INDICATIONS
NOMBRE
de
varioleux.
VARIOLEUX
VARIOLE
guéris.
morts.
discrète.
confluente.
Vaccinés. .....
Non vaccinés. .
Totaux. . .
Des états qui précèdent, je pourrais encore extraire deux tableaux, en divisant les malades suivant leurs professions et suivant la durée de leur maladie.
Mais je me sens dispensé de le faire : d’abord parce que la première de ces divisions est inutile, du moment que tous les varioleux inscrits peuvent, à quelques exceptions près, être considérés comme appartenant à une seule et môme catégorie ; ensuite parce que la seconde nécessiterait de trop longs développements pour que je songe à les consigner ici.
Je me contenterai de faire connaître le résultat de mes observations personnelles et de mes calculs à ce sujet.
Or, les neuf dixièmes des varioleux compris dans les listes précédentes appartiennent à la classe des cultivateurs et des mineurs, à celle des travailleurs de terre intùs et extra. Ils font donc partie de cette catégorie d’individus qui, par insouciance ou par nécessité, vivent en quelque sorte comme leurs bêtes, au milieu des saletés et des immondices : le plus grand désordre et la plus dégoûtante malpropreté régnent ordinairement dans leurs maisons; leurs vêtements journaliers sont habituellement souillés de fange ou de fumier ; leur peau reste toujours couverte, par suite du mélange de la sueur et de la poussière, d’une épaisse couche de crasse qui en intercepte les pores et en trouble les fonctions en empêchant et en arrêtant la transpiration insensible. Et, malgré toutes ces causes d’insalubrité, ce sont eux encore qui négligent le plus les soins de propreté les plus simples, les moyens hygiéniques les plus élémentaires.
L’autre dixième se compose, presque en son entier, de gens qui par leurs professions se trouvent, à peu de
chose près, dans les mêmes conditions d’existence. Ce sont des cordonniers, des menuisiers, des serruriers, des rouliers, etc.
Cependant , s’il y a des villages parmi ceux qui ont été visités par l’épidémie, où il n’existe que des individus occupés à ces genres de travaux, il en est d’autres, tels que Saint-Germain, Ispagnac et Vialas, où l’on trouve, des personnes exerçant d’autres professions ; où l’on rencontre des négociants, des industriels, des propriétaires non cultivateurs, des chefs d’usine et des chefs d’ateliers qui fréquententjournellement les varioleux convalescents; des curés, des pasteurs, des médecins qui ne craignent pas de visiter les malades, etc.
Pourquoi n’en voit-on point figurer dans mes tableaux indicatifs? Est-ce purement et simplement parce qu’ils sont bien ou mieux vaccinés? C’est ce que nous verrons tout à l’heure.
Et si, aux considérations que je viens de faire valoir, j’ajoute que la partie masculine de la population compte un bien plus grand nombre de varioleux que la partie féminine ; si je fais observer que la première est celle qui est le plus directement soumise à ces causes d’insalubrité et qu’elle les supporte avec la plus grande, avec la plus coupable indifférence ; si je fais remarquer que la seconde, au contraire, ne s’y soumet qu’avec peine et les repousse d’instinct, et par besoin naturel, et par désir de plaire, ne me sera-t-il pas permis de conclure que la malpropreté, le mnnque de soins hygiéniques et le défaut de régularité dans le libre exercice des fonctions de la peau sont autant de conditions favorables au développement et à la propagation de la petite-vérole ?
On comprend en effet qu’avec de pareilles conditions, le contact des germes virulents, contagieux, se prolonge; que, par cela même, leur action est rendue plus facile, et qu’au contraire l’élimination du principe infectieux spécifique absorbé devient presque complètement impossible.
A l’appui de cette conclusion, je citerai un fait trèsremarquable que j’ai été à même d’observer pendant l’épidémie dont il est ici question, au chef-lieu de la commune de Saint-Germain-de-Calberte.
Ce village, situé dans la montagne, est placé à mi-côte et bâti en amphithéâtre au-dessus et au-dessous d’une route départementale. Dans l’intérieur du village, cette route forme allée, et de chaque côté se trouvent les habitations des gens aisés, des petits négociants, des petits industriels, des gens enfin qui, par leur position, sont en quelque sorte obligés de se tenir propres et plus ou moins convenablement vêtus. La partie haute et la partie basse sont habitées par les petits propriétaires, par les agriculteurs et par les ouvriers cultivateurs.
Or, la 'partie centrale a été complètement respectée par l'épidémie .
Et la variole ne s’est montrée que dans les habitations situées à la périphérie, môme à une certaine distance du village et complètement isolées ; dans celles qui sont occupées par les travailleurs de terre , par leur entourage forcé de basses-cours infectes et d’écuries d'une malpropreté plus remarquable encore que celle des habitants.
