‹ Histoire de la vaccinationChapitre 13 sur 24 · NON · texte numérisé non relu

NON

VACCINÉS

VARIOLE en récidive.

il!

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fi 5 1.53

OBSERVATIONS

* Robert, Sue. Favart.

" Frégate la Constellation.

‘Raynaud, Delmas. Cogoreux

' Med. Zeitung. 1859.

Pas de renseignemts officiels Idem .

table dans les rangs de ceux qui avaient eu la précaution de se faire vacciner.

Toutes ces circonstances réunies en font même une épidémie un peu exceptionnelle.

Mais on ne peut, malgré l’invasion dont je viens de parler, contester les bienfaits de la vaccine, puisque sur 148 varioleux vaccinés je n’ai compté que 4 décès, soit 2,7 °/0, et 24 cas de varioles graves, ou 16,2°/0; tandis que, sur 340 varioleux non vaccinés, j’ai trouvé 60 décès, soit 17,6°/0, et 211 cas de varioles confluentes, ou 62°/0-

2e Catégorie. — Ainsi que je l’ai annoncé, je commence par condenser les principales épidémies de la seconde série en un tableau chronologique, ainsi qu’il suit :

(Voir le Tableau ci-contre.)

On remarquera, je ne puis en douter, que, dans le tableau qui précède, il existe, entre l’année 1840 et l’année 1870, une lacune qui est loin d’être comblée avec la même régularité qu’avant celte époque.

A cela, il n’y a rien de bien étonnant. A cela, il y a une raison, une seule, toujours la même : celle que j’ai signalée en citant une des pages de Steinbrenner au sujet des Commissions académiques qui, à propos de cette question, ont paru oublier de tout temps que leur mission est de poursuivre, de rechercher et de soutenir tout ce qui peut ressembler, même de loin, à un commencement de progrès scientifique, et qui semblent se regarder comme les soutiens, obligés et quand même, des errements du passé.

Depuis lors, en effet, tous les mémoires de quelque valeur ou de quelque signification sont envoyés à ces Académies, et naturellement soumis par elles à des Commissions composées des membres les plus compétents, cela est incontestable, mais aussi et la plupart du temps les plus intéressés au maintien du statu quo.

Il est certain qu’on les voit, dans ces circonstances, faire ressortir tout ce qui, dans ces œuvres, peut être favorable aux anciennes doctrines. Et leur savoir s’applique à trouver des arguments plus ou moins spécieux contre les nouvelles maximes, si rationnelles qu’elles puissent paraître.

Je n’en veux pour preuve que les comptes-rendus et les rapports annuels de l’Académie de médecine française.

« Créée en 1820 pour répondre aux demandes du Gouvernement sur tout ce qui se rapporte à l’hygiène publique, cette Académie fut en outre chargée de continuer les travaux de l’ancienne Société de médecine et de l’Académie de chirurgie, fondée en 1721 ' . »

Elle fut naturellement invitée, en même temps, à présenter chaque année un mémoire ou rapport sur le service des épidémies.

Or, le tome Ier de ses Mémoires date de 1828, et ce n’est qu’à cette époque qu’une Commission fut instituée dans son sein à l’effet de rédiger un projet d’instruction relativement à ce service.

Des considérations générales inscrites dans le premier rapport de cette Commission, est émané le modèle de rapports à fournir sur les épidémies par les médecins char-

1 Alfred Maury ; Encyclopédie moderne; tom. I, pag. 157.

gés de ce service dans les départements. Il est encore actuellement en usage, et n’est que trop rigoureusement suivi d’habitude par les médecins qui sont annuellement appelés à le garnir.

Quant à l’Académie, elle fut dès-lors invitée à produire également toutes les années, au chef de l’État, un rapport d’ensemble sur tous les rapports partiels qui lui seraient envoyés.

Mais ce n’est qu’à partir de 1853 qu’il est question de la variole dans ces rapports annuels. Cette initiative est due à M. Michel Lévy, et depuis lors, son exemple a été suivi par tous les rapporteurs qui lui ont succédé.

Jusque-là, les relations des épidémies de variole furent contenues dans les rapports sur la vaccine, et restèrent soumises aux appréciations des Commissions de vaccine.

Aussi doit-on être médiocrement étonné, bien que cela puisse paraître étrange et surprenant, de trouver, jusqu’en 1840, dans le vme volume des Mémoires de cette Académie, cette fois veuf de rapports sur les épidémies, mais contenant un Mémoire sur les revaccinations, la déclaration suivante, faite, si je ne me trompe, par l’organe de M. Piorry :

« La vertu préservatrice de la variole que possède la vaccine est absolue et illimitée, comme celle de la variole elle-même.

