‹ Histoire de la vaccinationChapitre 14 sur 24 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Origine de la vaccination: Inoculation; variolation.

Origine de la vaccine : Gowpox , Horsepox, etc.

Discussions sur l’origine de la vaccine; — Leurs résultats.

Conclusions nouvelles sur l’origine de la vaccine ; — Indication du virusvaccin, seul vrai, seul infaillible, et de sa véritable source.

De la confusion dans les expressions dont on se sert dans le langage imprimé, manuscrit ou parlé, doit naître forcément la confusion dans les idées, dans les écrits et dans les argumentations.

Il faut s’entendre sur les mots pour bien s’entendre sur les choses.

Et pour cela, il faut en déterminer la signification d’une manière bien claire, très-nette et très-précise.

Voilà pourquoi je cherche constamment, et autant que possible, à édifier le lecteur sur l’étymologie véritable des mots que j’inscris en tète de mes chapitres, au fur et à mesure que je lui fais parcourir ces feuillets historiques.

Or, l’histoire de la vaccination commence à l’inoculation, puisque l’une et l’autre constituent deux moyens de prophylaxie thérapeutique successivement employés contre une seule et même maladie , puisque l’une a précédé l’autre et en a fourni l’idée et la méthode.

Qu’est-ce donc que l’inoculation ?

On doit entendre par inoculation ( inoculatio , greffe, ente en écusson), en prenant ce mot dans son sens le plus large, dans son sens pratique et grammatical, toute trans-

mission d’uoe maladie contagieuse par le passage de son principe virulent d’un individu à un autre.

Ce passage peut se faire de deux manières :

Il peut être l’effet du hasard et des circonstances fortuites ou spéciales dans lesquelles se sont trouvés placés, volontairement ou involontairement, les individus chez lesquels il s’est opéré.

Il peut aussi être l’effet de l’art, d’une provocation directe et d’une opération particulière.

Dans le premier cas, il doit prendre le nom d’inoculation naturelle et accidentelle : c’est la greffe naturelle; c’est la contagion.

Dans le second cas, il doit prendre celui d’inoculation provoquée ou artificielle: c'est la greffe perfectionnée ; c’est la greffe en écusson ; c’est l’inoculation proprement dite.

On lui attribue, depuis la découverte de Jenner, des noms particuliers en rapport avec ceux des virus inoculés ; inoculation du virus-vaccin : inoculation vaccinale , vaccination; inoculation du virus vénérien : inoculation syphilitique, syphilisation, etc.

Mis en usage pour la première fois, en médecine, à propos de la greffe du virus variolique, ce mot employé seul exprime, encore aujourd’hui comme autrefois, l’inoculation artificielle de la petite-vérole.

Mais cet état de choses n’a plus de raison d’être, à présent qu’on applique la môme désignation à la transmission de tout autre virus que le principe virulent varioleux.

Il y a, au contraire, une raison pour qu’il en soit autrement; et la preuve, c’est que dans le langage il y a quelquefois confusion, et que pour l’éviter on est souvent

obligé de joindre au substantif un adjectif qui le qualifie.

Il faut donc le réserver, comme terme générique, pour désigner toute transplantation artificielle des virus d'un sujet à un autre, et faire maintenant pour la variole ce qu’on a fait pour la vaccine, pour la syphilis et pour d’autres maladies virulentes ou prétendues virulentes.

C’est pourquoi je désignerai désormais l’inoculation du virus varioleux, l’inoculation variolique, quand je voudrai la nommer en un seul mot, sous le nom plus rationnel et tout aussi euphonique de variolation, suivant en cela l’exemple de Ceely, qui s’est servi de ce mot pour désigner l’inoculation de la variole à la vache.

On ne retrouvera plus sous ma plume la première désignation que dans mes citations, auxquelles je dois conserver leurs couleurs, et de lieux, et de temps, et d’auteurs.

Issue, suivant les uns, de l’amour maternel, qui dans les premiers temps l’aurait mise en pratique par contact immédiat et volontaire (greffe naturelle ou par approche),

« en exposant les enfants à la contagion, dans les bonnes années, pour les préserver dans les mauvaises ; en allant au-devant de la petite-vérole quand elle était légère, afin d’y échapper quand elle était grave S> ; née, suivant nos missionnaires en Chine, dans la tête d’un prince chinois delà maison de Tahing-Siang, au xne siècle; inventée, suivant les autres, et à peu près à la même époque, par l’esprit honteusement mercantile des habitants de la Circassie et de la Géorgie, l’inoculation variolique a précédé de six siècles au moins l’inoculation vaccinale.

Longtemps avant de pénétrer en Europe, elle fut pra-

1 Bousquet; loc. cit., pag. 115.

tiquée «en Chine, clans l’Inde, par les Brames; en Arabie, en Circassie et en Géorgie1 », par des femmes obscures qui n’avaient pas d’autres ressources et d’autre industrie que celle d’insérer la variole par des moyens plus ou moins simples ou plus ou moins étranges. Néanmoins, ces femmes la pratiquaient généralement avec une ou plusieurs aiguilles. Quant aux Chinois, «ils introduisaient un morceau de coton imbibé de virus varioleux dans le nez, par la narine gauche chez les filles, par la narine droite chez les garçons2»; ou bien encore « ils ramassaient les croûtes des pustules varioliques pour en introduire les fragments dans les narines des enfants, ou dans la petite cavité du nombril 3 ».

