seront un éternel sujet d'étonnement. Aussi, revendi- <:]uant pour Henri Estienne la première place, que M. A. A. Renouard avait d'abord trop facilement accordée aux Aides, c'est avec raison que mon père a dit :
R Ah ! si Henri Estieime, persécuté pour ses
(1) AtThesaorus me lilc de dUile reddlt egenum £t facit at Juvcnera ruga scnilis arct ; Sed mlhl opum leviscst, leTi.sest]actura)ovcnta!, Judlclo hand levis est si iabor isle tuo.
(s) C'est ainsi qu'il publia en iw», comme essai, son Dlctlonarium Medicum grœeo-latinum, pour lequel il avait extrait tous les moU tenant à l'art de guérir qui se trouvent dans les anciens médeclnf.>
opinions religieuses , et l'esprit enfm aliéné par ses immenses travaux, est allé mourir pauvre, à Lyon, dans un hôpital , du moins»
ne lui envions pas la gloire d'être le premier imprimeur de tous les pays et de tous les âges, et que tout typographe, s'il a un noble sentiment de son art, se prosterne avec respect devant sa tombe.
Manibus date lilia picnis, Purpureos spargam flores, non, tiallia, tanlo Rarsum te poteris Jactare typugrapho, et ultra Slt sperare ncfas (i). m
Parmi les pièces de vers grecques et latines qui furent composées en l'honneur de cet ouvrage, la plus remarquable est celle qui se trouve au tome I*^ Les lettres initiales T. B. y. indiquent que l'auteur est Théodore de Bèze de Véselay , ce hardi et savant prédicateur, qu'on vit à la bataille de Dreux à la tête des troupes protestantes , armé de toutes pièces comme un autre Zuingle (2). Il y signale les services rendus aux lettres grecques et latines par Robert Estienne et par son fils Henri, auteurs, l'un du Trésor de la Langue Latine, l'autre du Trésor de la Langue Grecque.
Ausonlas quondam Musas Robertus egenlcs
Exccplt grato providus bospitlo.
Et nunc Henricus, patrls vestigia sectans,
Errantes Graias cxciplt bosplUo.
lUs anlem memores accepU muneris, ecce
Aternas Stcphanis constltuerc domos.
Vos sternum igltur, Stcpbanl, nunc vivitc ; namquc
sternum pracstant vivcrc Piérides.
Et vos cum Stephanis stcrno fœdcrc pacta:.
Et gralœ et latia;, vivitc. Piérides.
Tu quoqne, Masarum cultrU, Musis Stcphanisquc
Communes colito, sedula turba, domos.
1572. La déclaration du 10 septembre porte que A les maistres imprimeurs bailleront les copies diligemment revues , correctes et mises au net, au compositeur, afin que par le défaut de ce leur labeur ne soit retardé ».
1673. Mattayer (Jean), libraire et imprimeur du roi; son frère Samuel était également imprimeur du roi Henri HI» pour lequel il imprima, en 1588,1e grand Bréviaire in-H*, en rouge et noir. 11 suivit le roi à Tours , où il imprima, en 1593,1e Catholicon d'Espagne, qui est la première édition de la Satyre Ménippée.
(1) Noie bibliographique et typographique à la fin des Bucoliques de Virg^c , etc. , par Flrmln Didot,
ln-S% 180G.
Dans la lettre A mon fils aîné Ambr. Pirmin Dldot. voyageant dans la Troade et dans la Grèce, à la fin de sa tragédie û'yinnibal, Paris, I8i7, In-a», mon père m'écrivait : u S'U Failalt citer les noms fameux dans les fastes de l'imprimerie, queU noms on y trouverait! D'abord parmi la foule de ceux qui se sont distingués dans les ouvrages d'érudition et Tctudc des langues, les Aides, et surtout Robert Eaticnnc et son fils Henri, l'un auteur du Trésor de la Langue iMtine, l'autre du Trésor de la Langue Grecque, hommes savants et laborieux, auprès desquete nous ne sommes rien , etc. m
(s) Florlmond de Raymond, livre VIH, cbap. xvx.
1S73. Richer (Jean), libraire juré, était fort iostruit; on lui doit la publication des premiers volumes du Mercure Français. 11 fut un des libraires-imprimeurs qui suivirent Henri IV à Tours; sa marque était un arbre verdoyant, avec cette devise : 'OXêio; aurdpxr^, « Qui sait se contenter est riche ».
1575. Le 12 juillet le doyen de la Faculté Je Médecine se plaint en assemblée générale qu'on imprime les livres d'Ambroise Paré, premier chirurgien du roi, attendu qu'ils con* tienuent une doctrine pernicieuse et contraire aux bonnes moeurs : Quœ bonis moribtu et reipublicx nocent, quœ sunt nefanda, et supplie TUniversité de faire requête au parlement pour obliger fauteur à faire examiner ses ouvrages par les docteurs en médecine. Sur quoi le procureur syndic fit aussitôt sa réquisition pour que les libraires imprimant ces livres fussent mis à Pamende :
ut muleta indicatur librariis qui eos typis excudunt.