Et ici, je n’ai pas meme la ressource de donner pour explication à cette préférence le défaut de vaccinations : Ici, presque tous ceux qui ont été frappés par l’épidémie étaient bien et très-bien vaccinés.
Quant à la durée cle la maladie, voici le résultat de mon examen et de mes calculs :
Chaque fois que la maladie s’est terminée d’une manière funeste, la mort est survenue du cinquième au douzième jour, rarement plus tard, par conséquent pendant les périodes d’éruption et de suppuration ;
Quand elle s’est montrée bénigne et discrète, elle a duré de douze à quinze et même vingt jours, convalescence comprise ;
Quand elle s’est manifestée à l’état de variole confluente et grave, sa durée a été de quinze à trente jours, et quelquefois plus.
Deux ou trois convalescences se sont même prolongées au-delà de toute mesure, par suite d’un épuisement de forces considérable.
Ces faits, dans mon rapport, sont suivis de déductions statistiques et de conclusions que j’ai divisées en deux séries, savoir : A. Conclusions particulières et toutes spéciales à l’arrondissement de Florac, et à la dernière épidémie observée; D. conclusions générales, intéressant tout le monde et ayant trait, soit à la variole comme entité pathologique , soit à la vaccine comme préservatif de cette affection morbide, sous quelque forme qu’elle se présente.
Or, j’ai dit que je réservais mes conclusions générales pour une autre partie de mon mémoire ; mais il est quelques-unes de mes conclusions particulières qui peuvent avoir de l’intérêt, même à un point de vue plus général, et je les transcris ici :
1° La commune de Montbrun, la plus rebelle aux conseils des vaccinateurs, la plus abandonnée de tous, est
aussi celle qui a fourni le plus fort contingent de varioleux, non pas d’une manière absolue, mais proportionnellement à la population menacée par l’épidémie.
2° Les communes les mieux vaccinées, contrairement à toute espérance rationnelle, se trouvent être celles chez lesquelles la maladie s’est montrée plus sérieuse et plus souvent mortelle .
3° En apparence, si ce n’est en réalité, les saisons ont exercé une certaine influence sur l’apparition, sur le développement et sur la gravité de cette maladie épidémique.
Les varioleux se comptent en bien plus grand nombre au printemps et en été qu’en hiver et surtout qu’en automne :
Printemps a fourni 32, 6 % sur le nombre des malades.
Été 29, 9 o/#
Hiver 21,6% — —
Automne 15, 9°/o — —
D’un autre côté, l’hiver et l’automne sont plus chargés de décès et de cas de varioles graves que le printemps et l’été, et ce, dans les proportions suivantes :
1° Rapport des décès aux malades :
Automne 16, 6 %
Hiver 16, 1 %
Été 11, 6 °/o
Printemps 10, 9 %
2° Rapport des varioles graves aux malades :
Hiver 56, 1 °/°
Automne 51,2%
Printemps. ....... 45, 3 %
Été 43, 8 %
On devrait tout naturellement en conclure que le passage du froid au chaud et la chaleur sont plus favorables à l’apparition et au développement de la variole, que le froid et le passage de la chaleur au froid, ce qui est vrai ; mais que, d’un autre côté, le froid est pins nuisible aux varioleux que la chaleur, ce qui est faux.
Je vais me faire comprendre.
De prime abord et sans réflexion, ces documents paraîtraient donc favorables à l’ancienne médecine.
Mais en y réfléchissant, on reconnaît que cet état de choses ne doit pas être attribué à la température extérieure particulière à chaque saison.
On peut bientôt se convaincre, en effet, que s’il en est ainsi, cela tient à ce que, durant les saisons froides, on accable les malades de lourdes couvertures ; on chauffe outre mesure les chambres où ils sont alités, et l’on empêche, par tous les moyens possibles, la libre circulation de l’air autour de leurs lits et dans leurs chambres, tandis que l’on se conduit tout autrement pendant les saisons chaudes et tempérées.
Ainsi expliqués conformément aux faits mieux observés et suivant la vérité vraie, ces documents viennent, au contraire, à l’appui du traitement à peu près généralement adopté de nos jours, contrairement aux préjugés populaires, qui ne sont que les échos lointains et prolongés de la médecine d’un autre âge.
4° En somme, cette épidémie est remarquable par sa longue durée; par son action prédominante et marquée sur le sexe masculin ; par son action tout aussi notable et prononcée sur les individus sortis de l’enfance ou arrivés à l’âge mûr ; enfin, et surtout, par son irruption redou-