Cependant, d’après Sprengel, la variolation « ne se pratiquait nulle part aussi fréquemment que dans la Grèce, où elle n’a pas été apportée de Géorgie, mais où elle a été certainement inventée... Elle était d’un usage général parmi les Grecs de Constantinople, au commencement du xvme siècle. Les premiers renseignements que nous ayons sur elle datent presque de cette époque : ce sont ceux d’Emmanuel Timoni, médecin à Constantinople; de Jacques Pilarini, consul vénitien à Smyrne, et de Samuel Skraggenstierna, médecin du roi de Suède4».

Ce sont là des faits purement historiques. On est bien obligé de les raconter à peu près comme tout le monde, comme tous les historiens qui les ont fait connaître, et

4 Monneret et Fleury, tom. VIII, pag. 457.

2 Bousquet; loc. cit., pag. 117.

3 Dr Morache ; Pékin et ses habitants. ( Annales d'hygiène publique, pag. 56. Janvier 1870.)

4 Sprengel; Histoire de la médecine, tom. VI, pag. 37.

dans les œuvres desquels il faut les aller chercher. Aussi, autant et mieux vaut leur emprunter, de droite et de gauche, de nombreuses citations: c’est le meilleur moyen d’être exact et complet , et si l’on n’a pas ainsi le talent des travestissements plus ou moins déguisés, on a du moins le mérite de la franchise :

Une femme, une Thessalienne, une industrielle de bas étage, introduisit d’abord la variolation à Constantinople, et l’y pratiqua avec trois aiguilles rapprochées et liées ensemble. Un médecin, un observateur éclectique et sans préjugés, « Emmanuel Timoni, Grec d’origine, membre des Universités d’Oxford et de Pavie », ayant appris à la connaître, non pas à l’école de la Thessalienne, comme on l’a dit improprement, je le suppose, mais en observant les individus variolés par cette femme, la mit à son tour en pratique, et, satisfait d’une méthode dont il avait pu constater les avantages, il chercha bientôt à la propager en racontant ce qu’il avait appris, et en écrivant le résultat de ses observations, en décembre 1713.

Quelques années plus tard, une autre femme, mais cette fois une femme de cœur, lady Wortley Montagu, ambassadrice d’Angleterre à Constantinople, fît, dans l’intérêt de sa patrie, ce que devait faire après elle une grande impératrice au bénéfice de son peuple : l’une et l’autre ont eu la gloire de donner, à cinquante ans de distance, un noble et courageux exemple :

« Instruite des moyens qu’employaient les femmes char gées de cette opération, témoin des avantages qu’en retiraient les médecins de Constantinople au milieu des épidémies de petite-vérole, lady Montagu eut le courage de

faire inoculer son fils, âgé de six ans, qui l’avait accompagnée dans son ambassade'.»

« L’opération eut un résultat si heureux, qu’elle résolut d’en faire jouir sa patrie. Et pour joindre encore une fois l’autorité de l’exemple à l’autorité des paroles, elle répéta la môme épreuve sur une fille dont elle était récemment accouchée. Cette épreuve se fit à Londres, sous les yeux de la cour, en 1 7 2 1 2 . »

« Plusieurs personnes, étonnées du succès qui suivit cette inoculation, et intimidées parles ravages que faisait alors la petite-vérole, se déterminèrent à imiter lady Moritagu. Toutes eurent sujet de s’en louer.

» Le roi d’Angleterre voulut aussi soumettre sa famille à l’inoculation ; mais sa décision fut subordonnée à la réussite des essais que fit le Collège des chirurgiens de Londres sur six criminels condamnés à mort; l’expérience fut des plus heureuses, et la famille royale d’Angleterre fut inoculée.

» Cet exemple donné par le souverain entraîna bientôt

l’opinion de presque toute l’Angleterre, de l’Irlande et de

l’Ecosse. L’inoculation traversa les mers, pénétra dans les colonies anglaises de l’Amérique septentrionale, et trouva partout des partisans 3. »

Mais, comme toute méthode nouvelle, elle rencontra également ses opposants et ses détracteurs.

Et il faut bien que la variole soit et ait été de tout temps une maladie bien redoutable et bien redoutée,

( Traité historique et pratique de l'inoculation; par Valentin et Dézoteux, pag. 48.

2 Bousquet ; loc. cit., pag. 116.

3 Husson ; loc. cit., pag. 3.

pour qu’on ait tant cherché à s’en préserver ; pour que la variolation, la vaccination et toutes autres inoculations préventives déployées contre elle aient eu, dans tous les temps, le privilège triste ou glorieux de soulever toutes les passions, bonnes ou mauvaises et de tous les ordres.

Qu’on en juge par ce qui suit:

« Au milieu de ses progrès, l’inoculation essuya de fortes contradictions : faits controuvés, faux témoignages, accidents supposés, tout fut mis en œuvre pour donner à la nouvelle pratique une impulsion rétrograde

»On eut l’adresse d’intéresser la Providence dans cette affaire. Les théologiens s’en mêlèrent, les prédicateurs montèrent en chaire, et quelques-uns la présentèrent comme une invention diabolique : La chose est si véritable, criait en chaire le curé Massey, que le diable a autrefois greffé sur Job la petite-vérole confluente.

» Toutes ces menées la firent abandonner à peu près pendant dix ans, mais en 1738 une épidémie variolique très-meurtrière causa une mortalité générale dans le comté de Middlesex. La crainte qu’elle inspira fut telle, que 2,000 personnes se firent inoculer. Toutes en échappèrent, à l’exception de deux femmes enceintes qui subirent l’opération contre l’avis de leur médecin.

» Une réussite aussi éclatante réveilla le zèle pour l’inoculation. Des établissements publics se formèrent. Milord Isaac, évêque de Worcester, prononça, dans la même chaire où le fanatique Massey avait, trente ans auparavant, traité l’inoculation d’ouvrage du démon, un sermon en faveur de cette pratique, et bientôt après, cette grande question fut tout à fait résolue en Angleterre.