1575. Mamert Pâtisson, imprimeur- libraire, très-savant en grec , latin et français, épouse Denyse Barbe , veuve de Robert Estienoe IL Les livres qui portent le nom seul (le Robert ont dû être imprimés chez lui. ils portent la marque des Estiennes. Robert lU fit chez hii son éducation typographique.
La traduction d'Oppien en vers français par Florent Glirestien porte : Paris, imprimerie de Robert Estienne, par Mamert Pâtisson, 1575 , in-4<*. L'année précédente il avait imprimé le premier volume des Œuvres poétiques de Jodelle, avec cette indication : chez Chesneau, rue Saint-Jacques, au Chône- Vert, et Mamert Pâtisson, rue Saint- Jean de Beauvais, devant les Écoles de Droit, avec cette devise : Concordia vis nescia vinci.
En 1579 Mamert Pâtisson fut nommé imprimeur du roi. Il mourut en 1601. Sa veuve, qui lui succéda, imprima en 1604 Thuani Uistoriasui temporis, pars P, in-f°, édition encore recherchée, parce qu'elle contient des passages supprimés.
1576. Thierry (Henri), dont le père et l'aïeul étaient libraires, est reçu imprimeurlibraire. Ses caractères sont beaux et ses impressions correctes; les principales sont :
Sancti Hieronymi Opéra, 1588, 4 vol. in-f° ; Origine des Bourguignons, in-f^, etc.
1577. Arrêt du 27 juin, faisant défense à tout libraire, imprimeur et relieur d'acheter aucuns livres des enfants ou serviteurs des autres libraires, des enfants de famille , des écoliers, serviteurs, domestiques ou personnes inconnues , ni même vieux papiers et parchemins, soit qu'ils proviennent de Paris ou des provinces,
1578. Galliot Corrozet, premier fils de Gilles, est reçu libraire.
1578. Robert Grandjon, élève de Gara* mond, appelé par le pape Grégoire XIII, va établir une fonderie de caractères à Rome, dans le palais du Vatican, où il travailla, sous les or • dresdu cardinal de Médicis, à plusieurs carac • tères romains, droits , \&^as , arabes , syriaques , arméniens, illyriens et moscovites.
1579. Henri lll accorde à Henri Estienne une pension de 300 livres, en considération des beaux ouvrages grecs et latins qu'il avait im« primés et de sa mission en Suisse, où le roi Pavait envoyé pour recueillir des manuscrits et livres rares. Le brevet signé du roi Henri» le 12 août 1579, ajoute : « Enfin pour reconnaître les services que lui et ses prédécesseurs m'ont ci-devant faits. »
Déjà il en avait reçu une gratification de 3000 livres pour son ouvrage De la Précel' lence du Langage Français. Daus sonépttre dédicatoire au roi , Henri Estienne nous apprend que c'est sur les instances de Henri III qu'il avait entrepris cet opuscule; qu'eu vain, pour s'en défendre, il avait allégué que les papiers qu'il avait laissés à Genève lui étaient indispensables pour bien traiter ce sujet; mais que le rcH, avec qui Henri Estienne s'en était souvent entretenu dans leurs conversations, lui avait dit : « Faites suivaiit oc que vous fournira votre excellente mémoire. »
Cet ouvrage, annoncé par Henri Estienne sous le simple titre de projet, contient sur notre langue des renseignements d'autant plus précieux que Henri Estienne la possédait parfaitement , soit par l'étude de ses divers dialectes et des romanciers et fabliaux , soit par la comparaison qu'il en savait faire avec les langues anciennes et avec les langues modernes. Jugeant avec raison que les proverbes sont Texpression la plus vraie et la plus vive de nos pensées, et que pour se graver dans la mémoire du peuple et servir en quelque sorte de monnaie courante, ils avaient dû se présenter sous une forme nette et succincte, c*est là surtout qu'il est allé chercher ses exemples (1). Henri Estienne a écrit cet ouvrage dans un esprit tout national et pour démontrer que la langue française l'emporte sur toutes les antres en clarté et en précision , et que ni l'italien ni l'espagnol ne sauraient lui être comparés.
Les deux Dialogues du nouveau langage
(i) L'Académie Française en a Jugé de mésae dans la composlUonde ton Dictionnaire, où les proverbes sont choisis de préférence pour exemples. Vovea, ce qui est dit à ce sujet dans la Pré/ace du Dictionnaire de V Académie Française » par M. VUlemaln.
