IMPRIMERIE EN CHINE
Dès Taonée 1310 de J.-C. rimprimerie aurait pu être connue en Europe si on se fût occupé alors de lire les historiens persans.
C'est à cette époque que parut Touvrage de Rachid-ed-Din , où le procédé employé par les Chinois est clairement exposé (1).
Les auteurs chinois qui ont écrit sur l'origine de rimpriroerie en Chine se sont laissé entraîner par Tamour-propre , fort commun chez eux, de faire remonter la plupart des grandes inventions au berceau même du Céleste Empire trente siècles environ avant rère chrétienne (2).
Mais si on consulte attentivement l'histoire et les monuments incontestables que nous a légués la renaissance des lettres en Chine , c'est-à-dire la brillante époque des Hân, contemporains d'Auguste, il est évident que l'imprimerie date en Chine d'une époque beaucoup plus rapprochée de nous.
En effet, les différences d'orthographe que
(1) KlaproUi, Mémoires sur la Boussole, p. i».
(s) Dans le désir de faire remonter à une hante antiquité i'art de llmprimerie en Chine . le Père Dubalde cite le passage suivant, qu'un ancien auteur dit •voir été écrit par un célèbre empereur, qui rivait 1190 ans avant J.-C.
« Et de même que la pierre me (mot signlflant l'encre en chinois}, qui noircit les caractères gravés, ne peut Jamais devenir blanche, de même nn ooenr noirci par le vice ne saurait jamais reprendre sa première candeur. »
Mais on ne saurait rien concinre de ce passage relativement à l'invention de rimprlmerle. Il est même probable que Dnbalde n'avait pas approfondi la question de l'origine de llmprimerie, ou, pour mieux dire , que les correspondants sur les notes desqueb il rédigea la description d'un pays qu*ll n'a )amaia m , ne lui avaient rien transmis sur ce sujet, car 11 ne cite aucon auteur à l'appui de son dire , et Il répète l'assertion banale de ceux qui, faute d'étude, font remonter à un temps immémorial leâ inventions dont ils ignorent U date certaine.
Le Père Duhalde dit ailleurs , Description de la Chine, t II , p. 94» :
« On voit un grand nombre de livres en Cldne , parce que de temps immémorial on y a en l'art de nmprimerie, qui ne fait presque qae de naître en Europe. Elle est néanmoins bien différente de celle de l'Europe. Comme notre alphabet consiste en nn très-petit nombre de lettres, qui par leurs différents assemblages peuvent former les plus gros volumes, on n'a pas besoin de fondre un grand nombre de caractères, puisqu'on peut employer pour une seconde feuille ceux qui ont servi pour la première. Au contraire, le nombre des caractères étant presque infini à la Chine, il n'y a pas moyen d'en fondre une ii prodigieuse mnltltode: et quand on en viendrait à bout, la plupart seraient de très-pen d'usage. »
A l'exception des dictionnaires complets de la langue , où les vingt et un mille caractères différents sont cités, et pour la plupart une fois seulement, tous les autres ouvrages chinois, quel que soit le sujet qu'ils traitent , ne renferment souvent que deux ou trois mille caractères différents , et Jamais plus de huit mille.
On remarquera même que dans les planche* gravées les Chinois emploient souvent des variantes d'orthographe , qui augmentent en apparence le nombre des caractères, mats qui peuvent être ramenées à l'orthographe primitive ou ciits^tque , et faciliter ainsi l'imprimerie en types mobiles*
l'on remarque dans les caractères des ouvrages classiques , et particulièrement dans le diolionoaire antique de Chchwen , sont expliquées par la facilité de commettre ces variantes lorsque les livres étaient copiés à la main.
Tel est le motif donné par les éditeurs qui ont publié ! ces ouvrages postérieurement au dixième siècle de notre ère.
L'abrégé des annales historiques FongtcheoU'kang-kien est très-explicite à cet égard (1) : « Dans la troisième année tchanghing (932 de J.-C), à la sixième lune, on a commencé à graver des planches des neuf livres classiques, à les imprimer et h les vendre (2). >»
Le commentateur des annales ajoute :
« En nous apprenant que les livres sont devenus tout d'abord un objet de trafic, c'est une critique qu'on a voulu faire ; mais depuis lors les étudiants ayant pu se procurer des livres à très-bon marché, on a eu raison de signaler l'époque où les lettres ont commencé à jouir de ce bienfait (3). »
Cependant M. Stanislas Julien (4) pense que la gravure en bois pour reproduire les textes et dessins était connue dès Tannée 593.