» En France, l’inoculation fut accueillie avec défaveur :

on la traita, dans la Faculté de médecine de Paris, de pratique criminelle, meurtrière et magique ; les inoculateurs furent appelés des bourreaux et des imposteurs, les inoculés des dupes et des imbéciles* .»

« La Sorbonne la condamna et la défendit comme illicite et contraire à la loi de Dieu 2. »

« Le Parlement l’exila loin des villes et des faubourgs de la Cour. Enfin, sans La Condamine, l’inoculation de la petite-vérole eût échoué en France. Il lut à l’Académie des sciences des observations qu’il avait faites dans un voyage au Levant, entraîna tous les suffrages et réconcilia un grand nombre de personnes avec l’insertion.

» Le Parlement, instruit, autant par les rapports de ce célèbre académicien que par l’heureuse réussite des inoculations pratiquées dans quelques maisons distinguées de France, revint sur son premier arrêt, et voulut s’éclairer des lumières réunies des Facultés de théologie et de médecine. La Sorbonne prononça que ce qui pouvait être utile aux hommes ne pouvait offenser Dieu, et la Faculté de médecine, sur le rapport d’Antoine Petit, rendit un décret pour la tolérance de la pratique de l’inoculation. On doit être étonné qu’après avoir recueilli les précieux avantages de l’inoculation, sa pratique n’ait été que tolérée, tandis qu’elle aurait dû être permise, autorisée, encouragée, et même ordonnée par une loi expresse71. »

Les rapports de La Condamine dont parle Husson à cette occasion, sont un peu autérieurs à ses écrits sur la

' Husson; loc. cit., pag. 3, 4.

2 Deliberatum in Sorbonâ, 16 mensis julii, anno 1750. A. Chereau ; Éphémérides de l’Union médicale du 16 juillet 1870.

3 Husson; loc. cit., pag. 3, 4, 5.

variolation : le premier [Mémoires sur l'inoculation ), suivi de deux ou trois autres et de quelques lettres, a été imprimé en 1754, et le dernier ( Histoire de l'inoculation de la petite-vérole ) a été publié un an avant sa mort, en 1773.

Cette première opération préventive de la variole n’a donc été acceptée en France que vers le milieu du xvme siècle, six cents ans environ après son invention.

Elle a été mise en pratique, un peu avant, un peu après cette époque, en Allemagne, en Italie et dans les autres parties de l’Europe, et n’a pu pénétrer en Russie qu’en 1769, l’exemple donné par Catherine II à son peuple datant du mois d’octobre 1768'.

On touchait alors au moment où Jenner allait commencer ses premières expériences sur le Cowpox, puisqu’il les fixe lui-même à l’année 1776 ou 1777: «Mes recherches sur la nature de la vaccine commencèrent il y a environ vingt-cinq ans, dit-il, le 6 mai 1801, Inorigin of the inoculation of the variolæ vaccines 2».

La variolation comptait donc à peine cinquante ans d’existence en Europe, quand elle y fut menacée, quand elle en fut chassée par la vaccination.

A quoi bon, dès-lors, en faire connaître ici les effets morbides 8t les résultats mortuaires ? Ils ne devaient pas être très-satisfaisants, puisque cette première inoculation préventive employée contre la variole fut immédiatement délaissée dès l’apparition de la seconde , puisqu’elle est aujourd’hui complètement abandonnée dans toutes les parties du monde civilisé.

1 Cent quarante personnes seulement suivirent l’exemple de leur "eraine dans les derniers mois de l’année 17G8. ( Union médicale du sou. T 1874, n» 2.)

3 j an vit,. loc cü ^ pag 222

? Jenner ,

Le lecteur remarquera, je n’en doute point, que je ne parle pas ici des effets prophylactiques de la variole inoculée. Tout le monde sait très-bien qu’une fois cette maladie artificielle provoquée et guérie, ses résultats, à cet égard, ont été reconnus incontestables et sont restés aussi incontestés que ceux dont la petite-vérole naturelle est la cause.

A quoi bon également en décrire les procédés, puisqu’ils ont été acceptés pour la mise en pratique de l’inoculation qui lui a succédé , puisque je vais avoir l’occasion d’en faire lTiistorique à propos de cette dernière?

Lorsque, pour la première fois, l’idée vint à quelqu’un d’employer l’insertion, l’inoculation, la greffe artificielle du virus varioleux, la variolation, en un mot, comme moyen de préservation contre la contagion épidémique de la petite-vérole , si redoutable et si dangereuse, on n’ignorait pas à quoi l’on exposait les individus ainsi variolés. On ne l’ignorait pas davantage quand la méthode fut généralisée; aussi choisissait-on le moment le plus favorable pour cette inoculation, et préparait-on à l’avance ceux que l’on voulait soumettre à cette opération.

Mais on savait du moins à quoi s’en tenir sur le compte du principe inoculé.

On savait, à n’en pas douter, que l’on puisait à la source de la variole; on était sûr d’inoculer du virus varioleux; on était certain de produire la petite-vérole.

On se borna d’abord à espérer que l’on rendrait ainsi la maladie moins grave et bien moins meurtrière.

Plus tard, on en vint jusqu’à croire à l’anéantissement complet, par ce moyen, non-seulement de la variole épidémique, mais encore de la variole elle-même.

« L’inoculation était généralement reçue dans le monde savant; tous les pays l’avaient adoptée; quelques gouvernements en avaient fait une loi; les médecins, dégagés de toute espèce de préjugés, affranchis des craintes qu’on cherchait à leur inspirer, en disséminaient les bienfaits ; déjà nous étions parvenus à cette époque où V inoculation de la petite-vérole allait détruire la petite-vérole ellemême ' » .