Henri Estienne, pour prouver qae les proverbes formaient la richesse la plus pure de notre langue, publia en i»84 Les Prémices, ou le premier livre àéi Proverbes epigrammatizez , ou des Êpigrammes prowrbiafisez, t^est-à-dire signez et scellez par les proverbes français, etc. Ouvrage curieux, mais incomplet et rédigé trop rapidement, comme tout ce que Henri Estienne a écrit cr O^ançAU.
français italianisé, et autrement déguisé principalement entre les courtisans de ce temps, etc., qu'il avait publiés en 1578, furent écrits dans le même esprit, et prirent aussi naissance dans les conyersations de Henri Estienne avec Henri III. Tous deux s'indignaient que par un esprit servile d'imitation étrangère les Français introduisaient, surtout dans le langage de la cour, une foule de mots et d*idiotiâmes italiens, en abandonnant ainsi ce qu'ils avaient de mieux. »
1579. Morel (Frédéric //), fils de Frédéric r% professeur et interprète du roi, est nommé imprimeur ordinaire du roi, tant pour l'hébreu , le grec et le français que pour le latin. Dans la souscription de son édition des Actes du Concile de Nicée, 1599, il prend le titre de professeur royal et d'architypograplie royal ; plus tard il fut doyen des professeurs royaux (1). Pendant trente-quatre ans il exerça avec autant'de zèle que de talent la profession dMmprimeur, tout en remplissant ses autres devoirs de professeur et d'érudit. Il composa en latin une tragédie d'Alexandre Sévère, et traduisit en vers grecs plusieurs extraits de poètes latins. « Personne, dit M.Huet, n'a traduit plus fidèlement que lui. » 11 avait donné des conseils à Amyot sur sa traduction de Plutarque. Comme critique, on estime surtout ses travaux sur les Sylves de Stace, et ses notes et sa traduction latine dis Libanius.
Maittaire dit au sujet de cette illustre famille de typographes , qui exerça si honorablement cette profession de 1557 à 1646, qu'il n'en est aucune, à l'exception des Estiennes, qui ait honoré autant et aussi longtemps la typographie.
L'application au travail fut telle chez Frédéric Morel , qu'on rapporte qu'il était absorbé dans ses recherches sur Libanius , lorsqu'on vint l'avertir que sa femme, qu'il aimait tendrement (2), était malade, et qu'elle mourut presque subitement avant qu'il s'arrachftt à ses travaux , tant ses affections cédaient à son amour de l'étude!
Sur la fin de sa carrière, son frère Claude Morel lui succéda dans la direction de son imprimerie; il était sans ambition et plein d'honneur.
1580. Nyon ( Guillaume ) est reçu libraire.
1583. Arrêt du conseil et lettres patentes
de Henri 111, enregistrées au parlement, sur la réclamation faite par les imprimeurs et fondeurs en caractères pour n'être pas compris dans la création qu'on venait de faire des -
(1^ De quanto honoris culmine nunc temporis decidit art typographica, dit i cette occasion Maittaire, après avoir énnméré tous les litres littéraires et honorifiques de Murel.
(S) Isabelle Dochesne , fille do professeur de ce nom au Collège de France
f Métiers , ce qui était contre l'honneur de tout temps attribué à l'art d'imprimer. 11 est fait droit à leur requête , pourvu qu'ils ne fassent autre profession ni aucun autre art mécanique.
Voici le considérant de cette déclaration :
t Nos cbers et bien amez les imprimeurs de nostre ville de Paris nous ont , par leur requeste à nous présentée en nostre conseil d'État, fait dire et remonstrer, qu'auparavant que Part de Timprimerie eust esté inventé il y avoit grand nombre d'escrivains qui estoient censez et réputez du corps de TUniversilé de Paris. Et depuis que le dit art d'imprimerie a esté mis en lumière, les imprimeurs ont succédé au lieu des dits escrivains, et ont toujours esté autant ou plus gratifiez que les dits escrivains : n'ayant Jamais le dit art d'imprimerie esté mis au nombre des mesUers méchanl* ques, ains tenu en tel honneur et réputation , que plusieurs personnages grandement expérimentés au fait des lettres , et de grande érudition, ont bien voulu eux-mêmes prendre qualité d'imprimeurs, tant en cestuy royaume que dehors. Toutesfois, depuis quelques Jours ayant esté par nous fait un édit de création de mestiers, ceux qui ont charge de l'exécution du dit édit auroient voulu comprendre les suppliants entre les artisans méchaniques, chose du tout contraire à l'honneur de tout temps attribué à l'art d'imprimerie. Et seroient contraints les dits suppliants, si on meltoit sur eux quelque cotisation, quitter leur art, ou pour le moins enchérir leurs impressions, qui sont déjà à assez haut prix, à cause de la cherté des vivres et du prix excessif du louage de% maisons. En quoy faisant, toutes sortes de personnes studieuses, et meamement tes pauvres escholiers seroient grandement incommodez : nous suppliants et requérants très-humblement à ceste occasion , qu'il nous pleust les excepter du dit édict, ensemble les fondeurs de caractères nécessaires au dit art d'imprimerie en nostre dite ville de Paris ; et sur ce leur octroyer les lettres nécessaires ;
« Scavoir faisons que nous inclinant libéralement a la supplication et requeste des dits im« primeurs, et désirant maintenir le dit art, comme des premiers et plus exquis de tous les autres, et duquel nos subjects retirent grant profit et utilité pour, leur instruction et érudition, de l'advis de nostre conseil, avons dit, déclaré et ordonné, et de nos grâce spéciale, pleine puissance et autborité royale, etc. •
1583. Nivelle (Nicolas), premier fils de Sébastien Nivelle, libraire juré, instruit et habile, devint imprimeur de la sainte ligue.