Dans les Mémoires d'un docteur chinois (5), en 1 056, on lit : « Après avoir imprimé sur des « planches de bois gravées les livres des lois « et les ouvrages historiques, un ouvrier « forgeron, nommé Pi-ching, inventa une « autre manière d'imprimer, an moyen de « planches composées de types mobiles.
« Avec une pÂte de terre fine et glutineuse, ft il formait des plaques régulières, aussi «i minces qu'une pièce de monnaie , sur lesft quelles (I gravait en relief les caractères les « plus usités, et chaque caractère formait un « cachet (ou type) que l'on faisait cuire au « feu pour les durcir.
« Il enduisait ensuite une table en fer d'un « mastic très-fusible, composé de résine, de « cire et de chaux , dans lequel il enfonçait « un châssis en fer divisé intérieurement par « des filets perpendiculaires (on sait que ft le chinois s'écrit de haut en bas) ; puis il a y rangeait les types en les serrant les uns K au-dessous des autres, en sorte que le
(1) XLVi* chapitre, au paragraphe concernant l'empereur Ming>tsoong, de la dynastie des Tang posté* rieurs, lequel est monté sur le troue l'an 99b de J.-C
(9) Les mlnislRS de cet empereur proposèrent à l'A< cadémie de faire revoir ees Nent-King ( livres canoniques). Ce projet fUt adopté, mais l'ouvrage ne fui imprimé qu'en «19.
(s) Le papier, l'encre, le pinceau, et le marbre (oa la pierre sur laquelle on grave) sont connus en ChUic sous la désignation des çuatre choses précieuses. ; (4) Documents sur Fart de l'Imprimerie ( extrait des livres chinois), p. t et s.
(&) Mémoires de Tchin-Kouo, Intitulés Monç4ihi^i' tdn. Ces renseigueroents, traduits par M. Stanislas Julien, sont plus détaillés que ceux qui se trouvent dans !a préface du Noung-sang-tsi-ifao, que H. Callery a eu l'obligeance de me traduire. Linvention de Pl-ching est fixée à l'an i04i de J.-C
« cadre rempli de ces types ainsi rassemblés «(. formait une planche.
« Il approchait ensuite du feu cette plan- « che pour faire fondre l^èrement le mastic, « et alors il appuyait fortement sur la surface R une pièce de bois bien plane » (opération que le taquoir remplace dans nos imprimeries ) , « pour enfoncer les types également « dans le mastic. Par ce moyen les types « devenaient parfaitement égaux , et présen- « talent une surface assez semblable à celle « d'une meule de moulin, sur laquelle on im- « primait autant d*exemplaires qu'on voulait.
« Ordinairement deux planches en fer conte tenant chacune deux cadres suffisaient pour « ce mode d'impression. Pendant que l'une était « sous presse , on disposait l'autre , ce qui « se faisait avec une grande célérité. Le « nombre de chaque caractère était propor- « tionné à son emploi plus ou moins iréqueut. « Certains caractères représentant des mots 4c qui se reproduisaient plusieurs fois dans la « même planche ou page étaient, gravés jus- « qu'à vingt fois.
« Les caractères étaient classés par ordre <t tonique, et ceux de chaque ton étaient K placés dans des casiers particuliers. S^il se « rencontrait par hasard un caractère rare , « qui n'eût pas été préparé d'avance , on le « gravait aussitôt, et on le faisait cuire au feu « de paille pour s'en servir immédiatement.
« Ce qui empêcha d'employer des types en « bois , c'est que le tissu en est tantôt poreux « et tantôt serré, et qu'une fois imprégnés c( d'eau ils auraient été inégaux et n'auraient « pu aussi bien se détacher du mastic, pour « servir h une autre composition. Les types en K pâte de terre cuite étaient donc préférables.
« Lorsque l'impression d'une planche était « achevée, on la chaofGut de nouveau pour en « (aire fondre le mastic, et avec la main on faite sait tomber les caractères , qui se détachaient « d'eux-mêmes et conservaient leur netteté.
«Quand Pi-ching fut mort, ses compa- « gnons héritèrent de ses types, et ils les con- « servent encore précieusement. »
Mais on revint à l'ancien procédé d'écrire sur des planches de bois le texte qu'on voulait imprimer, et de faire enlever au burin tout ce qui n'était pas le trait. Depuis cette époque jusqu'à nos jours on a continué à imprimer sur des planches en Irais ou de cuivre gravées en relief.
Dans la préface de Woung-sang-tsi-Yao, où il est parlé de PiHshing, on dit :
« Un autre individu, originaire de Pi-ling, commença à se servir de plomb pour fondre des caractères mobiles , qui étaient beaucoup plus beaux et plus commodes que les planches en bois grave.