Et la variole a persisté !

En est- il de la vaccination comme de sa sœur aînée?

Oui, quant à la conclusion qui en a été tirée par son premier auteur lui-même :

<r II est maintenant incontestable, dit-il en terminant son dernier opuscule sur la vaccination, que l’extinction de la petite-vérole, l’un des fléaux les plus redoutables de l’espèce humaine, doit être le résultat final de cette nouvelle pratique 1 2 ».

Du reste, c’est là le rêve de tous les novateurs en fait d’inoculation préventive de la petite- vérole. Je m’y suis moi-même laissé prendre avec bon nombre d’autres.

Et la variole reste ferme debout, toujours terrible et menaçante.

Oui encore, quant à la connaissance de la maladie produite par la vaccination, et des accidents auxquels sont exposés les vaccinés.

Mais non, malheureusement non, quant à celle de son principe.

C’est ce que je vais examiner.

Le cowpox (cow, vache, et pox, vérole) est cette ma-

1 Husson; toc. cit., pag. 6.

2 Jenner; loc. cit., pag. 232.

ladie spécialement attachée au pis des vaches, découverte ou plutôt aperçue par Jenner vers 1776, dans quelques comtés de l’ouest de l’Angleterre, particulièrement dans celui de Glocester, et qui y était déjà connue et désignée sous ce nom : A clisease discovered ( discover , découvrir, apercevoir ) in some of the western counties of England , particularly Gloucestershire, and known by the name of the Cowpox.

Évidemment, pour Jenner, qui l’a révélée au monde scientifique, après l’avoir utilisée dans un but de préservation humanitaire, cette maladie n’est pas autre chose que la petite-vérole des vaches. Cela résulte non-seulement de ses écrits, mais encore des titres mêmes de ses Œuvres, dans lesquels il se sert, afin d’en poser en deux mots le diagnostic, non pas d’une désignation anglaise, mais d’une dénomination latine, de manière qu’il ne peut y avoir aucun doute à cet égard.

Qu’il me soit permis de les rappeler ici :

Inquiry into the causes and effects of the variolæ vacclnæ, a disease, etc.

Further observations on the variolæ vaccinæ.

A continuation of facts and observations relative to the variolæ vaccinæ, or cowpox .

Ce n’est qu’après lui, en France peut-être, et par suite de l’acceptation aveugle de ses errements, que l’on a voulu en faire une maladie complètement différente de la variole, complètement indépendante de toute espèce de parenté avec la petite-vérole.

Il est vrai de dire que Jenner lui-même y a certainement contribué pour sa bonne part, en ne lui accordant qu’une parenté de nom, et en lui refusant une parenté de fait.

Qu’a-t-il fait en effet du cowpox, de la variole vaccine, de la variole vaccinale, comme il la désigne lui-même dans la lettre autographe publiée par M. Béhier dans l 'Union médicale du 6 avril 1861 ? Il en a fait une espèce bâtarde, en lui donnant une origine étrangère et totalement différente de celle que son nom lui attribuait naturellement.

Pour lui, l’origine du cowpox se trouve in the grease; into the sore-heel; into the scratchy-heel : dans le talon graisseux ; dans les eaux aux jambes ; dans le javart des chevaux. Nulle part il n’exprime la pensée que ces diverses maladies, qui pour lui n’en forment qu’une seule, puissent être de nature varioleuse.

Ce n’est qu’en dernier lieu qu’on s’est enfin décidé à la considérer franchement comme telle, en acceptant comme maladie vaccinogène la variole des animaux, et comme maladie vaccinogène par excellence la petite-vérole des chevaux, désignée sous le nom de horsepox.

C’est ici le cas, ou jamais, d’aborder l’historique de ces fameuses discussions naguère soulevées par cette question au sein de l’Académie impériale de médecine.

Nous pourrons en tirer quelque profit et quelques enseignements.

Elles ont commencé dès l’année 1856. Elles duraient encore en novembre 1869. Et qui peut dire qu’elles soient actuellement et définitivement closes?

Au fond, elles n’ont pas fait faire un grand pas à la science.

Aussi me garderai-je bien de transcrire ici tous les arguments employés dans ces luttes académiques, durant lesquelles les personnalités ont été trop souvent mises en

jeu. Ils sont à peu près tous puisés dans les faits racontés par Jenner, par ses partisans et par ses antagonistes, tels que je les ai rapportés moi-même au début de ce Mémoire. Seulement et comme par le passé, ils y sont étayés ou ébranlés par des commentaires plus ou moins favorables ou défavorables et plus ou moins rationnels.

Je me contenterai donc de transcrire les faits qui ont donné lieu à ces récentes discussions; défaire ressortir les arguments nouveaux qu’elles ont pu dévoiler en faveur de telle ou telle doctrine, ancienne ou nouvelle, et d’en faire connaître le résultat définitif et les conclusions.

En tout cas, je ne leur emprunterai, pour le moment, que ce qui a trait à l’origine de la vaccine. J’y reviendrai plus tard à l’occasion de la vaccine elle-même, ou plutôt à l’occasion des vaccines, ainsi qu’on peut dire aujourd’hui.

Première discussion. — En 1856, un apprenti maréchal, un nommé Brissot, non vacciné, après avoir ferré un cheval atteint d’eaux aux jambes, présenta, quinze jours après le contact du cheval malade, des pustules soumises à l’observation de MM. les Drs Manoury et Pichot (de Chartres). Ceux-ci déclarèrent que ces pustules avaient tous Jes caractères des pustules vaccinales ; que c’étaient de véritables pustules de vaccine. Seulement aucun des deux observateurs n’a pu affirmer que pendant l’intervalle qui s’était écoulé entre le contact du cheval et l’apparition des pustules, Brissot n’avait pu être mis en contact avec des vaches.