En 1589, lors du siège de Paris, il se trouvait sur le rempart près la porte Saint-Jacques quand les troupes du roi descendues dans le fossé escaladaient la muraille; déjà plusieurs soldats étaient montés sur le rempart, lorsque, secondé d'un avocat et d'un |)ère jésuite, Nivelle les en chassa; le reste des troupes, au nombre de plus de deux mille hommes, se retirèrent voyant la ville si bien gardée.
1584. Arrêt du 10 décembre rendu contre
BelleTîlle, qui fut pendu pour avi>lr publié un màuTais livre par lui composé contre le roi.
J584. Langelier {Ahel) eat reçu libraire; il passe pour avoir le plus fait imprimer en son temps; il avait pour marque le Sacrifice d'Abel.
1585. Henri Estienne publie son excellente édition d'Aulu-Gelle, précédée d'une épttre à son fils Paul, servant de préface à Touvrage. Elle donne beaucoup de détails intéressants sur son imprimerie et sur sa famille. Je n'en citerai que ce passage :
« Votre aïeul Robert avait réuni chez lui une espèce de décemvirat littéraire, qu'on pouvait appeler navtoeOvij (de toutes nations), aussi bien que nàvYXdiaaov (de toutes les langues), car les membres de cette docte réunion étaient de tous les pays et se servaient de tous les idiomes. Ces dix étrangers d'un savoir profond , particulièrement ceux qui composèrent les Epigrammata qui sont en tête de la dernière Àiition du Thésaurus Latinas Linguxt remplissaient les fonctions de correcteurs. Originaires de diverses contrées, et ne pouvant parler la même langue, ils se servaient entre eux du latin comme d'un commun interprète... Votre grand-mère, à l'exception de quelques mots peu usités , entendait tout ce qui se disait en latin presque aussi facilement que si c'eût été du français. Que dirai-je de votre tante Catherine , ma sœur, qui vit encore? Elle 9 non plus, n'avait pas besoin d'interprète pour comprendre le latin; bien plus, elle sait s'exprimer en cette langue, à quelques fautes près, de manière à être comprise de tout le monde. Les domestiques, les servantes même, qui entendaient tous les jours converser à table sur des sujets divers, plus ou moins à leur portée, s'accoutumaient tellement à ce langage, qu'ils comprenaient presque tout et finissaient par s'exprimer en latin. Mais ce qui contribuait encore à habituer toute la maison à parler la langue latine, c'est que mon frère Robert et moi jamais nous n'aurions osé nous servir d'un autre langage en présence de notre père ou de l'un de ses dix correcteurs. »
1586. La compagnie de la GrancP 'Navire, composée de Dupuy (Jacques), Nivelle ( Sébastien), Sonnius (Michel ), Dupuy (Baptiste), avait pour marque les initiales de leurs noms IDP. SN. MS. BDP. Elle imprima entre autres grands ouvrages : Bihliotheca Patrum, gr.-laU, 11 vol. '\ïï-ï?\SanctiAugustin% Opéra, 9 vol. in-f^ ; Sancti Ambrosii Opéra, 4 vol. in-P, etc. Elle avait acquis une telle réputation que dans les pays étrangers on ne Tisitait pas les livres qui portaient sa marque.
1587. Majcé (Barthélemi)f libraire juré.
Son édition de Plaute avec les commentaires de Lambin, in-f*, 1588, est recherchée, par le tra- Tail littéraire et la beauté de l'impression.
1588. Robert Estienne III, poète et interpfète du roi pour les langues grecque et latine , commence à imprimer ; il est traducteur des deux premiers 'livres de la Rhétorique d'Âristote. Parmi les ouvrages, peu nombreux, sortis de ses presses est le tome 1** ^e la 4* édition de \' Histoire de de Thou. Pour n'être pas confondu avec son père et son aïeul, il mettait ordinairement sur ses livres Robertus StephanusR. F. R. N. (Roberti filins, Roberti nepos ). Il mourut en 1640.
1588. Thierry {Rolin), imprimeur-libraire, qui succéda à son oncle Henri, fut un des imprimeursde la Sainte- Union^ti par conséquent grand ligueur. 11 fut emprisonné pour avoir imprimé le livre du Manant ; son emblème, par un jeu de mot bizarre, était trois épis de ris ( tiers ris), avec cet hexamètre barbare :
Pœnitet œternum mens non ter provida rite.