« C'est de là que tirent leur origine toutes les espèces de types mobiles. Mft^f\ caux en
terre cuite manquaient de netteté; ceux en plomb étaient trop mous, et ne pouvaient par conséquent lutter avec la gravure sur bois.
C'est pourquoi on a gravé pour l'encyclopédie de Khang-hi 250,000 et plus de caractères en cuivre, qui ne laissent rien à désirer, et avec lesquels on peut imprimer toutes sortes d'ouvrages. »
Les caractères mobiles en cuivre dont parle ce passage étaient destinés à la publication de VEnq/clopédie universelle endiji mille livres, ornée d'innombrables figures d'une grande finesse, par laquelle l'empereur Khang-hi, contemporain de Louis Xiy,a voulu immortaliser son règne. Notre Bibliothèque Nationale possède quelques volumes de cette encyclopédie.
On avait fondu exprès pour la publication de cet ouvrage sans égal cette immense quantité de petites pièces en cuivre, qui furent ensuite gravées à la main, et mises en réserve, après l'achèvement de l'édition, dans les ma« gasins de l'Imprimerie Impériale.
Les dilapidations, trop fréquentes chez les grands de l'Empire , firent disparaître peu à peu la plus grande partie de ces caractères que l'on vendait au prix du enivre. Enfin sous l'empereur Kien^Loung, vers 1770, le directeur de l'Imprimerie Impériale, voulant faire di^4>arattre la preuve des soustractions qui avaient été faites par son ordre ou avec sa connivence , engagea l'empereur à jeter à la fonte les caractères mobiles de l'Encyclopédie, afin d'augmenter la monnaie de billon,qui était rare alors. C'est ainsi que fut anéantie toute trace de ce progrès typographique.
En 1773 l'empereur Kien-loung ayant ordonné, par un décret, l'impression de dix mille quatre cent douze ouvrages , les plus importants de la littérature chinoise, un de ses ministres, effrayé de la quantité de planches que nécessiterait une telle collection, proposa à i'empereur d'adopter le système d'impression en caractères mobiles, et lui soumit les modèles des types disposés en seize tableaux, avec les renseignements pour la gravure des poinçons eu bois, la frappe des matrices , la fonte et la composition. L'empereur approuva ce projet, et ordonna l'impression de cette vaste collection , dont Je catalogue descriptif et raisonné existe à notre Bibliothèque Nationale, et ne forme pas moins de cent vingt volumes in-8^. C'est amsi que fut fondée l'imprimerie en types mobiles du palais de ^ou-ing-tien.
Chaque année, dans cet établissement, qui porte le nom de ce palais impérial, on imprime un grand nombre d'ouvrages avec des types mobiles obtenus, comme en Europe, à l'aide de poinçons et de matrices. La Bibliothèque possède quelques-uns de ces ouvrages, dont les types mobiles sont si beaux, qu'ils ont reçu de l'empereur le nom de perles assemblées.
En tête d'une de ces éditions est un rapport qui indique Je procédé dont on a fait usage. « Ces poinçons sont en bois dur et d*un grain fin (1). Ils sont enfoncés dans une sorte de p&te de porcelaine , qu'on fait cuire au four et dans laquelle on fond les caractères avec un alliage de plomb et de zinc et quelquefois en argent. » L'exactitude de la fonte des caractères prouve que les typographes chinois ont des procédés fort précis pour obtenir des matrices parfaitement régulières.
Dans ces derniers temps l'imprimerie en caractères composés de plusieurs pièces, nommée Paï-tzeu , est en yoie de progrès en Chine. Plusieurs grands ouvrages ont été ainsi exécutés. Ces éditions n'offrent pas la même pureté de formes que celle des éditions sorties des presses impériales; mais elles sont nettes et plus correctes que celles qui sont exécutées sur des planches en bois, où les corrections sont difOtiles à opérer.
Maintenant quelques éditeurs de Nankin reviennent au procédé de la fonte mobile, et déjà le fameux commissaire Lin, celui qui a suscité la dernière guerre contre les Anglais, a fait imprimer en caractères mobiles la Géographie universelle, qu'il a fait rédiger avec le secours d'ouvrages Européens. Mais il est douteux que ces efforts parviennent à faire abandonner la gravure sur bois, qui par son extrême bon marché pourrait presque être appelée gratuite.
Ces renseignements, exacts et traduits sur les textes originaux par M. Stanislas Julien, membre de l'Institut (2), et M. Callery, sinologue attaché an ministère des afGdres étrangères, donnent une idée exacte de l'imprimerie chinoise. Je me félicite de les devoir à leur bienveillance. Ils complètent cette histoire de la typographie. J'y joindrai ce que m'a bien voulu communiquer M. Callery sur les journaux et les grandes publications en Chine.