Quoi qu’il en soit, M. Manoury inocula le virus pris aux pustules de Brissot à un enfant qui présenta un très-beau

bouton vaccinal. Le virus de Brissot lui-même fut envoyé à l’Académie; celle-ci le mit en expérimentation, mais elle n’obtint aucun résultat. D’un autre côté, chose singulière ! le virus de l’enfant inoculé par M. Manoury fut en môme temps envoyé à cette Société savante, expérimenté, et il fournit une longue série de résultats positifs.

Mais l’on n’a jamais su très-positivement de quelle maladie était atteint le cheval qui était censé avoir donné les pustules de Brissol. Elle n’en fut pas moins mise dans la catégorie des eaux aux jambes, et considérée comme telle.

On voit qu’à cette époque on discutait encore sur la possibilité de la production de la vaccine par les eaux aux jambes. Et la preuve, la voici. Je la puise dans la conclusion qui a clos cette discussion, et qui fut émise par M. Bousquet lui-même, contrairement aux résultats de ses expérimentations antérieures :

i Ce qu’il y a d’extraordinaire dans le fait de MM. Manoury et Pichot, la conclusion à laquelle cette observation et quelques autres me conduisent, c’est que les eaux aux jambes paraissent douées de la propriété d’engendrer la vaccine de deux façons : ou directement par la transmission du cheval à l’homme, ou indirectement du cheval à la vache, puis de celle-ci à l’homme. »

Après avoir médité sur cette conclusion, et toute réflexion faite, je me demande quel pas cette discussion a fait faire à la science. Les Drs Loy, Friese, de Carro, Birago, Godine, Sacco, Viborg, etc., n’étaient-ils pas antérieurement arrivés à des conclusions parfaitement identiques ? n’en avaient-ils pas, du moins, fourni les éléments ?

Deuxième discussion. — « Le 29 mai 1860, une lettre de M. le Dr Fontan annonçait au monde médical qu’une découverte importante venait d’être faite à Toulouse, à l’École vétérinaire de cette ville. La matière purulente d’une éruption survenue aux jambes d’un cheval, inoculée au pis d’une vache, avait déterminé des pustules tout à fait semblables au cowpox, et le pus de ces boutons de la vache, inoculé à des enfants, avait produit des pustules absolument analogues à celles du plus beau vaccin.

» Ce fait excita la plus vive attention, et M. le Préfet de la Haute- Garonne s’empressa de nommer une Commission composée de M. Prince, président, de MM. les Drs Cayrel, Laforgue, Amen, Batut et de M. Lafosse, le principal auteur delà découverte.

» Cette Commission a fait son rapport, et c’est sur ce travail que la Commission de vaccine, par l’organe de M. Bousquet, a présenté elle- même son rapport à l’Académie. »

Ce rapport, le voici. Je le transcris dans tous ses développements, afin de remettre, sans omissions, sous les yeux de mes lecLeurs, le fait expérimental observé à Toulouse, en 1860.

« Au printemps de ladite année, éclata tout à coup à Rieumes, non loin de Toulouse, une épizootie parmi les chevaux. En moins de trois semaines, on comptait plus de 100 malades.

i) Rien dans le temps n’eût pu la faire prévoir; tout allait comme de coutume. On remarqua seulement , et la remarque est bonne à faire , que la petite-vérole régnait en

même temps dans les environs, ce qui semblait indiquer que le vent était aux fièvres éruptives.

» M. Sarrans, vétérinaire de Rieumes, a vu cette épizootie et l’a décrite.

» Elle débutait par un état général marqué par une fièvre peu forte, mais qui se soutenait jusqu à l’ apparition des sigmptômes locaux : le principal de ces symptômes consistait dans un engorgement des jarrets, chaud, rouge, douloureux ; et l’animal boitait.

» Cet engorgement lui-même semblait se composer d’une foule de petites pustules pressées les unes contre les autres.

» C’était la première période ; elle durait de trois à cinq jours.

» La seconde s’annonçait par un écoulement purulent au pli du paturon.

» Cela durait de huit à dix jours.

» A mesure que le pus coulait, l’engorgement se dissipait, et la boiterie diminuait.

«Enfin, les pustules se séchaient, et dès le quinzième jour les croûtes commençaient à tomber avec des faisceaux de poils hérissés, laissant après elles des cicatrices plus ou moins marquées, suivant l'affluence de l'éruption.

» Il est digne de remarque que toutes les pustules ne se bornaient pas aux pâturons ; il en venait par-ci par-là sur les différentes parties du corps : aux fesses, aux narines, à la vulve, aux lèvres, etc.

» A la première nouvelle de l’épizootie chevaline, on ne manqua pas de répandre le bruit qu’il y avait non loin de là des vaches atteintes de cowpox ; on allait jusqu’à désigner les fermes où on les trouverait. M. Sarrans s’v

transporta, et après examen il a affirmé qu’il n’y avait rien de semblable 1 .

»Au dire de M. Sarrans, de cent bêtes chevalines qu’il a observées, trois juments seulement et deux chevaux auraient reçu la maladie des influences extérieures ; tout le reste l’aurait gagnée par contagion , et voici comment :

» Pour l’intelligence du récit, il faut savoir que M. Sarrans possède à Rieumes une station de monte fort achalandée. Du 10 au 16 avril, 80 juments y furent conduites pour être saillies; or, pour les contenir, on leur passait autour du paturon des entoures faites de cordes qui avaient servi à d’autres juments malades; c’est, disons-nous, par ces entraves que M. Sarrans suppose que la maladie s’est propagée : question délicate quand on raisonne de sujets qui respirent le même air, qui vivent dans le même milieu.