11 avait imprimé en société avec Nicolas Dufossée les Annales Ecclésiastique de Baronius traduites par Durand; 1616, 12 vol.
in-f».
1588. Orry(Marc), gendre de Mettayer, libraire juré et imprimeur, a publié un grand nombre de livres qui lui ont acquis une réputation méritée. Sa marque était un lion rampant regardant les étoiles, avec cette devise : Ad astra per aspera virtus, devise que conservèrent ses descendants, contrôleurs des finances.
1589. Cramoisy (Sébastien P'), gendre de Sébastien Nivelle, est reçu libraire ; en 1610 il est reçu libraire juré.
1590. Sonnius ( Laurent ), fils de Michel V, est reçu libraire. Le 4 août 1620 il est le premier syndic nommé par élection depuis la formation de la communauté. 11 faisait partie de la compagnie de la Grand'-Navire. Sa marque était un compas , avec cette devise :
Suo sapiens sic limite gaudet.
1592. Henri Estienne donne son édition d*Appien. Sa préface contient ce témoignage de raffection que François l'*" portait à Robert Estienne : « Ce roi, qui aimait avec passion la littérature et les gens de lettres , avait une af« fection toute particulière pour mon père , et peu de jours avant de mourir il la manifesta devant toute la cour de la manière la plus signalée. Tout ce que mon père demandait, il l'obtenait sans peine, et l'extrême libéralité du roi pour les lettres et la science égalait l'importance de ses grandes entreprises typographiques ; elle allait même au point de prévenir les désirs de mon père et de les surpasser tous. »
1593. Paul Estienne, premier fils de Henri et digne de son père , mais d'une nature moins énergique, s'est distingué par son érudition et ses excellentes éditions enrichies de ses commentaires. Il* nous a laissé plusieurs tradue-
lions, et un Toluoie imprimé par lai en 1593, contenant sa traduction en yers latins, dédiée à son père, de diverses. pièces de YAnthO" logie et ses Juvènilia. Son édition d'Euripide de 1602, celle de Sophocle de 1603, sont les plus estimées. On voit dans la préface de Henri Estienne en tête de son édition d'Aulu- Gelle toute la sollicitude que ce tendre père portait à son fils. Après avoir terminé ses études littéraires et typographiques dans la maisou paternelle , il fit plusieurs voyages, et se lia d'amitié avec Jérôme Gommelin à Heidelt>erg, à Lyon avec Jean de Tournes, et avec Norton en Angleterre. Son père lui avait inspiré surtout le goût de la poésie latine, et Paul Estienne s'y distingua, particulièrement dans la pièce qu'il publia en 1600 sur la mort de son père (1), dont il célèbre les grandes qualités avec les sentiments d'un fils aussi tendre que respectueux. Sa douleur y est profondément sentie et exprimée d'une manière touchante.
1594. Henri Estienne publie à Francfort chez Wechel son Exhortation à ^empereur Rodolphe pour rengager à faire une expédition contre les Turcs et à les combattre à outrance. C'est à la réunion du conseil général des princes à Ratisbonne que H. Estienne la lui présenta, ainsi qu'un autre discours sur le même sujet où sa haine contre Juste Lipse se confond quelquefois avec sa haine contre les Turcs.
1 594. Fournier jeune prétend que la plus ancienne fonderie particulière en France fut celle qu'établit cette année Guillaume le Bé , célèbre graveur, qui s'était rendu acquéreur de la plus grande partie des poinçons et matrices provenant de la fonderie du célèbre Garamond. La fonderie de Guillaume le Bé fut continuée par son fils et son petit-fils ; et ensuite par sa veuve, qui mourut en 1707 ; puis elle passa en 1730 entre les mains de Fournier.
1593. Henri IV , par letttvs patentes du 20 février, confirme les privilèges des imprimeurs, et les exempte des sulraides et impositions nouvellement établis par son arrêt du conseil d'État du 17 décembre 1594; il les avait exemptés du payement des droits pour la confirmation de leurs anciens privilèges, à l'occasion du nouvel avènement à la couronne.