» Conséquemment, les revaccinations, malgré leur innocuité, ne peuvent être pratiquées utilement qu’après les vaccinations irrégulières. »

Doit-on s’étonner davantage de cette autre déclaration, faite en son nom, par M. Briquet, en 1866, à propos des vaccinations intentionnellement opérées par le Dr Pied-

vacho, avec un mélange direct de virus-vaccin et de virus varioleux, et des vaccinations fortuitement pratiquées par moi, en 1854, avec du virus-vaccin accidentellement varioleux, et produisant, ainsi que je l’ai annoncé, une variole bénigne et discrète, consécutivement à une vaccine de bonne nature ?

« Le sujet bien vacciné a une immunité certaine pour dix ans. Nous demandons si la variole ajoutera beaucoup à cette immunité * . »

Je répondrai bientôt à cette question.

En attendant, on conçoit qu’après de pareilles déclarations, les documents qui les provoquent restent enfouis dans la poussière des archives académiques. On comprend qu’il soit difficile, pour ne pas dire impossible, de les en extraire, et que l’on ne puisse guère les connaître que tout autant que leurs auteurs les livrent plus tard aux journaux périodiques.

En tout cas, je ne trouve pas, de 1853 à 1869, dans les rapports annuels dont je viens de parler, un seul document qui puisse entrer dans le cadre que je me suis tracé.

Ce n’est donc que dans les organes de la publicité scientifique que l’on peut découvrir ces renseignements. Or les communications de ce genre y sont rares ; qui plus est, elles sont souvent écourtées, forcés que sont les rédacteurs de les plier aux nécessités du journalisme.

Quoi qu’il en soit, les résultats statistiques accusés par ce tableau sont assez importants pour avoir une signification incontestable.

Tâchons delà mettre en évidence.

1 Rapport général sur les épidémies de 1866, pag. 46.

Comme on peut s’en assurer, l’on y trouve la narration numérique et proportionnelle de (35 épidémies fournissant un nombre total de 69,284 varioleux.

Dans ce nombre, on compte :

Varioleux non vaccinés : 26,569, soit: 38,2%, ou 1 sur 2,6.

— vaccinés 42,359, soit: 61,1 %, ou 1 sur 1,6.

— variolés 356, soit: 0,5 %, ou 1 sur 200.

On compte encore :

Décès de varioleux non

vaccinés 5,683, soit: 21,3 %, ou 1 sur 4,7.

Décès de varioleux vaccinés. 2,214, soit: 5,2 %, ou 1 sur 20. — de varioleux variolés. 45, soit : 12,6 %>, ou 1 sur 8.

Ces proportions se rapprochent de bien près de celles qui sont fournies par l’épidémie de mon arrondissement,

en 1854.

Celle-ci a donné :

Décès de varioleux non vaccinés 27,6 %•

— de varioleux vaccinés 2,7 o/0#

— de varioleux variolés; proportion insignifiante.

Elles se rapprochent encore davantage de celles qui sont accusées parla relation prussienne de 1858.

La voici, telle que je la trouve inscrite dans Y Union médicale du 28 juin 1860, pag. 606 :

« La variole, qui avait commencé à régner épidémiquement en Prusse, en 1857, dans des proportions déjà considérables, prit, en 1858, une extension beaucoup plus grande encore sous le double rapport, tant du nombre des localités envahies que de celui des sujets attaqués. Sur certains points, l’épidémie sévit avec une intensité qui rappelait les ravages du choléra.

» En 1857, on compta dans toute rétendue du royaume 8,922 cas; en 1858, il y eut 30,843 cas observés dans 2,668 localités.

» Sur ce nombre, 2,789 individus succombèrent, ce qui donne une mortalité de 9 p. 100; en 1857, elle avait été de 10 p. 100. Le chiffre de la mortalité ne fut pas partout en rapport avec la fréquence des cas : les provinces où il y eut le plus de malades furent aussi celles où il y eut le moins de mortalité (7 ou 8 p. 100 ), et ce fut en Westphalie, où la proportion des décès s’éleva à 15 p. 100, que le nombre des sujets atteints fut de beaucoup le moins considérable. Quelques districts offrirent un chiffre de mortalité très-grand, et daüs d’autres ce chiffre fut remarquable par sa faiblesse. Ainsi, tandis que dans le district d’Arnsberg la mortalité s’éleva à 20 p. 100, elle ne dépassa pas 3 p. 100 dans le district de Cologne1.