Journaux en Chine,
Depuis la dynastie Mongole des Yuen, au douzième siècle de J.-G., les empereurs de Chine ont tonJours tenu à honneur de faire connaître au pays les principaux actes de leur administration. Cependant ils n'ont jamais donné régulièrement un Moniteur offidel complet
Le ministre actuel de l'intérieur, Li-pou^ auto* rise la diffusion des édits impériaux qu'on ne veut pas celer au public. Quelques employés se chargent dans les bureaux d'en livrer des copies authentiques aux mandarins, et même aux riches particuliers qui prennent un abonnement. Mais cette publication n'est ni périodique ni bien régulière. Sous le titre générique de Kin-chao (copies provenant de la capitale) on livre les actes officiels dès leur apparition, et sous le titre
(1) Chaque type coûte de cinq è dix cenUmes.
(S) Doeumentt sur Fart d'Imprimer d l'aide de planches de bois , etc.; par M. Stanislas Julien. Brocbure de le pages , contenant les faits et les renseignements les plQS précis sur rimprimerte en Cblne.
de King-pao (Gazette de Pékin) on expédie à peu . près mensuellement un fort cahier qui passe pour véridique. Enfin, sous le titre de Je- Pao (Gazette Journalière) on distribue aux abonnés, et à ceux qui payent fort cher, les nouvelles les plus récentes, qu'on grave sur une planche de cire jaune , afin de rendre l'exécution de cette édition plus prompte, plus facile et moins coûteuse.
Grandes Éditions.
Kou-hin-tourchou» Encyclopédie ancienne et moderne illustrée, en dix mille livres , publiée par ordre et aux frais de l'empereur Rang-bi au commencement du dix-huitième siècle, avec des caractères mobiles en cuivre. Il est trèsdifficile de l'avoir complète.
Eut-che-san-se. Grandes annales historiques de la Chine jusqu'à la djmastie actuelle exclusivement, en trois mille trois cent cinquante livres; ouvrage officiel , publié successivement par portions à la fin de chaque dynastie , depuis l'historiographe Se-mortsien, qui a vécu au temps des H&n.
Pei-wen'iun'fou, Dictionnaire de l'Académie de Pékin , publié par ordre du même empereur Kang-hi, avec le concours de tous les savants de son règne. Une nouvelle édition vient d'être faite aux frais d'un riche mandarin de Canton. Cette édition est très-bien exécutée, sur planches de bois.
0^en-hien-toung'hao, Encyclopédie littéraire, publiée par Ma-touan-Un, au commencement du quatorzième siècle. C'est le premier ouvrage considérable de cette espèce qui ait paru en Chine; il a suggéré l'idée de nombreuses publications faites depuis sur un plan analogue (i).
Si-tsing-kou-hien. Musée impérial des antiques; grand ouvrage en vingt-quatre volumes in-f*, orné d'un grand nombre de dessins, représentant les vases et autres objets antiques composant le cabinet archéologique de l'empereur.
Pa'Siun-wan-^heoU'Ching-iien. Description illustrée des fêtes célébréiés pour le quatrevingtième anniversaire de l'empereur Kien- Loung. Ouvrage publié avec le plus grand luxe, à la fin du siècle dernier, et donné en présent aux principaux fonctionnaires de l'empire.
Che-pa-chang-toung-tché. Description géographique des provinces de l'Emphre, en seize cent cinquante et un livres In-P* avec cartes. Ouvrage publié par ordre et aux frais de la dynastie actuelle , concurremment avec les travaux faits en Chine par les jésuites qui dressèrent une carte de l'Empire.
Fan-tcha-tou, Voyage pittoresque, gravé au trait, renfermant les vues les plus remarquables de la Chine , et des fac-shnilés dé l'écriture des hommes les plus illustres de notre époque.
Publication de luxe, faite aux frais d'un riche habitant de Sou-tcheou, qui fit lui-même le voyage, dessina les paysages d'après nature, et surveilla l'édition.
Nous nous bornerons à l'indication de ces huit ouvrages.
AMBROISE FlRMlM-DmOT.
(I) Les Toung-tché ti Toung-tien; le lû-haf; le Kouang-po-oU'tehii le Tsln-taUpi^hoUt etc.
TYP0CK4PHIS riRHIN-DIDOT. — MESIfIL (EURE).
TYP0CK4PHIB riRHIN-DIDOT. — MBSIfIL (EURE).