1595. Abel Langelier imprime la Gerusalenime conquistata du Tasse. Le parlement, par son arrêt du f septembre même année, y fit supprimer dix -neuf vers contenant l'éloge du règne de Clément VU 1, où le poète, célébrant le pouvoir de ce pape, et parlant de la France, frappée d'excommunication par Sixte V, s'écrie : « Clément seul (oh ! combien ces temps sont encore éloignés de nous ), Clément! dis-
(0 En téle de la Concordance grecque du Nouveau Testament.
je, pourra seul donner le roi au royaume de France, et le royaume au roi. »
1596. Saugrain (Abraham) est reçu libraire; il était d'une famille d'imprimeurs à Lyon.
1598. Henri Estienne H meurt à Lyon, dans les premiers jours du mois de mars de celte année. Il était revenu de Genève pour revoir sa patrie, et il s'arrêta quelque temps, vers la fin de l'année 1597, chez son gendre» Casaubon , à Montpellier, occupé alors de son édition d'Athénée, auquel il remit les collations qu'il avait faites eu 1554 de cet ouvrage d'après un manuscrit de la Bibliothèque Farnèse^ il voyageait seul , selon sa coutume, dans quelques villes du midi de la France, lorsque, surpris à Lyon par une maladie , il alla chercher des secours dans l'hôpital de Lyon, où la mort le frappa :
Et Lugdunco rcqulcscont ossa scpulchro (i).
Le père Colonia, dans son Histoire de Lyon (2), dit que Henri Estienne fut enterré dans le cimetière des religionnaires, près l'hôpital , et qu'il fut le premier dont le convoi funèbre fut escorté par un détachement de la compagnie du Guet. « Nos magistrats, ajoutet-il , jugèrent cette précaution désormais nécessaire pour garantir les convois funèbres des protestants contre les insultes que leur avait faites la population catholique. »
1599. La communauté des imprimeurs et libraires de Paris fait saisir, d'après la sentence du prévôt de Paris , chez les dominoliers de Paris les caractères dont ceux-ci se servaient pour rimpression des légendes qui accompagnaient les planches gravées. Mais les dominoliers en appelèrent, et le 28 janvier 1600 ils obtinrent des lettres patentes en forme de charte qui leur en maintinrent l'usage ; l'arrêt suivant du parlement, du 18 juillet « leur permet d'avoir et tenir toutes sortes de lettres et de caractères, en tel nombre qu'il leur seroit nécessaire, pour l'usage et l'impression de leurs planches, titres, histoires, figures, chapiteaux, et ouvrages en livre et en placards, avec bordure concernant leurs dominoteries, selon et ainsi qu'ils avaient coutume de faire, avec main levée de choses sur eux saisies, k
1600. Morel ( Claude), deuxième fils de Frédéric Morel I^**, savant libraire, a donné une édition de la traduction de Plutarque par Amyot (1615), 4 vol. in-f^, VHistoire des Grands Chemins de VEmpire^ par Bergier ; in-4°, 1602, etc. 11 était membre de l'association librariorum et typographorum, fondée par les grands libraires, tels que Michel Sonnius et Sébastien Cramoisy, pour publier les Pères de l'Église grecque, imprimés in-f<^ avec grand soin. C'était à Claude Morel qu'était
(Of^oy. la pièce de vers laUos de Paul Estienne. (2) P. 609 ; « ToL ia-40, 1T90 ; François Rigolet.
plus particulièremeDt confié le soin d'éditer ces belles éditions (1).
Les deux premiers volumes de l'édition grecque - latine des œuvres complètes de saint Jean Chrysostome, due aux soins du père Fronton du Duc, sont imprimés par Claude Morel en 1609 ; plus tard la date fut changée en celle de 1614, qui est celle de ia publication du second volume. Morel fit paraître le tome 5 en 1616; il s'associa alors avec Sébastien Cramoisy. Le tout forme 12 vol. in-i*;le dernier volume parut en 1636.
Il laissa trois fils, Charles, Claude et Gilles ; le premier et le dernier ont continué honorablement l'exercice de la carrière paternelle.
1600. Buon {Mcolas), fils de Gabriel, est reçu libraire, et publie en 1623 la grande édition de Ronsard in-folio.
1600. La compagnie de la Grand*- Navire e&i composée de Drouarl (ilm&roisc ), Langelier (Abel) , Macé ( Barthélémy), et les trois frères Sonnius , Jean , Laurent et Michel.
1602. Cramoisy (Sébastien //) est reçu libraire et imprimeur; il fut distingué par la beauté et l'importance des livres qu'il imprima, dont le nombre est considérable, entre autres : Eusèbe, De Prœparationeet Démons- (ratione Svangelica, 4 vol. in-P»; Chrysostomi Opéra, grec et lat., 9 vol. in P, 1636; Historias Fi'ancorum Scriptores, par André Duchesne , 3 vol. in-f".
C'était le plus grand éditeur de livres grecs, latins et français de son temps ; son savoir, sa probité, ses talents furent récompensés par des dignités justement acquises ; il fut syndic de sa communauté, échevin de la ville de Paris^, grand«juge, consul, administrateur des hôpitaux. Enfin il est le premier auquel fut confiée par le cardinal de Richelieu la direction de TlmprimerieRoyale.établie au Louvre en 1640, emploi qui fut conféré ensuite à sa veuve. Il mourut en 1669, à quatre-vingt-quatre ans.