» Sur les 30,843 cas, il y eut 8,634 enfants au-dessous de 15 ans, et 22,209 individus au-dessus de cet âge. Or, chez les enfants, la proportion des décès fut de 15 p. 100, et chez les adultes, de 7 p. 100 seulement.

» Cette disposition de la maladie à devenir fatale chez les enfants se montra d’une manière très-marquée dans certaines localités : à Berlin, sur 100 sujets de chacune de ces deux catégories, enfants et adultes, il en mourut 23 de la première et 5 seulement de la seconde ; dans le gouvernement do Francfort, 9 enfants contre 2 adultes; dans le gouvernement de Magdebourg, 19 enfants, 4 adultes; et dans celui d’Arnsberg, 31 enfants, 11 adultes.

1 II eut été fort intéressant, on le comprendra maintenant, 'de connaître les conditions hygiéniques de ces divers districts.

Dans d’autres localités, peu nombreuses, ces rapports s’égalisèrent.

» Berlin n’a jamais été exempt de petite- vérole dans les vingt-six dernières années ; mais les nombres des cas observés annuellement y ont varié du faible chiffre de 6 en 1855 à celui de 690 en 1850. En 1858, l’épidémie, après avoir commencé l’année précédente avec 596 cas, a sévi sur 4,535 sujets, avec 406 morts (9 p. 100).

» Des 30,843 malades, 25,985 avaient été vaccinés, et 4,858 ne l’avaient pas été. Il y avait donc 15 sujets non vaccinés sur 100. La proportion était de 10 p. 100 chez les adultes (2,431 sur 22,209 cas), et de 28 p. 100 chez les enfants ( 2,427 sur 8,634 cas).

» Des 25,985 vaccinés, 1,730 moururent, c’est -à-dire 7 p. 100; des 4,858 non vaccinés, 1,055 succombèrent, c’est-à-dire 22 p. 100.

» Une mortalité moins élevée des deux tiers chez les individus soumis à la vaccination, témoigne assez de la puissance de cette dernière pour atténuer la gravité de la maladie.

» Cette influence est un peu moins prononcée chez les enfants que chez les adultes; car, tandis que des 6,177 enfants qui avaient été vaccinés, 503 (8 p. 100) moururent; sur les 19,808 adultes vaccinés, il n’en périt que 1,227 (6 p. 100).

» La mortalité chez les non vaccinés différa aussi d’une manière très-notable : sur 2,427 enfants, il y eut 782 morts ( 32 p. 100 ), et 273 morts ( 12 p. 100 ) sur 2,431 adultes.

» En rapprochant les chiffres, nous trouvons donc que chez les enfants vaccinés la proportion des morts fut de

8 p. 100, et chez les non vaccinés, de 32 p. 100 (quatre fois autant); que chez les adultes vaccinés, elle fut de 6 p. 100, et de 12 p. 100 chez les non vaccinés (deux fois autant).

» Ces faits, on le voit avec évidence , parlent hautement en faveur du pouvoir préventif de la vaccination et de son influence favorable sur l’issue de la maladie.

» La totalité des recrues pour l’armée, environ 40,000 hommes par an, sont revaccinés, et l’on a toujours recours à la revaccination lorsqu’il existe des épidémies ; depuis que ces mesures ont été adoptées, la petite-vérole a été presque entièrement prévenue dans les rangs de l’armée prussienne \»

Ces documents statistiques, réunis, affirment une moyenne de :

Varioleux non vaccinés.. 65 °/°

— vaccinés 35 %.

Ils indiquent en outre une moyenne de décès de 25 °/0, savoir :

Pour les varioleux non vaccinés. 20 %

— — vaccinés 35 °/0.

Quant aux varioleux en récidive , la proportion des malades est insignifiante, et la mortalité incalculable ou relativement considérable.

Après cela, bien aveugle de fait, ou bien volontairement aveugle serait ou se montrerait celui qui ne verrait pas ou ne voudrait pas voir que la vaccine humaine n’est qu'une vaccine dégénérée, imparfaite, et que ses

1 Medicin. Zeitung. 1859, nos 36-51. et Med. Times and Gazette. Février 1860.

effets bienfaisants et préservateurs, bien que réels, ne sont que temporaires. Bien aveugle serait celui qui persisterait à soutenir que la vaccine humaine est parfaite, immanente, et que ses effets sont aussi infailliblement absolus et permanents que ceux qui résultent de l’inoculation naturelle ou artificielle de la petite-vérole des vaches.