» Du reste, nul doute que la sanie qui coulait des pâturons ne fût contagieuse. On a vu de ces chevaux se lécher, se mordre les parties malades, et s’inoculer ainsi la maladie dans d’autres points; on a vu des poulains la prendre sur les lèvres en tétant leur nourrice 2.

» Nous touchons. Messieurs, à la partie la plus intéressante de ce rapport, et c’est ici qu’il faut avoir les yeux et les oreilles attentifs.

» Au nombre des malades de celte épizootie, se trouvait une jument, celle de M. Cornil ; c'est elle qui a fourni la matière de l’inoculation, dont il faut maintenant parler.

» Pendant un voyage qu’elle ût de Rieumes à Toulouse,

* Remarque : Il u’y avait point de cowpox, c’est possible, mais il y avait la variole humaine épidémique.

2 Remarque : Est-il possible de donner une description plus complète et plus exacte de la variole ?

cette bête, plus nonchalante que de coutume, semblait souffrir des reins. On la conduisit à l'École vétérinaire pour la faire voir à la clinique ; 'le lendemain ou le surlendemain, elle commença de boiter, et presque au même temps les membres postérieurs s’engorgèrent, surtout du côté droit.

» Huit jours après, ramenée à l’École, elle parut triste; peu d’appétit, boiterie des deux membres postérieurs, quoique plus accusée d’un côté que de l’autre ; gêne dans la flexion des boulets; gonflement chaud, douloureux, borné au boulet de gauche, étendu à droite, jusqu’au milieu du canon.

» Sur ce gonflement s’élevaient çà et là des faisceaux de poils hérissés, et sous ces poils quelque chose comme des pustules d’où s’écoulait une matière liquide à odeur ammoniacale, quoique moins fétide que la sécrétion des eaux aux jambes ' .

)> Le 29, la jument rentre à l’Ecole et y reste ; le professeur de clinique ordonne la tonte des parties affectées; on enlève des plaques épidermiques couvertes de poils hérissés, lesquelles mettent à nu des ulcérations nombreuses, les imes en relief, les autres déprimées, la plupart circulaires , du diamètre d'une forte lentille ou d’une pièce de 50 centimes, d'où s'exhale une matière séro- purulente, comme gommeuse .

» Le 30 avril, on aperçoit pour la première fois, à la lèvre supérieure et inférieure du côté droit, des pustules d’autant plus distinctes et plus visibles que les poils sont

1 Remarque: N’est-ce pas là également la maladie vaccinogène décrite par Jenner ?

plus courts dans cet endroit : plates, rondes, à bords saillants, moins larges qu’un centimètre , écaillées par le frottement, déprimées au centre et couvertes d'une croûte ferme, sèche, fortement adhérente' .

» L’éruption, que l’on croyait bornée aux membres, s’étend jusqu’à la muqueuse des lèvres et à la pituitaire.

» Le 4 mai, plus de fièvre, plus de boiterie, diminution sensible de l’engorge ment.

» Le 15, tout était rentré dans l’ordre.

» Pour ne pas interrompre la suite de notre récit, nous n’avons encore rien dit de l’inoculation ; il faut y revenir, car c’est ici le principal intérêt de l’observation.

» C’est le 25 avril, huit jours après l’invasion de l’éruption, que M. Lafosse prit avec la lancette la matière d’une •pustule et l’inocula publiquement à une jeune vache, par une piqûre à chaque trayon.

» Les quatre premiers jours se passent, et rien ne paraît, ni aux piqûres ni dans l’état général de l’animal.

» Le 30, les piqûres commencent à rougir, et par un excès de précaution, assez inutile peut-être, on recommence l’opération comme la première fois, excepté qu’on y appelle un plus grand nombre de témoins.

» Le 3 mai, à huit jours de distance de la première opération, les trayons se couvrent de pustules ; il y en a cinq, plates, larges, fermes, rondes, creusées d'un ombilic, ce qui fait paraître les bords d’autant plus saillants.

» À cet aspect, il était difficile de ne pas reconnaître le cowpox. M. Lafosse le reconnut. Le directeur de l’école,

1 Remarque : Comment ne pas deviner, sous ces définitions, des ulcérations et des cicatrices de pustules varioleuses ?

M. Prince, appelé adonner son avis, porte le même jugement. Dès ce moment, le fait qui s’annonce paraît si considérable, qu’il ne saurait avoir trop de publicité ; on en écrit au préfet du département, en lui demandant une Commission officielle.

» Le 4 mai, en présence de la Commission, nouvelle inoculation ; mais cette fois la matière est prise au pis d’une vache et reportée sur une autre, où elle reproduit des pustules en tout semblables à celles de provenance chevaline, excepté qu’elles sont plus belles.

» Jusqu’ici le virus n’est sorti du cheval que pour passer à la vache. M. Cayrel juge qu’il est temps d’en faire jouir l’espèce humaine, et l’inocule à un enfant avec la même facilité que le vaccin le mieux éprouvé.

» De son côté, M. Lafosse propose de le reporter à sa source ; il choisit un cheval, et l’inocule sur le museau : il naît de cette inoculation plusieurs pustules que la Commission vit un peu déformées par le frottement de l’animal contre le râtelier, mais irréprochables à l’intérieur. M. Cayrel y plongea la lancette et piqua un enfant, auquel il donna six magnifiques pustules.

