‹ Histoire de la vénérable mère Madeleine-Sophie BaratChapitre 125 sur 236 · MONSIEUR PERREAU, SUPÉRIEUR · texte numérisé non relu

MONSIEUR PERREAU, SUPÉRIEUR

déjà nommé dans cette histoire. C'était un de ces hommes distingués et excellents, qui semblent nés pour faire aimer la vertu. Il était si obligeant, si porté à rendre service, qu'on disait qu'il s'y était engagé par vœu. Mais sous cette bienveillance se cachait une énergie qui n'avait pas faibli devant la persécution. Dans les derniers temps de l'Empire, il avait été jeté dans le donjon deVincennes, avec M. d'Astros, pour la cause de l'Église et les droits du Saint-Siège. Mais il avait trouvé Dieu dans sa réclusion; et il s'y était fait une si douce habitude de la solitude et du silence, que, depuis ce temps, il ne se plaisait plus que dans la retraite. Forcé de vivre à la cour, mais ne s'y donnant pas, refusant pour lui-même les hautes dignités ecclésiastiques qu'il faisait conférer aux autres; prédicateur peu disert, mais esprit lucide, aussi apte aux affaires qu'il les aimait peu, M. Perreau allait être pour la Société du Sacré-Cœur le plus précieux, le plus puissant, comme le plus dévoué des amis.

On sentait cependant qu'une chose restait à faire pour couronner l'ouvrage des Constitutions : c'était la création d'un noviciat général, qui en assurât l'observation uniforme dans la Société. Dès 1814, M™» Barat écrivait à M°» Duchesne : « II nous faut à Paris une maison assez vaste pour y contenir le noviciat général, avec un pensionnat. Voilà un projet pour l'avenir, et qui serait exécuté dès ce moment, si nous avions des fonds. » La raison qu'elle en donnait, était le besoin de pourvoir à l'unité d'esprit et de gouvernement. « Nous pouvons dire, écrivait-elle à la même amie, que notre Société ne prendra de la consistance que lorsqu'on pourra former cet établissèment. Le noviciat général donnera le même esprit à toutes, et unira tous les membres au chef. Que n'avons-nous

pas souffert de ces conduites particulières de divers pays! Je vous assure que la place que j'occupe deviendrait im possible à remplir, si ce moyen n'était mis promptement en vigueur. » Une autre considération, que sa foi et son amour plaçaient secrètement au-dessus de celle-là, était que, dans cette maison, on pourrait établir l'adoration perpétuelle du saint Sacrement. « Ma chère Philippine, mandait-elle à la même, vous serez bien contente dans quelque temps. Nous établirons enfin l'adoration perpétuelle du sacré Cœur de Jésus. C'est mon projet chéri î »

Le Conseil général entra pleinement dans ses vues. Une des premières choses inscrites dans le livre des Constitutions fut « qu'il y aurait adoration perpétuelle dans la maison du noviciat, laquelle serait unique autant que possible. » Paris fut désigné pour cet établissement, et les mères du conseil ne voulurent pas se séparer avant d'avoir pourvu à cette fondation.

Elles se dispersèrent donc, deux à deux, par la ville, allant de quartier en quartier chercher une demeure. Comme on était alors dans le temps de l'A vent, elles s'unissaient à Marie demandant une place aux gens de Bethléhem , pour son fils Jésus. On avait d'abord pensé à l'Abbaye- aux-Bois; on finit par se contenter d'une maison plus modeste, située dans la rue des Postes. On la prit à loyer : un maître de pension qui y tenait son école la laissa bientôt libre, et la mère générale chargea Mme Duchesne des travaux qui devaient en faire une décente habitation des épouses de Dieu.

L'élection des assistantes générales devait terminer le conseil. Une neuvaine de prières faite à Notre-Dame-dela- Délivrance précéda ce grand acte, et le 15 décembre on ouvrit le scrutin. Mme3 Bigeu, de Charbonnel et Grosier

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