Et maintenant, que pourra nous apprendre à ce sujet l’épidémie de Paris, de Paris, où les vaccinations sont journalières et sont opérées avec la plus grande régularité? Rien de bon pour la vaccine humaine, si l’on en juge d’après le nombre des décès, qui dans l’espace de dix mois, c’est-à-dire du 7 novembre 18G9 (époque du début de l’influence épidémique marqué par un accroissement de mortalité hebdomadaire qui s’élève dès-lors au double et même au triple de la mortalité ordinaire) jusqu’au 10 septembre 1870, s’élève au chiffre déjà trèsraisonnable de 5,083, avec une moyenne mensuelle de 207 pour les quatre premiers mois, et de 709 pour les six autres ' ; rien que de très-funeste et de très-opposé à la vaccine animale, si l’on en juge d’après les premières appréciations de la presse médicale parisienne.

Je n’en cite qu’un exemple, et des plus modérés :

« M. Vernois, dit M. A. Latour, communique à l’Académie de médecine une note sur les résultats officiellement constatés des vaccinations et des revaccinations pratiquées dans les lycées et les prisons de la Seine au moyen de l'inoculation du vaccin animal. Ces résultats sont déplorables . Ce qui donne un grand intérêt à cette

1 Du 10 septembre 1870 au 17 mars 1871 : 7,952 décès varioleux. Moyenne mensuelle : 1,325.

note, c’est que toutes ces vaccinations ont été pratiquées par M. leDr Lanoix lui-même, le grand importateur de la vaccine animale. M. Yernois a cru, et il avait bien raison, qu’au moment où l’épidémie variolique sévit à Paris avec une intensité nouvelle, il était utile de faire connaître les résultats désastreux de la nouvelle méthode, alors qu’elle avait été mise en pratique par son plus ardent promoteur.

» Tel n’a pas été l’avis de M. Depaul, qui a trouvé mauvais que M. Yernois fût venu jeter ainsi l’inquiétude dans les esprits sur la nouvelle méthode, quand, a-t-il ajouté, au grand étonnement de l’Académie, quand il est connu de tous que M. Lanoix est précisément le médecin qui a le plus mal pratiqué la vaccination animale.

» Cette déclaration, venant après tous les éloges et les encouragements donnés à M. Lanoix par M. Depaul, est fort grave. Elle fait peser sur M. Lanoix une responsabilité dont ce confrère a besoin de se dégager devant l’Académie. Cette responsabilité doit s’étendre, c’est justice , sur ceux qui, avec conviction sans doute, mais bien imprudemment, ont jeté la terreur sur la vaccination jennérienne, et ont précipité l’opinion, au moment d’une épidémie redoutable, vers la vaccination animale. La méthode a été mal employée, accordons-le ; mais qu’est donc uno méthode qui peut si souvent échouer, qui exige tant de soins et de précautions pour réussir, quand à côté d’elle existol’ancicnne méthode, par laquelle tout le monde réussit? Le vaccin jennérien faisait défaut, ajoute-t-on; En a-t-on demandé? Où? à qui? Comment! l’Académie, qui possède des correspondants sur tous les points de l’empire, ne pouvait-elle pas leur faire appel, quand nous,

simple et humble individu, nous n’avons eu qu’à exprimer un désir pour recevoir d’un honorable confrère d’Evreux du vaccin jennérien parfait et qui a excellemment réussi entre les mains des nombreux confrères auxquels nous l’avons distribué ?

» Mauvaises raisons que tout cela ! L’épidémie variolique de Paris a porté une atteinte grave à la vaccination animale; c’est positif. La voilà réduite à plaider les circonstances atténuantes. C’est triste, après les chants de triomphe qu’elle avait fait entendre. Si elle était restée dans le seul rôle modeste qui lui convient, c’est-à-dire le rôle de ressource et d’auxiliaire, elle ne se fût pas peut-être exposée à l’éclatant échec qu’elle vient de subir. Elle a révélé son impuissance comme 'méthode générale. Reste à déterminer ce qu’elle vaut comme exception. C’est la seule condition qu’on puisse désormais lui accorder, et encore après examen'. »

Je n’insiste point sur ce sujet.

La question est pendante devant le Corps médical. Il convient d’attendre que les faits aient parlé.

Je me contenterai donc de donner bientôt mon opinion sur la nature et sur l’espèce de cette nouvelle vaccine.

1 Union médicale du 28 avril 1870, n° 50, pag. 703, 704.

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