1603. Drouart (Jérôme) est reçu libraire.
Il imprima, en 1609, le Polybe grec-latin de Casaubon et autres savants ouvrages ; sa devise était un diamant avec ces mots : Nil me durius»
1603. La seconde compagnie de la Grand'' Navire imprime in-f», en 1603, le Saint Damascène; en 1604, VOrigène; \e Saint Cyrille, le Saint Hilaire et le Saint Grégoire,
(•) J'ai dans ma bibliothèque deux exemplaires de Denys l'Aréopagltc, grec-laUn, in-f», isib. I/un porte le nom cl la marque de Claude Morel, l'autre le nom et la marque de Michel Sonnius; Il est probable fluni en existe d'autres avec la marque de Sébastien (jramolsy. Le titre de mon exemplaire d'Athanase grec-latin, In-f», i627. porte une grande vignette représentant le temple de Sainte-Sophie, au-dessous duquel sont gravées les marques et les devises réunies des trois libraires éditeurs dont les noms sont imprimés au bas : Michel Sonnius, Claude Morel, et Sébastien Cramoisy, ce qui évitait la dépense de trois litres séparés.
TYPOGRAPHIE 8H
en 1605 : le Gerson en 2 volumes, en 1606; la Bibliothèque des Pères, troisième édition, en 9 volumes, en 1610; le Corps du Droit Canonique, avec la glose, en 1612; le Saint Chrysostome, en 4 volumes, en 1614, etc.
La différence entre cette société et la première consiste dans la suppression des armes du gouverneur de Paris, que la première avait ajoutées à celles de France et de l'Université.
1603. ÏHMceur (David), libraire juré, est cité le 31 décembre pour comparaître par*devant le recteur de l'Université, et défense lui est faite d'imprimer le livre intitulera Sagesse, de feu Charron, avant examen et approbation par les docteurs en théologie, sous toutes peines que de raison s'il osait procéder outre, ou faute de comparaître. Douceur comparut ledit jour.
1606. Estienne Robert III, fils de Robert II, est reçu imprimeur.
1606. Corrozet (Jean), fils de Galiot,a augmenté le Trésor des Histoires de France composé par son grand-père Gilles l", et il IMmprima en 1628.
1606. Barrois ( Geruais) est reçu libraire.
Cette famille de libraires et bibliographes, trèsinstruits , n'a cessé d'exercer une profession qu'elle chérissait qu'en 1851, parla mort de M. Théophile Barrois.
1606. De la Tour (Claude), dit Guérin, est reçu libraire. Le dernier membre de cette famille de libraires, Louis François de la Tour, imprimeur-libraire, se démit de son imprimerie, et devint secrétaire du roi.
1607. Guiltemot ( Mathieu II) est reçu libraire et est nommé syndic en 1648.
1610. Voici la forme dans laquelle Sébastien Cramoisy fut reçu :
« Die30menslsjan»arii 1610 aima Univers!tas paribiensis conlulit officium unius viginti quatuor librariorum juratorum ejusdem Uni* versitatis, liberum nunc et vacans per mortem providi Ahelis Langelier, illtus ultimi et Immediali possessoris pacifie!, provido viro et honestoSehastiano Cramoisy, mercalori librario, et ctvi pansiensi, prœsenti et acceptant!, tanquam sufficienti , capaci et idoneo, qui so* lita juramenta praestilit. »
1610. Arrêt (septembre) contre les nommés du Jarrige Chefbobin et Chapmartin , qui furent punis à Paris pour vente de libelles.
1610. Martin (Edme /•'), apprenti des Morel, est reçu imprimeur-libraire juré. Le mérite de ses impressions rappelle la bonne école où il avait été Instruit dans son art. Parmi les ouvrages qu'il a imprimés on doit citer V Histoire et Généalogie de Fi'ance, 2 vol. in-f°, par Marthe, et VEpitome Annallum Baronii , avec la continuation, 4 vol. in-f°. Son fils Edme II s'est distingué aussi par les ouvrages qu'il a imprimés.
1612. Estienne (Antoine), fils aîné de Paul,
né à Genève, obtient des lettres de naturalisation, et est reçu imprimeur après avoir fait abjuration de Hiérésie de Calvin entre les mains du cardinal du Perron , dont il imprima les ouvrages ; il est nommé imprimeur du roi en décembre 1623, avec 600 livres d'appointements ; il recevait de plus du clergé une pension de 500 livres , et la charge d'huissier de l'assemblée du clergé, dont Antoine Vitré fut ensuite pourvu. Il a imprimé un grand nombre de uelles et bonnes éditions grecques et latines, entre autres YArisiote de Duval , grec-latin ; en 1629.