» Nous vous épargnons, Messieurs, la suite de ces inoculations ; personne n’y était plus propre que M. Cayrel, car personne ne se connaît mieux en vaccine ; toute la médecine toulousaine fut appelée à les suivre et à en constater les résultats. En dehors de la science locale, MM. Fontan et Izarié l’ont vu ; M. Leblanc, qui à la première nouvelle de ce grand événement se rendit à Toulouse , M. Leblanc Ta vu ; votre rapporteur l’a vu.

» Pour ôter tout prétexte à la méfiance et réduire la critique au silence, M. Cayrel a fait ce que nous avions

fait nous-même en 1836, lorsque le hasard nous plaça sous la main le cowpox dit de Passy : il a inoculé les deux virus en regard l’un de l’autre, l’un à un bras, l’autre à l’autre bras. Dès-lors, tout étant égal des deux parts, la comparaison devenait plus facile et plus sûre. C’est ainsi qu’il a pu dire que le nouveau virus de provenance chevaline lui avait donné des pustules plus larges , plus belles, plus lentes dans leur évolution que les pustules de son aîné.

» A l’aspect de ces pustules, il eût été difficile d’en méconnaître la nature ; mais les expériences ne leur ont pas manqué pour les obliger à se révéler. Les nouveaux inoculés ont été vaccinés avec le vaccin en usage, et nul n’en a souffert ; ils auraient offert, soyez-en sûrs, la même résistance à la variole, car la vaccine s’exclut comme elle exclut la variole.

» Voilà, Messieurs, le fait dans toute sa simplicité; c’est, à notre avis, un grand fait; il peut se résumer en quelques mots :

» Sous le règne d’une épizootie, une jument tombe malade d’un engorgement aux jarrets, d’où s’écoule une matière sanieuse. Un grand artiste, M. Lafosse, prend cette matière au bout de la lancette, et l’inocule successivement à deux jeunes vaches auxquelles il donne, par le fait de cette inoculation, des pustules ayant toutes les apparences du cowpox. On reprend la matière de ces pustules, et l’on obtient la vaccine avec tous ses caractères, toutes ses propriétés, »

Ce rapport fut suivi d’une discussion qui pendant plusieurs séances a attiré l’attention de l’Académie.

Plusieurs académiciens y ont pris part ; entre autres, MM. Bousquet et Depaul, de la section de médecine ; MM. Leblanc et H. Bouley, de la section de médecine vétérinaire. Quelques-uns même ont prononcé à cette occasion de véritables discours.

J’ai fait valoir les raisons qui me dispensent de les analyser.

Je me contente de relater ici les faits principaux et directement applicables à mon sujet :

Quelle est la maladie épizootiqu.e observée à Rieumes, et dont a été atteinte la jument vaccinifère? demande M. Bousquet. Est-ce les eaux aux jambes, dont le nom a été prononcé par les premiers observateurs, cédant en cela à l’opinion commune depuis la découverte de Jenner?

Non, répond très-affirmativement M. Leblanc, qui l’a vue, et dont on ne peut méconnaître le savoir et le talent d’observation à cet égard.

Est-ce la variole du cheval, comme on a dit que le cowpox n’était que la variole de la vache?

M. Bousquet ne dit ni oui ni non. Il se contente de présenter plusieurs raisons qui militent en faveur, soit d’une réponse affirmative, soit d’une réponse tout opposée, mais il laisse entrevoir que lui-même penche plutôt vers cette dernière, c’est-à-dire vers une réponse négative :

Il a peine à croire à la variole du cheval.

Et pour lui la maladie reste innomée.

Tout ce qu'on peut en dire, ajoute le rapporteur, c’est qu’elle a présenté tous les caractères d 'une fièvre éruptive .

Pour M. H. Bouley, comme pour M. Bousquet, le cheval est vaccinogène. Pour lui, il ne peut y avoir de doute à cet égard; mais il se demande s’il n’y a qu’une maladie

du cheval, ou s’il y eu a plusieurs qui puissent donner naissance à la vaccine.

Et il laisse la question sans réponse.

Quant à M. Depaul, il est bien plus affirmatif.

Il tient à constater qu’au moment où l’épizootie de Rieumes a été observée , il y avait une épidémie de variole dans le pays, et il croit que les juments, aussi bien que les génisses atteintes, ont subi simplement Y influence épidémique.

Je me plais à le faire remarquer une fois de plus avec lui, car c’est un fait vraiment remarquable que cette coïncidence habituelle de la variole humaine avec la maladie vaccinogène du cheval, avec le cowpox de la vache.

En d’autres termes, c’est un fait qui devient étrange, du moment que l’on persiste à refuser une origine commune à ces trois maladies habituellement coexistantes.

En conséquence, M. Depaul déclare hautement que pour lui la vaccine n’est que la variole mitigée.

Et ce qui peut et doit surprendre, c’est que, malgré les tendances qui viennent d’être accusées par M. Bousquet, celui-ci laisse échapper que telle est aussi son opinion.

En fin de compte, voici la conclusion à tirer de ce débat, telle que je la trouve manifestée par M. A. Latour, rédacteur en chef de Y Union médicale. Je la choisis de préférence à toute autre, parce qu’elle est à la fois et plus explicite, et plus claire, et plus nette :

« Il résulte, de cette discussion, qu’il existe une maladie du cheval qui produit le cowpox; que les caractères de cette maladie ne sont pas encore définis ; qu'il faut faire table rase des observations et des expériences antérieures, et qu’il est indispensable de se livrer à de nouvelles expériences, à de nouvelles observations.

» Tel a été le dernier mot de cette longue discussion sur l’origine du cowpox, et ce dernier mot très-juste, qui résume très-bien l'état actuel de la question , a été dit par M. H. Bouley ' . »

D’après cette déclaration , cette seconde discussion, quoique partant d’un fait bien plus significatif que celui qui a donné lieu à la première, puisque dans l’un il n’y a eu, comme point de départ, qu’une greffe naturelle de la maladie vaccinogène directement du cheval à l’homme, tandis que dans l’autre on s’est servi de la greffe artificielle pour transporter cette maladie du cheval à la vache, et de celle-ci à l’homme, cette seconde discussion, dis-je, n’aurait pas fait faire un seul pas à la question.

Je crois que c’est une erreur, car on voit poindre, dans l'esprit et dans la pensée des académiciens qui y ont pris part, les premiers germes d’une théorie nouvelle : la production de la vaccine par la variole équine, par le horse-pox, bien que ce nom n’ait pas encore été prononcé.

Troisième discussion. — Celle-ci consiste en une simple escarmouche, à armes plus ou moins courtoises, entre les deux principaux champions, en apparence irréconciliables, de ces sortes de tournois, et qui luttent à outrance, quoique à peu près du même avis.

Est-il nécessaire de les nommer ? Non , sans aucun doute.

La discussion naquit de la lecture d’un mémoire qui fut faite par l’un d’eux à la séance de l’Académie du 31 mars 1863.

1 Union médicale du 22 juin 1862.

J’en invoque certaines conclusions comme preuve de ce que j’avance sur les opinions respectives des deux adversaires, bien que de prime abord cela puisse paraître un peu paradoxal à ceux qui connaissent les prétentions des deux antagonistes.

Les voici telles qu’elles sont textuellement rapportées dans les journaux de médecine français des premiers jours d’avril de l’année 1 863; ce sont celles de M. Bousquet:

1° Si Jenner n’a pas démontré expérimentalement que la vaccine peut naître du cheval, il en a eu le pressentiment, et a mis ses successeurs sur la voie de la découverte.

2° La vaccine peut naître et naît, et sur la vache, et sur le cheval indistinctement.

3° Il y a encore incertitude sur la maladie du cheval qui engendre la vaccine.

4° Sans descendre de la variole, la vaccine a avec elle les jilus grandes analogies ; c’est à ces analogies que les deux éruptions doivent la faculté de se suppléer et de tenir lieu l’une de l’autre.

Plus tard, dans une lettre du même, écrite à son adversaire M. Depaul, dans des vues bien différentes, cela va sans dire, se trouve encore une preuve plus convaincante :

« Enfin, il est une autre question, la seule qui nous divise encore: je veux parler des rapports de nature de la vaccine avec la variole. Il ne vous paraît pas impossible que l’une descende de l’autre; c’est une supposition, c’est une vue de l’esprit, très-faisable assurément, car elle est née dans bien des têtes, et je ne saurais trop vous engager à poursuivre les expériences commencées pour l’éclaircir.

» Pour moi, j’ai fait aussi mes conjectures, ma théorie. Vous vous demandez si la vaccine ne serait pas la fille légitime ou naturelle de la petite-vérole; je dis, moi, qu’elle en est la sœur. Fille ou sœur, elles sont certainement de la même famille, et leur parenté explique assez bien la faculté qu’elles ont de se suppléer 1 . »

D’après cela, n’ai-je pas raison de dire que nos deux champions, tout acharnés qu’ils sont l’un contre l’autre, sont à peu près du même avis ?

Poursuivons, en effet, la comparaison précédente, qui, soit dit en passant, peut à la rigueur s’appliquer à certaines maladies, mais qui ne peut, en tout cas, s’adapter qu’à celles qui sont produites, soit par l’infection spécifique, soit par la contagion; c’est tout ce que je tiens à relever de cette troisième discussion.

Que la vaccine soit la fille ou la sœur de la variole, peu importe (il n’est ici permis de parler ni de légitimité ni de bâtardise, pas plus que de consanguinité ou de toute autre 'parenté): dans l’un et l’autre cas, elles doivent nécessairement descendre toutes deux, et cela en ligne directe, d’un auteur commun, soit du premier, soit du second degré.

Je verrai bientôt si je puis lui attribuer un nom.

En attendant, je ne puis me montrer surpris que, dans cette discussion , les faits et conclusions avancés par celui des combattants qui, le premier et l’arme au poing, s’est de nouveau présenté dans l’arène, ait été si faiblement contredit par l’opposant, et pour cause : c’est que je comprends qu’on faiblisse quand on voit son antagoniste

1 Union médicale , pag. 121. 18 avril 1863.

affaibli, quand on le sent rompre volontairement ou involontairement, quand il est près d’amener pavillon, quand il vient vers vous, tout menaçant encore, mais à demivaincu.

On le voit et je l’espère, petit à petit et pas à pas, tout le monde finira par se mettre ou par tomber d’accord, sans avoir à pleurer ni morts, ni mourants, ni blessés.

C’est là le bon côté des luttes académiques.

Quatrième discussion. — La plus longue, la plus importante et la plus concluante sur l’origine de la vaccine, cette discussion s’est prolongée pendant une série de seize séances.

Douze orateurs ont été entendus, quelquefois à plusieurs reprises différentes.

Elle a été provoquée par une communication déclarée révolutionnaire par son auteur lui-même, M. H. Bouley. Je la transcris à peu près textuellement (jo ne supprime que les hors-d’œuvre), parce que je reconnais qu’il est nécessaire de mettre sous les yeux de mes lecteurs tous les éléments de conviction qui, dans ces derniers temps, se sont accumulés et sont venus s’adjoindre aux anciennes relations que j’ai fait connaître dans mon Introduction, et qui ont été écrites par différents auteurs, depuis la découverte de la vaccine jusqu’au moment où se sont manifestés les faits qui ont donné lieu à ces dernières luttes scientifiques.

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