1612. Thiboust (Samnel), libraire et imprimeur de runiversité, est graveur et fondeur en caractères.
1613. ffuré (Sébastien) y un des plus grands libraires d'alors, fut pourvu de la charge dMmprimeur du roi par la démission d'Henri Estienne, lils d'Antoine ; il fut aussi pourvu de la charge d'imprimeurlibraire du clergé, qu'a* vait exercée Antoine Vitré, dont il acheta une partie du fonds. Il commença impression des éditions in-4* adtuum Delphini^ dont plus de trente volumes portent son nom. Sa marque était celle de son beau-père Corbon, également libraire; c'était le cceur don, avec ces mots : Ego dormio, et cor meum vigilat
1614. Chapelet ( Sébastien), libraire et syndic en 1630, a imprimé un grand nombre d'ouvrages; sa marque était un chapelet, ave& ces mots : Cœloqtie rosaria florent,
1614. Par ordre du parlement l'Université donna son avis sur la réception des fils de maîtres, qui furent exemptés de tous frais, mais non de l'examen qui constate leur capacité et suffisance.
1614. Estienne {Adrien), fils do François II, est reçu libraire, et en 1616 est reçu imprimeur.
1615. Arrêt du parlement de Paris ( 26 mai ) ordonnant que les apprentis libraires et imprimeurs seront tenus de demeurer en la qualité d'apprentis le temps et espace de quatre années entières. — Nul libraire et imprimeur ne pourra tenir apprentis qui soient mariés.
« Ne seront les enfants des libraires et imprimeurs sujets à l'apprentissage. »
1618. Osmond (Jacques), libraire. Celte famille de libraires a cessé d'en exercer sa Tofession en 1762.
1618. La compagnie de la 6rand'-Na?ire ayant pour marque au haut des mâts MS.
LS. HD. IS., indiquant le nom des membres qui la composaient : Michel Sounius , Laurent Sonnius ,Hiérosme Drouart , et Jean Sonnlus, imprima plusieurs grands ouvrages, entre autres la Bibliotheca Patrum, gr.-Iat., in-Pj 8 vol., 1624.
1618. Édit portant, art. \^' :
Les libraires et imprimeurs seront toii^ours
sie
censés et réputés du corps et des suppôts de notre fille aînée PUniversité de Paris, du tout distingués et séparés des arts mécaniques, et seront inaintenus et gardés en la jouissance de tous les droits, franchises et prérogatives à eux attribués par nous et les rois nos prédécesseurs. » — Idem 1649 , septembre. — ■ Idem 1 661. — Idem 1646, août. — 1703, septembre. — Idem 1725.
Art 12. « Est enjoint à tous libraires et imprimeurs, chacun séparément ou associés, d'imprimer des livres en beaux caractères, bon papier, bien corrects. » '
1618. « Il est défendu à tous imprimeurs, libraires et relieurs, de tenir et avoir plus d'une boutique et imprimerie, laquelle ils tiendront en l'Université, au-dessus de Saint- Yves, ou au dedans du Palais, et non ailleurs , si non ceux qui voudroient se restreindre à ne vendre que des Usages. »
Ce sont les limites'les plus étroites qui aient jamais été imposées à la librairie; il devait y avoir cependant quelque tolérance, puisque Antoine Vérard demeurait sur le pont Notre- Dame, et Guillaume Meriin faubourg Saint- Marcel, d'autres rue Neuve-Sainte-GenevièTe, sur le Pont-au-Change, vis-à-vis l'horioge du palais. Jean David, qui imprimait pour Jérôme Marnef, avait son imprimerie au faubourg; Jean Carcain (Carcagni) avait aussi sa boutique sur le pont Saint-Michel.
Le 16 lévrier 1630 une décision de l'Université fit ajourner les procès intentés aux imprimeurs-libraires par d'autres libraires pour s'être établis au<dessus de Saint- Yves. Enfin le statut de 1649 porie, art. 22 :
« Et pour couper la racine à toutes les dl- « visions et à tous les procès qu'ils ont entre « eux pour raison des dites limites, nous vou- ■ Ions qu'ils puissent se loger depuis la rue de la « Bùcberie, rue de laHuchette, rue de la Vieille- « Boucherie, en montant jusques aux portes
• Saint-Michel , Saint-Jacques , Saint-Marcel , et
• Saint-Victor. »
1618. Le syndicat de la librairie et de l'ini* primei le est constitué par lettres patentes du 18 juillet, en présence de Henri de Mesmes, conseiller du roi et lieutenant civil de Paris, chargé de l'exécution des règlements de la librairie. Il se compose d'un syndic et de qnafre adjoints, renouvelés tous les deux ans.
Ces officiers de la librairie et de l'imprimerie, qu'on appelait gardes de l'Université, eurent les mêmes fonctions qu'exerçaient auparavant les quatre grands libraires jurés de l'Université, auxquels étaient confiées fexécution des règlements et la surveillance de l'imprimerie et de la librairie sous la direction del'U. niversité. Ils visitaient les imprimeries, pour s'assurer si les livres étaient bien imprimés, en bons caractères, bon papier et d'une correction suffisante; si les ateliers étaient pourvus du nombre de presses prescrit , enfin si